LIVRE QUATitlÉME. S
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Il fallait que la tyrannie de Napoléon fut bien âpre pour que le retour de l'ancien régime parût rendre la liberté et le souffle à Tâme. Il en fut ainsi cependant. A peine rempîré étaït-il renversé que l^on recommença à pender ^ à écrire et à cbantei* eu France. Les Bourbons^ contemporains de notre litté^ rature, se fireni gloire de la ramener «vec eux. Lé régime constitutionnel rendait la parole à deux tri« buries. Malgré quelques lois préventives ou répt^essives, la liberté de la presse rendit la respiràlioti aux lettres. Tout ce qui se taisait reprit la Voîx *, lei esprits humiliés de compression, lasodélë afiamée d'idées^ la jeunesse impatiente de gloire intefleo-^ tueile, se vengeaient du long silence par uneédosien soudaine et presque coniinue de, philt^sofâiie, d'hib^ tôire , de peésîe , de polémique , de ■ mémoires > dé dramed, d'oeuvres d*art et d'imagination. Le sièôfé de François f' eut plus d'originalfté, le «iècle de Louis XIY ent plus de gloire; ni Tun ni 4'autne n'eù*rent plus d'enthousiasme et de mouvement qpiie^ ee^ premières années de la restaurirtioo^ La servitude
avait tout accumulé pendant vingt ans daîiSr les âmes. Elles étaient pleines, elles débordaient. L'his** toire leur doit ses pages. Ces pages ne sont pas seu-« leroent les annales des guerres ou des cours, elles sont surtout les annales de Tesprit humain.
De grands esprits s'étaient mûris pendant ces an* nées d'oppression; ils réapparaissaient dans leur liberté et dans leur éclat. Madame de Staël et M^ de Chateaubriand se partageaient depuis vingt ans Tad» miration de TËurope et la persécution de Napoléon^
Madame de Staël ^ fille de M. Necker, génie pré«coce, nourri dans le salon de son père de la lec* ture et de la conversation des orateurs, des philosophes et des poëtes du dix-huitième siècle, avait respiré la révolution dans son berceau. Fille de THelvétie , transplantée dans les cours , son âme et son style participaient de cette double origine. Elle était républicaine d'imagination, aristocrate de mœurs. Il y avait en elle du Rousseau et du Mirabeau : rêveuse comme l'un, oratoire comme l'autre. Son véritable parti en politique était le parti girondin. Plus grande de talent, plus géné<* reuse d'âme que madame Roland, c'était un grand