‹ Nouvelles confidencesChapitre 143 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME. 32i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 32i

et des flots de sa patrie , jeté ensuite, par le hasard de sa naissance plus que par ses opinions incertaines, dans les camps errants de l'émigration, puis dans les forêts d'Amérique, puis dans les brouillards de Londres , était VOssian français ; il en avait dans l'imagination le vague, les couleurs, l'immensité, les cris, les plaintes, l'infini. Son nom était une harpe éolienne rendant des sons qui ravissent l'oreille, qui remuent le cœur et que l'esprit ne peut définir, le poëte des instincts plutôt que des idées, le souvenir ^t le pressentiment d'on ne sait quoi, le murmure mystérieux des éléments. Cet homme avait retenti dans toutes les âmes et conquis un immense empire non sur la raison, mais sur l'imagination des temps.

Comme tous les grands talents, il était né de luimême. Seul, oisif, misérable à Londres pendant les dernières années de la république, il avait écrit un livre sceptique comme sa pensée et comme les ruines dont l'écroulement de l'Église et du trône avait semé le monde. On lui avait dit : Ce n'est pas cela ; le monde ne veut plus douter, car il a besoin d'espérer; rendez-lui de la foi. Jeune, mélancolique, incliné aux

croyances, indifférent à la nature des émotions,

pourvu que ces émotions lui revinssent en applau* dissements et en gloire après Tavoir remué lui* même 9 il brûla son livre et il en écrivit un autre : cette fois, c'était le Génie du Christianisme. La philo* Sophie avait vaincu; la révolution avait sapé et immolé en son nom ; les philosophes étaient accusés de toutes les calamités du temps, ils étaient devenus impopulaires comme les démolisseurs sont maudits des fidèles dont ils ont ruiné le temple. M. de Chateaubriand entreprit Tœuvre de le reconstruire dans rimagination ; il voulut être VEsdras de l'Église détruite et des adorateurs dispersés.

Un philosophe pieux avait une œuvre belle et sainte à faire sur un pareil plan. La philosophie religieuse et lumineuse s'était avancée de siècle en siècle; en pénétrant rayon par rayon dans les ombres des temples, elle avait fait pâlir les superstitions, évaporer les idoles, et mis plus de jour, plus de raison et, par conséquent, plus de divinité sur les autels. Une philosophie impie, cynique, matérialiste, s'était mêlée dans les derniers temps à l'œuvre et l'avait viciée et pervertie en s'y mêlant. Remonter aux sources du christianisme, épurer les

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