LIVRE QUATRIÈME
La philosophie du dix-huitième siècle n'avait plus que de vieux et rares adeptes survivants de la révolution.
La philosophie catholique était représentée par deux hommes d'un puissant génie de style. Quoique différents d'âge et de patrie , ils apparaissaient ensemble et au même moment sur l'horizon du nouveau siècle.
L'un, c'était le comte Joseph de Maistre, était un gentilhomme savoyard émigré comme M. de Bonald et ayant passé en Russie les longues années de la révolution. Il était déjà avancé en âge quand la chute de Napoléon lui rouvrit sa patrie. 11 y rentrait avec les idées qu'il en avait emportées vingt ans avant. Les bouleversements de l'Europe, qu'il avait contemplé du fondtranquilledesa retraite, ne lui paraissaient que la vengeance divine et l'expiation méritée de l'abandon des doctrines antiques par l'esprit nouveau. Il ne discutait pas comme M. de Bonald, il ne chantait pas comme M. de Chateaubriand, il prophétisait avec les cheveux blancs, l'autorité et la rudesse d'un homme qui portait le jour et les foudres de Dieu. Sa riche et puissante nature l'avait merveilleusement
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siècle désorienté et sans voie. M. de Lamennais était plus qu*un écrivain alors, c'était l'apôtre jeune qui rajeunissait une foi.
Une autre école philosophique se ranimait à côté de celle de ces philosophes sacrés; c'était celle du platonisme moderne, de celle révélation par la nature et par la raison que Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Ballanche, Jouffroy, Kératry, Royer-Collard, Aimé Martin, disciple pieux et continuateur de l'auteur des Eludes de la nalurey avaient substituée peu à peu à ce matérialisme voisin de Fathéisme, crime, honte et désespoir de l'esprit humain. Les philosophes allemands et écossais l'avaient élevée sur les ailes de l'imagination du Nord jusqu'à la hauteur de la contemplation et du mystère. Un jeune homme nourri et comme enivré de ces révélations naturelles, orateur, écrivain politique, commençait à les révéler à la jeunesse. C'était M. Cousin. Une éloquence grave, mystique, vague comme l'infini, confidentielle et à demi voix comme les secrets d'un autre monde, pressait autour de lui les esprits avides de croire après avoir tant douté. Sa parole promettait toujours, c'était l'éternel crépuscule d'une éminente