‹ Nouvelles confidencesChapitre 150 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

vérité. On espérait sans cesse la voir éclore plus visible et plus complète de ses discours ou de ses pages. L'imagination achevait ce que le philosophe avait ébauché. Un concours pareil à celui qui entourait jadis Abeilard inondait les portiques des écoles. On n'en sortait pas éclairé, mais enivré. Le philosophe n'avait pas dévoilé les mystères que Dieu seul l'évèle tour à tour à l'intelligence pieuse de l'humanité; mais il avait accompli la seule fin de la philosophie sur la terre, il avait élevé l'âme de la génération et tourné ses regards vers Dieu. On était déjà bien loin du cynisme et de l'abrutissement d'idées de l'empire.

L'histoire est la politique en arrière des nations en repos; elle commençait de grandes œuvres : M. de Ségur racontait en style épique la campagne de Napoléon en Russie et cette sépulture de 700,000 hommes dans la neige; M. Thiers, les annales de la révolution française, où sa claire intelligence puisait et reversait la lumière des faits ; M. Guizot, des considérations dogmatiques qui pliaient les événements aux théories; M. Michaud, les croisades, cette épopée du fanatisme chrétien; M. de Barante, des chroniques qui rajeunissaient la France dans la naïveté de

ses premiers âges ; M. Michelet, les premières pages de ses récits , pleines alors de la crédulité et de la candeur de sa jeunesse, ces grâces poétiques de Thistorien; M. Daru, la grandemr et la chute de Venise; Lacretelle, tout le dix-huitième siècle, auquel il avait assisté, modéré et pur.

L'empire, qui avait imposé le silence ou la bassesse aux écrivains, laissait cependant un grand nombre d'hommes éminents ou notables dans les ordres divers de la littérature. Le vieux Ducis vivait encore ; il reportait aux Bourbons la fidélité de ses anciens souvenirs, qui avaient survécu à son républicanisme. Inflexible aux faveurs de l'empire, il acceptait celles de Louis XVIII, son premier patron. Raynouard, ami de M. Laine, âme désintéressée , cœur libre et voix indépendante, ajoutait des tragédies sévères à sa belle tragédie des Templiers. Ghénier, constant dans l'inconstance générale, protestait en vers énergiques pour la philosophie et pour la liberté. On l'avait accusé du meurtre de son frère pendant la terreur ; il lavait dans ses larmes d'indignation cette calomnie de sa tendresse. Lemercier , esprit bizarre associé à un cœur noble et droit, gardait aussi sa fidélité à la

Page 1