‹ Nouvelles confidencesChapitre 157 sur 160 · LIVRE QUATRIEME. 5ri · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. 5ri

moi, plus que la vie. » M. Hyde de Neuville, royaliste libéral, s'efforçant de retenir dans un même amour la chevalerie et la liberté , cette chevalerie des peuples qu'il ne réussissait à unir que dans son cœur. M. Mole , portrait d'homme d'État , jeune et pensif, par Van Dyck, mais qui portait sur ses lèvres trop de sourires, à trop de fortunes. M. Pasquier, de naissance parlementaire, d'intelligence cultivée, d'aptitude universelle, de parole fluide , de convictions larges, fidèle seulement aux élégances d'esprit et à l'aristocratie des sentiments. M. Mounier, fils du célèbre constituant de ce nom, longtemps secrétaire intime de Napoléon , toujours respectueux pour sa mémoire, rallié aux Bourbons parce qu'ils étaient le gouvernement nécessaire de sa patrie , esprit juste, studieux, modeste, infatigable, ayant le culte de l'amitié et de la reconnaissance dans le cœur, la raillerie socratique dans le sourire, les grâces sérieuses de l'homme d'État dans la conversation. Cette réunion, où les lettres se mêlaient tous les soirs à la politique, était l'école des hommes d'État.

M. Casimir Perler, M. Laflitte, quelques autres

hommes nouveaux, riches et influents, recevaient, sur

l'autre rive de la Seine les débris de la république et de Tempire. Les ambitieux ajournés et les mécon* tents irréconciliables commençaient à former le noyau de cette opposition acerbe où les regrets du despotisme tombé et les aspirations à la république, par une contradiction que la passion commune explique^ se confondaient sous le nom de libéralisme, dans leur animosité contre Taristocratie et contre les Bourbons. Là commençait à éclore la renommée, d'abord voilée, bientôt populaire, d'un des phénomènes les plus étranges de la littérature française , Béranger, un tribun chantant. Comme tous les esprits indépendants, Béranger avait senti le poids de la tyrannie, et il avait protesté en vers, cette arme du poëte contre Toppression. Son génie, éminemment plébéien d'accent, quoique aristocratique d'élégance, était républicain comme son âme. L'empire aurait dû se soulever comme la grande apostasie de l'armée à la république. Mais Béranger , plus patriote encore que républicain, et plus sensible aux ruines de la patrie qu'aux ruines de son opinion, n'avait vu que le sang des braves et l'incendie des chaumières de son pays. Pendant l'invasion, sa pitié et sa colère l'avaient emporté sur ses répugnances contre l'empire; il avait oublié le tyran d'un peuple, il n'avait vu que le chef guerrier d'une nation. Et puis, pour les cœurs généreux, la chute absout. L'écroulement de Napoléon lui avait valu le pardon du poêle. Château-

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