‹ Nouvelles confidencesChapitre 18 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Elle parut une des dernières, car elle prolongeait toujours de quelques instants ses pieuses oraisons, inclinée, les yeux fermés, les mains jointes, sur sa chaise, après les offices, pour laisser plus d'adoration de son cœur et emporter plus de bénédictions sur ses enfants. Ce jour-là, elle avait prolongé davantage sa station de prière, car elle avait prié pour moi.

Le soleil de printemps frappait sur les pierres moulées de la porte; la lumière sereine du matin se mêlait sous le porche avec la lumière lointaine et intérieure des cierges ; ces deux jours confondus et luttant se réverbéraient sur le visage de ma mère, comme la nature et la grâce chrétienne se rencon traient et s'harmoniaient incessamment dans son cœur. Ses lèvres commençaient à sourire aux personnes de sa connaissance qu'elle apercevait du haut des marches sur le parvis ; elles gardaient encore cependant la dernière impression de la pensée de Dieu et du recueillement d*où elle sortait. La pâleur et les larmes du matin s'étaient complètement effacées sous la paix qu'elle puisait toujours dans le commerce du ciel, et sous cette animation vermeille que la chaleur de l'église et la contention de la prière répandent

sur les traits; Les marches obstruées de mendiants, de pauvres femmes endimanchées, d'enfanta et de vieillards infirmes, ralentissaient Técoulement d^s assistants, et retenaient ma nière sur cette espèce de piédestal où tout \e monde pouvait la regarder.

Elle avait dans Télévation et dans Télêgance de sa taille, dans la flexibilité du cou, dans la pose de sa tête, dans la finesse de sa peau rougissant comme à quinze ans sous les regards, dans la pureté des traits, dans la souplesse, soyeuse des cheveux noirs ruisselants sous son chapeau, et surtout dans le rayonnement du regard, des lèvres, du sourire, cet. invincible attrait qui est à la fois le mystère et le complément de la vraie beauté. On la croyait toujours à vingt ans, car elle n'avait que l'âge de ses impressions, et ses impressions avaient l*étemelle fraîcheur de son éternelle virginité d'esprit. Entre elle et ses filles, il n'y avait que la distancé de la branche au fruit; le regard les cueillait ensemble et ne les séparait pas.

Ses filles, au nombre de cinq, se groupaient toutes en ce moment autoiir d'elle, comme dans un tableau

de Camille ordonné par le plus grand des sculpteurs ot le plus pittoresque des peintres, la nature et le hasard* Leurs figures charmantes et diverses, quoique harmoniées par ce qu'on nommé l'air de fan^ille et par la similitude du costume, se détachaient un peu en arrière de leur mère, sur le fond plus sombré

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