‹ Nouvelles confidencesChapitre 19 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

do portail de réglise/oo lès arceaux surbaissés gardaieat un peu de nuit. On eût dit un groupe d'anges du matiO)^ sortant à demi des ténèbres pour se mêler un à un au jour, dont ils sont à la fois Témanation et réblonissjBment. La lenteur du mouvement de la foule, les haltes fréquentes sur la même marche du perron, donnaient le temps de bien contempler ces belles atatues animées^ Je les revoyais moi-n^ême pour la première fois ensemble, depuis la sortie des plus âgées du couvent. Je ne pouvais m'empêcher de participer au frémissement de faveur générale que je voyais se presser et que j'entendais s'élever autour de moi pour cette admirable réunion de figures, pour ce bouquet de famille auquel je tenais de si près.

L'ainée des fiUes de ma mère, qui n'avait encore que dix-huit anis, s'appelait Cécile, Sa taille splendide eût été déjà au niveau de celle de ma mère, si l'extrême modestie de sa nature, qui lui faisait redouter l'admiration comme un autre redoute la honte, n'avait un peu penché sa tête en avant et abaissé ses yeux pour échapper aux, regarda.

Ses traits, qui rappelaient ceux de la famille dé mon père, étaient plus ébauchés que finis, plus faits pour le premier coup d'oeil que pour le second* C'était l'ensemble qui saisissait, c^étaient les grandes Ugnes çfoi éblouissaient, c'était l'expression qui ravissait : le caractère était la bonté. Je ne sais dans quel rayonnement de splendeur douce cette physio-

nomie nageait^ mais on n'en discernait que le charme» Les imperfections de détail disparaissaient entièrement, surtout à dislance. Elle avait la grandeur, Tunité, la grâce, ces trois beautés capitales de la femme, pour la foule qui n'analyse pas son impression. Aussi était-elle la beauté populaire de la famille, celle qu'on citait, celle qu'on préférait, celle qu'on aimait à voir passer dans les rues. Le peuple de la ville savait son nom. Il la montrait avec une fierlé personnelle aux étrangers, à l'église ou dans les promenades. Les passants se retournaient pour la revoir : les boutiques, les murs et les pavés en étaient épris. Elle ne s'en doutait pas, elle avait pour toute coquetterie ses simplicités, ses timidités, ses rougeurs, grandissant encore, en retard sur ses années par l'enfance prolongée de son cœur. Son charme n'était que le naturel, son caractère que le premier mouvement, son esprit que le premier mot, prompt et enfantin, mais souvent d'autant plus frappant qu'il est plus naïf. Elle n'avait aucune disposition pour les arts, ses études étaient du coup d œil, l'effort la rebutait, elle désolait ses maîtres et elle les charmait. On sentait dès ce temps-là que le ciel l'avait formée pour la famille plus que pour le monde, tige à grappes et non à fleurs, de la race des femmes prédestinées non à enivrer par de stériles parfums d'esprit, mais à fructifier, à enfanter et à couver de riches générations ici-bas.

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