‹ Nouvelles confidencesChapitre 20 sur 160 · LIVRE PREiHER · texte numérisé non relu

LIVRE PREiHER

La seconde s'appelait Eugénie. Elle avait un an de moins ; elle- se collait contre sa sœur ataée comme si sa taille, alors frêle et svelte, avait eu besoin d'un appui pour se soutenir contre le vent de la porte ou contre le souffle de cette multitude. C'était une nature entièrement différente, une apparition d'Ossian dans la splendeur du midi , une ombre animée, une forme impalpable, des yeux bleus, larges et profonds comme une eau de mer, d'où le regard semblait re-^ monter de loin comnie d'un mystère ou d'un songe ; un ovale de visage écossais, des traits d'une délicatesse fugitive et d'une perfection de lignes idéale, la bouche pensive, les lèvres niinces^ l'expression grave, les cheveux blonds roulant en longs écheveaux glacés d'un vernis éblouissant sur les deux joues ; une figure norvégienne enfin. Sa nature d'âme et d'esprit correspondait entièrement à ses traits. Plus avancée que ses atnées, apte à tous les arts; pâlissant au récit d'un héroïsme, à la lecture d'un beau vers, au son d'une corde de harpe ; sensible jusqu'à la souffrance, poétique, musicale, littéraire; enfermée en elle-même et vivant avec les mondes de son imagination ; moins goûtée de la foule, plus épiée et plus découverte, conome les fleurs de l'ombre, par les regards curieux et passionnés, elle devait charmer les hommes du Nord ; et ce fut plus tard en effet sa destinée. Elle se rapprochait, à cette époque, bien plus de moi que ses autres sœurs, par le dévelop-

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pement précoce de son intelligence, par la poésie et par la mélancolie de son caractère. Nous étions deux reflets d'une môme teinte qui se rencontraient, Tun chaud et viril sur mon front, L'autre froid, féminin et virginal sur le sien. Elle était très regardée, mais non populaire. On lui croyait dans Tâme un peu de dédain, à cause de sa supériorité.

Après ces deux sœurs ainées, de tailles égales, mais de figures si opposées, on en voyait une troisième, de taille presque aussi grande, quoiqu'elle n'eût pas quinze ans, mais qui se tenait un peu en arrière avec les deux plus petites. Elle se nonomait Suzanne. Pour celle-là, tous les regards et toutes les exclamations étaient d'accord. Il n'y avait ni préférence, ni contestation dans la ville. Il n'y avait qu'un cri d'enthousiasme pour sa merveilleuse beauté. C'était la pureté des lignes et la virginité des expressions de visage des madones de Raphaël sur le corps d'une Psyché de Phidias : la vierge chrétienne, aussi chaste, aussi pure et aussi céleste qu'il soit donné à l'extase du solitaire le plus pieux et le plus passionné pour le culte de la femme divinisée, de la rêver. On l'appelait, dans le peuple, le tableau d'autel, parce qu'il y avait dans le chœur de l'église une figure de sainte, par Mignard, qui lui ressemblait. Cette forme, véritablement trop angélique pour une fille de la terre, et ce visage d'idéale perfection de traits ne contenait que deux empreintes : beauté et piété. Elle

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