‹ Nouvelles confidencesChapitre 21 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

n*était évidemment pas née pour plaire aux hommes et pour aimer^ mais pour éblouir et pour adorer. C'était un de ces êtres que Dieu montre aux hommes, mais qu'il se réserve pour son culte ; une enfant du chœur de son temple surnaturel, une constellation du ciel, des yeux qu'on voit de loin, qu'on ne touche jamais. Elle avait, dès ce monde-ci, l'instinct et comme le pressentiment inné de sa vocation unique de refléter Dieu et de l'adorer. Elle était la prière vivante et la contemplation agenouillée. Ma mère ne pouvait pas l'arracher aux autels. Elle lui avait inspiré de trop bonne heure un souffle trop fort de ses aspirations vers l'infini. Ce souffle l'enlevait entièrement à la terre, et ma. mère ne pouvait plus l'y rappeler.

En ce moment, Suzanne sortant de l'église, son vrai séjour, se retournait de moments en moments pour adresser encore du cœur un salut ou un adieu aux tabernacles qu'habitait son âme. Elle baissait les yeux pour que son regard sur la foule qui la contemplait ne laissât pas évaporer une de ses ferveurs. Ses deux mains jointes tenaient sur son sein son livre de prières dans un étui de velours noir. Les regards légers devenaient graves et saints en la regardant. On sentait qu'il n'y aurait pas sur la terre un homme digne de remplacer ce livre sur son cœur, et* que l'amour serait pour cette pureté non une flamme

mais une profanation.

m NOUVELLES CONFIDENCES.

Dans les deux autres sœurs qui suivaient Suzanne, il y avait une différence de taille beaucoup plus sensible qu'entre elle et ses sœurs aînées. On aurait crii qu'il y avait eu là un intervalle de naissance ou une perte de quelqu'un des enfants dd la mère. Ces deux jeunes fronts, au lieu de se niveler, n'atteignaient plus qu*aux épaules de Suzanne. C'était comme un degré auquel il aurait manqué quelques marches.

Celle de mes sœurs qui se rapprochait le plus de Suzanne s'appelait Césarine. Elle avait seize ans, un an de plus que sa sœur; mais elle n'était pas destinée par la nature à s'élever en jet aussi flexible et aussi majestueux que les deux premières tiges. Plus formée déjà et moins élancée de. stature, elle était une de ces plantes qui mûrissent avant le temps. Rien ne rappelait en elle la jeune fille de ces climats et de 06 sang tempéré de. la famille où elle était née. Quelque chose de méridional et de chaleureux caractérisait sa beauté. Ses cheveux, châtain foncée étaient moins soyeux au regard, moins souples à la main que ceux de ses sœurs ; ils étaient comme hâlés par le soleil de Naples ou d'Espagne. Ses yeux, presque noirs, tant l'azur en était sombre, larges et à fleur de

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