‹ Nouvelles confidencesChapitre 27 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

contraste le plus touchant avec les opinions, les mœurs et la turbulence du marquis de Saint-Huruge. Dépouillées de leur fortune, de leurs asiles dans leurs couvents, elles vivaient pieusement ensemble dans une petite maison qui leur appartenait, à côté de la maison de mon grand-père. La plus jeune de ces trois sœurs était celle qu'avait aimée mon oncle. Douce , triste , gracieuse encore , on voyait dans sa physionomie ce reflet de Tamour refroidi mais noti éteint par les années.

Les excès et les crimes de la révolution étaient retombés sur la famille comme sur toutes les familles de la noblesse, de la bourgeoisie ou du peuple de Maçon. Mon oncle avait été emprisonné avec son père, sa inère et ses sœurs. L*échafaud les avait effleurés de près. Mais l'horreur contre ces démences et ces forfaits de la démagogie n'avaient pas altéré en lui l'amour de la liberté et le goût des institutions constitutionnelles, soit sous une monarchie, soit sous une république bien ordonnée. Il gémissait sur la révolution , il ne la maudissait pas dans son principe et dans son avenir. Le despotisme soldatesque de l'empire l'opprimait et l'indignait. Ce triomphe de la

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force armée sur toutes les idées et sur tous les droits, ce gouvernement sans réplique, ce dernier mot dei toute chose en politique, en philosophie, en religion, donné au canon ; cette autocratie de police substituée à toute discussion dans le pays de Voltaire, de Montesquieu et de Mirabeau, lui étaient intolérables. Il ne le déguisait pas. On lui avait offert de le nommer membre du corps législatif, on Tavait tâté sur le sénat; il avait tout refusé. Il aurait été du petit banc d'opposition des Cabanis, des Tracy; il n'aurait fait comme eux et leurs amis que s'approcher dé plus près dé la tyrannie^ pour épier dans l'impuissance ses excès et sa chute, avec l'apparence d'une complicité dans la servitude générale. Il aima mieux rester libre, seul et irresponsable dans sa retraite. Lorsque l'empereur vint à Mâcon et s'y arrêta plusieurs jours, en 1 809 , il fit appeler mon oncle et eut un entretien avec lui, en présence de M. de Pradt, rarchevêque de Malines, et quelques hommes de la cour impériale. L'empereur fut très mécontent de cet entretien. « Que a voulez-vous être, dit-il en terminant. — ^Rien, sire, » répondit mon oncle. L'empereur se retourna avec un^este de colère. Il se défiait do ceux qui ne lui demandaient rien, parce qu'ils voulaient garder leur âme à eux.

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