‹ Nouvelles confidencesChapitre 40 sur 160 · LIVRE PREMIEH · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIEH

Siècle, qui répudiait tout l'héritage du siècle précédent, sans choisir entre la liberté et la servitude, entre la raison et Timpiété.

On récoutait avec intérêt, mais avec une certaine défiance. Quelques personnes avaient d'abord reproché à mon oncle de l'admettre à cette intimité d'entretiens très libres sur le gouvernement; elles craignaient qu'il ne fût un observateur politique soldé en secret par la tyrannie ombrageuse do Bonaparte. Sa mort, qui arriva peu de temps après, prouva bien que ces soupçons étaient des chimères. Je le vis mourir à l'hôpital de Mâcon, sur un grabat, ayant toute sa richesse sur une chaise au pied de son lit, avec son chien blanc. Mon oncle m'y conduisit; il allait lui oflrir un asile et des secours. M. de Valmont refusa tout avec des larmes de reconnaissance, mais avec la dignité fière d'un stoïcien. Il me pria seulement, comme le plus jeune, d'avoir soin, après lui, du pauvre animal qui lui tenait compagnie jusqu'à l'agonie. Il y touchait : il mourut le surlendemain.

Un des hommes les plus remarquables de cette société du soir était un gentilhomme franc-comtois, marié à Mâcon, nommé M. de Larnaud. C'était un

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homme d'une taille colossale et d'une voix tonoaute, quoique d'une physionomie très intelligente et très douce ; un ancien Germain aux cheveux blonds et ^ux yeux bleus, plongé dans la civilisation moderne. Je n'ai jamais vu réunies dans une même nature et à plus grandes doses deux qualités qui, ordinairement, sont exclusives Tune de l'autre : l'éruditioa de l'esprit et la fougue de l'imagination. Il savait tout,, et il passionnait tout. Jeune, riche et oisif au moment de la révolution, il s'y était précipité avec les délires d'une belle âme enivrée de ses espérances pour l'humanité. Il avait br&lé ses vaisseaux alors avec le trône, l'aristocratie, les superstitions du passé. Il n'avait pas été jusqu'au crime, parce qu'il était la conscience , la vertu désintéressée et l'humanité mêmes; mais il avait été jusqu'aux vertiges, et l'on citait encore dans te pays et à Paris les exaltations d'actes et de discours qui avaient signalé son fanatisme de cœur dans les premières cérémonies populaires de 89, de 90 et de 91 . Homme de bonne foi, il ne les reniait pas ; une âme comme la sienne, qui n'a rien à cacher, n'a rien à désavouer. Il disait simplement, comme le poëte Alfieri, témoin des orgies sanglantes de 1 793 : «r Je connaissais les grands, je a ne connaissais pas le peuple. Je me repens d'avoir ce cru les hommes meilleurs qu'ils ne le sont. Si c'est <c un crime. C'est le crime d'une âme honnête ! » C'était rame deM. de Lamaud. Aussitôt après le 1

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