‹ Nouvelles confidencesChapitre 41 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

août et les persécations contre la famille royale,il s'était rangé avec la même passion du parti des victimes. Il s'était lié avec les Girondins, avec madame Roland, avec Vergniaud surtout, pour partager leurs dangers et leur gloire. Il était intarissable sur ces hommes que la révolution avait dévorés parce qu'ils osaient lui disputer ses crimes. Il était resté fidèle à leurs doctrines de sage et pure liberté, il ne gémissait pas sur leur échafaud, qui était leur piédestal pour l'histoire, mais sur le vote de quelques-uns d'entre eux, contre leur conviction, de la mort du roi pour sauver le peuple. Il savait qu'on sauve souvent une nation par un martyre, jamais par un crime. C'est M. de Larnaud qui a le premier imbu mon imagination de ces grandes scènes, de ces grandes physionomies, de ces grands noms, de ces grandes éloquenées, de la seconde période de la révolution, à laquelle il avait participé, qu'il peignait en traits de féu, et que je devais peindre moi-même longtemps après dans une page d'histoire : Les Girondins.

Il n'avait pas moins d'enthousiasme pour la littérature et pour la poésie que pour la politique. Compatriote et camarade de Rouget de Lisle, auteur de la Marseillaisej ami et admirateur de Nodier, de Chénier, de Delille, de Fontanes, assistant à toutes les séances des académies, membre dé tous les cercles, suivant tous les, cours, visiteur de tous les salons, assidu à tous les théâtres, c'était l'éponge intelligente

des deux siècles, mais une éponge qui retenait tout, une mémoire qui ne perdait rien, une expression et un geste qui faisaient tout entendre et tout revoir : prose, vers, anecdotes , physionomies , discours, scènes, citations ; on retrouvait l'antiquité, le passé, le présent dans son entretien ; on n'avait qu'à feuilleter. Dictionnaire universel relié sous forme humaine, toute la cendre de la bibliothèque d'Alexandrie contenue dans le crâne d'un homme vivant ! Il remplissait à lui seul ce salon. Il m'aima promptement à cause de ma jeunesse, de ma curiosité, de mon attention à l'écouter, de l'enthousiasme que sa passion allumait dans mon regard. Bien qu'il eût trente ans d'avance sur moi dans la vie, il me croyait de son âge et je me sentais du sien, car il était de ces natures qui ne vieillissent pas, même dans leur caducité, et j'étais de celles qui devancent la vieillesse par la réflexion. Il me traitait en égal d'années et d'intelligence. Il venait souvent, le matin, achever dans ma chambre la conversation de la veille. Il se livrait plus librement, alors, à son inspiration intime ; il découvrait les cendrés de son enthousiasme pour les grands hommes et les grandes choses du commencement de la révolution, qu'il osait moins soulever chez mon oncle, en présence de mes tantes pieuses et de quelques gentilshommes royalistes et émigrés. Le philosophe réapparaissait sous l'homme du monde. Son antipathie contre Tempire et contre cette oppression

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