‹ Nouvelles confidencesChapitre 55 sur 160 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

deur, un dernier pli du voile qu'on ne lève pas tout entier.

L'automne et l'hiver se passèrent ainsi pour moi, entre la campagne et la ville, entre ma mère et mes sœurs, entre la poésie triste et les pensées divines qui rayonnaient du front de ma mère et du foyer paternel sur moi. J'étais abattu et brisé, non énervé. Mon âme se retrempait dans mes larmes, et mon inspiration s'accumulait par mes ennuis. Un regard de ma mère m'entr'ouvrait et m'éclairaitde consolation et d'espérance de nouveaux horizons.

Le sombre hiver de Mâcon se passa chez ma mère, et dans le reste de la ville, en réunions, en dîners, eu bals et en fêtes de tous genres. Ce mouvement, dont la maison de ma mère était le centre, car, vertu ou grâce, bonnes œuvres ou plaisirs décents, elle était l'âme de tout, m'attristait plus encore que la monotonie et la morosité de l'été. Je paraissais, pour lui complaire, à ces réunions ; mais j'y portais avec moi une atmosphère qui m'isolait. Les étrangers, les jeunes femmes et les jeunes danseurs étaient intimidés devant cette silencieuse réserve. On se demandait

quel était donc ce dégoût de la beauté du monde et

de la vie qui assombrissait ainsi le visage d'un homme de mes années. On attribuait à l'orgueil ce qui n'était que refoulement en moi-même. Il y avait là des fenmaes remarquables par leur élégance et par leurs charmes ; il y avait des jeunes personnes devenues célèbres depuis par les charmes de leur esprit et par leur beauté, telles que la seconde fille de M. de Forbin, madame de M...., encore enfant alors, mais déjà prédite par tous les yeux. Je voyais tout cela comme à travers un nuage ; je ne dansais pas, je ne jouais pas; je n'approchais d'aucun groupe pour échanger ces paroles banales,, jetons faux et dorés de ces conversations de hasard. J'affligeais ma mère, j'étonnais la société par ma séquestration morale de tout ce qui animait la maison.

Je vis avec joie revenir le printemps, qui finissait tout ce mouvement de plaisir dans les abstinences et dans les pratiques pieuses du carême. Je pris le prétexte d'aller visiter un autre de mes oncles qui habitait la haute Bourgogne, pour m'éloigner de Mâcon et me soustraire à cette curiosité de petite ville qui veut tout savoir et qui interprète tout ce qu'elle ne sait pas.

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