‹ Nouvelles confidencesChapitre 66 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME. ii · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. ii

.. j'étais, moi à Rome avec lui. Cette correspondance formerait un volume, et elle dévoilerait dans ce jeune homme, mélange de Breton et de, Romain; une de ces natures mixtes curieuses à étudier, héroïque et sauvage par le cœur, artiste et contemplative par rimagination -, ses deux patries incarnées dans un même homme. C'est ce contrastç qui m'attachait tant à lui, car j*en retrouvais un faible reflet en moimême. Les grandes natures comme la sienne sont doubles. Donnez deux patries à un enfant, vous lui donnerez deux natures. On en jugera par les fragments des lettres de Saluce qui ont échappé aux hasards des années et que j'ai retrouvées classées dans la vieille armoire de la bibliothèque de mon oncle, où je les jetais après les avoir lues et relues.

Tout ceci était nécessaire à dire pour faire comprendre une des courses les plus inattendues et une des disparitions les plus mystérieuses de ma jeunesse. Folie ou dévouement, peu importe ; ce qui est fait est fait, ce qui est dit est dit. Les confidences sont les confessions d© l'amitié, et c'est à l'amitié aussi de les absoudre.

iSO NOUVELLES CONFIDENCES.

Un soir des derniers jours du mois de juiHet, en rentrant à cheval, mon fusil en bandoulière sur mon épaule, dans la grande pelouse déserte qui s'étend entre deux quinconces de tilleuls devant la porte du château de mon oncle, je fus très étonné de trouver un postillon de la poste voisine du Pont-de-Pany, qui me remit une lettre très pressée, écrite de Tauberge du village, en me demandant une réponse.

Sans descendre de cheval, j'ouvris la lettre et je lus. La lettre était en italien, langue que mon long séjour en Italie m'avait rendue aussi familière que ma langue. maternelle. Eh voici la traduction :

« Deux dames venant de Rome, informées par le « comte Saluce de '^'*^'*^ que son ami est au château « d'Urcy, le prient de vouloir bien se rendre à la « poste du Pdnt-dé-Pany, où elles l'attendent à Tau- « berge, n'ayant d*espoir qu'en lui. Leur nom ne lui « est peut-être pas inconnu, mais elles sont convain^- « eues que leur qualité d'étrangères et de fugitives « suffirait pour leur assurer son intérêt et sa bonté,

« Comtesse LiViAD***.

« Et sa nièce, princesse jRÉfitNA c**^*. »

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