‹ Nouvelles confidencesChapitre 67 sur 160 · LIVRE DEUXIÈME. iM · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME. iM

Je reconnus de suite les deux noms qui remplissaient les lettres de Saluée. Seulement je ne me rendais pas compte de leur arrivée en France, de leur séjour dans une auberge de campagne, sur ujie route indirecte de Bourgogne, et enfin de ce titre de fugitives qu'elles ajoutaient à leur signature. Mon oncle, que les grelots du cheval du postillon avaient attiré sur le perron du vestibule, souriait d'un air de finesse et de bonté à ma physionomie étonnée et à l'attention avec laquelle je Usais et relisais cette lettre.

a Pas de mystère avec moi, me dit-il en me rail- « lant de l'oeil ; les héros de romans ont toujours <c besoin d'an confident. J'ai connu dans mon temps « les deux rôles. Je ne pense pas que ce soit le pre- « mier que ces merveilleuses beautés errantes, dont « le postillon a parlé en buvant son verre de vin , « viennent m'offrir; mais tu peux me donner le se^ « cond , je serai discret , c'est la vertu de Tindul- « gence. »

a — Je vous jure, lui dis-je, qu'il n'y a, dans ce <c message, aucun mystère qui me concerne. Vous « me reprochez souvent ma mélancolie et vous en « savez la cause. Mon cœur est incapable de se/e- « prendre à aucun charme ici-bas.. »

i52 NOUVELLES CONFIDENCES.

I] me montra du doigt le tilleul énorme et touffu, sous l'ombre duquel j'avais arrêté mon cheval.

« — Tu vois bien ce tilleul, me dit-il, il est plus vieux que toi, n'est-ce pas ?

« — Oui.

« — Eh bien ! je l'ai déjà coupé cinq fois en vingt ans, et il a plus de sève et de branches que quand j'arrivai ici.

« — Oui, lui répondis-je tristement, mais c'est un arbre et je suis un homme. Essayez de lui fendre l'écorce et de lui brûler la moelle, et vous verrez s'il refleurira! » •

Nous rentrâmes en causant et en badinant ainsi , lui gaiement, moi gravement. Je renvoyai le postillon avec un billet, disant que le nom de mon ami Saluce était un talisman pour moi, et que je descendrais presque aussi vite que le messager au Pontde-Pany. Je ne pris que te temps de remonter à cheval,, et je galopai par un sentier dans les bois qui abrégeait de moitié la route, pour arriver avant la nuit au Pont-de-Pany.

Je descendis de cheval. Un courrier italien, en magnifique livrée , me conduisit à travers la cour

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