LIVRE DEUXIÈME
(c Le bruit de mes pas sur les pierres n'attira per- « sonne dans cette cour déserte , ne fit ouvrir au- « cune persienne aux fenêtres. Je ne savais à qui a m'adresser pour parier à la supérieure et lui. de- <( mander à visiter les restes de ma sœur et à em- « porter ses reliques. La tourière dormait apparemc( ment, comme les autres habitantes de ce cloître oc endormi. Je m'enhardis, en attendant un mouve- « ment ou une voix , à jeter les yeux sur la partie « ouverte du cloître, sur la fontaine, sur la cour, sur « les jardins que n'animait le bruit d'aucune bêche, <c et à faire quelques pas dans l'enclos.
a J'aperçus enfin, à l'extrémité du cloître, une « grande porte entr'ouverte ; c'était celle de la cha- « pelle du monastère, dont ma sœur m'avait souvent ff parlé. Je pensai qu'une religieuse en méditation ce dans la chapelle avait sans doute laissé cette porte « sans la refermer derrière elle, que le bruit de mes « pas l'arracherait à ses pieuses pratiques, et qu'elle a viendrait m'indiquer la personne du couvent à « laquelle je devais m'adresser. Je fis quelques pas <c sous le cloître ; je trempai en passant ma main ce dans l'eau du bassin qui avait tant d'années rafraî- « chi le front de Glotilde, j'en bus une pleine main V en mémoire d'elle; je poussai le battant de la porte a et j'entrai en faisant exprès résonner mes pas sous « le petit dôme consacré aux dévotions des recluses, «c Je croyais que ce bruit ferait retourner l'une d'entre
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« elles ; mais il n'y avait personne dans les bancs. « Leurs places étaient marquées par des livrés de <( prières laissés sur la dernière étagère de leur prie- « Dieu. Un petit autel au fond décoré de fleurs arti- (( ficielles plantées dans des urnes de marbre peint «c en or, deux ou trois tableaux de dévotion enferce mes et encadrés de bois noir contre des murailles « blanchies à la chaux, une balustrade de cyprès « moulée séparant le chçeur du reste de l'édifice,- un « pavé de grandes dalles dont quelques-unes étaient c( sculptées en bosse avec des armoiries et des figurés, « dont les autres ne portaient qu'une large croix <c carrée dessinée sur la pierre, avec un nom et une (c date en bas; voilà tout. Deux rayons de soleil ce tombant d'aplomb par les vitraux d'un petit dôme « au-dessus de l'autel traversaient perpendiculairece ment le fond de l'enceinte, comme deux gerbes ce d'eau, venaient frapper les dalles au pied de la « balustrade, et rejaillissaient en lumière éblouisse santé à mes pieds sur une de ces sculptures. C'est « à cette clarté de ciel, c'est à la lueur de ce cierge « éternel, comme tu l'appelles dans tes vers, que « je lus le nom de Glotilde et la date de sa mort. Je a me précipitai d'abord pour embrasser de mes deux « bras ce lit de lumière où elle reposait, où le soleil « semblait ainsi la chercher pour la ranimer. Ce ne « fut que plus tard et après avoir prononcé mille u fois son nom, pleuré et prié sur sa tombe, que je