CHAPITRE IX
Reflexions sur lesfaits et les te'moignages rite's dans les chapitres pre'ce'dens,
Si une puissance interme'diaire et de'sinteressee, choisie pour arbitre dans le grand proces intentd aux Je'suites, rendoit une sentence de'finitive, apres avoir pese* avec impartialite' les fails et les t&noir gnagesdansla double balance de-la verite et de la justice , la Societe seroit-elle declaree innocente ovj coupable des crimes enormes qu'on lui impute en inatiere d'enseignement et de conduite?
Je n'hesite pas un moment a prononcer que son innocence seroit haiitement proclamee , tandis qu'on verroit ses ennemis place's avec ignominie au rang des calomniateurs.
En effet, ne doit-on pas croire unhomme innocent, quand ses accusateurs sont des homines de parti, domines par un esprit de baine et de vengeance, dont d'ailleurs les temoignages portent des marques evi'denies d'exageYation et de faussete ' j tandis que les te-
7^ NOUVELLES CO&SlDlhlATIONS
moins qui deposent en faveur de 1'accuse sont revetus d'un earactere auguste , et que , bien loin.d'avoir uh inte'ret personnel qui les excite a le justifier, dans le cas ou ii seroit coupable, ils auroient au contraire , dans une telle circonstance, un grand inte'ret a solliciter sa condamnation? Otti sans doute , puisqu'alors les magistrats, assis sur le trone de la justice, trouvent des preuves authentiques de 1'innocence du pre'venu, et dans le caractere odieux de ses accusateurs , et dans la faussete palpable de leurs depositions, et dans rimposante autorite des te'moignages qui se reunissent en sa faveur ; temoignages d'autant plus convaincans et irrecusables , que, d'apres Thypothese, ils tourneroient au de'triment des tempins, si 1'accuse e'toit reellement coupable. ,
Or,.j'ose avancer, sans crainte de me tromper , i. que les accusateurs des Jesuites sont des homnies de parti, domines par un esprit de liaine et de vengeance ; 2.0 que leurs depositions presentent un caractere eVident d'exageration et de faussete; 3.o que les temoins qui deposent en leur faveur sont revetus d'un caractere auguste et respectable ; 4- q u 'l^ s au " roient eu inte'ret a solliciter leur condamnation ? dans le cas oil ces religieux eussent e'te coupables des crimes dont on cherche a leur imprimer la fletrissure.
i.. Les accusateurs de la^ociete sont des hommes de parti, domine's par un esprit de haine et de vengeance,
Quels sont, en efiet, ces accusateurs? Les Prcn
SUR LA SOGlfiT^ DBS J^SUITES.
testans, les disciples de Jansenius et les incredules. Ne doit-il pas etre permis de les appeler des homines depart!?
Quel droit avoient Luther et Calvin , he's enfans de TEglise catholique, de substituer a Tancienne croyance, des dogmes nouveaux et ateurdes, et de violer la constitution meme del'Eglise, en attaquant ouvertement Tautorite des eveques et du Pape. Us reconnoissoient la divinite de la religion chre'tienne : ils devoient done demeurer soumis, jusqu'aii dernier soupir, au gouvernement etabli par le divinfondateur de celte auguste religion, au lieu de se revolter, sous pre'texle de i-eforme, comme font tous les se'ditieux et tous les conspirateurs.
Quant aux disciples de Janse'nius, ne sont-ils pas aussi des hommes de parti? Ils rendent hommage a la divinite' du christianisme et meme a rinfaillibilite' de FEglise ; et dependant, entrain 6*8 par Tamour de la nouveaute' et par Tattrait de la domination, ils e'puisent toutes les subtilites de la scolastique et toutes les ruses de 1'intrigue, dans la vue d'eluder la force des jugemens de 1'Eglise universelle, et de se soustraire aux anathemes lance's centre 1'erreur.
Erifin ces incre'dules du dix-huitieme siecle, e'galementennemis du trone et del'autel, qui armerent les nations contre les rois en proclamantle principe de la souverainete' du peuple; qui souleverent contre Dieu bt le christianisme, toutes les erreurs et toutes les passions , en. brisant le frein religieux , pour
"j'4 MOBVELtES CONSIDERATIONS
livrer 1'tomme a Tesclavage d'une liberte inde'fmte <<le croyance et d'actions, n'dtoient41s pas encore des hotnmes de parti, voues au genie de la revolte, jet domines par Tambition effrenee de tout renverser fit de tout de'triiire dans 1'ordre politique et religieux., afin d'etre solennellement proclam^s les r^fonnateurs du genre humain, et honore's comme les dieux de Ja terre, vaijiquem-s du Dieu du cieU Co;B?bien de ces dangereux novateurs n'ont pas fait avec sinmite 1'aveu de cette de'plorable am* bition, Jorsqwe, arriv.es a eette derniere heure Ott le fatal bapdeatj de Terrewr et de la passion se de<c3liire et torobe pour toajours, ils apergurent clairement la folie de leiirs syst^mes , sur le bord d'une eternite d'ou ils pouvoient tomber en un instant enjre les mains du J)ieu qu'ils avoient ou-^ trag^ \ J'en appslle a Boulanger , declarant au pioment de la mort, qu'il n'avoit combattu la reli^gion que pour sie faire une brillante renomme'e : fen appelle a Rayrjal, fre'missant d'horreur, au commencement de la revolution francaise , a la vue des tragiques evenemens qu'avoit amene's le triomplie des doctrines philosophiques :j'en appelle a d'Argens , a Toussaint , a la Harpe , a Larclier , et aux autres qui ant reconnu leur erreur, et ont abjure de funestes cpmplots : enfm, j'en appelle au cory;phe'e du parti ahti-religieux, a Voltaire, mourant, environne de ses perfides amis , dans la crainte de$ jugem^ns de i'Eternel , et dans les acees du plus lamentable desespbir,
R; tA.. SQCI&T6 DJSS jis tr/ITES. 7 5
Mais quand les ennemis declares de la Societe n'aunoient pas ete des hommes de parti, leurs temoignages centre les Jesuites seroient-ils receyables et.convaincans.pour des. tribunaux ou pre'sideroit ,la justice, s'ils avoient ete dicte's par un, esprit de liaine et: de vengeance? Noij sans doutej car de tels temoignages ne sont pas la voix.de- la verite qui depose centre le crime , mais.Faccentde la passion quicherche a imnipler une victime. Non-seulement ils san,t suspects a desjuges equitables; ils sont encore des prejuges legitimes en faveur de I'mnocence de 1' accuse. Or, qu'onse rappelle les reflexions que nous.avons presente'es sur le caraot.ere des ennemis des Jesuite ; s ; la- violation ouverte des formes legates qu'observe.la justice, dans- la condanmation pronpncee contre qes religieux; 1'e'trange se've'rite', pour ne pas dire Te'trange barbaric, avec laquelle ils. furent dppouilles de leurs biens, exile's loin de leur patiie , reduits a un etat ou ilsn'etoient plus ni citoyens ni religietjx, sans aucuri: egard pour la. dignite de la vieillesse , ni pour 1'anciennete des services, ni inenie pour la majeste' de la vertu. Qu'on se i;appelle les termes ignobles de cq^iaille jesuitiqiie et de fripons de Loyola^ dont se servoient dans leur correspQndanGe J,i tteraire >les chefs du parti philosophique , pour de>signer ces respectables instituteurs de la jeunesse, qui la formoient aux; vertus, spciales et religieuses avectant ; de zele et de succ^s.; ces savans e'claires. qui agrandissoient notre gloire litteraire, en enrichissant.de pre'cieuses de'couvertes les sciences et les
beaux -arts; ces homines apostoliques qui soulageoient 1'humanite souffrante, consoloient le malheur et civilisoient les nations sauvages. Qu'on se rappelle enfin cette lache fureur avec laquelle d'Alembert poursuivoit les derniers restes de la Societe expirarite, dans le royaume de Prusse, sous un prince incre'dule, tandis que Voltaire se proposoit de les aneantir dans Fempire de la Chine, sous un prince idolatre; et si, dans cette chaine odieuse de proce'des ilMgaux et barbares, on ne veut pas decouvrir de lahaine, des-lors il faut dire que cette passion est une cliimere, qui n'a dans ce monde aucune realite' ; et si la haine et la vengeance fletrissent la conscience des temoins qui de'posent contre la Societe' des Je'suites, des-lors, je le re'pete ?J leurs temoignages sont pour le moins suspects, s'ils ne sont pas des prejuges legitimes en faveur de l'inrioeence de ces illustres perse'cutes.
2. Les accusations intente'es aux Je'suites sont marque'es au coin de 1'exage'ration et de la : faussete^.
Est-il une accusation plus singuliere et plus atroce , que celle qui repre'sente la Socie'te des Je'suites comme une vile reunion d'hommes inte'resses, de banqueroutiers scandaleux , d'intrigans , d'ambitieux, de re'gicides, d'idolatres et d'impies, qui ont constamment dans 1'esprit des plans de fortune et des projets de conjurations contre les Etats, toujours a la main des poignards homicides qu'ils souillent a cliaque instant du sang des peuples et des rois ? Eh quoi I les Jesuites menoient une vie
SUR LA SOCI-J&Ti DBS J^SUITES. *]*J
t&re, pauvre et laborieuse. Toutes les regies de leur Institut tendent a I'lmmolation des penchans de la nature. Tout, dans la constitution de 1'ordre et dans la discipline qui s'observe chaque jour , est dispose et coordonne dans la vue d'etoufier jusqu'aux derniers gerrnes de 1'ambition, de la cupidite , de la haine, de la violence et des autres passions qui mettent le trouble dans les families et les Etats. Et Ton veut que cette Societe' soit le plus affreux assemblage de passions et de crimes qui ait souille i'univers ! On veut qu'elle renferme dans son sein une foule de brigands plus scelerats et plus dangereux que ne 1'e'toient ces voleurs et ces assassins, autrefois commande's par un Cartouche et un Mandrin, qui violoient la surete publique , et s'enrichissoient, par la violence, de 1'or et de Targent de leurs concitoyens. Ceux - ci assassinent les particuliers, et les Te'suites assassinent les rois; ils attaquent les voyageurs sur les grandes routes, et les Je'suites mettent le feu aux quatre coins de I'univers,; ils levent des contributions dans des petites villes ou ils jettent la terreur., et les Je'suites sont les fle'aux detoutes les villes , de toutes les provinces et de tpus les Empires. Y a-t-il, dans une pareille accusation, -ombre de vraisemblance et de bonne foi ?
Un Jesuite se leve a quatre heures du matin, prend iine nourriture tres-frugale, est ve"tu pauvrenient , et n'a pas meme en hiver de feu dans sa chambre, sauf le cas d'infirmite. Oblige, par le voeu d'obe'issance, a une soumission paifaite envers ceux qui lui
KOCVE'LLES CONSIDER AT IONS tiennent la place de Dieu , il quitte sa terrenatale, sa faraille, ses amis , et meme sa patrie, du corisentement du prince, pour voler a 1 'instant oh la voix de ses ; supe'rieurs 1'appeMe, Appele par la distinction de la naissance ou sparTeclat du talent a une fov-tune brillaate, ou a (les places honorables, il se ferme volontairement le cheniin aux richesses et aux honnenrs, par le voeu formel de ne briguer sous aucun pretexte hi les emplois : de la Coinpagnie , ni les dignites eccle'siasti(|ues. La plupart de ces religieux consumeiit leur temps et leur vie dans les soihs de Teducation de la jeunesse, dans les travaux des missions, dans 1'etude des sciences. Le general meme de la. Socie'te n'a guere d'autre distinction que son titre. Voici le portrait qu'en a trace un e'crivain qui avoit eu 1'oceasion'dele voir et de le juger : Seul, isole , presque tou jours occupe a e'crire, le general des Jesuites n'a pas seulement^du feu dans sa cliambre pendant I'liiver ; a .peine un brasier echauSe son antickambre dans les plus grands froids; quelques chaises antiques , quelques livres pieux , ' quelques estanlpes, quelques tableaux, ce sont tous ses meubles ; un cabinet p'oui 1 travailler, une chapelle'pour dire la messe, ce sont tous sesappartemens. Quand il va a 1'audience du Pape , ou rendre quelques visites aux cardinaux, un seigneur romain veut bien lui jpreter un carrosse : une chaise a 'deux est en re'serve pour la ville'giature de Castel-GaTidolfe, c'est tout son e'qmpage.Ilalapremiere place marqae'e au refectoire , c'est la seule
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distinction qu'il y obtienne. H n'a ni fonds, ni revenu, ni manse particuliere , ni, pension annuelle: aussi n'a-t-il ni domestique -a payen, ni maison a entrefcenir, ni auciine sorte 'de depense a faire. Deux freres pour le servir, quatre secretaires -p'oii-r repondre aux lettres, un assistant de diaqtie nation pour 1'aider de ses conseils, un admoniteur qui est t^nioin de sa conduite et qui )? veille sur ses demarches , c'est tout soil cortege. II n'a d'autre distinction , d'autre de'coration , d'autre conside'ration q'ue celle que lui assurerit dans son ordre le respect pour son autorite' , Taj> mour qu'on a pour sa personne, et la veneration qu'on doit a ses vertus (i) .
Eh bien ! c'est dans ce gene'ral des Jesuites, pauvre dans ses habits et ses ameublemens , simple et austere dans ses moeurs, surveille' par un admoniteur et.par des assistans de chaque nation , que les ennemis de la Societe decouvrent un despote qui amasse autour de soi 1'or et 1'argent de I'-ancien et du iiouveau monde , un tyran qui rend ses sujets malheureux, et s'abreuve du sang des rois-, c'est dans ces religieux^ voues a la pauvrete monastique, qu'ils voient des negocians inte'resses traversant les mers les plus dangereuses ? bravant toutes les internperies dessaisons, afFrontant tous les ecueils des voyages les plus perilleux , dans la vue de faire. fortune et de mener une vie opulente j c'est dans ees religieux ?
W Coup tfceil. , ...
8o NOtn'ELLES CONSIDERATIONS:
instituteurs de la jeunesse, qui se vouent a des fonctions obscures et penibles ; dans ces religieux , appliques aux etudes serieuses et aux meditations savantes , qu'ils apercoivent de vils seditieux , des intrigans devores par la soif des honneurs , des regicides et des revolutionnaires qui se mettent a la tete de toutes les conjurations, et dirigent le fer parricide de tous les meurtriers des rois. Certes , s'il n'y a pas d'exage'ration dans ces nombreuses et infames accusations , il n'en existe nulle part , ni dans les histoires e'crites de la main des auteurs les plus convaincus de partialite, ni dans les contes les plus fabuleux qui soient jamais sortis de la tete des poetes et des faiseurs de romans.
Est-il encore une fable plus ridicule et plus de'nue'e de vraisemblance } que cet enrolement, de Louis XIV sous les bannieres de 1'Institut? Sans doute ? il faudroit une grande force d'esprit dont je ne me sens nullement capable, pour croire, sur le te'moignage des ennemis des Je'suites, qu'apres avoir dompte' son Jiumeur guerriere et la noble fierte de son caractere, cet illustre prince, seduit parle pere Le Tellier, porta 1'esprit de de'votion et la perfection du de'tachement des grandeurs , jusques a faire , sous la de'pendance de ce Pere, les trois vceux de religion, etmemeceluid'obeissanceauPape, pouraller aux missions.
Enfm que penser de cet arret du parlement de Paris, si re'voltant et si comique tout a la fois, qui
declare
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declare que 1'Institut est inadmissible, par sa nature, dans tout Etat police f comme contraire an droit naturel, attentatpire a I'autorite spirituelle et temporelie, etc. etc. Voila done Henri III , Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, la plupart des princes d'Allemagne ,et tous les rois de 1'Europe, accuses par le parlement de Paris d'ayoir admis dans leurs Etats un institut inadmissible par sa nature, dans tout Etat police. Voila done en* core vingt souverains pontifes, un concile ge*neral, presque tous les eveques de la catholicite > corivaincus par cette Cour souveraine , d' avoir loue, preconise' , approuye un institut qu'ils de* voient fletrir et condamner , comme etant contraire au droit naturel, et attentatoire a 1'autorite spirituelle et temporelle. Jusques a I'e'poque oft cet arret foudroyant sortit du sanctuaire de la justice , les premiers ministres de la religion n'avoient apergu, dans ce recueil de maximes et de regies destinees a perpe'tuer dans la Socie'te' 1'esprit de saint Ignace, qu'un code sublime de legislation , donl les principes et les dispositions etoient pulse's dans les conseils evangeliqueS) dans la connoissance du coeur mimain , dans I'expe'rience des siecles. Mais tout-a* coup, le parlement de Paris, eclaire' d'une lumiere extraordinaire, a mis en defaut la sagesse des pon* tifes et 1'infaillibilite des conciles. Plus verse' dans la science de la morale, que les juges de la foi et les docteurs des fideles, il a trouve des mysteres d'iniquite, des attentats au droit naturel, la ou 1'Eglise
Universelle respectoit des lumieres divines , et admi j roit un iristitut pieuxet sdini, comme un chef-d'ceu* Vre de perfection religieuse.
Quant aux einpereurs , aux rois ,- aux princes sou- Yerains, <|ui 'ont hme I'lnstitut et protege les Je- Suites dansleurs Etats, ils sont convaincus , parle parlement, d'avoir voiilu .ramener leurs peuples aux temps de la barbarie et a 1'etat des nations hon encore civilisees. Car j puisque I'lnstitut est inadmissible dans tout Ettit .police, les Je'suites qui le professeht , et en suivent les maximes, sont n^ cessairement des hommes dangereux, qui doivent incliner les peuples vers les mreurs de 1'e'tat sauva^e , et les conduire insensiblement a ce't ignoble abrutissement ou se trouvoient les Hurons, les Illinois, les Iroqivois, avant qtie le christianisme les euthumanisies et civilise's. Knvironner de son estinie et honorer de son affection de tels hommes , c'est done faire re'trograder les nations vers les tenebres de la superstition, et les Jeter 1'une sur 1'autre dans les vices dela barbarie. II est vrai que ces religieux, inadmissibles dans un empire police', ont cultive avec succes les sciences et les beaux-arts, non dans les bois et les de'serts, mais dans des principautes et des royaumes dont les habitans sont parvenus au plus haut degre de civilisation : il est vrai qn'ils ont donne', dans tons les lieux oti Ton a accepte' leurs services, le beaii spectacle de toutes les vertus evangeliques ; soulageant les miseres humaines dans les hopitauxj consolant, dans les prisons, le nialheur
SUtf LA. SOCI^Tfi DBS jstJITES. S3
<m\ expie le crime ; adoucissant , sur les echafauds, les amertumes de la mort aux victimes de la justice humaine ; precharit aux peuples dans les missions, etalfx rois assis sur le trone, la douceur, l'humilite',la patience , 1'oubli jdes injures, le zele du bien public , toutes les vertus qui honorent le cliristianisnie et I'liumanite : il est vrai encore , <qu'au pe'rii de leur liber te et de leur ^vie, airprix de leurs sueurs et de leur sang , ils oot humanise, dvilise, police ccs hordes sauvages de l'Ameri(jue, qui erroient dans les forets comme des animatix faroiickes ? et se nourrissoient de chair humaine comme des tigres cruels et des lion's affames/ N'iin* porte, en vertu de 1'arret du parlement de Paris j du 6 aout 1762, en depit de ces prodiges de charite et de civilisation , les Jesuites , ainsi que leur institut , doivent etre de'clares inadmissibles dans tout Etat police. Ainsi, les forets de TAmerique et les deserts brulans de 1'Afiique doivent etre le dernier asile de ces religieux , les feuilles des arbres et la peau des ours leur tenir lieu de vetemens, la fcliasse et la peche fournir a leur iaourriture jonrnaliere,; et si les nations civilise'es ne veulent pas retomber dans 1'ignorance et la barbaric , il faut , de toute necessite , qu'elles repoussent les Jesuites de leur sein, coiiime autrefois rEurope entiere luttoit peniblement contre ces barbares sortis du Nord , qui ravageoierit ses contrees florissantes, infectoient de leurs vices les peuples du continent , et menacoient le genre "humain de ie preeipiter dans rabrutissenaent oti ils 1
etoient eux-mdraes plonges; ainsi 1'a decide le parlement de Paris: il faut absolument cjue Charles- Quinf;, Henri IV ? Louis XIV etlant d'autres princes passent condemnation , tandis que les ministres du Dieu viyant, charges de veiller a la garde du depot de la revelation , s'mclineront ayec respect devant . c.e tribunal laique , infaillible interprete du droit naturel. Les magistrats qui prononcerent cet arret , aussi fletrissant.pour la royaute que pour le sacerdoce, ont-ils apercu ces deplorables conse'quences, si clairement deduites du principe? Je ne peux me resoudre a croire qu'elles aient echappe a la penetration de leur esprit 5 ils etoient trop eclaires pour ne pas yoir ce qui frappe, au premier abord, les yeux les moins clairvoyans. II faut done qu'au jour fatal ou cet arret, singulierement atroce, fut rendu , la haine presidat sur les tribunaux, a la place de 1'impartiale justice. Quel que soit le parti que Ton prenne entre ces deux ecueils, dont Tun sera v toujours inevitable , il est e'vident qu'il y a dans le Iangage de cette Cour souveraiue, ennemie de'claree des Jesuites, exageration palpable et faussete ridicule.
3. Les te'raoins qui deposent en faveur de 1'utilite de 1'Institut et de 1'innocence des Jesuites, sont revetus d'un caractere auguste quicommande le res-, pect et inspire la confiance.
II n'existe parmi les hommes rien de plus auguste ou de plus sacre , que la saintete de la vertu, re'clat du gepie, la majeste du trpne etla dignitd du sa*
SUH LA SOCltiTS DES J^STJITES. 85
eerdoce. Or, ces titres respectables et ces qualite's brillarites illustcerent plus . on mbins les temoiiis nombreux qui ont deppse en faveiur de Tirmocence des Je'suites. Dans la masse des te'm.oignages honorables a ces reHgieux, qui s'est offerte a nos regards, nous avons ehoisi ceux de Henri IV, de Louis XW > du Dauphin , pere de Louis XVI, de Catherine II, imperatriee de Russie, de Richelieu, du cardinal de Fleury, de Bossuet, de Bacon, de Leibnitz, de plusieurs parlemens, de Clement XIII, des asseniblees. generates du clerge de France de 1761: et de 1762, et de plusieurs autres corps ou personnages graves. Je ne m'arreterai pas a prouver que les imposans souvenirs du genie, de la vertu, du pouv.oir royal etde la dignite des pontifes de la religion , se rattachent a ces noms illustres graves sur les tables de 1'histoire. Si les ennemis de la Societe bsoient leur disputer cette gloire, le monde savant, la posterite toute entiiere, les.accuseroient d'une.grossiere ignorance ou d'une insigne mauvaise foi. Mais peutetre sWorceront-ils d'affoiblir la force de ces temoignages accablans, en disant que ces grands hommes se sont trompe's dans le jugement qu'ils ont porte sur 1'utilite' de I'lnstitut et sur J'innpcence des.JesuiteS' Une telle reponse seroit.une de'faite pitpyable, ; qui n'a pas , j'ose ie dire , une ombre de vraisemblance. Dans des questions obscures et difficiles de morale, de metaphysique, du droit des^gens ou des sciences naturelles, les genies les plus sublimes peuvent selaisser eblouir.par des sophismes, et embrasser Terreur en
86 jfOTTVELLES CONSIDERATIONS
croyant s'attacher a la verite'; mais sur des faits que Ton dit tre olairs et incontestables comme 1'existence du soleil,.ils he peuvent errer , a moins que la passion ne les aveugle au point de leur oter le fugement, ni attester 1'erreur, ^ino,ins que Fmteret personnel dominant leur vertu ne les determine a fouler aux pieds la veiite de i'histpire.- Or, les crimes que Ton impute aux Je'suites sont , au rap^ port m^me des ennemis de la Societe, des faits publics et Eotoires, qui se sont passes, nop dans les tenebres ou dans 1'epaisseur des forests, mais sur le \aste tlieatre de tous les royaumes de 1'univers. |ls les accusent d'enseigner une morale infame qui renverse de fond en eomble tous Jes principes du droit naturel, toutes les regies sacrees de la conscience. Les Jesuites preckpfent dans les colle'ges , devant les rois, dans toutes les Eglises du monde catholique ; ils ensejgrioient la the'ologie dans les colleges et les Universites ; et leurs livres , dont on a eite tant de passages authentiques ou supposes, se trouvent dans les bibliotheques publiques et dans les bibliotheques des particuliers. Ils ejtoient connps des dveques qui ont pris leur de'fense ; pui^qu'en lavant la Socie'te' du reproche de morale rel^che'e, ils ont neanmoins signale les auteurs repre'hensibles qui ont prete le flanc a une juste censure. Ils les accusent encore d'etre des ambitieux, des regicides, des seditieux, qui assassinent les rois et portent le trouble dans les Etats. L'histoire etoit ouyerte sous les yeux de Henri IV, de Louis XIV, de Catherine II, de Hi-
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4helieu, de Eossuet et de tant de savans-celebr.es qiji ont loueLet ju&tifie les Jesuites. II est done irii* possible d'avancer qu'tls out ignore le earaetere dominant de la $ociete , et les crimes horribles dont oil .Qbercli^ a lui. impvimei 1 la fletrissure , sans; taxer d'une grossiere ignorance ees priue.es illus.tres.et-.ees genies immartels. II ne reste done plus.qu'une seule clios,e a dire pour : infirmer leurs te'inoignages , Ci'est de pi e'tendre ,(je 1'interet public ou rinte'ret personael leur a iellenient fasejne les jem> .qu'ils ont pris pour des ehimeres ce qui s'et pa.ss.e au ,.\u et an su du monde entier ; ou bien que ,. domine's par cesdeiix nio.tifs si piuissans, ils antries;o}ja defaire I'apologie du crime ep depit,,de la yjeri;te ,.et; de la yertu. Or , si c'est la toute la ressourqe 4es enuemis de;la Socie't,e' ^ je ! ne crains pas id'assuver gue leur dernier asile &e irp.ivve dans un paradoxe ridicn|e et cbris,le, dpmajrie de I'absurdite. C'est ,c^ qu'il.me sera facile de demontrer en prouvant la quatrie^ pro,ppsition que j'aiinise en.avant ; savoir, q^e Vinteret p ublic QU rint.e'ret personnel, , loiia de p ( 0uss,er les apologi&tes de, la S.o,cie't.e' a de'poser e.n. sa fayeur, les auroit, a^ contraif e , ;d^termine's a solliciter SA.eqndamnatipn., et.ila prQ&.crir,e comnie un carps cligne de rex.ecrajtian du gejiye l^umain, si ell,e e'tpj.* re'ellement co,upable de.s, forfaits qu'on lui in>p,ut,e, . Et en effet , quel interet public p,u p,erpnftel a pu inspire;r # Baco ; Q et; a ^eibnitz, de Testime e,t ,de 1'affection pour les Jesuites? No's to,usde,ux dans^n^.^fictesepare'e del'Eglise catholique, iletoit plutot dans leur