‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 9 sur 32 · DE · texte numérisé non relu

DE

les fermes soutiens de 1' episcopal violemment attaque' par 1'esprit d'incre'dulite 5 les reclamations erifiti des assemblies du clerge des anne'es 1761 et 1762, de'posaat au pied du trofte les temoignages de 1'estime et de la bienveillance dont ils lionoroient 1'Institut, fotmalit les vceux les plus ardens pour la conservation de la Societe, et ne pouvant envisager sans effroi les malheurs qui accableroient la religion dansle royaufiae tres - chrdtien ; si cette coaipagnie venoit & succomber sous les coups de ses enneniis.

Ges inonUniens du 2ele du clerge de France et de la vive affection q-u'il portbit aux disciples de saint Igftace, sont t'rop remarqnables potir etre oniis dans cet ecrit : ils termineront la chaine des t^moignages graves et authentiquessur 1'Ordre des Jesui'tes, qut nous devions citer dans ce chapitre. On y trouvera tine apologie complete de la Societe ,, awe une nouvelle preuve de 1'esprit de vengeance qui anima sans relache contfe elle les advereaires de la religion et de TEglise.

De'ja, dans les Etats-ge'ne'rauxde i6i4etde r6i5, la Ghambre eeclesiastique avoit represente an Hoi, qu'il ifalloit multiplier les colleges des J&iaites; que leur Institut a servi et servira,.*, pour la manutention <fe la foi et religion caiholiqiue, resttwration rfe l& piete et bonnes mceurs en wette, et pour I'ex-

des heresies.

De'ja 1'assemble'e du clerge de 1617 avoit propose

64 N U V E L L E S C O N S I D R A T I tilS $ '

les ecoles des Je'suites, coinme un moyenpropr&a remettre lafoiet la religion dans I'ame despc.uples. Mais ces eloges donnes aux travaux de la Societe devojient etre suivis, dans des circonstances orageuses, d'une discussion approfondie des principaux griefs imputes aux Je'suites, afin que Tmnocence de ees religieux fut vengee avec plus d'eclat.

Louis XV voulant sayoir le sentiment des eveques de son royaume, siir les principales accusations dirige'es centre eux , chargea, en 1 761, le comte de Saint- Florentin d'ecrire de sa part au cardinal de Luynes^ que son desir etoit, que les eveques qui se trouvoient alors a Paris et.a la Cour se rassemblassent pour confe'rer ensemble et donner leur avis sur plusieurs points concernant 1'Institut de la Societe des le'suites; savoir : i . 1'utilite dont les Jesuites peuvent etre en France , les avantages et les inconveniens qui peuvent re'sulter des diiFerentes fonctions qui leur sont confie'es.

. 2. La maniere dont les Jesuites se cbmportent dans 1'enseignement et dans la conduite sur les opinions contraires a la surete de la personne des souverains , et sur la doctrine du clerge' de France contenue dans sa Declaration de 1682 ; et en ge'ne'ral sur les opinions ultramontaines.

3.0 La conduite des Je'suites sur la subordination qui est due aux e'veques et aux superieurs ecclesiastiques , et s'ils p'entreprennent point sur les droits et les fonctions des pasteurs.

SUE,, LA :SOClfiT DES ^SUITES. 65

4. Quel tempe'rament on pourroit apporter en France a Te'tendue de Tautorite' du ge'ne'ral des Jsuites, telle qu'elle s'y exerce*

Les e'veques, se conformant an desir du Roi^ se reunirent au nombre de . cinquante cliez le cardinal de Luynes , et nommerent une commission qui fut charge'e d'examiner les diffe'rentes questions, et d'en faire son rapport a TassembleCi L'avis de la commission fut on ne peut pas plus favorable a la Socie'te , et les pre'lats arreterent , en de'cembre 1761, que 1'assemblee ecriroit au Roi une lettre, dans laquelle elle lui feroit connoitre ses sentimens sur 1'objet qu'il avoit daigne soumettre a son examen. Cette lettre fut signe'e par quarante-quatre Archeveques ou Eveques. Pour e'viter une longueur importune, j'en citerai seulement quelques fragmens relatifs aux difierentes questions proposees a 1'assemble'e.

i . Apres avoir rapporte' plusieurs t^moignages treshonorables aux Je'suites, et attribue les contradictions qu'ils essuyerent en France, lorsdeleur e'tablissement dans ce royaume , a la nouveaute et a la singularite de leur Institut , a 1'e'tendue des privileges qui lui etoient accorde's par les bulles des Papes, et a la gene'ralite' de son objet qui le mettoit en concurrence avec tous les corps deja e'tablis; apres avoir remarque que les Je'suites ayant dissipe' par leur conduite les preventions qu'on avoit cues contre leur Institut, le clerge et la noblesse du royaume s'e'toient declare's puvertement en leur faveur, et que

66 WOCVELLES CONSIDERATIONS

les Rois de France leur avoient accorde une protection, sur garant de 1'utilile de la Societd ? lesprelats repondent directement a la premiere question , en ces termes : Les Jesuites sont tres-trtiles a nos dioceses, pour la predication, pour la eonduite des ames, pour e'tablir, conserver e't renotiveler s> la foi ; et la jriete' par les missions, les congregations, les retraites qu'ils font avec notre approbation et sous notre autbrite : parcesraisoiis/nonspenSons, Sire , que leur interdire I'lnstruction , ee seroit porter un notable pre'judice a nos dioceses ; et pour rinstructibn de la jeunesse il seroit tres-difficile de j) les remplacer avec la meme utilite, surtout dahs les viiles de province ouil rry a pas d'Universite's.... Adherant donCj Sire, au pgement que les souverains Pontifes efc le concile de Trente oht porte de la Gompagnie delesus, et au te'moignage que le clerge de votre royaume , les Rois vos augustes prede'cesseurs, et Votre Etat, ont rendu a 1'utilite des Jesuites en France, nous pensons qu'en prevenant tous les abus qui pourroient se glisser dans 1'exercice de leurs fonctions, ils he peuvent etre que tres-uliles a la religion et a votre Etat .

2.0 Les prelats de 1'assemble'e attribuent Ma haine des Galvinistes centre les Je'suites , Taccusation intentee a ces religieux, d'enseigner la doctrine du regicide^ Ils citent en preuve de leur innocence la protection que leur ont accorde'e les eveques du. royaume , qui ont toujours marque un attachement si jidele a la personne sacree de nos Rois. Ils se

SVJL LA SOCliT^ DBS J^SUITES. (Jb

;plaignent que pour rendre les Jesuites odieux on

les ait traduits devant le public comme les iriven-

teursd'une doctrine qui. avoit ete miseau jour bieh

long-temps avant qu'il y eut J des Je'suites dans le

.liionde. Us alleguerit en preuVe de rhorreur qu'ils

: pntde toute opinion <contraire a la svtrete des Sou-

verains ? et de leur soumission aux maximes etablies

,par le clerg du royaume dans les quatre articles

de 1682, la Declaration qu'ils viennent de remettre

dans leurs mains en demandant qu'elle soit de^posee

au grefie des officialites, >pour y servir d'un tiemoi-

gnage toujours subsistant de leiir fidelite ; etils con-

cluent en disant : L'enseignement que les Je'suites

font da!ns nos dioceses, Sire , est public : desper-

sonnes de tous etats et de toutes conditions sont

, temoins de ce qu'ils enseignent : nous osons assn-

rer a Votre Majeste , qu'ils n'ont jatnais ete accuses

aupres de nous de tenir la doctrine qu'on leur

impute. Qu'on interroge ceux qui ont ete e'leve's

dans leurs colleges , qui orit frequehte leurs mis-

sions, leurs congregations, leurs retraitesj nous

sommes persuades qu'on n'en trouvera pas un

seul qui depose qu'il leur ait ehtendu -'enseigner

quelque doctrine contraire a la surete des Sou-

verains et aux maximes du royaume : nous leur

devonsmeme ce temoignage, que dans leurs col-

leges ils cohsacreht leurs talens et ceux de leurs

e'coliers a celebrer leslouanges de nosRois-, et ^

inspirer les sentimens de respeqt et de, fidelite '

sant dus a 1'autorite et a la .majeste rpya'le .

3.o Les eveSqites de 1'assemblee avduent c[ue les bulles des souverains pontifes accordent des privileges excessifs aux Jesuites, aussi bieh quaux autres Ordres meridians, et que jusqu'en 1670 les Jesuites, ainsi cjue les Religieux jnendians, s'efforcerent de faire valoir ces privileges centre le droit commuti et la juridiction des ev^ques ; sous pre'texte que la discipline du concile deTrente^ qui les abolissoit, n'etoit pas encore recue en France; mais que depuis cette e'poque les Jesuites n'avoient pas forme de pareilles preventions, et que d'ailleurs, ayant renonce aux privileges qui leur sont accordes par ces bulles, en tout ce qui seroit contraire aux maximes du royaume et aux libertes de 1'Eglise gallicane, et y renoncant encore d'une manieresi precise qu'elle ne peut laisser aucune equivoque, dans la De'claration qu ils viennent de pre'senter, ils ont satisfait a tout ce qu'on pouvoit exiger d'eux sur ce point .

Apres avoir dissipe* les alarmes que le Roi avoit pu avoir sur les entreprises de la Societe' centre la juridiction e'piscopale, 1'assemble'e termine sa re'^ponse a la troisieme question par un projet de re'glenient qui devoit faire disparoitre jusqu'a Tombre d'un pareil abus.

4.0 Loin d'etre efFraye's de 1'autorite du general des Jesuites, les e'veques de 1'assemblee de'clarent qu'elle est an moins aussi restreinte dans les constitutions de cette Compagnie que dans celles des autres religieux } qu'il ne peut disposer d'aucun des

SUB. LA SpeiriT^ DES J^SUITES. g

biens des maisons de I'lnstitut , qui son t sous la domination du Roi, que selon les lois qui regissent le royaume, et sous la vigilance des depositaires de I'autorite royale ; que par leur conduite dans 1'affaire de la Re'gale, citee avec eloge parM. de Novion, pour lors premier president duParlement, et par M, 1'avocat gene'ral Talon , ils ont montre, mieux que par tons les raisonnemens , que tons les Jesuites sont persuades que Vpbeissance a leur general , telle quelle est prescrite dans les constitutions , ne les oblige point dans tout ce qui pourroit leur etre ordonne de contraire a la soumis.sion et a la jidelite quils doivent a leur souverain.

Enfin, disent les eveques, nous pensons t Sire, fjuilny a aucun changement a faire dans les constitutions, de la Compagnie de Jesus f par rapport a ce qui regarde I'autorite du general.

Aiiisi s'exprima 1'assemblee de> 1761 sur la Socie'te des Jesuites. Yoila done quarante-quatre temoins, revetus d'un caractere sacre, qui deposent, en presence du Roi de France, en faveur de I'lnstitut, de la doctrine et dela conduite de ces religieux. Une autorite aussi imposante auroit sans doute arrete les Gours souveraines dans leurs te'meraires entreprises sur les droits de 1'Eglise, si les ennemis des Je'suites eussent alors respecte' les bornes sacre > es que Dieu a pose'es entre les attributions des deux puissances : mais les Paiiemens, entraines a cette epoque parun esprit de cabale et d'erreur,me'priserent la vpix des pontifes de la religion , et ne cesserent de porter

70 MOTTVELLES CONSIDERATIONS

de nouveaux coups a.l'Institut. Cependant rassemble'e de 1762 redoubla de zele pour faire penehei* du cote des Jesuites la balance de la puissanceroyaler elle adressa un me'moire au Hoi, dans Sequel elle demandoit avec instance la conservation 4e la Societe. Sire , disoient les prelats de rasserable'e , en vous demandant aujourd'hui la conservation des Je'suites , nous vous pre'sentons fe I^OSM. M unanime de Louies les provinces ecclqsiastiques devolre royaume : Elles ne peuvent envisager sansalarmes la destruction d'une societe de religieux recommandables par 1'integrite de leurs moeiirs, 1'austerite de leur discipline, 1'etendue de leurs 3) travaux et de leurs Itimjeres, et par les seiwices sans nonjbre qu'ils ont rendus a FEglise et a 1'Etat . Apres av.oir rendu cet hommage a 1'utilite de la Socie'te, l!assemblee rappelle les marques d'es^ time et d'affection. qu'elle i a. recues de la. part des ."Rois et des peuples ; s'e'tonne de la precipitatibn et de la severite avec lesquelles elle a ete de'pouille'e. de ses colleges, de ses noviciats et de ses biensj cherche en vain les causes qui ont arme le pouvoir contre elle ; ; s'indigne de la temerite avec laquelle on>a ose trailter d'impies et de sacrileges des constitutions consacrees par les suffrages du concile de Trente r de 1'assemblee de 15^4, et de plusieurs Papesj reclame vigoureusement contre I'incompetence del'autorite qui s'etablissoit Tarbitre du sort de la Societe; represente les avantages d'une education religieuse, les pertes nombreuses qu'elle essuyoit dans les col"

SUH LA SOClSTfi DBS JSUITES. yi

leges par la difficulte de reraplacer les Je'suites, les droits des eve^ues sur 1'education ; et montre enfin, dans toute la suite de ee me'moire, e'crit avec une logique pressante , cette noble liberte et cette vigueur episeopale dont doivent user les premiers ministres. de la religion , lorsqu'ils dependent devant le trone les int^ts de 1'Eglise et de 1'Etat.

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