‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 12 sur 32 · SUB. LA. SOCI13T DBS · texte numérisé non relu

SUB. LA. SOCI13T DBS

Quel interet public ou personnel auroit inspire a Catherine II la pense'e d'ecrire au chef de 1'Eglise avec autant de liberte' que d'eriergie, que cette celebre Compagnie est une troupe d'hommes paisibles et irinocens ; que de toutes les societes catholiques, elle est la plus propre a inspirer a ses sujets des sentiinens d'humanitd et les prineipes de la religion chre'tienne, et qu'elle est re'solue de la soutenir contre quelque puissance que ce soil? Falloit-il que , pour plaire a une poignee de catholiques dissemines dans son vaste empire , elle eompromtt la suretd.de sa personne et de son tr6ne, avec la paix et le bonlieur de tant de millions de sujets soumis a sa domination ?. : : ,

Enfin, quel interet public et personnel auroit engage les eveques de France a venger la morale des Jesuites des accusations calomnieuses des ennemis de la Societe' ? Je le sais , les Jesuites etoient uh corps formidable qui opposoit ses forces aux progres de la philosophic moderne, de meme qu'une phalange de soldats aguerris ? et aecoutumes a vaincre, ralentit la marche d'un ennemi triomphant; ei sous ce rapport, Tintere't public de la religion reclamoit la conservation de la Societe*. Mais pour d^fendre le christianisme contre le ravage des doctrines impies, falloit- i'l fouler aux pieds les e'crits des Peres et des docteurs de 1'Eglise , et dechirer toutes les pages 'du code sacre de 1'Evangile , en preconisant un enseignement public qui autorisoit le vol, 1'homicide , le blaspheme, le re'gicide, radultere , ridalatrie et

9Q KOUVEtLE3 CONSIDERATIONS

tons les crimes qui souillent la face de Tuniyers. Non, Jamais Tin te ret public de la religion ne persuade ra a des evques egalement pieux et eclaire's , qu'i). faille soutenir I'edifice du christianisme par un moyen aussi criminel. II vaudroit cent fois mieux: que le dernier sanetuaire fufe detruit ehez un peuple chr^tien, et le dernier autel ou&'immolela victirne sa'inte precipite' dans les abimes.de l'Ocean r plut^t que d'acheter la conservation de la religion au prix d'un tel sacrifice j que dis -. je ! au prix d'une telk apostasie. C'est par la puissance divine, accompa^ gnee des, vertus evangeliques, que le cliristianisme a vaincu Vidolatrie ; qu'il s'est eleve dans Tunivers comme un magnifique temple ou les rois et les na^tions sont venus humilier leur orgueil, et deposer aux pieds du vrai Dieu , avec les depouilles de la superstition et du viee ? I'lionimage de leur reconr noissance et le tribut de leur sounlission. Or, ce temple , oh toutes les vertus sont consacrees et tou$ lest viees frappes d'un eter,nei aaatjbeme , ne conserve nl sa stabilite ni sa glpvre dans un royaume, par la ; ti'ahiso.n des pqntifes du Tres-haut. D'ailieurs, en pren?tnt la defense d'une niorale aussi infsime, les-prelats de 1'Eglise .gallicane n'auroient-ils pas avili leur caractere et perdu toute consideration dans les,ames bonnets? Leur interet personnel ne leur imposoit-il pas le devoir de louer da.nsles; Je^-r suites ce qui e'toit louable , : et de eondamner ee qi e'toit inexcusable? En deniandant au Roi k conservation de la Socie'te', n'auroieut-ils pas du proposer

SUB. LA SOCllSTri DBS J^SUITES. Qt

les moyens.de re'primer ee scandaleux enseign.ement, comme ils avoien : t propose' ceux de faire disparotlre jusques a f ombre ine'me des ab us auxquels pouvoient .dpnner lieu les nombreux privileges aceordes par les papes a Flnstitut. 'Tenir wne conduite opposee, c'fitoit Ccvidemment tromper la eonfiance du prince, ; ecourir sa .disgrace, et^e trainer .honteusemeat dans une fange impure.

]yo,u$ ayons jdonc e'tabli la ve'rite' des quatre propositions que n.ous ayions promis de de'montrer; savpir ; i.9 .que les accusateurs de la Societe ont etc .4es homines de parti dpmines par un esprit de haine ,et d,e vengeance^ 2.0 que leurs te'mdignages sont ; raarques an .c.pin de 1'exageration et de la faussete; 3.9 qu.e les temoins xjui de'posent en faveur des Jesuites, spnjt rey&qs d'un caractere auguste qui com- Jnan4e le respeet et inspire la eonfiance ; 4- que ces teinoins respectables n'ont ete determine's a devenijp les apologistes de Ja So.ciete' par aucun motif d'intei:et pwblie ou pjersonnel, quif6t en opposition avec la vpritje', puisque si la Socie'te eut ^te' coupaj}le des Grimes qu'on lui ippute, ce double intdret leur e&t an contraire impose le devoir de passer au rang de ses accusateurs et de solliciter sa proscription.

Qu'opposeront alette m^sse de te'moignages et de preuvjes, les ennemis de 1'Ipstitut? Peut-etre dirontils que si des savans ont pris la defense des J&uites, des savans les ont accuses des plus grands crimes ; que si, a une certaine e'poque, les souverains de

3 STOTTVELLES CONSIDERATIONS

1'Europe les ont favoi'ablement aceuejllis: dans lemi Etats; a une epoque plus recente, les CourSvCatholiques, mieux instruites du caractere de la Societe^ et plus eclairees sur les de'sastres dont elle a rempli 1'univers , i'ont condamnee, proscrite ; , depouillee de sesbiens, et vouee a. 1'execration des siecles a venir. Yain subterfuge! foible et ioipuissaate ressource de la mauvaise foi !

Nous avons clairement demontre, par des ! faits incontestables, par des ecrits authentiques, que les savans qui ont ete les ennemis decla re's des Je'suites etoient des hommes de parti, voues a The'resie ou a 1'ijnpiete'; qu'ils ont ete contredits par des savans attaches a leur secte, mais moins passionne's qu'eux ; que les princes catholiques, qui ont expulse de.leurs Etats la Societe des Je'suites, ont e'te subjugues et domine's dans leurs conseils par des ministres philosophes ou jansdnistes ; que la violente persecution dont cette celebre compagnie a e'te la yictime, est au nioins un prejuge legitirae en faveur de son innocence, puisque le zele des Jesuites a defendre la religion et 1'Eglise, a ete leur crime capital, et 1'impprtance de leurs services, la cause de leur destruction. .

Les preuves que nous avons alleguees en faveur de ces illustres accuses, conservent done tpute leur force irresistible. Et si, apres avoir rassemble tant de glorieux monumens de 1'utilite' de 1'Institut, tant de graves temoignages qui proclament 1'innocence des Jesuites, a la face de 1'Europe entiere ; tant de raison-

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nemens peremptoires qui yiennent a 1'appui des fails et des autorites, on persiste encore a declarer le corps de la Socie'te', coupable des forfaits les plus inouis; des-lors je soutiens qu'il n'existe plus aucun moyen de justifier un innocent devant les tribunaux, et qu'il faut sans examen condamner tous les homines accuses d'un crime capital, a 1'infamie et a 1'ecliafaud. Car, oh sont-ils les innocens qui aient 1'avantage de repousser les traits de 1'injustice avec un tel appareil de raisonnemens concluans et de preuves invincibles? ou sont-elles les infortunees victimes de la calomnie , qui se presentent avec confiance devant leurs juges , entourees d'un aussi brillant cortege de te'moins de leur innocence, clioisis parmi les rois, les ministres fideles au trone, les ge'nies immortels des nations, et les pontifes d'une religion divine ?

L'innocence de la Socie'te des]Jesuites, traitee avec tant de rigueur, poursuivie avec tant d'acharnement, est done un fait de'montre par les monumens de I'histoire. Et si quelques membres de cet ordre religieux se sont ecarte's, soit dans la doctrine, soit dans la conduite, du droit chemin de la verite ou de la vertu , le corps de la Socie'te n'est point fletri par ces ecarts particuliers. Je pourrois terminer par cette re'flexion, la discussion que j'ai entreprise sur le fameux proces qui a occupe le monde entier; mais dans la crainte que Ton ne me soupconne de redouter un examen de'taille des griefs imputes aux Jesuites ? je consens volontiers a discuter les quatre

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principaux, savoir : h regicide, la cupidite, 1'ambition, et la morale relache'e. .

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