‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 15 sur 32 · SUR LA SOCI^T^ DBS J^SUITES · texte numérisé non relu

SUR LA SOCI^T^ DBS J^SUITES

d'exercerses violences malgre sa deposition . Mais ils n'accorddient aux partienliers la faculte* d'attenter a ses jours, qiie lorsqu'ils y etoient formellemerit autorises par la proscription prononcee centre lui'par le corps de la nation., Si quelqu'un doutoit que cette opinion fut alors commune parmi les theologiens et les jurisconsultes, il pourroit facilement eclaircir.ses doutes et;dissiper.ses soupfons.'en consultant les Reponses dux Assertions f (i. 3, art. du Tyrannicide.} 6u \Appel a la raison, de 1'abbd de Gaveyrab. II verroit dans ce dernier ouvrage les textes des auteurs 1 ^ soit the'ologiens , soit jurisconsultes, oil cette dangereuse doctrine est formellement e'noncee. Or Jes Jesuites n'avoient pas recu de Dieu le privilege de rinfaillibilite , que nos docteurs ffancais n'accordent pas meme au chef de 1'Eglise, pour etre a 1'abri des erreurs de leur siecle. II n'est done pas etonnant que Snares et quelques auteurs de la Societe aient : tenu ce sentiment ; et si , parce qu'ils n'ont pas eu assefc delumieres pour en apercevoir la faussete en calculant les suites dangereuses qu'il entraine apres soi, il est permis de traduire les Jesuites au tribunal du public , comme des seditieux et des regicides, il faut de toute necessite envelopper avec eux, dans bet arret fle'trissant, les Universites, les ordres religieux et le corps nujme de la magistrature.

II faut d'ailleiirs observer soigneusement , que parmi les treize Jesuites a qui Ton impute cette doctrine du tyrannicide, il en est quelques - uns , tel qu'Escobar, quiparlent de la deposition,, saus dire

102 jfOUVELtES GONSID^RATIONS

un mot de la peine de mort, Mais une remarque encore pi u,g jnlportarite, e'est q.ue le pere Aquaviva, general deUiSocie'te, opposa son autorite aux progres : de eette fausse opinion , en defendant, en i6i/j., auxpmvinciauxyde laisser imprimer aucun ouvrage puilfut question da tyrannicide etdu poirvoir des papes, sjir le temporel des rois, a moins ; qu'il n'eut <ete exiajnine et approuve a Rome. Un de ses successeurs,dan;S, le ge^eralat de la Compagnie, le pere Oliva, la rejeta et la combattit avec autant de solidite' que d''e'nergie. ; Un prince, dit-iKO, peut quelquefois deposer lui-men>e;sa couuonne ; -mais :-.il n'y a qiae Dieu ou une main sacrilege qui puisse , la lui oteri.... Apres Dieu, le Roi est le premier a qui saint Pierre- veut qu'on rende hommage : Honorezle Roi ; mais quel roi, grand Dieull'apotre preseriy pit -il a ;ses disciples d'lionorer? Ne- . ron, cet infaiine faVeeur, cet homme plong^ dans la crapule,;rhorreur des dieuxy le.fleau du genre humain, ce inonstre qui dechire le sein de sa mere, 1'hydre de sa patrie, le tyrandu, moride eritier.... d.vertissezJ.eSj dit saint Paul a Tite , d'etre sQumis aux princes et aux puissances. Puisque telles sont les leconS' de Paul a Rome, et tels les exemples des enfans dans la fournaise, je ne sais quelle peut etre la rage fre'ndtique dont sont animees certaines gens, qui croient be'nir le ciel en m^disant de ceux que les prophetes ont honores a Babylone , et que Paul a Rome a or*

W IhLEsd. cap. 7. totn. 3. Lugd. 1679.

STTR LA SOClT DBS jSTJlTE3.

donne a Tite , et Pierre , ge'ne'ralement a tous les pasteurs, defaire respecter.

Les princes meme corrompus, dit eticore Oliva dans sa Dissertation sur lesEvangiles, pag. 192, doivent etre lion ore's , et non etre me'prises. Us sont toujours 1'image de la divinite, quoique cette image soit defiguree en eux. Samuel M pleuroit Saiil ; il n'armoit point ses bras centre lui; et ce n'est point dans le sang, mais dans les larmes que doivent etre lave's les crimes des rois , meme par ceux qui les ont sacres rois .

Enfm il est une opinion relative a la juste de'fense "de sa propre vie , sur laquelle on a ose fonder une accusation de regicide contre les Je'suites. Daniel Concina, Dominicain, et un grand nombre d'autres theologiens et jurisconsultes ont enseigne qu'il est permis de conserver sa vie aux depens de celle dti prince, quand il est injuste aggresseur, et que Ton n'a pas d'autres moyens d'eviter la mort (0. Parmi cinq cents auteurs de morale qu'a produits la Socie'te, et dont beaucoup ont eu 1'occasion de trailer cette question , sep<f the'ologiens Je'suites , savoir : Azor, Keller, Suares, Lorin, Lessius, Comitolus et Busembaum ont embrasse cette opinion. II n'en falloit pas davantage pour que la Socie'te des Je'suites fut subitement metamorphosee , comme d'un coup de baguette , en une afireuse re'union de regicides. C'est assure'ment une plaisante et imperti-

( x ) Voyez VAppel a la liaison , de 1'abbe de Cayeyrac^ ou : Ies leoioignages sont texwellement rapportes.

. HOUVELLES COWSID^R ATIOKS

nente logique que celle qui confond constamment une Societe de quinze ou vingt mille religieux avec quelques individus j et qui, pour fletrir un ordre religieux honore de Testime des nations et de la bienveillance des rois, peuple en quelque sorte le monde entier de theologiens et de jurisconsulles regicides. A force de reticences , de mauvaise foi et de caloranies , les irreconciliables adversaires des Jesuites fmissent done par devenir absurdes.

Mais il y a plus; Azor, Lessius, Suares, Busembaum ont tellement limite cette doctrine, que le cas oft ils permettent de tuer le prince injuste agres* seur, est -vraiment metaplvysique. Cette limitation est que si, de lamort du prince, ily a des inconveniens a craindre pour 1'Etat , la charite et 1'amour du bien public imposent le devoir de se laisser tuer. Or, quelque mechant que soit un prince , ees sortes d'inconveniens etant presque toujours a redouter , il y aura done presque toujours obligation de se laisser tuer. Ajoutez que M. de Monclar, malgre le peu de Menveillance qu'il portoit aux disciples de saint ' Jgnace, a fait 1'aveu, note 70, que la doctrine des sept auteurs Jesuites , n'a pas beaueoup de danger dans la pratique. Mais si , par leur enseignement, ils ne creent qu'un foible danger a la vie des princes, y a-t-il ombre de bonne foi a les placer au rang des Clement, des Barriere, des Chatel, des Ravaillac et des Damiens, dont le nom seul excite 1'horreur et reveille 1'indignation de la po.sterite? D'ailleurs, enseigner et pre'coniser le regicide , (?'et soutenic 1

SUR LA SOCliT^ DES J1SSUITES. Io5

qu'il est permis dans certains cas d'attenter a la vie du prince 5 or, celui qui defend seulement sa propre vie , n'attente pas pre'cisement a celle d'un autre. J'en appelle non-seulement aux gramniairiens, mais encore aux jurisconsultes qui interpreted notre code penal , et aux tribunaux qui punissent les attentats contre la vie des princes. Je ne dis pas ceci pour faire entendre que je me range parmi les tbeolor giens de la Societe, qui ont embrasse cette opinion : cette pense'e est loin de mon esprit; je pretends seulement montrer combien est ridicule Taccusation d'une doctrine regicide, intentee aux Je'suites par ces ecrivains passionnes qui semblent n'apercevoiu dans les religieux de saint Ignace que des regicicles de profession, comme le chevalier errant' de Cervantes , appele a redresser les torts et a reparer les injustices , prenoit les moulins a vent pour des geitnts, et un troupeau de moutons pour une armeeV

Enfin , ce qui devoile entierement la perfidie des ennemis des Je'suites, c'est le de'saveu formel qu'ont fait les supe'rieurs de la Socie'te, de la doctrine de Busembaum. Quelques propositions du livre de cet auteur, commentees par Lacroix, eommencant a faire du bruit en 1757 , apres un silence d'environ cent ans, les Jesuites de Paris pre'senterent au parlement un acte dans lequel ils de'claroient qu'ils n'ont jamais professe' ni adopte' , qu'ils ne professeront ni adopteroht inte'rieurement ni exterieu- M rement', des maximes aussi fausses et aussi dete'stables que celle,s qu'ils trouvent repandues dans.

I06 jfOUVELLES CONSIDERATIONS

le livre de Busembaum et le commentaire de Lacroix..... Qu'ils regardent comme un'attentat horrible et execrable la seule ide'e d'attenter a la personne sacree des rois sous aucun pre'texte, et qu'ils detestent les propositions qui Fautorisent, ousemblent I'autoriser , non-seulement dans Busembaum et Lacroix , mais encore clans les auteurs citds par eux,et dans tout autre auteur oiiellespourroient setrouver, dans quelcjue pays, et sous quelque domination que lesdits auteurs aient ecritoupu. blie des propositions aussi criminelles . Les superieursde Rennes et de Toulouse avoient deja donne' line serablable declaration. L'opinion de Busembaum, de Suares ; et des cinq autres Jesuites, sur la defense de sa propre vie contre un prince injuste aggresseur, n'est done pas plus la doctrine et Tenseigneraent de la Socie'te , que le sentiment de Mariana et autres docteurs sur le tyrannicide.

A ces divers monumens qui vengent la Societe de rimputation d'une doctrine re'gicide, nous joindrons la declaration authentique que les Jesuites presenterent a Louis XV en 1761. A cette e'poque, ces religieux etoient .violemment attaques sur lenr Institut et sur leur doctrine. Le chancelier de Lamoignon envoya aux cinq provinciaux de France un modele de de'claration, dont ils devoient lui renvoyer une copie signee de tous les pretres et jeunes Jesuites des colle'ges et maisons du royaume. Toutes ces signatures furent en efFet'donne'es et envoye'es a M. le chancelier. Gette declaration porte entre autres

SUB. LA SOClriTlS DBS J^SUITES. IP7

choses, qu'ils tiennent (les Jesuites ) et professent, qu'ils tiendront et professeront toujours, qu'en aucun cas et en aucun lieu , sous quelque pretexte )> de tyrannic ou de trouble , de persecution on de religion , ou sous quelque autre pretexte <jjie ce piiisse etre, il n'est ni ne peut etre jpermis a personne, de quelque etat et condition qu'il soit, d'attenter directement ou indirectement a la personne des souverains , et de dire, e'erire, ihsinuer, favoriser ,, ou faire rien qui puisse porter a attenter a leur surete ; qu'ils condamnent et detestent , comme pernicieuse et digne de 1'execration de ' tons' les siecles, toute doctrine contraire, dans tous les ouvrages qui auroient ete composes, nbnsettlement par aucun de leur compagnie, mais encore par quelque auteur que ce soit .

Le Roi fut si satisfait de cette declaration, qu'il la rappela dans un edit du mois de mars de 1'annee suivante, comme un litre surlequel ils pouvoient espe'rer sa protection. Re'dige'e dans les termes les plus clairs et les plus e'tendus, elle bannissoit toute crainte raisonnable et tout soupcon injurieux. Et les Je'suites qui la signerent, ne firent qu'exprimer les sentimens qu'ils avoient dans le cceur. Car, depuis un siecle environ , ces opinions hardies et dangereuses sur le tyrannicide, e'toient ensevelies dans la poussiere et 1'oubli, avec la plupart des livres qui les renfermoient. Les pr^dicateurs , les liistoriens, les auteurs spirituels , les the'ologiens de la Socie'te , enseignoient publiquement, et sans de'tour, la doc-

trine bpposee a ces sentiinens pernicieux et suranns C 1 ). Ainsi, pour decrier cette Gompagnie celebre , on a souille 1'imagination du public, en reveillant de leur profpnd soinmeil tous ces vieux systemes qui avoient ete 1'erreur du siecle , et qui avoient passe avec le siecle. Telle est 1'observation que fit a Louis XV 1'assemblee de 1761, dans son rapport sur les principaux griefs imputes aux Jesuites. On doit se rappeler ici le te'nioignage honorable qu'elle rendit a la Socie'te , relativement a la purete de son enseignement , sur le respect du a la personne sacree des souverains ( 2 ). Quel temoignage triomphant pour les accuses ; mais quel temoignage accablant pour les accusateurs ! G'est la voix des premiers ministres de la religion , c'est-a-dire , des protecteurs nes de 1'innocencej c'est la voix des juges de la foi, c'est-a-dire, des deppsitaires des bonnes doctrines, qui s'eleve etretentit aux cjuatre coins de la France, pour venger un ordre religieux etrangenient calomnie, parce qu'il a ete eminemment utile au christianisme et a FEglise,

Des complots et assassinats de rois imputes aux Je'suiteS. IL y a tant de bizarrerie et de ridicule dans cette

W Voyez torn, in, pag. 5gg , des Rfyonses aux Assertions ; voyez aussi la a. e partie de \Appd a la Raison , pag. i a r et suiv. , ou Ton cile vine foule de temoignages d'auteurs jesuites <jui proscriyent la doctrine du regicide.

(2) p^oyes. le ch. YIII, d-dessus, pag. 67.

SttR LA SOClfiTlS DES J^SUITES. 109

accusation de complots 6t de regicides faite a' la Socie'te' des Je'suites , que fai presque honte de discuter en detail les diflerens faitside ce' genre qu'qn o's'e lui reprocher. ( Quel homme sense 'et; impartial croira jamais que 1'Ordre de saint Ignace , prone' par des savaris'de toutes les nations , hondre successive* ment de la bienveillahce des princes de FEuropCj ait e'te une infame re'union de religieux amhitieux , toujours' prets a enfoncer le poignard dans le sein des rois , aussitot qu'ils rencontroient dans les actes d pouvoir souverain des obstacles a leurs vues d'agraridissement et de domination ? Tel est eeperidant le tableau qu'ont fait de cette savanle Societe, les deux auteurs jansenistes dont nous avons ]parle au commencement de cet ouvrage. Si Ton ajoutoit foi a toutes les reveries de leur imagination egaree, et k toutes leurs bevues historiques , les princes devrbient craiftdre les Jesuites , eomine au siecle de saint Louis ils redputoient les brigands, regicides du Vieux de la Montagne, qui , au pi-emier signe de la volonte de leur chef alloient exterminer les rois dans Finterieurde leurs palais. Je.yeux bien croire que les lecteurs instruits de ces auteurs passionne / s, concoivent de graves soupcons s'ur 1'authenticite des faits, et qu'ils les placent meme pour la plupart, sans hesiter, au rang des corites de la fable. Mais il est en France, et surtout dans la France du dix-neuvieme siecle, beaucoup d'esprits legers et superficiels , qui jurent volontiers sur la parole d'un ecrivain, des qu'il affiche une veritable haine pour un ordre

^eligi6Ux. On renieontre danS les societes et dans Jes salons, des jeuiaes gens inconsidere's ,. quiy sans avoir rien lu, ni wen examine, repefcent d'un ton decisif et tranchant les plus atroces calomnieS) lorsqu'elles dtitle ; meiite d'attaquer la religion et les Jesuites. II m'a done paru important dere'tabliv sav 'Get objet,, les feits denatures par la passion. C'esturi' horamage rendu a la ve'rifce , et un antidote centre les e'ci4ts calomnieuxv La conduite des Je-< suites diirant les troubles* de la LigUe, les atten tats commis SU-F k personnel de Henri IV, de Louis XV, de Joseph !,> roi de Portugal; la conjuration des poud^es eri Angleterre , et rempoisonnement de Cleriient XIV;. telsVont I'es prineipaux griefs imputes aux Jesuifces, en matiere de sedition et d'assassinat&. Appuye's sur .des nioniimens authentiques, nous dissiperons les nuage$ que les ennemis de la Soeie'te' ont re'pandus sur son histoire et sur son carsct^re.

Sous pre*texte dMloigner du tr6ne uti prince he're'tiqa ; e > les grands du royaume fomenterent des troubles dans 1 1'Etat , et s'efiwcerent de s-otivrir un clieiflin a la souverainete etaux premiered dignite's de la Cbui y . Ija veritable eause de la guerre de -la Ligue, si furi3te a la Frarice ,. fat done 1'ambition ddgmse'e Sous le manteau de : la religion. Pour exciter la niasse du peaple a la sedition et ala revolte, les tigueiirs lai monttfoient le trone de la France, ou 1'erreur ne s'^toit janiai&assise , sur le point d'etre souille' par le schisme et rhe're'sie ; ils lui disoierit

LA SOCIlSTri i)ES J^SUITES. ' Hi

que si Henri IV saisissoit' les reries du gouyernement, ces deux torrens impurs qui avotent dieja ra^ vage' une partie du royaume , entraineroient bieht'6t, dans une perte commune, les autels et les pontifes, les temples et les institutions religieuses; que les sectaireseflaceroient jusques aux derniers vestiges de cette religion antique qui faisoit sa gloire et son bonheur; que les catholiques fideles n'entendroient plus les chants del'Eglise; que le sacrifice auguste ous'immole la vietime sainte,ne seroit plus offert sous leurs yeux , et que les noires vapeurs de Fhe'resie de Calvin, elendant sur la France un voile funebre, remplaceroient dans peu d'anne'es cette brillante lumiere de 1'Evangile qui avoit eclaire le royaume durant une longue chaine de siecles. La religion ve'ritable qui console et fortifie 1'homme malheureux dans le lieu de son exil ; la religion qui nourrit son ame d'esperances immortelles, en lui promettant une existence heureuse dans les immenses re'gions de 1'e'ternite, est assure'ment Je plus grand de tous les biens que puisse posse'der une nation. Tel est le jugement que porte sur ce pre'sent du ciel , non un peuple impie'qui remplace le culte de la divinite' par 1'idolatrie des passions, mais un peuple sage et eclaire* qui met au premier rang des devoirs la soumission au Createur, et au-dessus de tons les biens, le christianisme qui les consacre, et immortalise les recompenses. Iln'est done pas elonnant qu'au moment de se voir ravir cet antique he'ritage, les Francais, oubliant les vrais principes de la souverainete et les

CONSIDinATIONS

obligations des peuples envers les princes legitimes , aitJnt cpuru subitement aux armes pour .defendre leur Dieu et leur foi. II v n'est m^rae pas surprenant que dans ce peril extreme , le clerge seculier et re- " gulier se soit fait illusion a soi-me"me ; qu'il se soit persuade de bonne foi que Henri IV, ne dans I'here'sie avoit perdu ses droits a la couronne ; et que le , peuple francais, essentiellement religieux et catholique depuis le bapt^me de Clovis jusques a cette douloureuse epoque , ne devoit rien a un prince qiu Tenoit lui arracher ce qu'il avoit de plus pre'cieux au monde. La re volte parut done une vertu, et la soumission un crime. Une effervescence generale bouillonna dans toutes les tetes ; et dans cette fa- ' meuse procession de la capitale, ou Ton imploroit le secours du ciel en faveur des Ligueurs, on vit les nobles et les roturiers , les ecclesiastiques et les religieux, tous les ordres de 1'Etat, toutes les conditions du royaume , s'exciter mutuellement au combat et au me'pris de la mort. Vouloir que, dans ceC orage politique et religieux qui agitoit tous les esprits et remuoit tous les cceurs, les Je'suites seuls demeurassent calmes, tranquilles et soumis ; vouloir. que, dans ce tourbillon d'opinions hasardees et de the'ories dangereuses qui aveugloient la France entiere, les Jesuites seuls eiissent le privilege de voir la lumiere et d'enseigner la verite; c'est exiger un " miracle en leur faveur; c'est leur demander, avec ' une vertu heroi'que, une infaillibilite dans la doc- , trine et 1'enseignement , qui n'est pas dans la nature T . de

sun LA SOCIT: DBS J^SUITES. it3 de I'homme. Us durent done etre emportes comnie les autres par cette violente tempe'te , qui e'branla dans'ses fondemens le trone et 1'Etat, en obscurcissant les vrais principes sur lesquels repose I'ordre social : et si Ton peut , avec justice , les appeler des seditieux et des conspirateurs, pour avoir pris part aux troubles de cette Ligue , qui e'toit la maladie da siecle, il faut donner aussi cette fle'trissante de'- ,nomination a la noblesse, a la classe roturiere a la magistrature,et a tous les ordres du royaume. . On pre'tend que les Je'suites se signalerent dans cette guerre dite retigieuse , et par des predications plus violentes, et par un zele plus outre ; c'est la une faussete de'mentie par 1'historiographe de Henri IV. Les pre'dicateurs de la Societe, dit Mathieu, preehoient avec plus d'ordre, plus de modestie , de gravite' et de tempe'ranient , que queU ques autres . Les Jesuites n'assisterent pas a la fameuse procession de la Ligue, et employment leur credit a la re'conciliation du Roi ayec le saint SieVe. Mais, poursuiventles enneinis des Je'suites, n'est-ce pasun fait avereet incontestable dans 1'histoire de cette guerre civile , qu'un Jesuite nomme' Mathieu:, se nommoit lui-meme le courrier de la Ligue , parce qu'il alloit de ville en ville, et de royaume en voyaume, pour exciter les Francais et les e'trangers a se ranger sous les drapeaux des re'volte's ? Etrange maniere de raisonner ! Ge religieux e'toit -il plus exage're et plus enthousiaste que le fanatique Cle'ment qui assassina Henri III ?etoit-il la Socie'te des

Il4 WOUYE.tJ.ES

Jesuites > ou seulement un mdividu de cette S ocie'td?

et paree.qu'il montra plus d'aetivite et deplaya plus

de zele que plusieur's autres pour soutenir le parti

des facfcieiax, n r est-il pas; to,u jours vrai qwe, genera-

hmentj les; puedicatewrs jesuites parloientaj>e<?^w^

d'ordre > plus de modestie , de gravtie et de- tempe-

vamaritj que les autres orateurs du peuple ? Jusques

aquand, au,mepris des regies d'une same logique ,

-canclurart-on constamment du partieulier au g&

ne'ral , toMes les fois qu'il s'agira de. porter un fge-

ment &UP la candutte de ces religieux? Ecoutons

Henri IV dans sa response an president de Harlay,

il : terminera lui-meme les reflexions que nous -de*

Avians faipe SUP cette premiere accusation. Be les

appeler compagnie de faetieax, disoit ce grand

pdnce, pour ee qu'ils onfc efee de la Ligue, $ 'a

ete -f. injure du temps; its croyoient y bien faire y

)>: comine plusieurs autres qat s'e'toient meles dans

les affaires de ee temps-ta-, maisils on t ete trom-

pes et dcus avee eux, et ont reeonnu tout le

Gontraire d'e ce qu'ils avoient erii de iiion inten-

ttoa; mais }e veux croire qa c'a e'te avecmoins

de malice que les autres, et tiens que l,es : HiemeS

. consciences, jointes aux graces que je leur fais,

me les affectionnera autant et pins qua la Ligue .

Venons maintenant aux attentats commis sur la personne de ce prince bien-aime* de la France.

En 1 5g3, dit Tauteur de 1'e'crit intitule' : Les Jesuites telsquils ont ete dans I'ordre politique, etc. )> Barriere fut convaincu d'avoir re'solu la mort cle

SIHI 'LA SOCl6T ES J^SUITES. I-l5"

Henri IV : condamne au supplice, il avoua, sur

I'ecWaucl r '<I u 'tt ^ vo ^ ^ determine a ce crime > par 1 le P. Varade , . recteur des Je'suites . Cette anecdote, de'nueedepreuves, est eritierement fausse et eontrouvee. Parmi les ecrivains contemporains , les iins n'en disent absolument rien , les autres la contredisent formellement. Le P. Fabre , del'Ora-; toire^ eontinuateur de 1'Histoire ecclesiastique de Fleury,queM. S. n'accusera pas sans doute d'avoir trop d'inclination pour la Societe, ne daigne pas seulement en faire mention. Chaudon, auteur du Bictionnaire historique , a ci'u devoir rdtracter, dans 1'e'dition de cet ouvrage de 1789, ce qiul avoit donne comme certain au suiet de cet e've'ne-

ment, dans les editions prece'dentes. Or, ses mena-

gemens pour les disciples du P. Quesnel, le mettent,

ainsi que I'liistorien Fabre, a 1'abri de tout soupcon

d'avoir voulu flatter les Jesuites aux depens de la

veiite, G'est d'ailleurs un fait certain que Je parle-

merit ne mit le P. Varade en jugement, qu'un an.

environ apres le crime de Barriere. Si cet assassin

surl'e'chafaud, avoit accuse ce Pere, de 1'avoir de'ter-

mihe aii meurtrede Henri IV, cette cour souveraine,

si zdle'e a poursuivre les Jesuites , auroit^elle tarde si

long-temps a le traduire en justice? Enlin, de ; quel

poids est ici le t^nioignage de M. S. repetant, avec

sa critique ordinaire , les accusations de gens pas-

Sionnes comme lui, lorsqu'on voit Henri IV laver

ces religieux de ce sanglant reproche, dans sa re-

Il6 NOUVEI-LES CONSIDERATIONS

ponse au president de Harlay, Quant ^a Barriere , disoit-il a ce president, tant s'en Taut qu'un Je'- . suite 1'ait coiifesse , comine vous dites, que je fus averti par un Jesuite de son entreprise ; et un autre V luidit qu'il seroit damne s'il osoit 1'entreprendre . Jlsemble qu'un pareil suffrage doit contre-balancer celui de M. S. tout janseniste qu'il est. Car ; quoiqu'il soit ancien magistral , il n'est ni aussi anden que le bon Roi , ni aussi croyable que lui dans cette affaire.

; .Le 27 de'cembre I&94, ajoute cet auteur dont la tete est toujours pleine des assassinats commis par les Jesuites , autre attentat contre la vie de ce prince. Ge fut la cause principale de leur expulsion hors de France. Gonvaincus publiquement M d'avoir dirige contre le Roi le poignard de Jean Chatel, leur ecolieiv ainsi qu'il fut prouve par divers aveux du coupable, et par les ecrits regicides qu'on trouva dans leur maison, ils furent chasse's du royaume par un arret solennel, et en vertu d'un edit de Henri IV .

II est malheureux pour M. S. d'avoir toujours , a lutter avec Henri IY, dans le re'cit des attentats commis contre son auguste personne. Quant a Chatel, dit ce prince (0, les tourmens ne purent lui arracher aucune accusation a 1'encontre de Varade ou autre Jesuite , et .si aucun etoit , pourquoi Vauriez - vous epargne'; car celui qui fut

CO Reponse au president de Harlay.

SUR LA SOCI^TlS DES JlSSUITES. lij.

arrete, futarretesur un autre sujet, que Ton dit s'etre trouve. dans ses ecrits; et quand airisi seroit qu'un Jesuite auroit fait ce coup , faut-il que tons les apotres patissent pour Judas, on que je reponde de tons les larcins et de toutes les fautes 3) qu'ont faites et feront a 1'avenir ceux qui auronj ete de mes soldats? Dieu m'a votilu.alors humilier et sauver, et jeluien rends graces, et m'enseigne de pardonner les offenses, et 1'ai fait pour son amour volontiers .

L'historiographe Dupleix, ecrivain conteraporain , attribue la naissance de cette fable a la haine des Huguenots et des libertins contre les Je'suiles, et nie formellement que ces religieux aient ete' publiquenient convaincus par les aveux du coupable , d'avoir dirige le poignard de Chatel contre le Roi. Ghatel , dit cet historien, arrete', livre au grand prevot, et interroge sur son crime, declara qu'il nen avoit

rien communique a personne qu'a son pere

Nepreuve, ne presomption, ajoute-t-il , ne poiivant done etre arrachee de la bouche de I'assassin, par la violence de la torture; pour rendre les Jesuites complices de son forfait, des commissaires furent deputes pour aller fouiller tous les . livres et ecrits de cette Gompagnie, tant dans leur maison professe a Saint-Louis f qu'en leur colle'ge , 6u il ne fut rien trouve qui rendit coupable la So- M ciete en general, mais bien unseul particulier, a savoir le P. Jean Guignard, natif de Chartres. (f),

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