‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 16 sur 32 · lS NOUVEtLES CONSIDER Allows · texte numérisé non relu

lS NOUVEtLES CONSIDER Allows

Le P. Fabre ^ que nous avons deja cite siir le crime de Barriere, raconte Tinterrogatoire d-e CM* tel dans les teriines suivans : On lui demanda s'il avoit etudie , et chez qui : il repbndit ique c'istoit chez les Jesuites da college de Paris , qu'il avoit M etudie trois ans sousle P. Gueret, et en dernier lieu dux ecoles de droit de I' Universile-, qu'il avoit vu le P; Gueret le vendredi qui avoit precede son action j mais seuleiiieht pour le consulter sur quelques crimes contre nature qu'il avoit commis,et qui )) troubloient sa conscience, et que c'etoit de luimeme qu'il avoit pense qu'en tuant le Roi il expieroit ses peclies , ou du nioins qu'il diminueroit la peine qii'il m^ritoit ; et il persista constamment jusqu'a la mort, et au milieu des tourmeris , a protester que ni le P. Gueret, ni aucun Jesuite n'avoient aucune part a son crimie (0 .

Ges divers te'moignages sont, ce me semble, de nature a infirraer les assertions de Vancfen magistral. Et nous pouvons en con clure avec assurance -, que les Je'suites ne Furent pas convainc'us publiquenient , par les aveux du coupable , d'avoir dirigse contre le K'oi'le poignafd de (Gli4tel 7 ptiisque, sans parler de Henri IV et de Dupleix, qui les de'clarent inhocenSj le coupable lui -meme pfotesta constamment, au milieu des tortures 'de la question, qu'il n'avoit comnluhifjiie' son desseiii qii'a son pere , et que jamais les Jesuites ne 1'avoient engage' a conimettre cet attentat. Je suis fache' d'avoir encore une

(0 Tom. xxxvi ,1. 18 1 , p. 5'j2.

SUR LA SOClx DES JE SUITE'S. / 119

erreur historique a relever dans la phrase de JVC. S; mais c'est une insigne faussete et une atroce calomnie dedire, que les Jesuites aient e'te publiquement convaincus d'avoir dirige eontre le Roi ie .poignard de Chatel, par des ecrits regicides que I'on trouva dans leurs maisons.

On n'a pas trouve dans les maisons des Jesuites tin seul ecrit re'gicide qui prouve que ces religieux aient ete complices du crime de Ghatel. On y saisit, il est vrai, dans la cliambre du P. Guignard, ne a Chartres, -quelques ecrits contre la dignite des rois en general, et quelques libelles, soil imprimes,, soit rnanuscrits, eontre la meraoire de Henii III et de Henri IV. G'etoit, dit le continuateur de Fleury, w de ces Hbelles que les troubles avoient enfantes, et qu'une curiosite indiscrete faisoit garder () < La France en avoit ete inondee , et au lieu de les Hvrer aux flammes, le je'suite Guignard les avoit conserve's. Tel fut tout son crime : on ne prouva aucun autre fait a sa charge devant le tribunal ou il / fut condamne'.

, . Celui qui fut arrete, disoit Henri IV au president de Harlay, en parlant du crime de Ghatel , fut arrete sur un autre sujet , que I'on dit s'etre trouve dans ses ecrits ,

A 1'egard du P, Guignard, a joute 1'historien Fabre, apres lui avoir produit lespa,piers qu'on

avoit trouve's dans sa chambre, il fut declare

0)T. xxxvi,!. i8j, P . 543.

>> pable d\4 crime de lese-majestey et comme tel , con* damne au dernier supplice(0 . Cette sentence de jnort fut portee en execution des reglemens de police et de surete, qui furent faits et publics apres la reduction de Paris , lesquels defendoient , sous peine de raort et de confiscation des biens , de garder cliez soi les ecrits publie's par les ligueurs centre le roi i'egnant, ou contre son predecesseur. Ce religieux ayant e'te conduit devant 1'eglise de Notre- Dame pour faire amende honorable a Dieu , au Roi eta la justice , le sieur Rapin , lieutenant de robe courte , lui dicta la formule qu'il devoit prononcer. II repondit qu'il demandoit pardon a Dieu , mais qu'il n'avoit pas offense' le Roi. Le sieur Rapin lui representant qu'il 1'avoit outrage par ses ecrits, il repartit que si Ton avoit de'couvert quelque chose dans ses papiers contre Sa Majeste , ce delit lui avoit e'te pars donne par 1'amnistie gene'rale ? et que depuis cette epoque , il n'avoit rien dit ni rien e'crit contre le B-oi : sur quoi 1'officier rdpliqua : Yous avez au moins contrevenu a 1'arret public apres la re- >> duction de Paris, par lequel il etoit ordonne* de j) bruler toute sorte d'ecritures .

Etant venu au lieu du supplice , dit M. de Chi- 3) verni, chancelier de France ( 2 ) , il protesta de son innocence, et neanmoins ne cessa d'exhorter le peuple a 1'obeissance au Roi, et reve'rence au magistrat, meme fit une priere tout haut pour Sa

(') Tom. xxxvi , I. 181 , p. 557. ('-) Mcmoires d'Elat.

Still tA. SOCI^TI 5 , t>ES JiSTJITEfJ. IUI

Majeste, & ce qu'il plut a Dieu lui donner son Saint : Esprit, puis pria le pettple de prier Dieu pour les , Jesuites, et n'ajouter foi legerement aux faux rapports qu'on faisoit courir d'eux; quils ne~ toient point assassins des roisj comme on vouloit leur faire entendre , ni fauteurs de tels gens, qu'ils detestoient, et que jamais les Jesuites n'avoient procure ni approuve la mort d'un roi quelconque . II rendit le dernier soupir en prononcant ces paroles del'Ecriture : Seigneur, recevezvotre serviteur, et ne leur iraputez pas ce peche .

II fa.ut avouer que cette execution fut severe. Combien de citoyens fideles an Roi auroient ete enveloppes dans la condamnation dont ce Jesuite fut la victime privilegie'e , si Ton avoit fait des reclierches dans les cabinets et les bibliotheques de Paris, comme on en fit dans les maisons des Jesuites ! Les libelles public's durant les troubles de la Ligue , qui sont venns jusques a nous en grand nombre, attestent que bien des Francais etoient tout aussi dignes que lui du supplice. Et si aujourd'hui, apres avoir ordonne' aux Francais, sous peine de mort , de livrer aux flammes tous les e'crits revolutionnaires sortis de la presse depuis 1'e'poque de nos premiers malheurs jusques au second retour du Roisur le trone de ses ancetres,on venoit a faire tout-a-coup des visiles dans les maisons des particuliers , pour s'assurer que le de'cret de proscription a etd exactement observe, je craindrois

122 JTOUTE-LtES- CONSIDERATIONS:

fort qu'une foule de bons royalistes ne fussent conduits a la potence, comme autant de peres Guignard. Car il y a tout lieu de croire, qiie., dans la vue de conserver on des nionumens historiepes ; ou des pieces interessantes, propres a signaler lecaractere des re'publicains et la fureur des factions populaires, beaucoup de Francais, sincerement attaches autrone des Bourbons, violeroient cette loi de police, soit qu'ils la -trouvassent trop severe , soit qu'ils regardassent comme e'loigne' le peril de tomber sous le glaive de la justice. Pour moi, je connois un petit Essai sur tes arbres de la liberie , dont le style revolutionnaire est revetu de toutes les couleurs du sans-culotisme le plus pur , que j'aurois bien de la peine neanmoins a re'duire en cendres; tant il peint au naturel le fanatisme de notre re'volution,, avec cet esprit de vertige qui faisoit tourner la tete a plusieurs millions de Francais. Pourquoi done, sans avoir trempe dans 1'assassinat de Chalel, le P. Guignard n'auroit-il pas pu garder des manuscrits auxquels il avoit sans doute une secrete attache , a cause des particularite's importantes qu'ils renfermoient , et dont il desiroit de conserver le souvenir? II n'y a pas plus de liaison essentielle entre ce delit et le crime de 1'assassin d'Henri IV, qu'il n'en existe entre la conjuration de Brutus contre Cesar, et le complot qui , au 20 mars, ramena Buonaparte au palais des Tuileries , pour le malheur de la Prance; et Von est tourmente' par une cruelle demangeai-

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