‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 17 sur 32 · SUR LA SOCI^TIS DES JUSTUSES · texte numérisé non relu

SUR LA SOCI^TIS DES JUSTUSES

son de calomnier, lovsqu'on accuse de regicide unq sbciete de vingt mille Je'suites, surlaibi d'une par reille execution.

Quant an pere Gueret, pre'sume' le plus coupable paries ennemis des Jesuites, parce que Gliatel avoit 6te son ecolier pendant trois ans, il est ^galement justifie d'avoir pris part a 1'attentat de Ghatel , et par le te'moignage d Henri IV, et par celui de Dupleix , et par les reponses du coiipable. On le jeta inhumainement dans tin cachot, et il fiat condamne' a la question. Mais il n'avOua iien 7 4it le >> P. Fabre (0, et cottitne il n'avoit point non plus d'acctisateur, on se contenta de le bannir . Dans 1'arret de son bannissement perpetuel , le parlement ne le de'clarepas coupable du crime de lese-majeste', ainsi que le P. Ouignard. II y de'signe seulement sa qualitd de pretre soi-disant de la congregation et sociele du Nom de Jesus f et ci-devdnl precepteur de Sean Chdtel. Tout le crime de ce religieiax fut done d'avoir ete professeur de ce re'gicide , au Colle'ge des Je'suites. Conibien seroient a plamdre , de nos jours, les instituteurs de la jeunesse, si les Gonrs royales tenoient , aleur egard, la'Conduite du parlement de Paris envers le P. Giieret ! Un maitre qui . enseigne le latin a son e'leve , est-il done responsable des crinies oii I'entriainent ses caprices o ses passions ? En suivant les regies de cette justice inouie, le parlement auroit done du bannir avec le P. Gueret, les professeurs de 1'Universite de Paris j car, apres

( J ) Hist. eccl. torn, xxxvi, 1 181 , p. '556.

'I '2 4 WOUVELIES CONSIDlSRltfroJfS ' '

avoir etudie' chez les Jesuites, Ghatel avoit suivi eu

dernier lieu les ecoles de droit de 1'Universite (0.

C'est avec la meme equite', que cette cour souve-

raine expulsa du royaume les autres Jesuites qui

n'avoient e'te impliques en rien dans cette affaire*

On les condamna en masse au bannissement, comme

Ton fait dans une emeute populaire ou Ton bannit,

ou Ton porte des sentences de mort, sans entendre

la de'fense des accuses, sans observer les formes ordi-

naires de la procedure : nee servato juris ordine ,

nee partibus auditis , dit le president de Thou ,

ennemi declare de la Socie'te' , qui rapporte ces

mots du president de Harlay a Henri IV ( 2 ). Tour'

excuser cette conduite pen modere'e , Harlay di-

soit au Hoi ; que le parlement y avoit e'te' de'ter-

mine par la crainte du danger qu'avoit couru Sa

Majeste'. Si tel avoit e'te en elFet le motif de cette

etrange se've'rite', d'ou vient done que rUhiversite

fut entierement epargnee, quoique Chatel eut fre'-

quente ses e'coles de droit, apres avoir etudie le

latin chez les Je'suites? II est evident pour taut

liomme sense qui ne se met pas un bandeau sur les

yeux, que dans le cours de cette scene tragique^ la

passion sie'gea sur le tribunal de la justice, tandis

que la calomnie occupoit la place des temoins.

Henri IVexpira sous le fer de Ravaillac. Ce seelerat de'clara constamment, meme dans les supplicea

(0 Hisi. eccl. torn, xxxvi, 1. 181 , p.

WHist.de Thou, lib. i3.2.

S-UR-LA. SOCI^Ti DES J J-lSUIT ES. 125

de la torture et au moment de son exe'eution , qu'il n'avoit aucun complice , et n'avoit communique son dessein a personne. Les partis contraires qui divi- ' soientrEtat ; s'imputerentreciproquement ce crime de'testable ; mais ces accusations contradictoires , de'pourvues de preuves, se de'truisant les unes les autres, Ravaillac demeure seul couvert, auxyeux de la poste'rite, de I'infamie attachee a son parricide sacrile'ge. A cette e'poque, Henri IV, quiavoit rappele les Je'suites en France , malgre les oppositions du parlement > etoit, parmi les t^tes couronnees, le plus ferme soutien de la Compagnie. II n'y a done que des gens fortement aveugle's par les pre'juges, et decides a repousser toute re'flexioh, tout raisonnement et toute vraisemblance , qui puissent accuser les Je'suites d'avoir trempe' leurs mains dans le sang de cetillustreprotecteur de leur Societe. Ce seroit leur supposer une haine d'eux- monies ; qui jamais n.e leur a ele reprochee , puisqu'on leur reproche.au contraire de porter beaucoup trop loin . 1'esprit de corps. Ce seroit une contradiction manifeste dans les accusations dirigees contre eux; et elle ne me'riteroit que le nie'pris.

C'est avec.la meme impudence qu'on'a charge la Sociiete du crime de Damiens. Mesfreres, ecrivoit Voltaire a Damilaville, vous devez vous apercevoir J) que je n'ai pas menage les Je'suites ; mais je souleverois la posterite en leur faveur-,'si je les accusois d'un crime dont 1'Europe et Damiens les ont justifies. Je ne serois qu'un vilecho des J.ansenistes,

126 NOUVfikLES COttSIDKA.TTONS

5> si jepaiiois autfement . (Lett, du i mars 1.5

Et en effet, les ennemis des Jesuites, qui s'effor-,

cerent de verser sur ettx I'cdieux de cet attentat ,

furent reduits h er-rer pdniblement dans le champ '

des conjectures arbitrages et des anecdotes denuees

d'authenticite , tandis que les pieces originales du

proees de Daitiiens deposoient liauteraent en faveur

de leur innocence, Dalns les divers interrogatories

que siibit ce parricide, il declara, sans se de'mentir

jamais,-qu'il n'avoit point eu de complices. Inter-

roge si Ton n'avoit pas cherche a lui inculquer la

doctrine dii regicide, si on lui avoit prete^ des livres

OLI cette doctrine etoit soutenue, il repondit qu'il

n'avoit jamais rien appris de pareil ; quil avoit et&

frappe des bruits de ce que l& parlement avoit fait,

des plaintes du peuple de Paris et des provinces qui

perissent; qu'il d entendu parler de cela depuis si

long-temps a tout le monde , et pulliquement dans

les rues de Paris f que croyant rendre tin grand

service a VEtatj, cela I' a determine a ce malheu-

^reux coup quil a fait. II ajouta quil n'a eu d' outre

ob jet dans le mallieureux coup quil a fait f qiie de

contribuer aux peines et aux soins du parlementj,

qui^soutient la religion et I'Elal; qu'il avoit forme

son projet depuis Vexil du parlement ; quil nait la

facon de penset des Jesuites t et que s'il a 'vecu chez

euXj c'estpar politique et pour avoir du pain.,...

Ces reponses de Daririens devoient pen flatter les ma-

gistrats qui 1'interrogeoient ; mais il ne cessa de les

repeter en d'autres termes, et meme d'une maniere

I SJTIt LA S.fte.lTj DES J&SUITES.

plus fprte. Daris 1'inte.trQgatoire du 26 mars, il dit, en preseace de toias; .s.es juges , que s'it netoil jamais entre dans tef.s-atHes du Palais, cela ne lui seroit pas arrive i**.' quil a forme son projet depuis les affaires duparlement; que s'il navoit jamais mis lepied an Palais * eela ne lui seroit pas arrive; que HI navoit jamais servi de conseiller au parlemerit,...,, cela ne lui seroit jamais <venu dans la tte; quil n'auroit point entendu parle-r si souvent des refus des sacremens, ce qui lui a echanffe la tete; que tout le monde etoitassez echauffe ;.... qii'il avoit entendu dire daas le Palais, que c'etoit une ceuvre rneriloire de tuer le Roi. Dans riaterrogatoire du 17 mars, il avoit deja declare avoir c&ncu son projet dans les temps ou il a passe des huits dans le& salles du Palais ,, a atlendre la fin des deliberations qui s'y faisQient, et .lorsejikil a, vu le. pen Regards que le Rai avoit your les representations du parlemeni.i*):-* H est done evident que les Jesuites n'oa.t ete pour rien dans le crime de Da miens. C'est dans les rues de Paris et dans les salles du Palais quil a concu el forme le dessein d'attenter aux jours da Roi, en entendant parler de la misere publique,

Pieces originates et procedures duproces/aitd Damiens, a Paris, cliez Simon, imprimeur du parlement, 1757. Ces pieces authentiques out ete recueillies et publiees Tannee meme de Tassassinat de Louis XT , par M. le- Breton, greffier crinunel du parlement. On pent aussi coHsuker les ffl4moires,ppitrsstrir d I'Histoii'K ewl&iastique du i8. e siecle, torn, n , annee 1757. Tout ce (jiCil y a d^nteressant relatiyement aux Jesuites, dans les pieces originales f y est textuelleraent rapporle.

12,8 NOtfVELLES CONSID1SB.ATIONS "

en ecoutant des propos seditieux, egalement contraires a la tranquillite de 1'Etat et au respect du a ' la majeste royale. Ce n'est pas pour entrer dans les vues des Jesuites ; il liait lafacon de penser de ces religieux ; ets'il a vecu chez eux , c'est parpolttique et pour avoir du. pain, 11 n'a eu d'autre objet, que de conlribuer auxpeines et aux soins duparlementj, qui soutient la religion et I'Etat. Quel funds inepuisable de haine et de mauvaise foi ne de'celent done pas les ennemis de la Socie'te' , quand ils se prevalent du sejour de Damiens chez les Je'suites, en qualite de domestique , pour insinuer que ces religieux Font imbu de la doctrine du regicide, et qu'ils ont ete les complices de son crime? En vain ce scele'rat proteste que ces Peres n'ont pas cherche a lui inculquer ,cette doctrine, et qu il deteste leur fagon de penser ; en vain les motifs de sa criminelle determination, dont il fait lui - meme 1' expose a plusieurs reprises et dans des temps differens, sont-ils totalement etrangers aux inte'rets de la Societe ? et eloignent-ils de ses membres tout soupcon de complicite. Puisque Louis XV a ete assassine , il faut absolument qii'il 1'ait ete par ces religieux; premierement, parce qu'ils sont coupables de tous les assassinats de rois qui se commettent dans tous les lieux de 1'univers ; secondement, parce que, dix-neuf ans avant son crime, Damiens a e'te domestique chez eux, quoique depuis cette e'poque , il ait servi successivement chez quatre conseillers au parlement, oil il a souvent entendu parler du refus des sacre-

mens,

S-U.Il LA SOCI^TS DBS J^SUITES.

meris, ce qui Mi a fortement echauffe la tete; quoi qu'il ait forme son execrable dessein , non dans les colleges ou maisons professes des Jesuites, mais dans les salles du Palais > ou Ton tenoit des propos s6ditieux et regicides. Quelle singuliere logique !

Les adversaires de la Societd ne se lassent pas d'entasser les reprocliesj pour la rendre odieuse a tous les peuples et a tous les souverains. En 1768, le y& de Portugal, retournant, dans sa voiture^ a une de ses maisons de campagne^ recut plusieurs coups d'armes a feu qui ne mirent pas sa vie en peril. Ponibal, ministre de ce roi foible, et toutpuissant a sa Gour, cherchoit 1'occasion , favorable de faire cliasser les Jesuites duroyaume. II fit arreter trois de ces religieux , savoir : Malagrida, Alexandre etdeMathos. Le premier fut condamne'a mort, sous pretexte qu'il avoit conseille et autorise 1'assassinat de .Joseph. I. D'apres les dispositions de la bulle in Coend Domini., publie'e et re^ue en Portugal, Malagrida ne pouvoit etre execute sans la permission du Pape. Clement XIII, convaincu de la partialite de Pombal et de rinnocence du Jesuite, refusa son consentement. Pique de cette geneireuse resistance, le ministre iit renvoyer de Lisbonne le nonce du Pape, et donner ordre a rambassadeur duRoi a Rome de quitter cette capitale. Mais, dans la crainte que sa victime he lui echappat , il livra le P. Malagrida" au tribunal de Finquisition , comme faux propliete. Les juges de ce tribunal refusant , dit-on , de con-

l3o WOUVELLES CONSIDER A'riqttS:

damner le Jesuije, on en cre'a un noiiveau , qui.fut preside par le frere du ministre. Malagrida fiit condarane au fed'., non sur le fait de la cpnspiration eontre le Roi, mais pour avoir e'eiit de fausses re'velations, pour s'etre vante d'avoir opere 4e? miracles^ et pour avoir enseigrie une doctrine re'prdhensible. Si les deux e'crits produits .eontre lui sont eh effet sortis de sa plume '-, ils prouvoient qu'il .de-i \oit etre renferme dans un hospice comme untextravagant, au lieu d'etre voue' aux flamines comme un faux prophete (0* ;

Quand on lit de sang froid les de'tails de cette Affaire, on apercoit clairement que la vengeance et la; haine enfurent les mobiles. Les memoires envoyes aux ev^ques du Portugal et au Pape, les ecrits distribues avec profusion dans le public, out I'bn accusoit les Jesuites d'etre les auteurs de 1'assassinat dii roi Joseph I, paroissent dictes -par la passion. Tous les rapports representent Pombal comme un lioinme violent, cruel et injuste. C'est le jugement qu'en porte le comte d'Albon, dans son Disdours sur I'histoire du Portugal. Quoiqu'il eut opere quelques reformes heureuses dans Tadministration , et

() Qoelqiies auteurs ont attribue les fragmens de ces ridicules ecrits a un certain P. Norbert , Janseniste, Capucin. defroque , cpnnusous le nom de 1'abbc Platel, qui vint a Lisbonne offrir ses services a Pombal, et debila force libclles injurieux a laSpciete. Voyez les Mdmoires pour servir a I'Hisloire eccl^siasticjue dii' 18.* siicle, tom. t n, an. ijSg, p. 366.

SUlTtA SOCllSTlS DBS JISSUITES.

fait du bien iw people lots des de*sasfres dti t blement de terre de 1756, le peuple ri&ntooiris; indigo* de ses cruauteS, fit eclater les pluk grahds sentimens de joie a la liouvelle de sa disgr&e. 11 avoit constamment opprirne' les grands qtii faisoierit ombrage a son credit, eC fenipli les cachets de inak heureiises victiraes, On public ici, dit titigiuit, dans ses Annales politiqued (t),'laliste desirifc tines ehgloutis dans ces abinies creiise-s par la "Vengeance prive-e, et que 1'on ose appeier>^o^ d'Etat : elle monte k pres de neuf mille personnes, doht on relrouve a pdtie i huit cehte. Oil raconte en detail plusiein's anecdotes deplo^ables/tres-. propres & faire voir combien 1'existence des libiarnes a ete feu menagee par la main qui sighoitydepms virigt ans, leslettres de cachet eh Portugal. Les memoires, dit^il, p. i55, publics datis l& ieinpS sur cette etraiige aVenture , sont faits pdur confirmer rihcre'dulite, quoique publie^ par le minis* re me A me. Depuis, ori a. proirialgKe en Pbrtugal tine de'fense authentique de parler ni eti bien rii en mal de cette ajSaire eit de rexpulsion des Jestiites , sous peine de ihort. Est-ce 1^ le procede' d'uh ministre qui a des preuves W ? '

(0 Tom. i, p. 826. LoMres,, 177^ .

(*) Cette opinion de Linguet a d'autant plus de poids, quil dit en terfties formels, a la meme page : 3T C ne suis point J&uite, je Ta'aime point les ^suites: je crois m^me, et j'ai imprime hautement qu'U MIoit les eteindre . H ajoute ensuite : Mais il ne

CONSIDER ATIOMS

Pombal e'toit d'ailleurs ennemi declare du saitit

Sie'ge et des eVques. II favorisoit la propagation des' principesde Febronius et la circulation des ouvrages irreligieux. M. dell' Aimunziata , e'v^que de Coi'mbre en Portugal , fut conduit dans la prison d'Etat appelee la Junquera, pour avoir public unmandementou il defendoit la lecture de plusieurs mauvais livres. 3>feuf religieux augustins, accuse's de propager ses sentioiens,eprouverent le meme sort. A 1'e'poque ou Ton imputoit aux Jesuites un commerce illicite, 1'archeveque de Bahia fut chasse de son siege et prive de ses revenus , pour avoir refuse de declarer que ces religieux exergoient un commerce contraire a Tesprit de leur Institut. Quelle confiance ineritent done les niemoires imprime's en Portugal centre la Societe, a Toccasion de 1'assassinat du B.oi? Un ministre tout-puissant, impe'rieux, vindicatif, a toujours des temoins et des ecrivains a sa disposition pour de'crierun corps ou un individu. La condamnation du Jesuite Malagrida^ prouve done le caractere violent de Pombal; mais elle ne foiirhit aucune preuve authentique que ce Jesuite ait ete coupable de complicity dans 1'attentat commis contre Joseph I : et 1'execution de ce religieux, brule comme faux prophete , est , dit Voltaire , I'cxces du ridicule et de I'absurdite joint a un exces-d'lior*

falloit pas leur supposer des crimes; il nc fatloitpas abuser, pour v les perdre , des formalites de la justice j c'est ce que je dirai tou-j, jours .

sun LA sociri'ri DBS J^SUITES. i3$ rcur (0. L'inquisition , e'crivoit-il encore a ce sujet M au due de Richelieu, le 27 novembre 1761, a trpuve le secret d'inspirer de la compassion pour les Je'suites. J'aimerois mieux etrene negre, que portugais ( 2 ) .

On a souvent parle* de la conspiration des poudres en ^ngleterre. Les Je'suites ne sont-ils pas convaincus d'avoir ourdi cet inique complot, dans la.vue de faire pe'rir le Roi, et d'inonder 1'Angieterre du sang des Re'forme's?JYoussommes en droit depenser que la haine des Protestans centre le clerge catholique , et en particulier contre les Jesuites j a e'te Ja veritable cause de cette imputation calomnieuse, puisque, dans ses discours au parlement, le Roi n'aftribua cette conspiration qua la fureur de knit ou neuf desesperes , parmi lesquels se trouveirent plusieurs lieretiques ; pnisque le ce'lebre Arnauld, auteur de la Morale pratique , et irreconciliable ennemi de I'lnstitut, justifie les missionnaires , don.t la plupart etoient Je'suites , de cette accusation egalement fausse et atroce ( 3 ) ; puisque si quelques religieux de la Socie'te' pe'rirent victimes du fanatisme angliean/ trente pretres religieux ou seeuliers, anglais on etrangers, subirent le meme sort; puisqu'enfin 1 plus grave de tous les griefs qui leur aient e'te imputes, est d'avoir eu connoissance d'ur* complot par la

W Voyez Stick de Louis XIF, c. XXXTIII, p. 36i. Editde 1785,

(^ Correspondance gdnfrale, torn. Vi,.p. 280.

( ? ) Voyez son Apologiepour les. Calholicjues, Liege^ 1682^

confession, et 4e ne Tavoir pas revele; comme si nnfraction 4e ce sceau auguste, meme dans une circonstanee unique, n'inspireroit pas aux fideles une insurjnontable aversion pour cette pratique d'institution divine; comme si enfin la violation deFobligationdu secret, imppsee aux ministres de la r^conciliation par tqutes les-lois divines et huraaines, ne les mettroit pas hors d'e'tat 4e servir le trone et la patrie, en de'tpurnant 4e ces infames complots, paries yoies de rautorite et de la persuasion, Jes esprits egare^ qui auroient forme le dessein de les exe'euter > et qui n'osepoient Jeur faire aucune confidence ni aucune re'ye'latipp , dans la crainte 4'etre trahis et conduits al'eG^afaud, Est-ce ainsi aue 1'on raisonne ,

fjuand -Q-ji veut suivre le flappibeau de la verite? Est-ce ainsi que Ton doit accuser une Societe' nombreuse qui se recomraahde al'e^in^e publique par des services, incontestables , Iprsqu'on reroute de passer aux ypux de la ppsterite pour un calpmniateur? - -. r

Qn a aussi quelquefois Kjis, en avant 1'empoisonrjement de fcldtftent XJV. N'y a-t-il pas lieu de qroire, que ^es Jesuites, indignes cje sa conduite; a le.ur ^'gar4 ? I'pnt iinniQle a la haine et a la vengeance I J'oserai dire , au contraire , qe pet emppisonnement est une faWe ridicule sortie du cerveau des Jansenistes, puisque le P Marzoni, general des Conventiiels, qui gssista Cle'ment XIV dans ses derniers momens , et dont les ennemis de I'lnstitut invoquoient le suffrage a 1'appui -de cette calomnie,

suit J-A' , s DES /jissiHTtfs. i35

cel'tifia* sous la foi du seiarienty par un acte dii 27 jilin 1775* que jamais ce ppntife ne lui avoit fait entendre qu'il crut etre empoisonne 5 puisque dans un rapport authentique, du 1 1 septertibre i 774 , ! te 4octeur Salicetti, qui avoit soigne le malade ave6 son medecin ordinaire, assura que 1'ouverture dii eadavre n'avoit rien montre qui ne put proVenil ; des causes naturelles, et qu'il attribua k inort dn pape, non al'actiyite d'un poison subtil, mais a un vic^ invetere dans le sang, ainsi qu'a la mauvaise tabitude de se procurer, le jour comme la nuit, des sueurs excessives CO. :

Enfin, que faut - il penser de cette singuliere reflexion d'un auteur plusieurs fpis cite' et refute dans le cours de ce chapitrej que les papes, les cardinaux et les eveques sont morts fort a propospour les interets de la Soeiete; re'flexion qu'il inet en avant pourfaire soupconner a ses lecteurs que les Jesuites ont empoisonne un nombre prodigieux- de papes , de cardinaux et d'ev^ques ? J'aurois pelne a prononcer lequel des deux 1'emporte sur Fautre dans cette bizarre accusation , ou de la malignite on de la sottise. Si les Je'suites avoient ete aussi ha* biles empoisonneurs que cet ecrivain veut Je faire eroire au public, ils aroient-etd bien maladroits de ne pas se de'faire de Ganganelli avant qu ! il les eut supprime's, an lieu d'atteiidre, pour lui presenter la

( J ) Voyez les Mtfmoirej ppur serrir ( I'Hist. eccl. <Tu. 1$.? s torn. 113

$oupe fatale , qu'il eftt d&ruit en Italie et en Allemagrie leurs colleges, leurs noviciats et leurs maisons professes; Ils auroient bien du faire usage de ce bel art des emppisonnemens aux depens d'un Choiseuil , d'un Pombal, d'un d'A;randa, d'un Tanucci et autres ministres , au moment oii ils disposoient les evenemens et dressoient leurs batteries , pour les ecraser et dissiper jnsques a leurs cendres* Admirons rincroyable force de genie avec laquelle cet ecrivain, siiperieur dans la science des conjeetures;, comme les Jesuites dans le talent de preparer les poisons , va persuader a toute la France que les papes, les cardinaux et les eveques ne mouroient pas natureHement, des qu'ils s'opposoieht a quelque pretention de la Socie'te. En verite , il est impossible de pousser plus loin le delire de la pasgion ; et 1'on ne sait si Ton reve , quand on lit de pareilles inepties, .

. Finissons cette longueet penible discussion. Nous avons demontre que rien n'est plus absurde ni plus contraire aux monumens del'histoire^quecet affreux tableau de la Societe assassinant les rois e'trangers comme elle assassinoit les princes francais. Tout homme , ami de la ve'rite et defenseur de 1'innocence , demeureradoncpleinement convaincu que les ennemis de 1'Institut, entraine's 'par Fesprit de parti et paries mouvemensde la haine, ont resolu de uiontrer constamment les Jesuites , aux peuples et aux rdis, sous les hideuses couleurs d'line me'prisable

LA.' 8clSTi"DE5 > J&SITITES. I?.^

re'union de regicides et de revdlutionnaires , afin de les rendfe odieux aux gouvernemens et execrables a

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tons les hommes ":" que, dans la vue de suivre ce plan de calomnie si propre a seconder leurs desseins, ils citent des fables ridicules a la place des faits les plus authentiques , des anecdotes controuvees en depit des pieces originates : que, pour jouir du barbare plaisir. de decrier et de fletrir une compagnie d'instituteurs vertueux, de gens de lettres et de missionnaires ze'les, ils se livrent sans retenue a des conjectures arbitrages; adoptent, sans ombre de cri? tique, tous les bruits injurieux ; rapprochent sans fondement, et lient ensemble, avec un ridicule acheve, les evenemens les plus disparates; et qu'enfm, emporte's par une passion qui ne respecte au~ cune borne, ils e'crivent 1'histoire des Je'suites avec la mauvaise foi la plus de'cidee, ou I'ignorance la plus absurde.

Ma% Terreur n'a qu'un temps, et tot ou-tard la justice reprend ses droits. A une certaine e'poque , quand les passions sont rentre'es dans le calme , et que la raison prononce de' sang froid , le lecteur impartial apercoit avec e'tonnement, dans les honleux exces d'une injustice aveugle, et dans la ri-r dicule exage'ration d'une calomnie atroce, des preuves authentiques de I'mnocence de 1'accuse', avec des monumens irre'cusables de la peifidie de ses ennemis. Ainsi 1'innocence calomnie'e par son siecle, trouve des juges e'quitables dans les siecles a vepir j

l38 KOUVELLES CONSIDERATIONS;

et son triomphe brille avec d'autant plus d'eclat , qu'elle a ete plus indignement outragee.

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