III
Les Provinciales sont marquees au coin de fignorance ou de la mauvaise foi.
J'ai de'ja fait observer que le P. Daniel avoit releve dans cet ouvrage une foule de fausses citations et de falsifications evidentes. Tantot la traductiori des textes des auteurs Jesuites est infidele; tantot 1'auteur rapporte une partie de la decision de ces moralistes, et supprime 1'autre qui la modifie et lui sert d'expli cation ; tantot il attribue a la Socie'te les e'carts re'pre'hensibles des individus. Or, dans ce tissu d'assertions fausses, inexactes et calomnieuses, on n'apercoit ni le flambeau d'une critique e'claire'e, ni cette vertu connue parmi les hommes, sous le nom de bonne foi. Telle fut 1'opinion du parlement de Pro-
IQO JtfQUVELLES
vence SUE cesfanleuses Provinciates. l\ les fitbruler pu. bliquement, eairame e' remplies de calomnies, de faussetes, de suppositions et diffamatioris; ce sont les termes de 1'arret L'archeveque de Malines les qualifia d'injurieuseS; de scandaleusesj defourbes, d'impostures, et appela leurs auteurs des calomniateurs insolens. Quatre e'veques francais et neuf doeteiirs de la Faculte' de Paris, que le Hoi avoit charges de les examiner, ne les traiterent pas plus favorableraent. Yoici le jugement qu'ils en porterent :
Nous soussignes, deputes par ordre du Roi pour porter notre j ligament du livre qui a pour titre : Lett res provinciales de Louis de Montalte , etc. Apres Favoir diligemment examine, nous certifions que les he'resies de Jansenius, condamnees par 1'Eglise, y sont soutenues et defendues, et cela , non-seulement dans cesLettres, mais encore
j) dans les notes de Guillaume Wendrock, et dans les Disquisitions de Paul Irenee , qui y sont jointes. 3) Que la chose est si e'vidente, que pour le nier, il faut n' avoir pas lu le livre , on ne 1'avoir pas entendu ; ou, ce qui seroit encore pis, ne pas tenir pour here'tique ce que les souverains Pontifes, 1'Eglise gallicane et la sacree Faculte de Paris a condamrie' comnie tel. Nous temoignons de plus que la medisance et 1'insolence sont si naturelles ai ces trois auteurs, qu'a la re'serve des Janse'nistes, ils n'e'parghent qui que ce soit ; ni les papes, ni les e'veques, ni le Roi/.ni ses principaux ministres, ni la sacre'e Faculte' de Paris, ni les ordres reli-
SUE LA SOCIETY BES JEStriTES : .
gieux :' et qii'ahisi ce liyre est digne deg peines que les lois deeernent centre les libelles diffamatoires et heretiques:
Fait a Paris, ce 7 septembre de I'atiiie'e 1660. --. Henri DELAMOTTE^ e'veque deRennes; HARDOUIH, ey. deRhodezj FRANCOIS, dv< d'Amietts; CHARLES, ev. deStirssans; CHAPEL, cure de Saint- Jacques ; MOREL, BAIL, NICOLAI, GKANDIN, SAUSSOY, DE
GAK^Yy GilAMILLARD, DE LESTOCQ .
D'apres,cet avis des eveques et des docteurs dela Sorbofliie, le conseil d'Etat Condamtia les Provinciales au feu j et a feottie elles fureHt proscrites comme heretiques et calomnieuses.
De telles autorites suifisent sans doute, potir prouver que cetecrit de Pascal est marque' au coin de 1'ignorance oil de la mauvaise foi. Cependant, nous discutei-oiis un des reproches les plus graves quecet^criivairt ait fails aux Jesuites, afin de montrer encore plus claireinent avefc qiielie defiance on doit le lire , lorsqu'cin cherche la verite.
Dans sa cinquieme Provinciale , Pascal accuse les Je'suites depermettre Fidolatrie 1 aux'chre'tiens de la Gliine et des Indes. Us en ont, dit-il, ( des directeurs) pour toutes sortes de personnes; etrepondent si bien selon ce qu -on letii-' dematide , que quand ils se trouvent eh des pays oil un Dieu crucifie passe pour folie, ils suppriment le scandale delacroix, et ne preclient que Jesus-Ohrist glo- ' rieux^ et non pas Je'sus-'Ghrist souffrant ; coinme ils ont fait darts les Indes et dans la Ghine, oil ils
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ont per mis aux Chretiens 1'idolatrie me'rrie, par cette subtile invention de leur faire cacher sous leurs habits une image de Je'sus-Ghrist , a laquelle ils leur enseignent de rapporter mentalement les adorations publiques qu'ils rendent a Tidole de l Chacim-choan et a leur Keum-fucum : comme Gravina, Dominicain , le leur reproche ; et comme le te'moigne le Me'moire en espagnol presente' au roi d'Espagne Philippe IV, par les Cordeliers des iles Philippines, rapporte par Thomas Hurtado dans son livre du Marty re. de la Foi f pag. 4.27. De tellesorte que la congregation des cardinaux de propaganddfide; fut obligee de defendre particulierement aux Jesuites, sur peine d'excommunication , de permettre des adorations d'idoles sous aucun }> pretexte, et de cacher le mystere de la croix a ceux qu'ils instruisent de la religion : leur com-. mandant expresse'ment de n'en recevoir aucun au bapteoie.qu'apres cette connoissance , et leur oro^onnant d'exposer dans leurs eglises^'image du crucifix, comme il-est porte' amplement dansle decret de cette congregation, donne le 9 juillet 1 646, signe par le cardinal CAPOWI. Voila de quelle sorte ils se sont re'pandus par toute la terre, a la faveur de la doctrine des opinions probables , qui est la source et la base de tout ce de're'glement)).
Cette accusation renferme deux chefs principaux, savoir : i. de passer spus silence le mystere. de la croix, dans les pays ou ce mystere scandalise les
pa'iensj
iSUJl; LfA SOGI^TlS DJES J]5$UITES^
paiens % 2. tie ,perpettre.;Vidplatrie aux chre'tiens , en Jur recommandant de rapporter mentalement a une image -de Je'susrChrist, cache'e-sous leurs habits ->' le.s adorations publiques.qu'ils rendpient aux idolesv Pascal cite a l'appui,de ce grief enorme, i. le te'v njpignage ; de Gravina, Dpminicain ; 2.0 un memoire, des ; Cordeliers ,des lies Philippines ; presente , au roi : , d'Espagne ; 3.un decr.et dela congregation de la Propagande> qui de'fend particulierement aux Jesuites, SQuslpeine : .d'excommunication, de tenir cette condvuteinfame.Commen 90118 la discussion par l'exa- v men du monume ( ntle : plus grave etle plus imposant, qui .est.le decret de la Propagande. ,
ill n'y a point evvde decret de cette congregation^ sur 1'objet en question, eh 1646-, mais en i645. Ce ne fut point au mois de juillet qu'il fut porte' , mais a ii mois de septembre> On n'y trouve pas le nom du cardinal vGaponi, mais celui du cardinal Ginetti. Ces petites observations , auxquelles nous n'attachons pas une extreme importance, prouvent du moins que la critique de Pascal n'est pas infaillible. Yenons au fond de^ la question. ., ....;
Lorsqu'en Chine quelqu'un. aspiroit a 1'lionneur du doctoral , il devoit auparavant observer certaines ce're'monies en I'lionneur de Confucius. Dans le principe , les Jesuites et la . plupart des, missionnaires des diyers ordres religieux,.. pretendirent que ces ceremonies etoient purement civiles, et permir ent a leurs neophytes de s'y conformer. D'aulres y voyoient un culte idolatrique , et les interdisoient
severemerft. Sur des eritrsfaitesy le P. Mtfrales pi-oQ Jrasa a la cda : gr%ia*iph de' la Propagaride, Ses diifij cuke's , par hri lesquelle's &oit celle de sctv&it' sil etoif petriiis M se pr&sUrnef devaril I' Mote Sli&din, 6t de ^dcriji&fa Confuciw. La- GdiSgre decMa qu'il tt'etoit pas pelmis de sacrifiev a cms. Les Je'suites ^toierit 1 pleriiemeilli ce point ave'c la Pf6pagande% et av'6c-le P3p$ appi'duvia ses 1 F^64 ! si6'Sy puisq;a'ilS ptdt^ndofetit i\Q 16S dere'hioni'es obs6rv@es en FhioiiWenr de-eie phil6sopli'e' de la Chine n ? eC6ient nullenient ,-tifi- sacrifice,- Mais des rits ehtierement prbfanels / t'ets (jtie lies' salutations que fait un eedlier a son maitfe^ dw signg dii respe'ct dbht il est p^h'e'Ere' p6i<ji* sa p^rsdn'ne et po'ut son catafctetfe. Mais : cfu-elqties ehn'enife des Je- Suitefs avoient repandu la nouvelle' f|ue ces autorisoieht Fadoration d<es idoles,- et (Ju'ils fcoient le niystere de la c'roii a IS odhndissanGe des idolatres. Sans prononcer aacun'enTtetit qtie les J r ^ suites fusseti't v cbtfpables de ees ; exees-,- IacO'ngrga tiort adre'ssa le decreti ti'l6 par Pascal ,- ridh ^x> Je'suites en particulier, mais a tous les missi0hnaires, de quel(jue ordfe et de quelque institut qu'ilsfussent: 'Omnibus ei sitigulis triissionritinis ^ tttjuscumgite or" diriiS; religforlis ei ihstiliiti;ei si la sacfe'd edngrega 1 lion' ajouta, jiitfrnb aujb rtfigteux de fa Sotiisfe d$ tfesus ; etitifn Societdtti Jesii, 6n ne doit nullenient Cbnelui-e, atet> Pascal , qu'elle fut oblige'6 de defendre particrili^reraen't aiix JeSuites cette insigne prevarication^ sous peine d'eicdnitnunicationj
SUR- tJLSOClSTlS DES JSUI1'ES.
pimquecette clause^ etiam Sociatalis Jesu, etoit dte ''style dans la plupart des decrets concernant' les religieux , coinme il v est alse de s'en convaincre en jetant les yeux sur le Bullaire. II faut de plus observer que la question des ce're'monies chihdises e'toit difficile et embarrassante j qu'au commencement de la dispute , la plupart des Domijiicdins et des autres missionnaires pensoient eomme ks Je'suites; que nonobstant le ddcrt de 164 5, la Prbpagande aiitorisa , en i656 , les missionnaires a tolerer ceS rits exterieiirs, comme dtant puretiient civils et poliliques^ et que ce n'est qu'apres de tres-lohgties discussions; que le Sie'ge apostolique leg proscrivit et les condamna definitivement. Pascal ^ qui a cite le decret de 1648, s'est bien garde de rapporter c6liii de 16 56.
Quant au memoire des Cordeliers des ties Pliilippines', il eloit de la facon d'un certain Diego dollado , esprit violent t brouillon , connu par ses contradictions et ses impostures , et qui fait line trist figure dans les annales de son ordre. Ce fait a potar garantNavarette, Dominicain, lequel, apres avoir ete un des plus ardens accusateurs ide la Societe, en devint, etant arcliev^que , I'apologiste et le prdtecteur. Il ne fut pas le seul qui, dans eette circon- Staiice^ prit vivement a coaur les inter^.ts des Je'suites. Deux eveques des Philippines e'crivirent au Pape qu'ils se croyoient oblige's, en conscience, delui faire savoir qu'ils ayoient reconnu la faussete des ac-
Jt)6 .MOUYE.LLE.S G
cusations qu'ils avoient intentees :a la Societie ;darisf , leurs relations et leurs memoires ; et le P^Sarpetri^ de.rordrede saint Dominique, et missionnaire en~ Chine , ;a certifie dans un ecrit , que les Peres Je- ; , suites ont annonce dans ; le royaume de la Chine ; Jesus-Christ cruciiie , et .cela, non-seulement de w.yive yoiXj.mais par le, mpy en .des litres qu'ils ont : faits en grand nombre , qu'ils expliquent avec beaucoup de soin les rnysteres de la Passion a leurs )) neophytes,; que dans , quelques residences ,de ces, )>., Peres, il y .a des confreries de la -Passion ,;.et. que, ,de.p.uis p.eu, le persecuteui; de notre sainte loi, nomme Yam.-Quam-Sien, n'a rien tant reproche ,aux predicateurs de I'Eyangile, que de ce qu'ils : adorent comme le Dieu du ciel et de krterre, un hoinme crucifie :, ce qu'il prouvoit par les livres des Peres de. la Compagnie,, ,
II , ajoutpit. que dans la crainte d'approuver par son silence, les calpmnies que, 1'pn debitoit sur le cottipte (les.Jesuites, il avoit cru deyoir de'clarar que ces religieux ne.pei'mettoient point 1'idqlatrie , et qu'ils prechoient Je'sus- Christ crucifie. Cette piece etoit.de'pose'e dans;la,bibliotheque du colle'ge des 3esuites de Paris. .L'auteur de la Defense des nouveaux CJiretiens et des Missionnaires de la Chine , -in vite ceux qui auroient des scrupules sur .rauthentiGite de cej ecrit, dese^convain.cre par leurs propres yeux, qu'il etoit rqellement authentique,.; Apres des te'moi: gnages aussi imposans, il nousimporte peu de savoir
SUH L'JL 'SOCliSTg DES J^SUITES. '
ce qu'a piense Gravina sur Tobjet dont il.s'agitlGe iii'est pas sur le teraoignage d'un religieux trompe oft passionne', demetiti'parrhistoireet par des autorites beaucoup plus graves que la sienne , que 1'oh doit accuser d'idolatrie des apotres qui renoncent aux douceurs de la patrie, bravent les e'cueils des mers-, et s'exposent aux horreurs de la perse'cution , pour annoncer TEvangile aux idolatres. Une^mtique de ce genre la annonceroit une morale fort rel^che'ej' qui doit sans doute exciter Thorreur des apolog^istes de la morale severe. ,
Que faut-il done penser de cette historiette du crucifix, que Pascal mele si agre'ablenient a son recit? West-elle pas e'videmment une petite fable dont il n'est nullenient fait mention dans le decret de'la Propagande de i645 , mais qiii est parfaitement bieri assortie au gout et al'esprit des Provincialesl Si les Jesuites avoient pense' que pour eviter le crime de Tidolatrie, il suffisoit de rapporter a une image de Je'sus- Christ cachee sous ses habits, le culte d'adoratidn que Ton rendoit publiquement a des idoles, .ces religieux n'auroient-ils pas employe' cette ruse de ; guerre, pour eviter les supplices et la mort ? Cent Jesuites environ ont etc martyrise's aii Japon. Les uns ont endure' Peffroyable tourment del'eau, ou de la fosse- les autres-ont ete' brule's a petit feu. II leiir" etoit si facile de cacher un crucifix sous leurs habits, etde se prosterner devant les idoles, en fapportant mentalement a Je'sus - Christ ce culte idblatrique.
avoient enseigne que cette fine direction d'in-
IC)8 WOITVELLES
tention excusoit du crime d'apostasie , ils se seroient done fait rotir et supplieier pour le plaisir d'endurer des souffrances inouies, et d'etre brules lentement tout vifs. Voila une singuliere ambition ! et si c'est la le nee plus ultra de la politique des Je% Suites , il me semble qu'au lieu d'etre pleine d'intrigue et de malice, elle ressembleroit beaucoup a line insigne et inexplicable sottise. Je ne sais ce qu'auroit repondu Pascal a de petit argument j mais il me semble qu'il prouve, sans replique, que son histoire du crucifix est un de ces contes malins qui assaisonnent a merveille les calomnies des Lettres Provinciates,
II est temps de finir cette discussion , en offrant le resultat de tout ce qui a e'te dit dans ee dbapitre. Le complot attribue par Pascal ? aux Jesuites,, de gouverner 1'univers, en dirigeant toutes les consciences aux depens de la morale evange'lique , est une chimere. Les preuves allegnees par cet illustre ecrivain pour persuader au public que cette cliijnere est u,ne realite, sont ridicules au supreme degre. Ses LetlresProvinciales, dont la lecture est agreable a cause des formes du style et du sel de la plaisanterie, ne brillent point par Hmpartialite et la bonne foi, JLTautorite publique en a fait une haute justice. Les Jesuites ont eu , il est vrai, quelques Gaswistes relaches, parmi lesquels on doitsurtout ranger le P. Bauny, Escobar, et le P. Pirot, auteur de VApologie des Casuistes ; mais, si Ton excepte I'opinion du prolalilisme, qui fut ; pendant
plus d'un 4emH5iecl?j un sentimen-t comrnun dans Jes oixjlf es mpnastiques et les .UAiv^rsites catlipl.ig^es^ 1 n e*i$J;e pas, <ilans les : eprits de ees .savins Religiejix, e .SW* e proposition fajvdrisant Je : rel^iement des 'ait ete cpmbatjiie .p^j- 4i^ ow vjng}; e k S.ocJlte. JUes .genera^x ^e ^'ordj^ i^t fait de s?ige? reglemen$ : p<)%r ou (Jeti'iA-ire les abus ^ui corrpfrnpojent jla. de I'eoseiignement'; et les approbations 4o ; n? par les censeui;s , des -jiivres A qui sprtpient de 1^ plume , des Jesuites, ne prpuve,nt nulle.meiit .que la. 4pcj;i^ne qu'ijs ^epfe.r^ieat fut k : doct ; iine fe Ja ,pr .ciete, Rien n'est done .plus faux ni plus ; calp](nniejis: que 1'accusation de morale relachee, intente'e a c<?s
K ous n'avons rien dit de .quelques autres ouvrages
re'diges dansle ifteme esprit etavec la mdme:bpnne
foi que les Provinciates , pance qu 'ils sont .oublie'Sr
et qe les faits et les principes que npus avmis ex-r
pose's, n sont une claire et .e'vidente refutation.
Un ecrivain .moderne , anpien magistrat , et aur
teur d'un assez gros livre intitule' : Les Jtsuiles teis
qiiils pnt -ete dans I'ordre polilicfiie > religieux et
moral , pretend ,qu'il n'exi&te qtve trois PU quatre
erreurs dans les fixtraits 4es assertions des soi-disani
Jesuites. JJfousinaus bcrnerons a le renvoyer a la Re*
pause aux Assertions , pubUee par les peres Griffet
et de Menoux. II se convaincra par lui-Hieme,.qu';au
lieu de quatre erreurs <dans des citations , il ifalloit
dire douze cents falsifi catipns , y compiis les sup
pressions de textes faites a dessein , pour dohner aux propositions qui'se lisent 1 darts les ouvra'ges des Je'suites , une interpretation opposee a le'iir veritable sens! C'est urie petite erretir de calcul et uhe pecca- '\dille tres-pardbnnable en matiere de calomnie, surtout dans un livre ou Ton parle ex professo de la morale de ces religieux. Qaand pour tef miner le difFerend, je ferois grace a cet ancien magistral dfe six cents falsifications, il en resteroit encore six cents ; ce qui depare assez un ouvrage de critique, pour que Ton puisse, sans insulter a la'me'moire des auf teurs , le placer au rang des ecrits de parti ,' qui ne meritent aucune estime, et n'inspirent aucune coiifiance. : ( ' .'''
, Peut-etre quelques lecteurs auront e'te surpris et meme scandalises de la Tranche lib'erte avec laqnelle j'ai dit mon sentiment sur les Prbvinciales de Pa&cal; peut-etre croiront-ils qu'au lieu de respecter le talent et le genie , je les meprise avec autant de pre'somption que d'indecerice. Non , je ne meprise ni le talent rii le genie , quand ils defendent la verite etprotegent 1'innocence ; mais lorsque , e'gare's par un esprit de parti et un sentiment de vengeance, ils foulent aux pieds 1'un et 1'autre, sans pudeur et r sans bonne foi, des-lors, je crois devoir, me ranger du cote de 1'histoire, de 1'innocerice et de la. justice. J'adinire Pascal, lorsque,, ,dans uniage encore tendre, il surmonte, avec une incomparable, vigueur del genie , les plus apres difficultes de la geometric ; et re'pand de nouvelles lumieres sur les sciences physi-
SUB. LA SOCl^Ttf DES J^STJl&fcS. .
ques. Je 1'admire encore davantage, lorsque, donnant a son ame un plus sublime esso'r, il embrasse avec une force etonnante les vastes rapports qui lient un homhie mortel avec son CreYteur, et pre'sente des idees neuves et profondes sur 1'economie du cnristianisme.Mais, par un criminel abus de talent', vientil a ce honteux exces de verser le ridicule sur une savante Societe qui a enrichi les sciences par ses decouvertes, et bonore 1'humanite par ses vertus 5 alors, appnye surla verite et la justice, j'ose, malgre ma foiblesse, lutter contre ce colosse, et combattre cet Achille. Ce n'est pas moi qui 1'accuse d'etre im calomniateur, c'est la verite; ce n'est pas moi qui le condamne, c'est Ja justice : ce n'est pas moi qui triomphe, c'est Tinnocence outragee, mais vengee par la ve'rite et la justice.
On a peine, me sera-t-il permis de le dire en firiissant ce chapitre; on a peine a contenir le sentiment d'indignation qu'inspirent les procedes violens dont on a use envers les Jesuites, pour les de'crier dans 1'ppinion publique , sous pretexte de venger la morale avilie. L'enseignement public de ces savans religieux e'toit pur et sans tache. Us formoient la jeunesse aux bonnes nio3urs et a la religion, avec un zele egal au succes. Les rois, les pontifes , les cites , les provinces et les empires honoroient la Socie'te de leur estime et de leur bienveillance. Eh bien ! pour enlever a 1'Institut cette douce et flatteuse recompense de ses services, on a falsifieles ouvrages des disciples de saint Ignace ;
202 NOUVELLES G OKS Ip^R ATIOHS
on a deterre des livres ensevelis depuis long-temps dans la poussieye de lews bibliotheques , dont ils ignoroient merne les titres et les auteurs ; on a souille nmaginationdu public, en reveillant dans son souvenir des opinions oublieeset deteste'es des Jesuites ; jon a faussement attribwe' au .corps de la Saciete les hearts -d.e)S indiy.idius 5 on. a meprise les regies inv muables de riapnneiir .et de 1'equite, q.ui s'observent religieusement dans les tribunaux envers les plus grands coupables : e'est surtout eette derniere me^ sure qui est pleine de violence et d'atrocite'. Kstii done un corps teljeinent irreprochable que pas mi seiil de ses membres n'ait jamais prete le flans a une juste censure ? Et si les institutions sont responsables des fautes .des individus , ne faut-il pas les abolir toutes, comme des e'coles baties pour 1'enseignement du vice, comme des idoles consacre'es par les passions? IJ faut aneantir I'ordre respectable de la jnagistrature , parce qu'il y a eu, et qu'il existe en>core des magistra.ts oppresseurs duipauvre, et ven^ dus arinjustice. II faut detruire les ordres militaires et toute espeee de milice., parce qu'il y a des guerriers tiirb,ulens, libertins et liomici^es ; .des che?yaliers .dec.ore's des :signes de la brav^oure et de 1'honneiir ? qui avilissent par wne lionteuse lacliete les drapeaux converts de gloire sous lesqaels ils devroient niourir pour le aalut du prince et de rElat. II faut encore abattre dans rignominie et h poussiere tous les gouyerneinens moinarchiques , A'stOcrali^ues et re'publieains, parce qu il existe.des tyrans
SUK '!. SOClTJ3 DES
parmilesrois, des hommes devores par les flsmmes de .I'ambition sous le regime de I'aristocratie , et de vilsflatteursde la fdrocite de la multitude danstoutes les re'publiques. II faut enfin que les homrnes se poignardant les uris les autres, ou se donnant a eux- . memes la mort, precipitent dans le tombeau les derniers individus du genre humain, puisque, tant que le genre hurnain existera, les \ices auront des autels, et la terre enfantera des monstres. A: quels exces ne conduit done pas cette etrange justice qui fle'trit les corps en leur imputant les fautes des particuliers? En suivant la regie qu'elle consacre, on feroit du monde entier un tas de cendres et de de'combres..0iy telle estcependant la barbare equite qui a proscrit et voue a Tinfamie la Societe des Jesuites. L'histoire 1'affirme, et la posterite le re'petera de siecle en siecle.
Quelques Jesuites ont enseigne une morale re- Jache'e : done tous les Jesuites n'ont plus ele' que de vils cbrrupteurs de la morale. Dans 1'espace de plus de deux siecles, un seiil Jesuite a donne Texemple d'une banqueroute : des-lors tous les missionnaires Jesuites ont ete' de'nonce's au public comme des negocians interesses et des banqueroutiers scandaleux. Un certain P. Guignard a conserve dans sa chambre des libelles enfantes au temps de la Ligue : tous les Je'suites ont recu IV dieuse de'nomination de se'ditieux et de re'gicides. Confondant ainsi les innocens avec les coupables, on a porte une condemnation en masse contre une
204, WOtrVELXES
societe de vingt mille religieux^commeAn livre line yille prise d'assaut, au pillage et aux flammes, Ala pense'e de; cette procedure ille'gale et de ces arrets bizarres, quel est Thomme equitable et impartial, qui ne s'ecriera, avec, une indignation . melee de zele : Puisse cette scene tragique , ou la passion itnmola avec barbaric 1'innocence calomniee, ne se renouveler jamais dans les siecles a venir ! la gloire des nations le demande : c'est le vpeu de rhumanite, et le cri de la; religion,
GHAPITRE XIII.
Des suites.de la destruction des Je'suites. .. '.
LA France a perdu dans les Jesuites une academic de savans, une precieuse reunion d'instituteurs egalenient habiles et vertueux, le dernier rempart de la religion et des bonnes moeurs , et un ferme appui du trone des fils de saint Louis. .
La France a perdu dans les Jesuites une academic de savans.
Les incredules du dernier siecle ont verse' le ridicule sur les ordres monastiques , parce qu'ils sont des institutions religieuses. Gependant ces monasteres si decries etoient de vastes laboratpires conr sacres'a des travaux utiles, qui ont enrichi, depre-.