‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 20 sur 32 · DES · texte numérisé non relu

DES

deeo averts et d'ouvrages immortels, les lettres- les "beaux'- arts et les sciences. Libres des S oins qu'entraine Te'ducation d'une famille ; e'trangers aux emplois civils et aux affaires politiques; assujettis ,par les regies etablies dans le cloitre, a une vie austere et laborieuse, ces mbines, dbnt on parle dans le toonde avec un sourire de me'pris,'et que Ton a fait passer, dans ropinion du vulgaire, pour des homines inutiles a la socie'te ; ont conserve, dans les siecles de barbaric et d'ignorance, les pre'cieux nionumens de la litterature grecque et romaihe ; et dans les temps modernes, ils ont concu'et execute tte vastes entreprises aiixquelles la vie et la fortune *d'un particulier isole' n'auroient pu suffire. Bans les bibliotheques de 1'Ordre, ils avoient les livres et les manuscrits oil Ton puise la science; dans les religieux de leur institut, de zele's collaborateurs qui ficrivoient sous leur dictee, les soulageoient dans les recherclies de reruditiori, et rnettoient en commun,pour la composition d'unlivre,le fruit deleurs etudes et le re'sultat de leurs nie'ditations ; et dans les biens consacres par la pie'te de nos ancetres au soutieh-de ces magnifiques etablisseniens, toutes les ressour.ces necessaires pour livrer a 1'impression ces ouyrages immenses , auxquels avoient travaille , avec n' zele infatigable , plusieurs generations de religieux. En France, les Benedictins, les Jesuites, la congre'gation de FOratoire bnt je'tele plus vif eclat dans le monde litteraire et dans le' monde savant. Si Ton retran.choit de nos bibliotheques les livres

qii'ils ont cpnipose's ,. epmbien de pre'ciejufc

mens manqueroient a la critique,, au gout, a I'his-

toire et a toutes les parties de la science!

Le but de cet ^eri.t ne me permet pas de tracer ici 10 tableau des nombr eiix services que les disciples de saint Benoit et du cardinal de Berulle ont rendus aux Etats dans cette noble carriere de 1'e^ prit humam: je he dois parler que de Tordre deS Jesiiites^,sans:etablir j ehtre les diyerses institutions religieuses, aucun, parallele qui puisse froisser IV mour-propre et exciter la jalousie.

Doues d'un discernement exquis pour juger 16s homines et apprecier le genie , les Jesuites faisoient d'excellens choix parmi la jeunesse qai sollicitoit* la faveur d'enlbrasser leur institute Us poss^doient de plus, au supreme degre^Tart de donner att talent naissant toutle developpement dont il etoit susceptible , en Tappliquant au genre de travail pour le^quel la n'ature 1'avoit fornie'; aussi h'existoit-il dans leur Societe que tres-peu de ces esprits batafds^s'il est permis de parler ainsi , qui g4tent tc*ut ee qu'ils touclieiit, et qui avilissent une congregation, au lieu de 1 lui conquerir 1'estime publique. Un jeune Jesuite Jaissoit-il echapper quelques etincelles de cefeu ora^ toire qui biille dans un Bourduloue , un La Rue , un Segaud, un Neuville, on le produisoit dans les chaires ehre'tiennes, on le destinoit a. la belle ceuvre des missions nationales: niontroit-^il un penchant de'cide aux e'tudes se'rieUses, aux recherehes savantes, on Vappliquoit a la philosophie , aux mathe'niatiques,

SUB. tA &OCIT BBS

a la the'ologie: et attx travaiix de I'eYuditibn ; aihii se foi>mernt la science, les Sirmbnd, leg Petari> les Bougeant , les : Daniel , les Tournemine , les Parefinin, les Cliarlevoix , les Bollandistes : une inclination plttS douce rentratnoit-elle a la lecture des clief^d'oeUVre de riotre literature francaise, a la meditation des beaux mtidMes de la Gfece et de : Rome , les champs fleuris ; de I'eloqnenceet de la poesie devesoierit 1'objet de son etade et le theatre de son talent , les ; Brumoy ; les du Cerceau, les Bouliours, leg B.aJ)hi , les Jouvenci f les Berthie*, furent laiic^s dans cette brillante cari?iere ^ et lai^ef ent apves un honi estimd des gens de lettres. Enfiri, rare pietej im ziele apostoli^ue alltimdienlSils d'afis son ecfeur les flanimes ; de c^ette aiagnahinie aBibition, qiii a pour objet de reridre les hdinmes heiireux en les eclairaht du flambeeiu de TEvangil^, jen les affa'chant a la tyrannie de^ pfe'jiiges et ds passions ; I'empire de( la Gliirie, t'etfjpire Ottoman , Ifes de'serts de l^Afri^ue, les ile*,- le'sfoftSts de FAme^ riqae la! etoient aeeoi'de's eonfme un vaste he'fitage qu'il devoit d^fricher a la sueiir de son front , comme une terre inculte et sauvage qu'il devoit rendre f^coride en I'arrosant, non d'un sang etranger, a 1'exemple des conquerans de la terre ^maisdu sang qui couloit dans ses veiwes, comme il convieht au disciple d'un l)ieu crucifie. C'est a cette sagesse dans le choix des menibres de la Socie'te'; c'est a cet esprit ue discernement habile a decouvrir 1'inclination du genie , que les Jesuites doivent la reputation litteraire

GONSID&B.A.TIQHS

et savante de leur Institut. Parmi les iemoignageif d'estime qu'ils ontrecusdelabouclie des homines de lettres, je citerai celui de M. de Chateaubriand. L'Europe savante, ditcecelebre litterateur, a fait une perie irreparable dans les Je'suites..... Naturay> listes, cliimistes, botanistes, mathematiciens, raecaniciens, astronomes (" ) , poetes, historiens , traduc- -tours', antiquaires , journalistes , il n'y a pas une branche des sciences que les Je'suites n'aient cuU tive'eavec eclat. Bourdaloue rappeloit reloquerice romaine j Brunioy introduisoit la France, au theatre des Grecs; Lecomte, Parennin, Charlevoix, dii .

Cerceau, Sanadon, Duhalde, Noel, Bouhours, 3) Daniel, Tournemine, Maimbourg, LaRue, Jou- Mvenci, Rapin,, Vaniere , Comoaire , Sirmond , Bougeant, Petau , ont laisse des npms qiii ne'sont 5) pas sans lionneur . Gette multitude d'orateurs e'loquens, d'hommes apostoliques et d'e'crivains distingues,quisortirent du sein de cette celebre Societe^ la gloire immortelle qu'ils firent rejaillir sur elle, chez tous les peuples civilises, exciterent, il est vrai,la jalousie de plusieurs corps, et sur tout des Universite's.

(0 On doit se rappeler ici ce qu n a ditLalande sur les astronomes jesuites : Parmi les calomnies absurdes que la rage des Protestans etdes Jansenistes exhala contre eux, je remarquai la Chalotais, qui porta Tignorance ou Taveuglement jusqiVa dire > dans son requisitoire, que les Jesuites n'avoientpas produit de maihetaaticiens. ' Je faisois alors la table de mon Astronomic , j'y mis on article sur les Jesuites astronomes : le riombre m'etonna. J'eus occasion de voir la Chalotais a Saintes, le 20 octobre 17725 je lui reprochai son injustice 5 il en convint .

Mais

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Mais cette secrete et basse passion, ddnt on ne sait pastoujoursdislinguerlessaillies, des sentimehs d'nn zelepur, atteste, dans cette circonstance, le merite e'clatant de Tordre de saint Ignace, et fournil ; une nouvelle preuve, qu'au moment desa destruction, la France perdit une acade'mie de savans.

La France a perdu dans les Jesuites une pre'cieuse reunion d'instituleurs egalement habiles et vertueux.

Former a Vetude des sciences Tesprit dela jeunesse, animer dans son coeur 1'amour de la vertu ; telle est la double mission que les maitres de 1'enseignement public recoivent de la societe' : c'est du succes a la remplir que depend le sort des families et la prospe'rite des empires. Si ces tuteurs de 1'enfance cultivent ses talens sans la premunir centre la tyrannic des passions, ils donnent a 1'Etat des homines fiers de leurs lumieres, mais esclaves de leurs -vices j ils bannissent la vertu du sein de la patrie , et avec elle 1'honneur des families et le bonheur de la nation : et s'ils inspirentla pratique des vertus sociales et religieuses, sans donner au talent naissant une heureuse direction, ils privent 1'Etat de 1'ornement et de la gloire que lui procurent les sciences et les beaux-arts. Ce mal est, a la ve'rite, incomparablement moins dangereux que le premier, puisque les solides vertus ; appuyeessur les vrais principes, sont le fondement des empires, et non les lumieres dans le plus haut e gre ou 1'homme puisse en jouir sur la terre 5 mais

il est fceanmoins un raal, puisqu'il est un de'sordre Oppose au but de 1'education publique et an plus grand bien de la socie'te'. PoUr prouver I'liabilete des Je'suites dans les emplois de re'ducatioh publique , je dois done montrer qu'ils dht obtenu des succes eclatans, et dans Tenseignement des sciences , et dans Tart de former la jeunesse a la vertu.

Pour reussir dans 1'enseignement., trois choses sont

necessaires a un instituteur; la science, la fide'ltte a

suivre les bonnes nle'thodes, et le talent d'exciter

1'emulation t sans la science, 1'instituteur est un

ignorant, et non un mattre ; sans la fidelite a suivre

les bonnes methbdes, il est uh pedagogue malliabile

qui egare son eleve i au lieu d'etre un guide

eclaire qui le conduise a son but} et sans le talent

'd'exciter Temulation, la science et les bonnes me-

thodes ne sont plus que des the'ories purement specu-

latiyes, tandis qu'elles devroient e'tendre et propager

lesjumieres. Or les Jesuites employes dans les cql-

le'ges, posse'doient la science. Avant de parcourirla

carriere de 1'enseignement ; le novice jesuite consa-

croit a la retraite deux annees entieres dans cette

solitude profonde ou le conduisoit 1'obeissancej il

meditoit les verites eternelles, domptoit son carac-

tere, s'exercoit sans relache aux vertus du christia-

nisme, contractoit cette habitude des mceurs graves

et austeres, et prenoit ce gout des etudes se'rieuses

qui dessechent dans sa racine le defaut de la le-

gerete, diametralement opposie au progres dans les

sciences. Apres avoir jete ce premier fondement des

SUR LA. SOCIlST^ DES J^SULT'ES. ait

bonnes etudes, il devenoit parfait ecolier, afin de remplir dans la suite, avee distinction, les fonctions d'un instituteur : durant cinq anne'es conse'cutives, il se fortiiioit, par uri travail assidu, dans la connoissance de la belle latinite, de la poesie, de 1 eloquence, de la philosophic , de la physique , de 1'histoire haturelk et des matlidmatiques j alors seulement I'lnstitut lui permettoit, non AQ montei- dans les diaives les plus honorables, mais d'enseigner les basses classes j car il n'arrivoit aux grades les plus eleves, qu'apres s'etre arrete' long-temps sur les degres inferieUrs^ Oh concoit facilement que sous une telle discipline, des jeunes gens doues de qualites heureuses, passionnes pour I'ftude,' et acccmtttm^'s ^ii joug d'une strlcte obeissance , devenoient, au bout de quelques ann^es, des homines tres-instruits, desprofesseurs du premier ihe'rite.

Ces inslitttteurs dclaires suivoient encore dans lenseignement d'excellentes m^thodes, des observations exactesfondees surune longue experience; des regies pleines de sagesse , tratees par des 'sa vans distihgues , formoient , pour les nouveaux maitres , un code elementaire d'instruction, connu sous le nom de Rath studiorttm. Ce qui concerne la discipline in terieure des classes, les moyens d'emulation,la conduite des .professeurs envers leurs eleves, y e'toit fidelenient expose avec tous les details necessaires. G'etoit une. regie constante, universelle, ^ternelle, ^ue ies Jesuites devoient savoir parfaitement et mediter sans et dont personne ne devoit s'ecarter, parce

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