‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De I' origins de finstilut des Jesuites..

HI avoit precipite' 1'Angleterre dans le scliisme ; 1'he'resie de Luther faisoit en Allemagne de ra.pides progres ; et la France ? justehient de'core'e dii -beau litre de roy aume tres-chre'tien , commencoit k idevenir'Ie tlie'atre de 1'erreur, et la victime des guerres civiles, lorsque Ignace de Loyola, seigneur espagnol , : qui.' avoit dans sa jeunesse exerce avec gldke la profession des armes, jeta a Paris lesfondenaens de':cet ordre celebre, connu depuis sous le rioni ds Gompagnie de Je'sus. Dans le principe cet hoinme extraordinaire ibornases vues a planter la croix eu Palestine et dans les provinces voisines ; mais diveyses circonstances ayant' fait echouer Ce projet de zele, il concut un dessein plus vaste> 'et plus utjle a la religion. Pour suspendre le trioplphs des^ nouvelles erteurs qui devinrent si funesteis a la paix de 1'Europe ; pour e'tendre Fempire du cliristianisme jusqu'aux dernieres limites de 1'univers \ il resolut de fonder une^ compagnie d'hommes apostoliques,;et d'hommes savans. Les uns/bravant' avec courage les pre'juges des peuples civilises et la fcarbarie des hordes sauvages, devoient faire brilleu le

SUR LA .SO.'ClfiTJS DBS J1&SU1TES. 5

flambeau de I'Evangile au sein des plus e'paisses tenebres de la superstition et de 1'idolatrie : les autres, eoiisacrant, dans la retraite, leur loisir et leurs talens a l'e'tud.e des sciences et aux travaux de Tenseignement, e'toient appeles a former la.jeunesse aux lettres , aux vertus sociales et Teligieuses , ou a devenirpar de solides .e'crits, le.fleau de 1'he'resie, et leboulevard.de 1'Eglise. ,

Certes, ce plan e'toit beau , et .supposoit dans Ignace un esprit e'leveet uri ccaur capable de grandes entreprises. C'etoit I'elan magnanime d'une noble ambition, qui n'ayant plus pour objet, comme autrefois /une vaine gloire souillee du sang- des, nations , aspiroit a une gloire pure- et sans tache-, destine'e a rendre heureux le genre humain. Ignaee .reu'ssit audela de tout ce que pouvoit pre'voir une sagessehumaine; car , quoiqu'a 1'dpoque de sa mort,: la Compagnie qu'il avoit fonde'e n'existat que depuis s seize 1 ans , Xavier , un de ses premiers disciples > avoit de'ja baptise de sa main un million d'idolatres., et, abattu trente rpyaumes aux.pieds de la religion. Cent colleges e'toient diriges par les Jesuites , tant en Allemagne , qu'en Italic, en Espagne et en Portugal ; et le nom de leur institut , devenu odieux aux sectaires, a cause des obstacles qu'ils mettoient aux progres de 1'here'sie , excitoit la jalousie et provoquoit la vengeance.

Telle fut 1'origine de cette Societe fameuse , que ses \ictoires et ses revers recommandent egalement a Fattention du public, et aux meditations des

Mgislateurs. Envisagee dans 1'interet de la religion y c'est 1'efFort genereux d'un zele ardent qui s'alarme des suoces d'une dangereuse erreur, et dirige contre elle des forces redoutables. Tout homme sinceremeiit attache a la foi de 1'Eglise catholique, ne peut done qu'apiplaudir au dessein d'Ignace , enadmirant la beaute du plan quil concut, pour le conduire a une heureuse issue. Conside're'e sous un point de vue politique, 1'origine de 1'ordre des Jesuites re'clame encore des droits a 1'estime des princes et a la reconnoissance des peuples. Car les schismes, en

matiere de religion , devenant asse? s,otiyent le fatal ele'ment des dechireniens politiques, combattre la nouveaute profane, c'est veiller a -la surete' des trones; arraer le talent contre 1'erreur, c*est prote'ger la tranquillite des Etats. Cette reflexion trouve ici son application avec d'autani; plus de verite, qu'en bravant 1'autorite de la puissance ecclesiastique, et en substituarit a la tradition des siecles les ecarts de 1'orgueil , Luther et Calvin ebranlerent avec violence les bases des gouvernemens , placerent a deux doigts de sa perte la constitution germanique, et jeterent au milieu de la France et de TAllemagne un brandon de discorde, quimitlefeu aux quatre coins de 1'Europe civilise'e.

SUR 4. SOCli.lt DES J^SUITES.

CHAPITB.E H.

Des ennemis d,es Jesuites.

un honirae , accuse d'un crime devant les * jtribunaux, proteste katejn.ent de son innocence, avanl; de pronpneer une sentence decisive, les magistrate revetus de 1'autorite 4u prince, et arme's du glaive de la jiistice, s'envirQnnent avec soin de toutes les lumieres que pregentent le.s faits et les te'moignages. Non-seulement la loi demeurp sans cesse prpsente a leiir esprit , pour devenir, .apr^s une Ipngue discussion, la regie invariable de leur jugenaent; n.on-seulement ils recueillent, ayec aijtant d'ewctitude .que d'jmpartialite', les ayeux de 1'accijse avec le$ depositipps des terapins, pour se mettre en e'tat de faire une application e'quitable de la loi ; ils cherchent encore a denaeler les vues secretes des accusateurs, ,eta sonder le fond de leur caractpre. Car, si d'une part le pre'venu jouissoit d'une reputatjion id? vertu , ineritiee par 1'iijit^grite. d'une conduite sans reprpche, pu par d'eclatans services rendus a la soc.iete' et a 1'Etajt, et que, d'une atitre part , les tejnoins devoilassent , dans leurs depositions ; des niotifs pdieux de vengeance ef d'injustice, un esprit meprisable de cabale et de parti, des-lors, les ministres de la justice du prince sonpconneroient avec raison que le crime n'existe pas , et que les accusations sont des calpmnies. II est

8 WOUVELLES CONSIDERATIONS

mme des circonstances oh 1'exageriation dans les temoignages est si palpable , et le caractere des temoins tellement vil et de'crie, que , sans autre&

cannoissancesulterieuresyles juges demeurent pro.-, fondement 'convaincus de 1'innocence de 1'accus^.

L'ordre des Jesiiites est un illiistre accuse, traduit au tribunal du public, comme etant coupable des crimes les plus horribles, des forfaits les plus inouis. J'ai done era devoir chercher dans le caractere des ennemis de ces religieux , des lumieres importantes sur le grand proces intente a leur Soeie'te'.

En consultant les annales de la religion et de la France, j'ai d'abord observe que les parlemens, 1'U- .niversite, et quelques ordres mohastiques, mirent opposition a leur e'tablissement dans ce rbyaume. Mais je n'ai pu tirer de cetie t opposition, aucune consequence lumineuse , ni pour ni centre 1'innocence de ces religieux. On doit attribuer cette premiere persecution qu'essuya la Societe' , a des vues de bien public, melees a des motifs d'inte'ret personnel.

La singularite et la nouveaute de 1'institut de saint Ignace, les nombreux privileges dont le sie'ge apostolique le favorisa, indisposerent les parlemens centre les Je'suites. De plus, 1'origine de cette Compagnie , qui avoit des Espagnols et des Italiens pour fondateurs et pour principaux sontiens, fitcraindre aux cours souveraines, que, sous pretexte d'annoncerl'Evangile et d'ameliorer l'education publiqne, ces religieux ne fomentassent des troubles dans VE-'

LA SOC'lT DES JlSsUITES. 9

tat, et ne deVinssent funestes au salut du royaume, an moment d'une crise violente, que pouvoient amener les evenemens de la guerre et les chances de la fortune ; car, a cette epo'que, des inte'rets politiques divisoient la France et 1'Espagne. Or, on sent a merveille que , dans une pareille circonstance, il'est natuiel de se defier d'une institution recente, qui doit son etablissement a des hommes ne's dans un royaume enhemi.

Des motifs moins nobles animerent riTniversite centre les enfans. d'Ignace. L'e'ducation qu'ils donnoient a la jeunesse e'toit gratnite, et ils obtenoient, dans Tenseignement, de brillans succes. De la il re'sultoit que le cre'dit de 1'Universite alloit en declinant, et que le nombre de ses eleyes diminuoit. Tel fut le principal grief de cette fille aine'e des rois de France, contre ces nouveaux instituteurs. Nous avons pour garant de cette assertion, Henri IV, dans sa reponse au president de Harlay : L'Universiteles a contre-pointes , disoit-il,ou pour ce qu'ils faisoient mieux que les autres, temoin 1'affluence des ecoliers qu'ils avoient en leurs colle'ges; et pour ce qu'ils n'etoient incorpores en 1'Universite, dont ils ne feront maintenant refus, j) quand je leur commanderai, et quand, pour me les remettre, \ous serez contraint de nie les amender .

Enfin, lorsqueles Je'suitesvinrenten France fonder des colleges, il existoit dans ce royaume, des Bene'dictins, des Dominicains , des Franciscains , et d'au-

,10 KOUVELLES CONSIDERATIONS

tres institutions religieuses, vouees aux sciences et a 1'enseignement. Onpouvoit done croire debmrne foi, que 1'institut d'lgnace etoit inutile a la France; et il est permis de penser que plusieurs de ces divers corps, respectables par leur anciennete et leurs services, voypient ces nouveaux venus d'un ceil chagrin, et peut-etiie avec une secrete jalousie, se mettre en concurrence avec toutes les institutions de'ja e'tablies. Car, il faut le dire, en s'appuyant sur 1'expe'rience des siecles et sur la connoissance du coeur humain, les corps, non plus que les indiyidus , ne sont pas tou jours a 1'abri des surprises de l',amour - propre , surtout quand des raisons spe*cieuses de bien puiblic . ou d'interet personnel fpr-r tifient les spupcons et les alarmes.

Quoi qu'il en soit, nous n'insisterons pas sur cette

premiere persecution qu'essuyerent les J^suites. Us

eurent, dans la suite 1 des temps, et meme a cette

epoque, dans plusieurs Etats de 1'Europe, des adr

versaires bien plus redoutables : ce sont les pretea-?

dus Reforme's , les disciples de Jansenius, et les in-

cre'dules du dix-huitieme siecle. Or, c est en raison-

nant sur le caractere de ces terribles ennemis de la

societe, que nous presenterons au lecteur des re*-

flexions tvesrpropres, ce me semble, a jeter un

grand jour sur la question historique de la

lite ou de 1'innocence des Je'suites.

SITR LA. SOCI^Tri DES J^STJITES. II

CHAEITRE III.

Des Proteslcws.

pretendus Reformes doivent etre mis au premier rang des adversaires des J&uites.

II n'est pas surprenant que les disciples de Lu- , ther et de Calvin aient concu pour ces religieux une aversion decidee , puisqu'ils furent constamment les ennemis de leurs erreurs , et un ferme rempart de la foi de 1'Eglise.

Ecrivains distingue's, instituteurs habiles, missionnaires ze'lesj retraites, congregations, conferences publiques, entretiens particuliers , predications e'loquentes, tout fut mis en oeuvre, dansl'ordre des Jesuites, pour aheantir 1'heresie des pretendus Re'forme's. Les peres Laynez, Salmeron et Le Jay, influerent puissamment an concile de Trente , sur la redaction des decrets qui cohdamnerent les nouveaux systemes des chefs de ces deux sectes fameuses. Bellarmin descendit dans 1'arene , avec toute la superiorite' d'une science etendii.e et d ? une logique pressante. Revetu du double pouvoir que la verite et le gdnie communiquent a Te'crivain, il fit a la foi de 1'Eglise de si nombreuses coriquetes, il jeta une telle epouvante dans le camp des Protestans , qu'Elisabeth crut servir tres-utilement la Re'forme, en fondant une academic anti-bettarminienne. Cette nouvelle acade'mie recut le nora

12 KOTJVELLES CONSIDERATIONS '

d'anti-bellarminienne, a cause de sa principale destination. Sans cesse elle devoit s'occuper de la re'futation des nombr.eux ecrits qui sortoient de la plume du savant Je'suite. Le pere Canisius fut proclame apotre de 1'Allemagne, parce que son zele pour la conversion des here'tiques obtint des succes qui rappeloient les triomphes des fondateurs du chris-, tianisme; et, avant d'etre appele' a la Com- de Henri HI, en qualite' de confesseur du Bioi, le pere Edmond Auger avoit ramene au sein de 1'Eglise plusieurs milliers de Calvinistes,

Mais Mablissement des colleges fut un des moyews les plus efficaces , employe's par la Compagnie de Je'sus, au soutien de 1'ancienne croyance. Attire's par la ce'lebrite des professeurs jesuites , la jeunesse des families les plus distinguees acccvuroit avec empressement aux lecons de ces nouveaux maitres, et puisoit dans un commerce habituel avec ces homines egalement habiles et vertueux, une vive liorreur pour 1'he'resie, et un ferme attachement a 1'Eglise romaine. Aussi les Princes catholiques de i'Allemagne, qui avoient sincerement a cceur de pre'server leurs Etats du fleau de 1'erreur et du schisme, formoient-ils sans cesse de nouvelles demandes pour obtenir des professeurs et des recteurs de college qui fussent Je'suites, Le celebre cardinal Commendon, aussi recommandable par 1'integrite de son caractere , que par son habilete dans la politique , ne craignoit pas d'assigner la propagation de 1'ordre de saint Ignace , comme un moyen ia-

LA SOClT6 DES jfiSTTITES. I $

.faillible de surmonter tons les obstacles que pourroit mettre, 1'lieresie a 1'execution des de'crets du concile de Trente. Je sais, disoit ce cardinal, et disoient avec lui la : plupart des ambassadeurs , et nomme'ment le cpmte dekuna, je saisque 1'execution de yos de'crets trpuv.era .de grands obstacles en Allemagne : mais il ne -fault pas se ; decourager ; 1m peut vaincre toutesles .difHculte's par le moyen des peres de la Compagnie de Je'sus, C'est le sentiment de sa, Majeste imperiale, des Princes; des peuples memes de 1'Allemagne.. Ces peres ontdeja fait voir panni nous > ce qu'on pouvoitattendre deleur zele. Leur vie exemplaire, leurs predications, leurs colleges ont maintenu j) et maintiennent encore, la religion catholique.

Multipliez, done les Jesuites, niultipliez leurs colle^fes, leurs academies; et les fruits que la .relrgioriren retirera, surpasseront vps esperances (?) . Tels furent les litres des Jesuites.a la haine ...des Protestans. Leurnomseul etoit odieuxac.es hommes de parti. Les Princes, qui prote'geoient la nouyeaute dans leurs Etats, e'toient aussi eloig n s ^e confier renseignement public a ces religieux, queles Princes

( l ) I Gesuiti hanno ormai dimostrato.in Germania, quello che j) se ne posse sperare in efi'etto, poiche solamente con labuona vita j) et con leprediche et con le scuole loro, vi hanno ritenutaet vi

j> 3ostentanb tuttavia la religion cattolica; onde non e dubbio che quando si facessero molti collegj et molte scuole bnde ; si potes- 4> sero avere ;. molti .operarj , sene caverebbe fruuo incredibile . Voyez les registres du cardinal Commendon, les registres des legats, et les instructions du comte de Luna, arabassadeur de 1'Empereur. * . ;

l4 NOUVEtLES CONSIDERATIONS

catholiques e'toient ardens a multiplier leurs colleges et a e'tendre leur florissante Soci^te'; On pdrtoit le fanatisme a 1'e'gard des disciples de saint Ignace, jusqu'a interdire aux parens la faculte-d'envdyer leurs enfans e'tudier dans les (tollers qii'ils avdienl en pays Stranger j et les caldiimies tjui olit 6'te iiivente'es dans GBS derniers teirips, pout l^s perdre dans Vopiriidn publique, rie soht iju'urie fastidieuse repetition des graves accusations accumule'es cohtre eux parlesProtestans, danslavuede les decrediter parmi les nations europe'ennes, en les cduvraht, aux yeux de runivers , de ridicule et d'ihfainie. Ainsi, dans le mehioire ; atiresse au cardinal de ilichelieu , en 1'annee 1617 , les mihistres de Char enton attribuoient-ils au corps de ce^ religidux, uiie doctrine meiirtriere. Cette calomtlie si souvent rechauffe'e depuis, et avec tant de succes, he ; fit pas fortune aupres du cardinal ministre , leqiiel repondit aux quatre chefs de la re'fornie en ces terriies : <t Vous eh eussiez parle autrement que vous nefaites, si^ 5) au'lieu de 1'a^prendre des e'crits de qiielques pflrticiiliers, vous 1'eussiez recueillie de labduche de leur general, qui en 1616 fit une declaration publique, par laquelle non-seulement il improuve , >j inais deTend a ceux de son ordre, sous de grieves 3> peines, de sdutemr qu'il sdit loisMe, sous quelque pretexte de tyrannic que ce puisse etre, d'attenter sur la personne des princes et des rois ( r ) ,

(') Les principaux points dfe la foi catholique, centre 1'ecrit adresso aw Roi par les quatre ministres de Cliareuton.

sfoii ii sociriTiI: DES JSTJITES. ,i5

Cette haine des preteridus Reformes pour les Je*suites ^ a diminue avee le temps > a raesure' que les injustes prejuges dont ils Solent iinbus centre les Catholiqttes, se sofct dissifi^s, et que 1'aversion qu'ils eprouvoient dnvers le saint siege, est devenue moins violente. Mais elle a laissd des trace's si proforides et si durables, quelle se reveille a la premiere occasion pour eclstter en nouveaux nlurrtiures et en nouvelles injustices'. La discussion qui a eu lieu dernierement dans les chambres du paiieraent d'Angleterre An sujet du bill d'e'mancipation des Catholiques, fourriit tine preu've bien sensible de la Verite de cette observation. Parmi les membres qui refush-ent d'aceeptei 1 ce projet de loi, aussi conforme aux lois de 1'equite qu T aux vues d'une saine politique, plusieuvs alleguerent poiir motif de leur determination , le retablissement Aes Je'suites par le papfe Pie VII.

Mais non-seulement les Protestaiis se signderent par line sorte d'aGharnement contre> les Je'suites les ecrrvains meme catholiques , qui saris se declarer ouvertement pour la reforme , montroient n^anmoins dans leurs ecrits un penchant a rhe'rdsie, se laisserent doininer par cette haihe inveteree qui animoit les chefs de la secte. Tel fut le president de Thou; Ecrivaih impartial sur tout autre objet que surles matieres de religion, il adopte les reveries et les calomnies des liere'tiques sur le compte des Je'suites ; comme il adoucit le mieux possible les fautes des Huguenots, en pre'conisant les talens et les vertus du parti. Tel encore cei avocat Pasquier,

l6 JSOTJVELLES CONSIDERATIONS

qui, sous le regne de Henri III, plaida pour TUniversite contre ces religieux. Auteur d'une exhortation aux Princes, dont Fobjet est de prouver la pretendue ne'cessite de fayoriser et d'admettre .le

calvinisme dans leurs Etats, il parle des Jesuites avec une impartialite dont il est bon de citer ;quelques traits. Dans son Catechisme des Jesuites > plein de termes doucereux et de complimens flatteurs pour ces instituteurs de la jeunesse, il traite sans fagon saint Ignace de chevalier errant :> de fourbe, de menteur; de caffard, qui voulut etre reconnu pour un autre Jesus-Christ; de . gourmand , de regicide , de Manes , pire que Luther, de demon incarne : , de grand sophi, de grand dne > de Don Quiehotle. Usant de la meme moderation envers saint Franeois-Xavier ; cet apotre , dont leshe'rbiques vertus ont fait 1'admiration de 1'univers , n'est a ses yeux qiiun caffard , un Macliiavel ,un successeur de I'heresiarque M< anes ; ses miracles ;doivent etre repute's des contes de la quenouille > et tous les Jesuites sont les scorpions de la France ; ils ,sont non les premiers piliers du saint siege jihaisi les premiers pilleurs. On ne doit pas les appeler ordre Jesuite , mais ordre Jesile.j parce qiiils venderit en gros les- sacremens plus cher que Giesi ne voulut vendre le don des miracles a Naamanj.les Jesuites sont autant de Judas ; ily a dans lajesuilerie beau-

coup de la juiverie ; wire que tout ainsi que les anciens Juifs avoientfaitleproces a Jesus * Christ r aussi ces nouveaux Juifs le font maintenant aux

apotres.

SUR t.A .,S.OCIT DES J&SUITES.

apotres. Enfin, dans les vceux des Jesuites, z

ofe I'heresie, du machiavelisme , etune piperie ma-

nifeste. ; \

On est etonne et edifie tout a la fois , de ce ton dvangelique et du sublime elan de ce zele antije'suitique. Et cependant j'ai passe sous silence les inflexions de 1'auteur sur le nom de Pere } qu'ou donnoit a ces religieux. Dans cet infame passage dont je ne souillerai pas ma plume, la plus effre'nee luxure accompagne le sarcasme et 1'outrage. En lisant cette diatribe e'galement triviale, inde'cente et furieuse, ne semble-t-il pas entendre Luther dire en'termeis nobles et e'nergiques, quele Pape n'est qu'un sc&lerat qui crachedes diables ,les cardinaux des malheureux quilfaut exterminer, et les the'ologiens de Louvain , des leles, des pourceaux, des epicuriens, des athees. Si 1'avocat Pasquier n'atteint pas tout-a-fait a cette hauteur de langage, du moms il fait de nobles efforts pour en approcher. Or il est honorable pour les Jesuites d'avpir en tete de pareils adversaires.

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