NOUVELUES COMSID^R ATIONS
qu'il est.infmiment dangereux d'abandonner a 1'ar-
bitraire, aux prejuge's, aux e'carts de I'lmagination
ce qui decide le succes de renseignement. II m'est
impossible de montrer la haute sagesse de cliacun
des articles qui composent cette legislation classique,
s'il m'est permis de m'exprinaer ainsi, laquelle per-
pe'tuoit dans les colleges de la Societe les bonnes me-
thtides et les sages traditions. Les bornes de cet ecrit
m'interdisent cet examen ; on peut consulted sur ce
sujet Y^pologie de I'Instiiat etde la doctrine des Je-
.suitest 1 ) ; mais .je citerai un temoignage du plus grand
^pids, celui du^pere de la philosophic moderne :
Pource qui regards rinstruction de la jeunesse,
>) dit le chancelkr Bacon , il n'y a qu'un mot a dire :
Gonsultez les classes des Jesuites ; car rien.de mieux
j) que ce qu'ils pratiquent ( 2 ) . II s'e'toit de'ja exprime
dans le meme sens, sur la perfection des me'thodes
que suivoient ces religieux dans Tenseignement, au
commencement du menae ouyrage. Nous avons deja
cite le passage reniarquable oil il s'ecrie, avec une
sorte d'admiration et d'enthousiasme , qu'il ne peut
voir I'application et le talent des Je'suites pour cul-
,tiver 1'esprit et former les mceurs.de la jeunesse?
,sans se rappeler ce mot d'Age'silas sur Pharnabaze:
(') Chapitres .xxi et xxn. Get ouvrage, presque oublie, parce qu'il est ancien , est un modele de logique et un chef-d'oeuvre d'eloquence.
(') "Ad psedagogicam quod attinet , brevissimum foret dictu: Con- Sle scholas Jesuitarum : nil euim quod in . us um venit , his melius. De dignitate et augment, scientiarum , lib. vn, p. i83. Idem.l. J-
sun LA.SO.GI'T DES J^SUITES. ai3
K Etant ee que vous etes, faut-ilque vous tie soyez pas a nous . ..../ - ..'. /
Enfin les Jesuites avoient un talent admirable pour exciter cette noble emulation , cette necessaire rivalite qui est Tame des e'tudes, et comme le ressort qui developpe et'agrandit le talent encore auberceau. Distribuer avec une inflexible impartialite les cMtimens et les re'compenses , c'est-a-dire, mettre en mouvement, avec sagesse, les deux grands mobiles du coeur de Tenfant , corame ils le sont du ; cdeur de 1'hommej etudier avec une application infatigable le caractere des eleves, pour les exciter au :devoir par des motifs analogues a leurs penchans ; ne rien accorder a la naissance, mais tout au merite j suivre constamment les lumieres de la raison, et jamais la fougue de la passion; diviser la classe en deux.armees enneniies, rangees sous les etendards de Rome et de Carthage , qui se provoquent sans cesse a des combats litte'raires , 'qui s'arrachent successivement , par des efforts toujours renaissans, les lauriers du triomphe; decerner aux vainqueurs des titres d'empereurs on de consuls ; titres pue'rils en eux-memes; si Ton veut, dit le protestant Dallas, mais aussi importans pour des enfans.qite les titres de noblesse ou les couleurs des rubans pour des hommes ; ajouter aux motifs d'avancer dans le& sciences , que Tinte'ret personnel pre'sente et que la raison approuve , les niotifs plus efficaces encore que propose une religion toute-puissante, qui impose 1'obligation du travail et reveille le courage par 1'attrait des. biens
NOUVELLES COWSIB&RA.TIOMS
etemels, par la crainte des mai*x oil precipite U violation du devoir ; tels sont les principaux; moyens d'exciter ^emulation que recommande QU insinue I'lnstituit, efe dont les Jesuits faisoient usage avec un sueces permanent. La gravitede leur maintien > 1'agrement de lewr conversation , la culture de leut esprit, 1'aflabilite de leurs naanieres, la reputation de gen& lettrea dont Us jouissoient dans le monde, donnoient a leurs paroles, a le>wrs avis et a leurs exhortations, une force de persuasion , qui enebainoit les ames, etrendoit I'emulation plus heureuse datts ses resultats. Gesreligieux^ditM.delBQnald, reunissoient, a un degre egal, 1' esprit et la piete, la politesse et rausteiite , la science de Dieu et celle des hommes (0 . L'education ne s ? est jamais bien relevee depuis leur chute, ajoute M. de Gha- : teaubriand. Us etoient singulierement agreables a lajeunesse; leurs manieres polies otoient a leurs leeonsice ton pe.dantesque qui rebute 1'enfanee, Contirae; la plupart de leurs professeurs etoieat des hommes de lettres recherehes dans I G nionde , les jeunes gens ne se croyoient. avee eux que dans . une illustre acad^mie. Us avoient su etablir entre leurs ecoliers de differealjes fortunes , une sorte de patronage qui taurnoit au profit des sciences. Ces liens, formes dans F&ge ou/ le ceeur s'Quvire aux sentimens genereux , ne se- brisoient plus dans la suite, et etablissoiejit entre le prince et 1'homme
(0 Legislation primitive.. , ;
sun LA. ;SOCIT. DBS de lettres ces antiques et nobles amities qui vivoient entre les Scipions et les Lelius >v
Mais les faits spnt encore plus de'cisifs que les autorites. Des 1'origine de la Societe, les Je'suites ob* tinrent la reputation d'hommes eclaires et d'institu^teurs habiles. L'empressement des princes a les ap^ peler dans leurs Etats$ 1'e'tonnante rapidite avep laquelle leurs colleges furent etablis en Italie, en Espagne 7 eji Portugal et en A-Hemagne, attestent hautement qu'ils avpient en partage le don d'injstruire la jeunessejCt qu'ils suivoient dans i'enseignemeat d'excellentes methodes. A, IMpoque de la mort de saint Ignace, ils dirigeoient cent colleges dans ces divers rpyaurnes et prjncipautes; et quelques annees apres le deces de ce patriarche de 1'Ordre, leurs etablissemens s'e'toient multiplies au nombre de quatre cents. Npus avons vu y au commencement 4e cet ecrit, que les ambassadeurs de 1'empereur et des princes d'Allemagne, avoient sollicite, aii concile de Trente, la fondation de nouveaux colleges diriges par ces religieux, comtne le plus sur moyen de preserver les provinces catholiques de la contagion de 1'he're'sie. Si par un langage ppli et par des manieres affables, les Jesuites n'avpient pas su s'emparer du coeur de la jeunesse; si par des succes eclatans pbtenus dans renseignement , ils ne s'e'toient pas concilie' la confiance des families avec Festime publique, leurs colleges deserts, ou peu accredites^ n'auroient ete' ni les citadelles de 1'Eglise, ni la terreur de 1'he're'sie.
2l6 NOUVELLES CONSID^It ATIONS
En France , ils cueillirent des palines honorables dans les emplois de Te'ducation publique, ainsi que dans les autres Etats de 1'Europe. Les succes qu'ils y obtinrent, exciterent contre la Societe la jalousie de la fille aine'e de nos rois.La jeunesse des families les plus distingue'es du royaume ., accourant aux lecons de ces nouveaux maitres que la trompette de la renommee preconisoit aux quatre coins de la France, I'Universite, dont le credit baissoit, en congut un vif de'pit, qui devint le principe de ses querelles avec les Jesuites. Etlorsque, sous le regne de Henri IV, ces religieux furent contraints de sortir du royaume, les ecoliers les suivirent dans les pays etrangers, au point que les colle'ges de 1'Universite etoient en quelque sorte deserts. G'est Henri IV lui-meme qui nous apprend cette particularite. Vous dites, repliquoit* il au president de Harlay, qu'en votre parlement les plus doctes n'ont rien appris chez eux : si les plus vieux sont les plus doctes, il est vrai, car ils avoient etudie devant que les Jesuites fussent eonnus en France; mais fai ou'i dire que les autres parlemens ne parlent pas ainsi , ni meme tout le votre j et Ton y apprend mieux qu'ailleurs , d'ow vient que ; par leur absence, votre Universite est w rendue toutedeserte, etqu'onlesva chercher, nonobstant tous vos arrets, a Douai ethors de moa royaume .
Nous avons encore pour garant de ce fait, du Boulay, historien de 1'Universite'. On se rend en foule dans leurs ecoles, dit-il, et on de'serte celles de