‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 22 sur 32 · SUR 1A SOCI^T^ DBS J^SUITES · texte numérisé non relu

SUR 1A SOCI^T^ DBS J^SUITES

1'Universite; ce que perd par-la 1'Universite', la

religion catholique le gagne, del'aveu meme des

plus grands ennemis de cette Socie'te(0. Or,

pourquoi cette affluence d'ecoliers dans les colleges

des Je'suites? J'accorde avec impartialite que Tedu-

cation gratuite qu'ils y donnoient a la jeunesse ; con-

tribuoit a multiplier lenombre de leurs eleves; j'a-

jouterai meme que le desir de premunir leurs enfans

contre la seduction del'heresie de Calvin quise pro-

pageoit en France , determinoit beaucoup de sei-

gneurs de la Cour et du royaume a les confier de pre^-

fe'renceaux Je'suites: mais il est incontestable que la

Socie'te' obtenoit aussi ce suffrage de 1'opinion publi-

que,par la celebrite de ses maitres, dont la refutation

rivalisoit avec celle des professeurs de 1'Universite. Je

ne dirai pas que les etudes fussent plus fortes dans les

colleges des Jesuites, que dans les ecoles de rUniver-

site'de Paris; je mebornerai a dire que les etablisse-

mens de ces deux corps enseignans se disputerent con-

stamment la preeminence dans 1'enseignement public,

avec plus ou moins de droit et plus ou moins de succes.

Les chaires de 1'Universite ont ete occupees par des professeurs du premier merite; et leurs ecoles ont ete lionorees par des hommes illustres qui y ont puise les germes pre'cieux de la science, etlaisse des noms immortels dans les annales du royaume ; mais ee seroit une criante injustice de pretendre rayir ce genre de glaire.a la Socie'te' des Je'suites, Et Ton a

( l ) Hist, del' Uniwrsitd, torn. vi^p.

KOUVELLES CONSIDERATIONS

pousse la partialite et la de'raispn jusques a son dernierperiode, lorsqu'qn a ose dire quel'e'ducation de la jeunesse etoit vicieuse et barbare dans les colleges de 1'Institut.- Que penser d'un homme, s'ecrioit avec indignation 1'auteur de VJpologie des Jesuites , qui condamne comme vicieuse et barbare une Education qui a forme' tant de granda hommes dans 1'epe'ej Jes Bourbons, les Conde, lesConti, les Bouillon, les Rohan, les Soubise, les Luxerabourg, les Villars, les Brissac, les Montmorenci, les Duras, les Brancas, les Graramont, les Boufflers, les Richelieu, les Nivernois, les Mortemart, le& d'Estre'es,les Broglie, les Choiseul, lesBeauveau, Jes Cre'qui, etc. etc. etc. tant de grands hommes dansTEglise; les la Rochefoucaud, les Polignac, les Fle'chier, lesBossuet, les Fenelon, les Huet, les Bissy,les FIeury,lesLanguet ? les Belzunce,etc. tant de grands horames dans la robe; les Lamoignon, les Seguier, les Pontehartrain, lesBignon, les Novion, les d'ArgeHSon, les-de Mesme, les Lebret, les Potter, les Bouhier, les Montesquieu, >> les Maupeou , les Pelletier, les Amelot , les Nicolai, )> les Mole, les Renault, etc. tant de grands hommes dans les lettres et dans les sciences ; les Juste-Lipse , )> les Regis, les Descartes, lesCassini, les Varignon, les Malezieux, les Tournefort, les Corneille, les Rousseau, les Crebillon , les Moliere, les Fonlenelle,les laMonnoye, les Mairan, les d'Olivet,les Voltaire, les Gresset, les Pompignan ; les la Gondamine,etc. etc. etc.

SUB. LA SOCI&T6 DES J^SUITES. ' 21g

Laissons done aux colleges de I'Universite' el des Jesuites la gloire dont ils ont etc en possession durant une longue suite d'annees pu de .sieqles , sans etablir un parallele qui blesse inutilement les preV tentions de V amour-propre ; bornons-nous plutot a .observer que Fe'mulation et la rivalitd qui se oerpetuoient dans ces ecoles celebres, tournoient incontestablement au profit des lettres et des sciences. Cet avantage a ete justement apprecie par le celebre cardinal de Richelieu. ,11 croyoit, ce politique profond, quel'interet public ne pouvoit souffrir que la Soeiete des Jesuites, non^seulement recommandable pour sa pidte , mais celebre encore par sa doctrine, fut prive'e d'une fonction dont elle j> pouvoit s'acquitter avec grande utilite pour 1'Etat;.... et que, puisque la foiblesse del^otre condition humaine exigeoit un eontre-poids en toutes choses , il convenoit que les Universite's et les Jesuites enseignassent a 1'envi, afin que 1'emulation aiguisat leur vertu, et que les sciences fussent M d'autant plus assure'es dans 1'Etat , que si les uns venoient a perdre un si sacre depot, il se retrduvat ehez les autres (0 .

An talent de former aux lettres et aux sciences 1 esprit de la jeunesse, les Jesuites reunissoient 1'art si important de former son coeur a la vertu.

Quelle conduite doit tenir un instituteur ? pour

W Testament politiquz du cardinal de Richelieu. I. M partie chap. a.

e'tablir dans Tame deson.eleve le regne des ,yertus sociales et religieuses? II faut i.* qu'il lui expose les devoirs que la religion et lasociete consacrent, ainsi que les motifs de les accomplir avec iidelite et perse.ve'rance; car le coeur de 1'enfance est une terre neuve et inculte , ou il faut jeter de bonne heure les semences de la vertu , si Ton veut qu'au moment ou les penchans de la nature se developpent , elle ne soil pas dessechee et rendue ste'rile par le vent brulant des passions. Or quelles sont ces premieres semences dela vertu, sinon la connoissance des devoirs qui naissent des rapports de rhomme avec Dieu et la soeiete, et les puissans motifs de les remplir, que suggere Tinteret du temps et 1'interet del'eternite'? 2. II faut qu'il soutienne et accredite, par 1'empire de 1'exemple , les lecons de sagesse et de vertu qui sortent de sa bouche ; autrement ces lecons, quelque belles et admirables qu'on les suppose , ne seront aux yeux de son eleve qu'une vaine the'orie , qui n'impose aucun devoir ; et sa conduite, qu'un role de comedien qui eloigne toute confiance ; .un charlatanisme ridicule , qui n'inspire et ne me'nte quele me'pris. 3. II faut qu'il s'applique, avec un zele infatigable , a contrarier et reformer les penchans de son eleve , lorsqu'ils sont encore foibles, dans la crainte qu'ils ne deviennent indomptables, a cet age critique ou les passions s'irritent et s'eaflamment. Or, pour re'ussir dans cette reforme importante , sans laquelle sa vertu ne sera ni pure m 'durable, il est necessaire qu'il etudie avec sola son

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