‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 25 sur 32 · KOUVEklfES COMfiiDfiR ATIONS · texte numérisé non relu

KOUVEklfES COMfiiDfiR ATIONS

fen ^si'le -assure [centre les suitprises "du respect hutiiain , c'est-a-dire , Contre le plus daftgereux e'ctieil des bonnes mdeiurs. Tel etoit le zele des Jesuites a former la jeimesse aux vertus sociales et religieuses. je n ! ai rien /avance' qui ne fitorai a la lettre. C'est le cri public, disoit I'autetir. de VApologie des (Tesitites , le ; cri arrache'par la : Verite a. .la haine eUe-m&me ^ que -les colleges des JeStiites sont , de tous les colleges , ceux ouTonl'eussitle : mieux a faconner les -manieres J 6t a reglei' les rn^iirs. ; ..

4 Etifm les Jesuites posseddierit, dans am degre

etnineht, : ce 'talent i de la persuasion, qui cou-

ronrie les travaux 'de rinstittiteur, en rendant ai^

enables ; et utiles a son eleve les lecons de la : vertu

et de Uexemple , les sollicitudes de la patience et dn

zele. lieurautorite, qu ! ils exeredient sur la jeunesse,

n'e'toit ni Here ni de'daigneuse ; ils 'evitoient soigneu-

seraeht ces manieres pedantes^iies qui excitent le

mepris etiprovoquent Tinsubordination. Leur vertu

n'etoit ni dure ni sauvage; -ils .avoient des formes

honnetes et aiFables ; ils gagnoierit le coeur dq laijeu-

rnesse-par la politesse du langage , la douceur du ca-

ractere et les epancliemens d'une tendresse pater-

nelle. La reputation deleur Societe,la:conside'ration

dont ils jouissoient dans'toutes les villes du royaume,

leur donnoient de plus un .credit puissant sur 1'es-

prit de leiirs-eleves, quiles rendoit dociles aux avis

de Tamitie et a 1'empire du commandement. Je

pourrois me dispenser de citer aucun fait a I'appui

de ce que j'avanee sur ce talent de la persuasion dont

DBS jisTJITES.

gtoietrt doue's les Jesuites. Les erinemis de I leur ont souvent reproche,.aveG amertume, qu'ife ^ e*toient adroits et insinuans; qu'ils avoient une eori~ noissance profonde du coeur humain, et savoient le conduirea leur but par les voies les plus.douce^ at les plus efficaces : et si les incredules du dernier iecle ont fait de si grands efforts pour arracher la jeuhesse d'entre leurs mains , c'est qu'ils etoient convaincus que; jamais 1'iniipiete ne triompheroit en France, tant que les Je'suites seroient charge's de 1'e'ducation publique ; preuye evidente qu'ils leur attrihuoient le talent ; d'enchain'er les esprits au char du christianisme , et de former les cceurs fiux vertus de 1'Evangile. Je rappellerai cependaht une scene attend rissarite qui fera encore mieux sentir jusqu'ou les Je'suites savoient s'emparer de la cpnfiauce de leurs e'leves ; c'est Uti temoin oculaire qui parlera* J'ai vu, dit'-un des auteurs ^de la Reponse (nix * Assertions , au moment de la separation, Jes e'leves du eolle'ge de Louis -le- Grand j muets de douleur , s'arracher , avec un morne silence , ou avecdes pleurset dessanglots, aux embrajssemens j) de leurs maitres; j'ai etc' tenaoin des regrets et de 1'embarras des parens qi consultoient les Jesuites sur le choix cle ceux auxquels ils confieroient 1'education de leurs ;enfans au sortir de leurs mains. J'en sais plusieurs qui ont presse' ? ,avec les plus viyes instances, de jeunes Je'suites de cohtjnuer, i dans le particulier, 1'instruction qu'ils avoient comnaence'e. Je n'exagere rien , BOS- ennemis eux-

HOTJVElLES CONSIDERATIONS

memes ont ete temoins de tout ce que je-dis-, et ce spectacle n'a fait que les irriter davantage. Tout leur espoir a e'te, qu'avec le temps, on perdrpit le souvenir des Jesuites, et de la maniere dont on les avoit opprimes (0 .

Tel etoit 1'ascendant des Je'suites sur leurs Sieves, que la jeunesse les cherissoit cbmme des peres teri- * dres, et les ecoutoit commedes amis sinceres. Or, de quelle force de persuasion ne sont pas revetues les lecons de la vertu , lorsque , appuyees de toute rautorite de 1'exemple , de tout le credit du talent etde tout le pouvoir du zele, elles tombent, sans interruption, dans des esprits dociles'et dans des co3urs soumis?

A Vepbque de la chute de la Socie'te' des Je'suites , la France a done fait une perte immense sous le rapport de Teducation publique. Cette perte a ete d'autant plus grande, qu'il s'agissoit de la suppression d'un corps re'pandu sur tous les points de la France ; car on ne sauroit comparer les services que rendent a IMducation publique des individus isoles, a ceux que la societe recoil de la part d'un corps enseignant ou regnent les saines doctrines, oft fleurissent les etudes avec les bonnes mo3urs. En effet; les individus suivent, dans 1'enseignement , des methodes difierentes ou opposees : les corps ont une marche uniforme et constante. Les individus affichent, dans un siecle d'impiete, des systemes ab-

W Response aux.Extrahs des Assertions, torn, in, p. 268.

SUB. LA S0'Clxi DBS

surdes et des, theories destructives de 'tout or'dre social et religieux : les corps, amines d'un bon esprit des le priricipe deleur institution, et dou.es d'ailleurs d'une constitution forte, resistent aux erreurs da temps, et arretent le siecle dans une marche insensee. Les individus , peu surveilles et peu encourages, se laissent aller a 1'indolence, ou entrainer a des exces scandaleux : les corps, soutenus par une-vigoureuse i.- discipline,' excitent remulation, retranchentles membres gangrenes, en bannissant de leur sein lessujetsincorrigibles. Dans des individus libres et inde'pendans , il n'existe done ni unite dans les principes, ni unite' dans la conduite , ni unite dans I'enseignement : et dans les corps dont les regies previennent les abus,cette unite', necessaire pour le succes de Teducation, subsiste invariablement, Enfin les individus ineurent apres une courte existence de quelques anne*es , et leurs services meurent presqjne toujours avec eux ; tandis que les corps travel-sent les siecles, et perpetuent leurs services jusques aux ages les plus recules. On peut done comparer les uns a ces fragiles edifices, qui, a peine sortis des mains de 1'ouvrier, tombent en poussiere, et n'ont servi d'asile qu'a un petit nombre de families; tandis que les autres ressemblent a ces vastes et antiques monumens appuyes sur des bases solides, qui fournissent un abri a plusieurs milliers d ? honimes, et parpissent avoir recu du ge'nie de rarchitecte une sorte d'immortalite'. Mais ce qui acheva de rendre U suppression de la Socie'te' un , e've'nement lamen,-

CONSIDER A ICONS .

he pouvoit etre dignerrient rem* jplacee jmc aucurie institutions

On ne connoit souverit le prix d'un bien quelconque , qu'apres I'avoir rejete com'm'e u'fcmal; de meme qu'ori n'apprecie a sa juste valeu-r ; fe merite d'un homme, qu'apres sa descerite dans le tonibeau ; La raison de ceci ^est, qu'on voit le rrtal quand il existe, si d'ailleurs Ton soufFre de I 1 absence du bien j tandis que la raison bofnee de rhomme n'apergoit frequemment le mal dans 1'avenir, que comme une chimere sans consistance et sans force. C'est piecisement ce qui arriva au moment de la destruction de la Sbcie'te. On loua publiquement cette fatale destrueti'on, Gomme 1'heureux resultat d'un coup d'autorite, dgalement utile aux lettres, a la morale et al'Etat i et cependant la Societe laissa dans Teducation publique un vide immense, qu'il fut impossible de combler. Des maitres inhabiles , ou de mceurs scandaleuses, succederent, dans les colleges, aux instituteurs eclaires et vertueux de 1'Ordre de saint Ignace.. Les ennemis memes des Jesuites furent force's , par I'evicterice des fails , d'avouer que, depuis la chute de cette institution religieuse, 1'e'ducation avbit eprouve une decadence sensible. Effraye des suites de ce de'sastre , on cherclia les moyens d'en suspendre le cours en faisant cesser les desordres 5 ori forma le plan d'une nouvelle Universite ; on concut le projet d'e'tablir une congregation qui se repandroit dans toute la France , et consacreroit ses travaux a 1'enseignement. Les efforts furent inutiles et

SUB. LA SOCIE'li^BES JESUI^IM;

les tentatives infrue : tipuses;il:nty Au$e1$^,: ai

milieu de ces mpuyemens superfjus',: eit ; en'depi.t; dies plans ds reforme traces sur 10, ga^ierv que ; Vexis;- 1 tence dfun mal iFveparajble fa,it a reduc%tipn de la jeunesse, par le renversement de la iSociete des Je'suites : il-esfe plus facile d'elever un- ta& de values ,; que de constrnire un, magnifique mpnmneat .

Quoique prince philosoplie et eanemi \\UCQ des Jeisuites, FredeYic , roi de Prusse, ne criit pas devoir suivre rimpwlsion generale qui precipitoit la. ehute de rinsti.tut dans les E,tats eathbliques -de TEurope. II tripnaphoit, ainsi q\ie nous l'avo,ns \u au commencement de cet ecrit , avec ses a^mis de France, Voltaire et d'Alembert, des revers, qu'es^suypit la Socie'te', comme d'un^ eclatante victoire remportee par 1'incre'dulite sur la, religion j et cer pendant, malgre les reclamations de d'4Jeml)ertj scandalise de la protection qu'il aceordoit aux Je* suites dans son royaume,, il les y conserva pendant quelques annees, dans la conviction intime qu'ils ne pourroient 4tre remplaces, dans Ved,iicatio;n. Pour moi, e'criyoit-il a Vpltaire, j'aurois tort; de me plaindre de Ganganelli.j il me laisse mes chers Jesuites, que Ton persecute partout : j'en cpnserverai la precieuse graine, pour en fournir a ceux qui voudroient cultiver cette plante si rare (0 .

La Russie fut encore un asile pour la Socie'te'. Catherine H, dont la Cpur e'tpit ouverte aux philo-

WLett. di\

WOUVELLES CONSIDER ATroivS x

, sophes francais , la favorisa cbnstamment dans ses " Etats. Les J&uites y conserverent leurs colleges jusques aTe'poque du re'tablissement de 1'Institut, par Pie VII. Ainsi , tandis que les princes catholiques bannissbidnt ces religieux avec une etrange severite, ils trQuvoient im asile , au sein du malheur, dans des contrees ou dominoient le schisme et rheresie. Daris les premiers temps del'Institut, la marchedes Cours avoit ete' lout oppose'e ; car si , d'urie part , les prinees attache's a runite de 1'Eglise, croyoient rie pouvdir rendre un plus grand service a leurs peuples , que de les appeler dans les pays soumis a leur dorainationj d'un autre cote, la plupart des princes prof tecteurs de Fheresie, coneevoierit pour eux une aversion decide'e , et les exiloient de leurs EtatSi Cette bizarrerie d'evehemens est facile a expliquer. Au commencement de la Reforme,et a la naissancede FOrdre de saint Ignace, les princes', ze'le's a propager la nouveaute', sevissoient centre les Je^uit'es , parce qu'ils etoient le boulevard du saint Siege et le fle'au de 1'here'sie. A 1'epoque de la destruction de la Socie'te ; les Cours catholiques perse'cuterent a outranceces religieux, parce que 1'incredulite', qui sie'geoit dans leurs conseils et gouverhoit les royaumes , voyoit en eux des athletes redoutables a la philosophic moderne. Mais en Prusse et en Russie , ils fu rent proteges en consideration de la regularite de leurs mo3urs et de 1'importance des services qu'ils rendoient a 1'e'ducation de la jeunesse.

.-.- --ymm

svii LA soci T i;s ifisuiiES. .233

Let France a perdu dans les Jesidtesle dernier, r.emparf de la religion et des bonnes

Long -temps avant la revolution, les ordres monastiques et les corporations religieuses declinoient, pourlaplupart, d'unemaniere sensible. La congregation de I'Oratoire, qui, dans les premiers temps de son etablissement, et pour ainsi dire encore au berceau, avoit obtenu une juste cele'brite par la saintete' et la science de plusieurs de ses membres, .offroit aux amis de la religion un dechirant spectacle. Le jansenisme et le philosophisme etendirent leurs ravages dans son sein , 1'un parmi les ecclesiastiques, et 1'autre parmi ,les seculiers ; et malgre les eflbrts que firent les chefs de cette congregation pour lui rendreson anqienne splendeur, les nouvelles erreurs y firetit des progres jusques au moment ou elle tomba, avec les autres institutions religieuses, sous le glaive des re'volutionnaires. Les Be'ne'dictins , les Donjinicains , les Bernardins ettant d'autres ordres monastiques, qui avoient e'difie 1'Eglise et enrichi les sciences et les beaux-arts, perdoient tous les jours une partie de cette ancienne regularite et de cette ferveur primitive qui entretiennent dans les eom- Biunautes 1'amour des e'tudes serieuses, en fais^nt. .fleurir dans le cloitre les vertus du christianisme.

iro-'UV ELBES GONSID3 RATIONS

Ainsi ces divers corps , sur lesquels la religion s'appuyoit autrefois commesur .des colonnes inebranlables, sembloient frappes d'une maladie de langeuF quil'es minoit sourdement, et donnoitlieu aux declamations derimpiete. Je ne dirai- pas qu'il falloit les detruire , parce quils e'toient tombes dans le relachement. Avec un tel prineipe , on renverseroit de fond en comble lea meilleures institations, parce qu'il y a partout des abus. On devoit les reformer, et non les vouer a la proscription et a 1'opprobre, Quoiqu'ils n'opposassent pas alors une forte barriere, au cours rapide des doctrines inipies,ilsne laissoient pas de rendre des services utiles a la religion et a la morale. On a remarqud'que la foi etoit plua vive dans les provinces oil les monasteres etoient plus multiplies j et ge'ne'ralement,les bonnes moeurs trouvoient urrasile plus assure dans les epHe'ges dirige's par des religieux, que.dans les e'coles publiques, confie'es a la surveillance et au zele des la'iques.

Au milieu de ce .deperissement des ordres religieux ; la Society des Je'suites eonservoit toute la vigueur de la jeunesse et toute la sagesse de Vage mur. Elle devoit cette sante parfaite, dont elfe: jouissoit depuis deux siecles re'volus , a la force de sa constitution. C'est a la sagesse profonde de ses maximes ; et de ses regies qu'il faut attribuer cette gloire si flatteuse ef si rare , de n'avoir janaais eu

fc . '

besoin de reforme. Les epreuves rigoureuses auxquelles les Je'suites soumettoient les novices ; k

suii LA sociriTg DES jiSstTifcgs. a'35 faculte accordee par I'lnstitut aux superieurs de I'Ordre, de renvoyer les su jets dangereux et ineorrigibles. meme apres leur admission y seinbloient lui garantir qu'elle se maintiendroit jusques a la fin dans son ancienne regularite, et qu'elle combat iroit sans relache les ennemis de la religion et de 1'Eglise avec line vigueur toujours nouvelle. Et en efiet , a ce^te falale e'poque oil la plupart des bonnes institutiotis s'affoiblissoient et chaneeloient surl'eurs bases, ou I'impi^te, levant fierement la tete centre le ciel, repandoit 6n France les doctrines anti-socialfes et anti-religieuses, les Jesuites opposoient ebmme uri miir d'airain a ces torrens devastateurs. Ges hommes estimables raettoient en cefavre trois prin i cipaux moyens de conserver la religion; dans le royaume, et avec elle les bonnes mosurs, pmsque sans religion il n'existe pas de morale. Par des ecrits solides, ils vengeoient le clmstianisnie des outrages que I'incre'dnlite prodiguoit a ses dogmes , aux maximes de 1'Evangile et a son culte : par les soins multiplies qu'ils donnoient sans relache a la jeunesse > avec un si grand succes, dans les nombreux colle'ges qu'ils dirigeoient sur tous Jes points de la France, ils entretenoient la piele' eliretienne dans 1'interieur des families, ils inspiroient du respect pour la religion aux plus hautes classes de la societe : par les retraites, les congregations , les missions nationales, ils fortifiorent : le courage des foibles dans la foi , ramenoient anx vrais principes une foule d'esprits %ares, et donnoient des vertus a ceux qui n'avoient

auparavant que ; des passions et des vices. Ainst, cpmmedes. soldats intre'pides relevent ,. sans crainte de la mort , les ruines d'une forteresse assiegee , a mesure que ses remparts tombent sous les violentes attaques de.rennemi, les. Jesuites reparoient les pertes du christianisme , luttant peniblement centre les efforts de la philosophic moderne. Leur Societe etoit done comme la derniere ressource de la reli-

gion v non dans cet univers, ou elle subsistera victorieuse et triomphante jusques a la fin des siecles* mais dans ce beau royaume de la France, d'oii elle pourroit etre bannie sans que les protnesses divines recussent la plus legere atteinte. Telle e'toit 1'ide'e que s'en etoit formee le cardinal de Fleury, lorsqu'il disoit au cardinal de Tencin, dans la lettre que nous avons citee , ; qu'il etoit facheux que les Jesuites ,b ajssassent.de, credit, parce qu'ii falloit convenir .qu'ils etoient presque les seuls defenseurs de 1'Eglise et les seuls pre'dicateurs qui nous restassent.

Us avoientaussibien apprecie Tinfluenee de cette illustre Societe sur le maintien de la religion et deS bonnes moeurs , ces sophistes du dernier siecle qui conjurerent sa perte avec^ autant d'adresse que^ de malignite. Us savoient que si 1'education de la jeunesse etoit religieuse , la France ne deviendrpit pas in.cre'dule; que si, au contraire, la ge'neration qui s'elevoit sous leurs yeux e'toit impie et libertine, la religion, couverte d'opprobres et de larmes, quitteroit le sol du royaume tres-chretien. Us n'avoient aucun doute, quel'Institut des Je'suites'une

StJR LA SOClSfri DES J^SUITES. 287

fois aboli, les aiitres ordres religieux ne tombassent bientot dans le discredit et dans rignorilinie ; parce qu'ils comprenoient a merveille que des horames qui ne croiroient rii ea Dieu ni a la vertu, ne seroient pas tentes d'aller s'ensevelir dans 1'obscurite d'un cloitre. Enfin , ils se flattoient de cette cruelle esperance, qu'apres avoir disperse les troupes auxiliaires de la religion, armees pour sa defense, ils attaqueroient avec succes le corps metne des e've'ques, et ruineroient sans peine toutes les institutions fdndamentales du christianisme. Qu'on se rappelle en efiet les epithetes honorables de gardes du corps "du Pape et de grenadiers du fanatisme , dont ces singuliers reformateurs gratifioient les Je'suites ; les cris de joie qu'ils firent entendre a la nouvelle des revers qu'essuyoit la Societe ; les vives alarmes qui vinrent troubler 1'allegresse commune du parti philosophique, quand il s'agit de retablir 1'Institut dans un royaume catholique ; le zele intolerant avec lequel les chefs de 1'impiete' poursuivirent les derniers restes des enfans de saint Ignace dans le royaume de Prusse, se proposant en outre de les aneantir en Russie, et jusque dans Tempire de la Chine; et Ton demeurera convaincu qu'ils regardoient la chute des Je'suites comme une victoire de'cisive pour la philosqj)hie. L'evenement montra que leurs calculs e'toient justes et leurs esperances bien fonde'esj car, depuis 1'epoque de 1'extinction de la Socie'te', les impies remporterent chaque jour, en France, un nouveau triomphe sur le christianisme. L'e'ducation religieuse

n'etant^plus appuyee sur des bases solides/le-vejiiii desnouvellas doctrines circula avee plus d&rapidite' dans toutes les classes de la societe. Les, grands moyens : que les Je'suites employment pour ranimer le .flambeau de la;fbi dans le cceur des,peuples e'tant entiereinent supprimes, ou mis en <euvre plus;rarement et ayec moins de succes , les pertes de la religion allerent toujours croissant , comme cellesid'un edifice qui tombe insensiblement sous le poids de la vetuste, ou sous la main de Touvrier. L'incredtulite , fiere de ses succes , dogmatisa avec plus de iiberte, et ne respecta plus aucune regie de decence j elle ressembloit a unferoce vainqueur qui marclie avec orgueil sur les 'Cadavres de ses enoetnis, en roulant sans cesse dans son esprit, la destruction des villes> le ravage des provinces et le malkeur des peuples* Enfin ses promts furent realise's, tels qu'elle les avoit concus , niais a sa honte e'ternelle. Peu d'annees apres la mort des enfans d'Ignace, la monarchic s ? ecroula , et la religion fut exilee. L'Europe vit avec elFroi les princes et les pontifes, immble's par le glaive revolutionnaire 7 deseendre , cpuverts de sang et d'ignominie, dans les tombeaux que 1'impie'te avoit creuses ; et Ton entendit sortir de ces royaumes de la mort , 1'effrayante lecon ; qae nous avons re9ue dans ces derniers temps, sur lesdangers des systeines irreligieux et sur la folie des.peuples qui s'imaginent pouvoir etre heureux sans Dieu^ sans autels et sans culte.

Est^ce a la destruction des Je'suites que Ton doit

STJJR. LA. SQlT6 DES J^SOITES.

atttil>er'cette;fatale catastrophe? Les amis de la Societe fpretendent que la revolution ne seroit pas arrivee, si elle n'eutipas e'tf supprimee. Les ennemis de 1'Jnstitut diseht an contraire , que cette assertion. est un paradoxe ridicule. Nous presenterons , dansle .paragraphe suivant ? nos idees sur cette question importante, qui interesse egalement la religion et la politique.

La France a perdu dans les Jesuites unferme appuidu

trone des fils de saint Lquis.

On aime a .remonter aux causes des grands eve-

nemens , afin de puiser dans le passe ; des legons utiles

pour Tavenir. On a cru trouver celles de la revolu-

tion francaise dans une sorte d'engouement pour la

constitution anglaise , qui nous a inspire du me'pris

pour nos vieilles institutions monarchiques ; dans

cette lutte prolongee des cour-s souverain ; es avec

1'autorite royale , qui ,a diminue dans le coeur du

peuple le respect du ,au ( prince , et la soumission

aux lois fondamentales du royaume. On a encore

place au rang des causes de ce lamentable e'vene-

ment.,les de'penses excessives de la Cour ; 1'embarras

des finances, qui provoqua 1'assemblee des etats-

generaux ; ,puis enfin la cupidite du clerge', qui re-

fusa d'acquitter la .dette de 1'Etat.

Cette accusation., dirigeepar la philosophic centre le clerge, est absurde. Le clerge , qui fut la premiere

ITOUVELLBS

victime de la revolution. , n'a pas ete la cause de la revolution. Des le commencement de rassemblee- la fermentation des esprits eloit generate ; on avoit cherche a soulever les ecclesiastiques du second ordre.contre le corps des eveques , en leur -faisant de brillantes promesses , en leur peignant 1'autorite episcopate sous les couleurs d*un veritable despotisme. Le tiers-etat montra clairenient qu'il etoit domine par la manie des changemens politiques , lorsqu'avant d'en venir a la discussion, les Communes, abolissant toute distinction d'ordres, se constituerent, de leur propre autorite, en assemble'e nationale ; ameuterent la populace contre la no- .blesse et le clerge', qui refuserent de se reunir a elles, a cause de la violation de .leurs privileges ; tinrent leurs se'ances malgre' la deTense du Roi, et leverent enfin le masque dans cette reunion tumultueuse, ou les de'putes firent sermeht de donner une constitution a la France, pour s'arroger bientot apres le titre de representans de la nation, tandis que le monarque recevroit au nieme temps celui de mandataire du peuple, de fonctionnaire public et decommis. L'orage de la revolution etoit done deja forme avant 1'assemblee des etats-generaux; et le clerge ne contribua nullement a le faire eclater sur la France , en refusant d'acquitter la dette du tresov public.; A.U moment ou la grande affaire de la spoliation du clerge' etoit sur le tapis et pres d'etre consomme'e , M. 1'archeveque d'Aix vint offrir- qatre cent millions pour combler le de'ficit. A cette offre

genereuse ,

SUE. LA .SOClT DES. JjSs.UITES. , 2^1

genereuse, un menibre du eomite.des finances repondit avec durete : Ce quQ<yous nous ^proposes, pent elre 6on pour les finances ., mais ce nest pas Bon pour ce que nous voulons, (0. La suite des evenemens prouya que ce depute' etoit un fidele interprete de 1'avis du plus grand norabre. Les propositions du clerge furent rejetees avec dedain; et Tassemblee, marcliant constamment d'innovation en innovation , fit voir a toute TEurope qu'elle etoit plus, occupee du projet de renverser la religion et la monarchie , que du soin de.remettre les finances en bonordre. AttribuerJa revolution au pretendu refus du clerge d'acquitter la dette de FEtat, c'est done devoiler un esprit bien ignorant, ou un .caractere Jbien partial.

Ce n'est pas non plus dans 1'embarras des finances, resultant des depenses excessives de la Cour, que Ton doit chercher la ve'ritable cause de la revolu- 'lion. L'emb.arras des finances fut ^'occasion e.t non la cause de cette affreuse tempete politique ; il fut le criminel pre'texte dont se servirent les seditieux pour calomnier le Roi et la famille royale ? detruire la monarchie et proclamer la republique, et non le principe destructeur qui fit crouler nos anciennes institutions, et nous pre'cipita dans un abime de malheurs. ,

f 1 ) Voyez 1' Opinion de M. le clue de Fiiz- James, pair de France; Mr la hi des finances de 1817,01106 fait est rapporte , sur 1'autowtedeM. le. comte de . L.., votant centre la restitution des-biens iuvendus da clerge. Chez le Normant, 1817. \ . ,

Quant a cette predilection pour la constitution <aglaise dont on attrihue Forigine a Montesquieu; quant a cette resistance des parlemehs centre la VQ.- /lonttf du monarque, on doit, ce me semhle,, les mettre au rang des causes de la revolution francais^ puisque, en aflfoiblissant dans la nation le sentiment de I'estime pour notre constitution monarchique. et celuidui'espect pour le prince assis surlq trone, elles inspirereat 1'atnaur des ehangemensp.olitiqu.es, et - pre'parerent la voie a des systemes d'independance plus hardis , a des vues revolutionnaires plus pe'rilleuses. Cependant il faut avouer qu'il y avoit loin d'uh gouvernement anglais a une republique franr caise, de la lutte des parlemens avec la puissance royale, a 1'occasion desquerelles du janse'nisme et de renregistrement des impots , aux sanglantes horreurs des sans-dulottes. On ne doit done placer ce changemenfe opdre dans nos gouts par Fanglomaniej et cet affoiblissement du respect pour le Roi produit par 1'oppositibn parlementaire, que sur la ligne des causes accessoires de la revolution. Seuls, ils n'eussent pas jete* dans un- alFreux delire, la nation la plus noble cjans ses sentimetts et ta plus fortement attaclMJe a ses princes; mais unis a d'autres e'le-> mens de troubles et de discorde, ils dQaerentun plus violent essor aux passions , une plus effrayante activite.a la principale cause de . cette fatale cataitrophe.. ; -

Quelle a done e'te cette principale cause de la revolution franchise , que nous avons cherchee en

Sun tA. .s'p;cijihf

vain jusques ick? G'es t I'incre'dulite e'galemen t ennemie du trdne et de I'autel; ce sont ces nouvelleS et desastreuses doctrines >: e.nseigne'es , soutenues et propage'es par les philosophes du dix-huitieme siecle, qui couvrireat de mepris ce qu'il y a de plus auguste dans la m<parchie et de plus sacre. dans la religion. Ea reSkb, un peuple qui, ,aux diverses epoques de son existence politique, s'esttou-i jours distingue entre les nations de Tunivers, pai* un sincere devouenient a ses princes, et parun vif attachement a la religion de TEtat, ne devient pas tout- a -coup ennemi furieux de la royaute et de la religion, sans qu'ori ait auparavaiit alte*rd son caractere et perverti sa croyance. On ne commet pas -des crimes sans un motif quelconqtie : on ne hait pas avec fureur ce que Ton a aizne passionne'ment, tant que les gouts et les opinions demeurent les m^mes. Jamais done des Francais ne seroient venus a cet exces , de condairea 1'e'chafaud le'meiU leur des rois 5 de repandrepar torrens , sur les debris du trone, le plus pur sang de Ja noblesse et du clerge 5 de renverser les autels , les temples , et to us les ta blissemens de la monarehie, si des factieux ou des homrnes a systeme ne leur eussent aippris a confondre dans leurs ide'es la royaute' et le cliristianisme , avec le despotistne , la tyrannic, la superstition , lerreur et 1'imposture. Sous le beau regne de Louis XIV> la France etoit religieuse et monarchique; toutes les classes de la socie'te, b clerge', la noblesse et

KOTTVELLES

le peuple , etoient penetrees de respect pour le tronedes Bourbons et pour la religion catholiquej Thistoire de cette me'morable e'poque est un fidele temoin de ce. fait incontestable : et , cependant, sous le regime de la terreur, la France est devenue comme un vaste tombeau ou Ton a fait descendre , . avec les restes des victimes royales, les .corps mutile's des pontifes du Tres-liaut, ou ion a pre'cipite, dans la poussiere et dans rignomiriie, les emblemes de la royaute' etlessignes augustes de la religion, les armoiries de la noblesse et les privileges du clerge , les lois fondamentales de la monarchie et le code sacre de 1'Evangile. II a dbnc fallu, de toute necessite, que la de'pravation du caractere national pre'ludat a ces changemens politiques, a ces deplorables exces de la revolution. Or, quels sont-ils les hommes temeraires qui ont opere cette etrarige depravation dans nos gouts, dans nos passions et dans nos meeurs, sinon ces ecrivains incredules , qui, durant une longue suite d'anne'es , reunirent loutes les forces du talent et toutes les ressources de 1'e'rudition , employerent successivement la plaisanterie, le sarcasme et 1'ironie pour vilipen'der et^ decrier le clmstianisme, pour rendre odieux a la nation le regime monarchique?

N'est-ce pas Jean -Jacques Rousseau? dont le perfide genie, revetu des charmes d'un style brillant et imposteur, a repandu et accredits en France, avec les systemes irreligieux, le faux principe de la

&UR LA SOCI^Tfi BBS J6SUITBS. 5*45

souverainete du peuple qui devint le cri de ralliement des factions, etcomme le pivot dela revolution? N'est-ce pas Voltaire ? coryphee du parti philosophique, qui, non content devouer la religion au ridicule et au mepris, ebranla encore 1'Etat dans ses fondemens, en repetant si souvent au peuple, Savez-vous quel est votre plus grand raalheur ? c'est d'etre sot et poltron ; que le peuple se determina enfin a n'etre plus ni 1'un ni 1'autre ( r ) .

N'est-ce pas Raynal? incre'dule forcene', qui s'ecrioit avec les mouvemens d'un furieux, dans un ouvrage malheureusement trop lu et trop vante : Qu'est-ce done que cet imbe'cille troupeau qu'on appelle nation ?;Peuples laches, stupides! puisqiie la continuite de L' oppression ne vous donne aucune energie ....... puisque vous etes par millions^

et que vous souffrez qu'une douzaine d'enfans, arme's de petits batons (c'est ainsi qu'il de'signe les rois tenant le sceptre. dans leurs mains), vous menent a leur gre ; obeissez , raarchez sans nous importuner de vos plaintes; et sachez. du moins etre malheureux, si vous ne savez pas ^tre libres ( 2 ) . ...... ;

N'est-ce pas Diderot? aveugle ennemi de Dieu^ et de la royaute, qui invitoit les peuples a tuer les rois et les pretres, dans ces deux vers, si faraeux,.

CO. Ce sont les expressions de Laharpe , encore philosophe , faK sant honneur a Voltaire d'avoir aniene la revolulion fran^aise. (Met-cure de France, n.'Sa, 7 aoftt 1790.

I 1 ) Hist, philosopk. etpolit. des deux Indcs;

2<i6 flOtTVKLLES C im D fill A*Ti QMS

et <jui out souvent retenti dans les clubs revolution-

Etses mams otmliroienl les en trailles du pr4tt\e, A defaut d'un cordon pour etrangler lea rois.

N'est*ce pas cette socie'te' anti-religieuse et antisociale du baron d'Holbach, dant les iraprimeries clandestines vomissoient le blaspheme et la haine des; irois, dans une foule de libelles. distribue's gratuitement ou a vil prix , afin de populariser les doctrines anarchiques , avec les absurdes the'ories de 1'iflcre'dulite ? .

N'est-ce pas ehfin cet essaina impefr dMerivains subalterneset intdresse's , qui, pout 1 s'enivrer de 1'encens de la> loiiange, p6ur obtenip les couronnes academiques on faire fortune dans le monde politique, devenoient les vils echos du philosophisme modevtie, dans les soeietes, a la Gotir, et sur ces champs debatable, ou Yon distribue des distinctions honorifiques a celui qui a e'te valnqueur dans une lice litte'raire? Ah! voila sans aucun doute les hommes qui, par un coupable abus du talent, ont perverti le caractere national des Francais! Voilk les eletnens embras^s, dontTexplosion soudaine, pr^papee depuis si long -temps, a produit cette violente commotion politique et irreligieuse, corinue sous le nom de resolution francaise, qui fit tomber 1'un sur 1'autre le trohe et Tautel, et couvrit le sol que nous habitons, de ca-

SUK LA .SOCrl- DES jiSXUTES,

davres et de ruines! Gar nfin, qu'estrce que la revolution francaise) sinon ces belles theories de 1'incre'dulite que nous avons brievement exposes, reduites litteralement en pratique, par des homines qui les pronoient comme des chefs- d'ceuvre de 1'esprit humain? Qu'esbce que la revolution du dix-hnitieme siecle , sinon une sdene tragique ^ dont les impies furent les acteurs, tandis que les pf etr6s et les rois y figuf erent en qualite de victimes ? Us 1'ont voulue cette scene tragique, puisqu'ils en ont rassenible les el^mens impurs, et qu'ils en ont disposd, si j'ose parler ainsi , leS lugubres et sanglaiit^s decora^ tions. Et ils ne I'ont que trop reeilefflerit eji^ctitee, puisque les bras doublement sacrileges, qui saperent la monarchie par ses Fondemens , et enfchcetettt le poignard dans le sein de la religion, furent dnimande's et dirige's par 16 genie de 1'inere'dulite'.

Je ne dis pas ceci pour insulter a la memoird de Voltaire, de Rousseau, de Diderot, et aiitres chefs du parti philosophique. Je rends volontiers horn-' mage aii talent ^rnineht de quelqrtes * tins d'entre ' eux; mais je verse des lartoes sur let infantes productions qui ont souille leurs plumes. Tavoue, sans peine, qu'ils ont enrichi notfe litte'rafare' francaise; niais je ne peux passer sous silence le tiidl qu'ils ont fait ai leur patrie, en renvefsant tous les prin- <pipes de 1'ordre sdcial.

Mais a quoi bon reveiller ces affreux souvenirs qui commencent a s'eiFacer de notre mettioire , dira peut-etre quelque ennemi des Jesuites : et qu'y a-t-

WOUVfeLi-ES COWSIDluATIOlCS

il de commun entre:ces lamentables eve'nemens dont vous avez parle , et 1'Institut de saint Ignace?

Pour, montrer que la Societe des Je'suites etoit un ferme appui du trone des fils de saint Louis , je devois demontrer. que Tmcredulite avoit amene :sa ehute.;Gar cette proposition une fois etablie , il m'est tres-facile de prouver la these que j'ai niise en^avant, sur 1'utilite de la Societe dans ses rapports avec la monarchie. Void en efFet comment je raisonne d ! apres .ce prineipe : Les irreconciliables ennemis de la religion etoient anssi les ennemis declare's de la royaute. Defendre les interets de la religion contre les attaques de 1'incre'dulite , c'etoit done proteger 1'Etat, et comhattre pour la surete du trane : c'etoit arreter, ou retarder dans son coursy le torrent impetueux qui menacoit d'en trainer 1'un et I'autre dans une ruine commune. Or nous avons fait voir, par les aveux memes des chefs de la philosophie moderne ? que la Soeiete des Jesuites etoit le plus ferme appui du christianisme en France. II est done egalement de- -montre qu'elle etoit un des plus solides soutiensdu trone. des rois tres-chre'tiens. Et en effet, si cette savante Compagnie n'eut pas e'te detruite , il est probable que les ,vrais principes qui servent de base a la religion et a la monarchie, auroiente'te de'fendus par de nombreux e'crits qui n'ont pas vu le jour. L'education de la jeunesse etant plus morale et pl,us chretienne , les noxiveaux systemes auroient trouve moins de dupes et fait moins de coupables. Les retraites , les congregations, les missions nationales, auxquelles les

SBR LA SOCiriT-lS DES jisUITEFS.

Jesuites se consacroient avec aiitant de succes que de zele , eussent ranime le flambeau de la foi dans les provinces, etramene aux bonnes doctrines, en fait de politique et de religion, ime foule d'esprits le'gers et superficiels , qui sont devenus les jouets du, fanatisme irre'ligieux et les victiraes de i'enthou- .siasme re'publicain. A I'dpoque ou la revolution, francaise a eclate sur nos tetes avec tant de violence et de fracas, les acteurs de cette scene lamentable auroient done eu moins de moyens a leur disposition, pour conduire a son terme leur coupable entreprise : ils auroient trouve dans les principes et les sentimens religieux des deputes des etats-ge'neraux ,; plus d'opposition aux systemes anarchiques, , plus d'horreur pour les crimes qui sduillerbnt a jamais nos annales. On peut done conjecturer, ave-c une assez grande probabilite', que la France n'auroit pas ete*, du moins a cette e'poque, livre'e a .la fureur des factions populaires, et de'gradee aux yeux de 1'Europe par tant de fovfaits. Cette conjecture acquiert surtput un nouveau degre de vraisemblance , lorsqu'on se rappelle que la condamnation a mort n'a e'te prononce'e par la convention nationale, contre I'infbrtune' Louis XVI, qu'a une foible majorite de quatre ou cinq suffrages, Aurions - nous etd plus tard en proie aux de'chiremens palitiques et a la tyranniede Timpie'te? c'est un probleme que cliacun s'efforceFa de resoudre, selon ses prejuges et ses passions, par des raisonnemens qui ne porteront jamais dans 1'esprit une

. .KOUVELLES CONSIDERATIONS

conviction ehtiere. |gieu seul, qui tient dans ses mains toutes-puissantes les renes des empires, qui seul e'tend son regard de siecle en siecle, dans 1'avenir cornme dans le passe, ppurroit e'clairer les hommes sur eet impe'ne'trable mystere. Mais void une ve'rite' egalement appuyde sur la raisbn et sur 1'expe'rience. Lorsqu'on est assez heureux pour gagner du temps contre les meneurs d'une revolution, souvent on gagne tout. Que dans cet intervalle/ un prince, ou un ministre, done' d'un ge'nie vaste et profond, d'un caractere ferme et sage tout ensemble, saisisse les renes du gouvernement pour le bonheur de 1'Etat ; et bient6t il maitrisera les me'eontens et les seditieux , il imposera silence aux haines et a 1'ambition , il remettra en honneur les principes conservateurs de 1'ordre social et religieux ? il reduira par la force les esprits remuans et dangereux qui sont inaccessibles au sentiment de 1'honneur, a 1'empire de la clemence et a ramour de la patrie. Ainsi, a sa voix, les elemens des discordes civiles se dissoudront insensiblement, les factions rentreront dans la fange d'ou elles sofit.sorties, et 1'Etat , recouvrant cnaque anne'e une partie de sa force primitive et de son antique splendeur, bravera comme autrefois , avec une noble fierte , les ennemis de sa paix et de sa prosperite. Quoique Ton ne puisse done pas affirmer que la revolution franpaise n'eut pas existd, si la Socie'te' des Idsuites n'avoit pas ete' supprimde dans le r.oyaurae, bnpeutneanmoins le conjecturer avec une forte probabilite'.

S'tTR LA SOClfiTri DES jgSUITES. 2JU

Ces reflexions suffisent san^doute pour conva.incre tout esprit sage, que cette'Ce'lebre Compagnie etoit un ferae appui du trdne des BourbonsfNoiis ajouterons, avec Tassemblee de 1761, que dans les colleges places sous la direction de la Societie, les Jesuites consacroient leurs talens et ceux de leurs eleves a ce'le'brer les louanges de nos Hois, et a -inspirer les setitimens de respect et de fidelite' qui sont dus H'autorite' et a la majeste' royale (0, Nous feroris encore observer, qu'ils ont donne fre'quemment des marques de leur soumission iiux maxitnes de 1'Eglise gallicane , sur Findependance du tetapbrel des princes, et sur les bornes de.l'autorite du Pape. Des Jesuites etrangers, tels que Bellarmin et Santarel ont, il est vrai, enseigne dans leurs e'crits i tine doctrine opposee a celle du clerge de France, sur ces deux points importans ; mais ils suivoient des opinions communes alors dans les e'coles d'ltaliej et ces sentimens particuliers n'ont pas 6*16 ceux des Je'suites francais. Ceux-ci professerent la doctrine des quatre articles dans leur college de Bourges, en 1682 , et les annees suivantes en Bretagne, dans les colleges de Rennes et de Vannes. A plusieurs reprises differentes, ils renoncerent aux privileges accorde's a leur Institut par les bulles des souverains Pontifes , en tout ce qui seroit contraire aux. maximes du royaume et aux

W Voyez le chap, vin de cet ecrit.

252 WOUVELLES CONSIDERATIONS

libertes de 1'Eglise ^licane (0. Dans an acte authentique de 1961, signe par tons les. pretres et jeunes Jesuites des colleges et maisons du royaume ; ils protesterent qu'ils tiennent et professent , tiendront et professeront toujours la doctrine du clerge de France, declaree dans son assemblee de 1682 j qu'ils sont et seront toujours soumis aux lois f ordonnances , reglemens et usages du royaume } aihsi que tous les autres ^ujets duRoi, Or leur conduite fut en harmonie avec leurs declarations ; et surtout daas 1'afiaire de la Regale , ils se pronon" cerent en faveur de la Cour, et furent m^me blame's par quelques - uns. II est certain que le zele qu'ils tempignerent pour les inter^ts du Hoi de-

C 1 ) Voyez les proces-verbaux de 1'assemblee de 1 761 ; flfyonse des dv6ques a la troisieme question propostfe par le Roi. Quoique les Jesuites enseignassent la doctrine des quatre articles.de 16^2, ils etoient cependant fortement attaches au Siege apostolique j et s'ils respectoient les vraies libertes de TEglise gallicane, ils avoient aussi une aversion decidee pour les nombreuses servitudes de cette Eglise , colorees du nom de libertes. J'appelle servitudes de 1'Eglise gallicane, ces contumelies violations de ses droits. et de ses privir leges ,i dont les cours souveraines donnerent si souventle acandale dans les querelles du Jausenisme } et en tenant ce langage , je parle comme Fleury, qui dit, dans son Discours sur nos liberlffs, ces paroles remarquables : Quelque mauvais Francis, refugi^ horsdii royaume, pourroit faire un traite des servitudes de 1'Eglise gallir cane, comme on en a. fail des libertes, et ilne manqueroit point de preuves . Voyez les riouveaux Opuscules deFleury, p. 9 6 - Paris, !8o 7 . II repetela m^me chose, a pen pres datis les memes termes, dans 1'Opuscule intitule: Libertds de I'Eglise gallicane y pag. 108.

SUll LA SOCI^Tli DIES J]*SUITES. 253

t a Innocent XI, et fut^cite avec eloge par M. de Novion, pour lors. premier president du Parlement, et par Tavocat - gene'ral Talon ; ce qui montre mieux que par tous les raisonnemens, disent les prelats de 1'assemble'e de 1761 , que tous les Jesuites sont persuade's que 1'obeissance a leur general, telle qu'elle est prescrite dans les constitutions, ne les oblige point dans tout ce qui pourroit leur etre ordonne' de contraire a la soumission et a la fide'lite qu'ils doivent a leur souverain. Les Je'suites n^toient done pas des esclaves aveugles du Pape et de leur general, ainsi qu'on 1'a si.souvent repe'te, afin de les rendre suspects au gouvernement Us embrassoient et soutenoient avec zele, centre les efforts des novateurs, toute doctrine definie par TEglise catholique : mais quant aux opinions libres dans les e'coles, ils suivoient celles des pays oil ils vivoient ; ce qui ne prouve nullement qu'ils sacrifiassent la conscience a 1'inter^t personnel ou a 1'esprit de corps; car il peut y avoir, en fait de litte'rature et de theologie, des opinions nationales contradictoires les unes aux autres , comme il existe des moeurs nationales diverses ou oppose'es. Or les horames sont tellement constitue's, qu'ils adopterit comnlunement les sentimens recus dans les lieux ou ils ont vu le jour. Cela est si vrai, que Ton peut avancer, 'avec une certitude presque absolue, que nos docteurs de Sorbonne et nos eveques francais les plus zeles pour la defense des quatre articles de 1682, auroient ensei- .gne' 1'infaillibilite' du Pape et meme la doctrine de

254 WOUVELLES CONSIDERATIONS

Fautorite du chef de 1'Eglise stir le temporal des rois, s'ils etoient ne's au-dela des Alpes, au lieu de naitre en deca. C'est un effet n^cessaire de la foi^blesse de 1'esprit huniain et de 1'empire de Fe'ducation.

Enfin, les Jesuites donnerent au monde le 'plus bel exemple de soumission au gouverneraent j au moment 6u\ leur suppression fut decretee et mise a exe'cutiori avec la plus grande rigueur. Chasses ignominieusemeat de leurs colleges, de leurs noviciats et de leurs maisons professes ; depouilles de leurs biens et envoyes en exil, ont-ils fait retentir la France de leurs plaintes et de leurs murmures centre 1'autorite? Non; ils pnt adore dans un profond silence les desseins de la Providence sur la destine'e de leur Societe; et s'ils ont repousse , dans des apologies victorieuses , les traits de Tin justice et de la calomnie, ils n'ont jamais insulte les magistrats qui les avoient condantne's, ni le prince qui ratifia la sentence des magistrals. Cependant, ils etoient quatre mille proscrits, parmi lesquels un grand ndmbfe cherchoit avec peine unasile dans le malheur. Par cette admirable conduite, ils de'montrerent done a leurs ennemis^ que les sentimens qu'ils avpient profess^s sur la soumission aux rois, e'toient grayes dans leur coeur en caracteres ineffacables. Ils firent voir qiie leurs declarations sur Timportance de ce devoir sacre, ne leur avoient ete ni arrache'es par la crainte, ni suggerees par la politique, mais qu'elles etoient la fidele expression de leur doctrine. Or,

SUR LA SOCl6T DES liSUITES. 2&5

des instituteurs qui respectent avec une telle dpcilite Vautoritd qui les frappe de son glaive ; des instituteurs estime'sd'ailleurs, et che'ris des Sieves qui'ils forment avee zele a la vertu, inspirent infailliblement a la jeunesse I'amour de la patrie, ainsi que le respect envers le prince. II est done vrai que la France a perdu dans les Je'suites un ferme appui du trpne et de la monarchic, avec une academic de savans, une pre'cieuse reunion d'instituteurs e'galement habiles et vertueux, et le dernier rempart de ,la religion et des bonnes mceurs. Or, ces pertes enormes pour un Etat, affligerent plus ou moins les autres empires, ou la Socie'te fut supprimee. En Autricbe, ces opinions accre'ditees par Joseph .II, qui mirent le trouble et le desordre dans les divers pays soumis a sa domination, commencerent a se propager, lorsque les.Jesuites furent expulses des Universite's. En Portugal, le ministre Pombal re'pandit avec plus de succes les. dangereuses opinions dont il s'etablissoit le protecteur. L'Espagne >se vit privee de ces beljes missions du Paraguai, qui augmentoient 1'etendue de son territoire, et lui aidoient a supporter les charges publiques. Et dans toutes les contrees ou les Je'suites furent de'truits, 1'education de la jeunesse alia en de'clinant, sous le double rapport des e'tudes et des bonnes inceurs : les lettres, les sciences et les beaux-arts furent moins encourages et moins cultive's : la religion, fondement de 1'ordre social et politique, triompha plus difficilement des passions et des vices des hommes. Et si,

;ii56 'NQUY...CPNSID&IAT.IOKS Sim LES j

depiiis le retablissement de la Societe par Pie VII, les rois d'Espagne , de Naples et de Sardaigne, out rappele les Jesuites dans le.urs Etats j si les peuples soumis a ces divers princes les ont accueillis avec une sorte d'enthousiasme, c'est qu'une experience de cinquante annees consecutives, IQS a profondement convaincus que cette illustre Gorapagnie, detruite par la.calomnie, avoit etc vengee par le malheur.

N. B. Notre impartialite nous force de relever une erreur qui nous est echappee. Nous avons dit, page 29, que -Voltaire employ oit son credit hfaire chasser les Je>suites de V empire de Id Chine} et nous avons cite la lettre du 8 de'cembre 1776,3 d'Alembert: mais cette lettre n'enonce formellement que le de'sir de travailler a expulser les Jesuites de la Chine. // seroil assez plaisant, dit^Voltaire a son ami, d'empecher ces marauds-la (nous conservons les gentillesses du style ) de faire du mcil h. la Chine, On pourroity parvenirpar le moyen de la Cour de Pe'tersbourgj mais commencons par songer a Paris.

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