‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 5 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des Incre'dules du dix - huitieme siecle.

POUR, se convaincre que les incredules du dixhuitieme siecle formerent le projet-.de detruire la religion en France > il suffit de lire la correspond dance authentique des chefs de rimpiete* On y voit des hommes animes d'une haine furieuse centre le christianisme, concerter ensemble les moyens de le de'criei? et de 1'aneantir-, se faire part, dansl'epanchement d'une coupable amitie, de leurs craintes et de leurs esperances sur Tissue de ce fatal cornplot; et s'animer reciproquement, par des formules impies, a ce sacrile'ge brigandage de resprit, qui fait fouler aux pieds les devoirs enversDieu, fle'trit dans leur source les virtus sociales et religieuses', et brise sans pudeur tous les liens de la eoriscienee, comme il ebranle les fondemeris de tous les Etats.

Or, de ; tels hoinraes ne pouvoient consentir a 1'existence ! des ordres religieux:;t ? parmi ces ve'ne'rabies institutions , la Socie'tie des -Jesuites devoit surtout provoquer leur haine, et devenir 1'objet de leurs continuelles attaques. La puissahte influence qu'elle exercoit , pour le maintien de la religion et des bonnes moeurs, e'toit un crime impardonnable au tribunal de la philosophic. Elle fut done le ve x ritable motif qui determina les chefs de 1'incre'du-

STIR 14 SpCl$T DES J^ESJU^ES.

lite, a medjter la fjestruetipp de Jinstftut de saint Ignace.

Je ne hasarde rien , {juand je ,djs que ces granges reformateiirs furent les ennemis jures .des Jesuites, et qu'ils resolurent de precipiter lepr So,qetje ( dar?s le torab.eau. Les merits des philosopbes , la .coryespon.4ance de Voltaire , de d'Alembert et de fre'r derijc, roi de Prusse , portent la v chose jusques a la demonstration.

J'ouvre d'abord la^ correspondance de Voltaire,

et j'y ypis que ce Qpryphe'e de la secte incre.du},e ,

compospit et faisoit circuier des mempires contr,e

les Je'suites (0. S'il leur cpnnoissoit quelque puissan.t

protecteur a Ja Cour, aussitot il trayailLoit ayec zele

a leur enleyer cette sauve-garde. On m'a dit, nion-

seigneur, ecrivoit-jl au .due de Richeljieu , ,gue

3) vous aviez fayorise les Jesuijes ,9 ]Bor,4eaux. Ta-

chez d'oter toiit credit aijx Jes.u.ites ( 2 ) . Instruit

des de'sastres ,de la Spciete' ; il seja. rej.ou,it ayec ( se,s

,coup.abl,es amis, .sur le l;pn d,e 1'insujte e,t du sar-

c,a,sme,,en des terrnes. ,qui ne r.espirent r gue Carnage

,et e^terni,ination : Je m,e rejpuis, ,4i.t-JLl ; ay.ec mpn

braye chevalier (le marquis ,^e yilleyielle), de

I'exp.ulsion ,des Je'suit.es. Le J,appn .comnTienca par

,chass.er ces fripons-la;;les Ghinois pnt imite le

Japonj la France et' l'Espa gn,e imitent les fthj-

npis. Pujiss.e-t-pn .exterminer tpus les mpines, qui

neyalent pas niieux .que ces faquins 4e

Lettre au marquis .d'Argens .de 33irac , 26 fcyrier 1 762. Leltre du 27 novembre 1761.

24 JfOUVELLES CONSIDERATIONS

Si on laissoit faire la Sorbonne, elle seroit pire queles Jesuites. On est environne de monstres. On embrasse notre digne chevalier j on rexhorte a combattre toujours , et a cacher ses raarclies aux ennemis ( J ) ,

D'Alembert egala au moins Voltaire dans son zele a persecute!: les disciples de saint Ignace. Dans sa brochure sur la destruction des Jesuites , il les appelle les grenadiers du fana,tisme f et il loue La Chalotais d 3 avoir vu en philosophe que I'esprit monastique est le fleau des Etats f et quil falloit corrimencer par les Jesuites ., camme les plus puissans. Ges religieux ayant ete forces de quitter le college de Louis-le-Grand , il ecrit a Voltaire cette lettre que nous avons citee dans l;e dernier chapitre, puil appelle les parlemens, les. execuleurs de la haute justice pour la philosophie f dont Us prennent les ordres sans le savoir; et il ajoute, dans' le transport d ? une vive allegresse : Pour moi, qui vois tout, en ce moment , couleur derose, je vois d'ici les Janse'nistes mourant de leur belle mort 1'annee prochaine, apres avoir fait perir cette annee les Jesuites de mort violentej la tolerance s'etablir, les Proteslans-Jcappeles , les pretres marie's, la confession abolie , eOe^lanatisme "e'crase sans qu'on s'en apergoive ( 2 ) . Cette lettre donne une juste ide'e des vues philosophiques de ce chef de 1'impiete, et dela haute importance qu'il attachoit au renversement de la Socie'te'.iCest dans les memes

( J ) Lettre du 25 ayril 176^. (') Lettre 100.

Sun 1A SOCIT DBS J^STTITES. a5

'sentimens de joie et de tolerantisme , qu'il e'crivoit au meme : Enfin, le 6 du mois prochain, nous serons delivres de la canaille jesuitique .

Frederic, roi de Prusse, partageoit trop vivement la haine de Voltaire et de d'Alembert centre le christianisme , pour ne pas se rejouir avec eux des nombreux revers qu'essuyoit 1'Institut. Quel mal- 3> heureux siecle pour la Gour de Rome, s'ecrioit-il ! on 1'attaque ouvertement en Pologne j on chasse ses gardes-du-corps de France et de Portugal, et il parott qu'on en fera autant en Espagne. Les philosophes sapent ouvertement les fondemens du trone apostolique ; on persiffle le grimoire du magicien; on eclabousse Tauteur de la secte; on j) preche la tolerance, tout est perdu; il faut un miracle pour relever 1'Eglise. C'est elle qui est frappee d'un coup d'apoplexie terrible j et vous (Voltaire) aurez encore la consolation de Tenterrer, et de lui faire son epitaphe, comme vous fites autrefois pour la Sorbonne (0 .

L'Espagne ayant en efFet imite 1'exemple de la France et du Portugal, le roi philosophe ne pbuvant contenir en lui-meme 1'allegresse que lui causoit cet eve'nement, il fallut.qu'il e'panchat son ame dans le sein de ses bons amis de France. Voila 5> pourtant, ecrivit-il a Voltaire, un nouvel avan- 3) tage que nousvenons d'emporter en Espagne; les Jesuites sont chasse's du rdyaume, De plus, les Cours de Versailles, de Vienne, de Madrid, ont

(OJJgttredu 10 feyrier 1767,

26 WOUVELLES

demande an Pape la suppression cl'un nprn;bre< considerable de couyens. On dit que le saint P.ere sera oblige d'y Gonsentir, quoiqu'en enrageant.. Gruejle revolution'- A. quoi ne doit pas s'attendre le sieeje qui suivra le notre! la cognee est mise a la racine de 1'arbre,.... Get edifice , sap.e' par ses 5> fondemens, ya s'ecrouler ; et le/nations transcrij) rpnt dansleurs annajes ; que Voljt.aire fut J.e prompteur de cette revolution qui se fit, au dix-neuyieme siecle, dans 1'esprijt humain C 1 ) .

,Quelles re'flexjons n'ipspire pas a un esprit obser-

vateur, ee fprcenp langage de la pliilos.opjhle , nia-

nifest.ajit ses fplles e.t ppupables esperances par 1'or-

fane 4'jiR primcq- jnere.dule I La religion a .ete

perse^utee ^ owiranee , selon les yoeux des eliefs du

pljiilpsopliisnie nupderne. Cette filje du ciel ayiii, au

grand etonnemejit des natipns jete'es dans 1'epou-

vante , ses autels s,oilles ,. ses te,mples fruits, , ses

iTjinistres proserits ,ou egorge's , ses solennites abo-

lies, son chef auguste deux fois .exile, et ses enne-

mis triomphans faire retentir la France et TEiirope

4 pliant lugubre de leurs sanglantes yictoir.es. Et

cep.endant, appuyee sur le bras du T.out-puissant ;

elle demeure debout sur la poussiere de ses pevse-

cuteurs, la t^te couverte de nouveaux iauriers, S^QS

craindre davantage 1'avenir que le p.asse'. Ou estril

done ce fragile e'difice dont parle le roi plylpsoplie,

qui, sape par ses fondetaens, va ebtanlerla terre par

le bruit de sa chute? Ou est-il ce Voltaire toutr.puis-

CO Lettre du 5 mai 1767.

SUB. LA SOClT DBS

sant, que sa destine'e appelle a composer Tdpitaphe du christianisme , apres 1'avoir vu expirer dans 1'opprobre? ;,Ce frele edifice dont 1'impiete predit la prQCJiajn'e destruction , e'est cette religion de JesusjChrist, eternelle eomme sou fpndateur, qui domine dans toutes les contrees de 1'univers, malgue les vjoleiites tempetes dont elle estassaillie depiiis dixhuit siecles, Et ce Voltaire invincible, qui doit assister a ses fune'railles, pour inscribe sur son tombeau une epitaphe ignominieuse , il n'est plus, dans les jhprreurs du se*pulere, qu'une cendre froide et insensible ; tandis que son genie superbe demeure (dans 1'empire des siecles eterneU , sous la maiii d'un Dieu terrible on misericordieux, selon que le crime est suivi du repentir ou de Timpenitence. Les revers qu'essuie la religion , tournent done constamjnent a sa gloire, puisqu'un perpetuel triomplie met a deeouvert, d'une part, la foi'blesse de ses erinemis, et de 1'autre, la toute-puissarice de la -main divine qui la protege. Mais quant aux victoires de 1'impiete, elles la couvriront toil jours d'une affreuse honte, paree qu'etant fle'tries par le niallieur des nations, etdeskonorees par des de'faites inevitables, elles ne lui laisseront jainais que le ddsespoir de n'avoir pu vain ere le cliristianishie.

Mais quelque soiides et consolantes que soient

ces pensees, elles ne doivent pas-etre iei developpees

davantage. Jereviens sans delai au principal objet

de cet ecrit.

Malgre son aversion pour le christianisme ; Fre'-

COHSID^IRlTIOMS

deric ne put se resoudre a. expulser les Jesuites de ses Etats. Se'parant le roi du philosophe , il pensa qu'il blesseroit les regies d'une sage politique et d'un bon gouvernement , si, a 1'exemple des Cours catholiques de 1'Europe, ilprononcoit coritre ces religieux un arret de proscription. Je me reserve a rapporter plus bas les motifs de cette etrange resolution dans un prince mcre'dule. Quelque le'gitimes qu'ils fussent , ses confldens intimes lui surent tresnnaauvais gre' de cette determination. D'Alembert surtout n'omit rien pour le ramener a des sentimens plus conformes au vceu de la secte impie. <c Mon respectable patriarche ? ecrivit-il a Voltaire , ne ni'accusez point de ne pas servir la bonne cause , personne peufretre ne lui rend de plus grands services quemoi>: savez-vous a quoi je travaille actuellement ? a faire chasser de Silesie la canaille jesuilique, dont vor tre ancien disciple n'a que trop envie de se debarrasser , attendu les trahisons et les perfidies quil m'a dit lui-meme en avoir e'prouve'es durant la derniere guerre. Je n'ecris point de lettres a. Berlin, ou je ne dise que les pliilosophes de France sont etonne's que le roi des philosophes, le pro- . tecteur de'clare' de la pbilosophie, tarde si longtemps k imiter les rois de France et de Portugal Ges lettres sont lues au roi , qui est tres-sensible, commd vous le savez , a ce que les vrais croyans pensent de lui (0 . .

Voltaire agissoit parfaitement dans le sens de

(*) Lettre de cTAIembert a Yoltaire, du 29 deceiabre

SUE. LA SOClT DBS

d'Alembert , lorsque quinze ans apres 1'extinction de la Corapagnie en France, il employ oit son cre'dit a les faire chasser de 1'empire de la Chine, par le moyen de Id Cour de Peter sbourg, parce que, disoit-il, ces Jesuites que I'empereur de la Chine a eu la bonte de conserver a Pekin, sontplus con-* vertisseurs que mathematiciens ( l ).

On s'apergoit, a la lecture de cette correspon dance tres-philosopliique , que 1'ombre seule des Jesuites faisoit peur a ces esprits forts; et qu'ils poursuivoient avec vigueur jusqu'aux derniers restes de la Socie'te, dans la crainte qu'ils ne se ranimassent un jour, pour reprendre une nouvelle vie , au grand scandale de la philosopliie. Cette peur e'clata principalement dans deux circonstances.

La chute de 1'Institut ayant fait une plaie profonde a Ve'ducation de la jeunesse ; on nvedita 1'etablissement d'une societe' composee d'ecclesiastiques, et de Je'suites surtout, qui voueroit ses travaux a 1'enseignement dans les colleges. A la premiere nouvelle de ce projet, d'Alembert est effraye. II ecrit et recrit a Voltaire ; il lui fait part des moyens qu'il imagine pour faire manquer ce plan de refornie. II veut surtout que Ton insiste sur le danger qui en resulteroit pour I'Etat, pour I'Eglise 3 pour le Pape } pour le Roi, et pour le due d'Al^uillon^ sous le ministere duquel la perte des Jesuites avoit e'te' consomme'e. Ce n'est pas tout encore ; il croit qu'il est important de montrer I' inconvenient de mettre la jeunesse entre les

WLettre a d'Alembert, du 8 decembre 1776.

3o '.KOirVEtiES

mains d'une communaute de pretres quelconque f eE de les represenfcer tous comme des -ultrtftntifttains par ,principes, et des anti-citoy ens. Voltaire est egalement alarme d'unpareil dessein. II trouve 1'afFaire serieuse, et cherche, de concert avec son ami^ comment il faudroit s'y preridre , pour eloigner le peril qui menace la philosopbie W. Tout le parti s'e'branle , et agit avec zele a Paris et a la Cour. Bientot le faritome qui epouvantoit les chefs de 1'impiete , disparut. Le ministere ajrant te gagne, le plan resta sans execution, et toutes les craintes philosophiques s'evanouirent.

Mais'Cefctejoie exempte d'inquie'tudes , ne fut pas durable. Le bruit se repandit que la Socie'te' seroit retablie en Portugal. Aussitot d'Alembert est de nouveau efFraye'. II redoute que 1'afmee ennemie ne soit victorieuse dans ce contbat ? et ecrit a Voltaire dans les termes suivans : On assure que cette ca- )> naille jesuitique va etre retablie en Portugal , a 1'exception de 1'habit. Cette nouvelle reine me paroit

une superstitieuse majeste Si le roi d'Espagne

vient a movirir, je ne reponds pas que ce royaume

n'imite le Portugal C'en est fait de la raison,

si I'armee ennemie gagne cette grande bataille ( 2 ) . Quels terribles bommes que ces Je'suites ! Pre'cipites dans un abime d'ighominie, et ensevelis dans les ombres de la mort," ils jettent encore la terreur etreffroiparmilesrangsvictorieux du pliilosophisme

0) Y. surtout leurs lettres du 26 feyrier , 5 mars , 2 rnars' 1774- ( 2 ) Letire du 23 juin 1777.

LA SOCi^Tfi DES J^SUITES. 3f

moderne. TJiie a'rme'e de deux cent mille homines aguerrisydirigee coMre ees riouveaux refoririaieurs, ne les auf oit pas frappes d'une plus horrible epou- Vante. Ne semble-t-il pas , en lisant ces passages interessans; extraits des lettres que s'ecrivent les chefs de 1'ihcrddulite , ne sehible-t-il fas qu'outre 1'art de captiver les coeurSj ceux riieme des rdis, par une morale qui flatte toutes les passions et divinise toils les crimes, ces religieiix pdssederit encore le secret de sortir dti seiri de la poussiere , j)lus forts et plus vigoiireux qiie cinquante ahs avant leur mort?

Un dernier trait suffira pour caracteriser la haine irreligieuse queles incredules portoient a 1'institut cle saint Ignace. Le Dauphin ; pere de Louis XVI , promettoit a la France iine magnifique cai-riere de gloire et de fe'licite'. Un ge'hie heureux ? une ame droite et magnanime, des connoissances ^tendues et varie'es , 1'amour de la religion , du peujile et des beaux-artSj toutes les qualite's brillahtes de 1'esprit, toutes les vertus royales du eosur , qui font d'un prince assis sur. le trone ^ 1'idole de la nation, le heros de son siecle et 1'admiratioti de I'linivers , ornoient a 1'envi cet heritier presbmptif de la couronne, doux etcoiisolant espoir de la France. Une maladie de langueur mehacaht d'iine fin prochaine les jours de ce rejetoh de nosTbis, les ve'i-itables amis de la religion et de la monarchic, versoient d'avance des larmes ameres sur sa mort, et sur les suites de ce desastre public. Mais au milieu de ce deuil general, les incredules n'eurent pas honte de

se livrer a une joie indecente. Us redoutoient Tattachement du. Dauphin a la croyance de ses ancetres. Us craignoient surtout, qu'apres avoir, dans le conseil de Louis XV , lutte courageusement centre 1'avis des ministres , pour le maintien en France de 1'ordre des Jesuites , il ne vint a bout de retablir la Societe dans le royaume. Le Dauphin n'a plus infailliblement que peu de jours a vivre, e'crivoit lord Walpole, alors a Paris, au feld - inareclial Gonway. La perspective de sa mort remplit les philosophes d'une grande joie, parce qu'ils redoutoient ses efforts pour le re'tablissement des Jesuites .

II faut cependant rendre cette justice a plusieurs incre'dules, qu'ils ne pprterent pas la haine contre les Je'suites , a un tel exces de depravation. On pre*tend que Diderot refusa des offres d'argent qui lui furent faites, a condition quil ecriroit contre ces illustres persecutes. Dans sa lettre a M. de Beaumont (0 , J. J. Rousseau se fait gloire de n'avoir pas voulu preter sa plume a les de'crier et a les perdre. On a sevi contre moi, dit ce philosophe, pour avoir j) refuse d'embrasser le parti des Jansenistes, et pour j) n'avoir point voulu prendre la plume contre les Jesuites que je naime pas, raais dont je n'ai point 5) a me plaindre , et que ye vois opprimes . Un autre temoignage en faveur des disciples de saint Ignace, encore plus curieux que le precedent , parce qu'il sort de la bouche d'un athe'e, est celui de 1'astro-

WPag.8. .

nome

SUB. LA SO.CI.4T-& DES jfsUITES. 33

nome Lalande. Quoiqu'il soit un peu long, nous le rapporterons en<entier, a cause de sa piquante singularite.

Dans le Bulletin de f Europe da 20 nivose, dit cet auteur, on me reproche d'etre athe'e, d'etre aussi laid que Socrate, de manger des araighe'es, d'appeler la duchesse de Gotha mon intirae anu'e ^ it de dire que. Newton savoit passablement la ge'ometrie, d'avoir predit une comete qui n'est point arrivee , d'avoir fait ma cour au Pape , d'avoir servi la messe d'un Jesuite : tout cela ne vaut pas la peine d'y re'pondrej mais le nom de Jesuite interesse mon cceur, mon esprit et ma reconnoissance. On a beaucoup parle de letir re'tablissement dans le nord, ce x n'est qu'uhe chimere; mais elle a rappele' tous mes regrets sur 1'aveuglement des gens en place en i^Ga. Non, 1'espece humaine a perdu pour toujonrs, et ne recouvrera jamais, cette re'imion pre'cieuse et etonnante de vingt mille sujets occupe's, sans relache et sans inte'ret, de 1'instruction, de la predication, des missions , des conciliations , des secours aux mburans, c'est-a-dire , des fo notions les, plus cheres et les plus iitiles a 1'humanite.

La retraite^ la frugalite, le renoncement aux n plaisirs, faisoient de cette Socie'te' le plus admirable assemblage de science et de vertu. Je les ai vus de presj cMtoit un peuple de Jieros pour la religion etpour 1'humanite ; la religion letir doijnoit des moyens que la philosophic ne fournit pas. A. qua-

34 JTOUVJEtLES COJlsiDE'RAl?lbN9 i:

torze ans je les admirois , je les aimois au point (Je demander mon admission , et je regrette encore de n'avoir pas persiste dans cette vocation, que Tinnocence et le gout de Te'tude m'avoient donnee. Parmi les calomnies absurdes que la rage des Protestans et des Jansenistes exhala cohtre eux , je remarquai la Chalotais , qui porta 1'ignoranee, ou 1'aveuglement jusqu'a dire, dans son requisitoire , que les Je'suites n'avoient pas prbduit de mathematiciens. Je faisois alors la table de mon Astronomie ; j'y mis un article sur les Jesuites astronomes, le nombre m'etonna. J'eus occasion de voir la Chalotais a Saintes , le 20 ocj> tobre 1773; je lui reprochai son injustice, il en j> convint j il fut assassine le 20 juillet 1774* Les crimes sont presque toujours punis :

Earb antecedentem scelestum Deseruit pede poena clauclo.

Mais les Jesuites etoient perdiis depuis long* 3> temps. Deux ministres, Carvalho"et Ghoiseul, ont detruit sans retour le plus bel ouvrage des hommes , dont aucun etablissement sublunaire n'approchera jamais ; 1'objet eternel de mon admiration , x de ma reconnoissance et de mes regrets (0 .

On a reproche aux Je'suites 1'esprit de corps, et une trop haute estime de leur Societe. Que ce re-

( l ) Ce temoignage de Lalande en faveur des Jesuites se trouYC dans les Annales philosnphiques , morales et littdrairss de M. de Boulogne, actuellement eveqtie deTroyes. Tom. /, an. 1 800, p. 228.

SUB. LA. SOGI&T6 DBS jfiSUITES. 35

.proclie soit bien on maifonde, il est interessant de remarquer, que le plus pompeux e'loge de cet ordre celebre, a eu pour auteur un athe'e declare ; car je ne sache pas qu'aucun Jesuite ait viole les regies de la modestie , jusqu'a pser appeler la Socie'te', un peuple de heros pour la religion et pour I'humanite. On doit de plus observer, en passant, que les temoignages que nous v venons de citer, n'ont ete arrache's a ces divers chefs de 1'incredulite, que par la conviction intime.de 1'innocence des Jesuites; puisque ni Tinteret de la secte a laquelle ils avoient donne leur nqm, ni aucun motif d'utilite personnelle , n'ont pu influer sur le jugement qu'ils en ont porte. Mais si ceux-ci n'ont pas trempe dans le complot ourdi centre ces religieux , il n'est pas moins certain que la Socie'te a enfin succomb^ sous les efforts redoubles des philosoplies, agissant de concert avec les Jansenistes , durant tout le cours de cette longue tragedie. Les faits qui nous restent a citer a la Un de ce chapitre , vont ajouter un nouveau degre d'e'vidence a la verite de cette assertion.

Carvalho, connu sous le nom de marquis de Pombal, donna en Portugal le signal de la destruction des Jesuites. Ennemi. jure du saint Siege et des e'veques, fauteur de nouvelles doctrines subversives des droits de 1'Eglise, il re'solut la perte de la Socie'te, a cause de 1'opposition qu'il trouvoit dans ses membres auprogres deses coupables innovations. L'assassinat du roi de Portugal fut le pretexte dont il se servit pour les vouer a la proscription et a 1'exil. Par un

36 WOUVELLES CONSIDERATIONS

edit du 3 septembre 1769, les Jesuites furent chasses de tout le royaume, declares traitres et rebelles, et leurs biens coniisques.

La France suivit 1'exemple dii Portugal. Le due de Clioiseiil, grand protecteur des philosophes, et la marquise de Pompadour qui avoit captive le cceur du Roi, devinrent les puissans fauteurs de la persecution excitee contre Flnstitut. Au temoi-' gnage d'e Voltaire , ils etoient dans lous les secrets de la philosophic. Le credit dont ils jouissoient aupres de Louis XV servit avec un eclatant sueces les ^vues des Jansenistes et des ineredules. MalgKe les eloquentes reclamations du elerge, 1'ordre de saint Ignace fut de'truit dans toute Te'tendue du royaume; et comme si la France n'eut pu, sans danger pour ses lois, sa monarchic et sa prospe'rite, conserver la "vie a ces liommes laborieux qui avoient consacre a la gloire leurs talens et leurs veilles , les Je'suites, au nombre de quatre mille, se virent forces de quitter le sol natal, pour aller cliercher 1'existence dans des regions etrangeres.

EnEspagne, leministre comte d'Aranda , fut, suivant 1'expression de d'Alembert , I'executeur de la haute justice pour la philosophic. Lie' avec nos ineredules , il jura comme eux la perte des Jesuites. S'etant empare de la confiance duRqi, il fit rendre un edit qui ordonnoit at tous ces religieux de sortir de 1'Espagne, confisqu ait leurs biens, et defendoit de jamais les retablir. L'ordre fut rigoureusement exe'cute sans aucun e'gard a 1'age, aux infirmites et aux

SITR LA SOCitift DES jgstriTESi, 3^

services. Us furent tout-a-coup arrete's pendantune liuit, conduits aux frontieres du royaunie et embarques pour litalie. Dansia cedule de eondamnation, le Roi disoit qu'il rerifermoit dans son coeur royal les motifs de ce 'rigoureux traitement.

Dans le royaume de Naples, Tanucci , professeur en droit dans 1'uniVersite de Pise, avant d'etre president du conseil de F^gence j contribiia puissamment a 1'expulsion des Jesuites. Protecteur du parti janse'niste , qui fit ; des proselytes; dans le* roya ; iime a 1'ombre. dei son atitorite ; ennemi du saint Siege qui avoit condamne uh de ses ecrits, ou il attaquoit sans me'nagemeht ; les : irnmunite's ecclesiastiques , il employa son credit a la destruction de' cet brdre religieux. : ' ; ''-' : ; ; ' ;r

En Autriche , Van^Swieten et Haett , disciples du ce'lebre iBoerhaave, professeur de medecine a Leyde, firent renvoyer les Je'suites-desUniversite's dft il existoit des chaires de thieologie et de droit canon. Us appartettoient a des families attache'es a 1'e'veque janseniste d'Utrecht, et avdient etc riourris Tun et 1'au^ tre dans les preventions de parti contre. le-saiiit Siege et les Je'suites: Devenus premiers me'decins de r.imperatrice Mai'ie-Tlieres0 , et jouissa.nt aupres de sa personne d'un credit; fort .etendu ,; ils lui persuaderent de nommer une commission charge'e de reformer 1'enseignement. Cette commission agit parfaitement dans le sens de Van-Swieteri et de Haen. L'expulsion des Je'suites des Universite's fut un des

38 KOUVELtES CONSIDERATIONS'

premiers resultats de ses operations (0.

reset aimoit cependant la Societe; elle s'opposa longtemps a sa suppression > k 1'epoque oil les Cours d'Es-< pagne et de Portugal la sollicitoidnt a Rome avec beaucoup d'ardeur. Mais la Reine de Naples, pottssee par le ministere espagno^ lai ayant fait a ce sujet les instances les plus pressantes, rimperatric^ ne mit plus d'obstacles aux desirs des ennemis des Je- ; suites.

Ainsi dans un petit nombre d'anftees 1'incendie s'alluma de toutes parts; et Ton vit biefttpt tomber sous le glaive de 1'autorite pontificale cette Societe fameuse, qui comptoit vingt mille religieux ranges sous les bannieres de saint Ignace. Clement XIV, ebranle par les vives instances des ministres d'Espagne et de Portugal, intimide par les menaces dont ils accompagnoientleur demande, porta ce coup d'autorite par son bref de suppression du 2 1 juillet 1 7 7 3.

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