‹ Nouvelles considérations philosophiques et critiques sur la Société des Jésuites [microform], sur les causes et les suites de sa destructionChapitre 6 sur 32 · CHAPiTRE VI · texte numérisé non relu

CHAPiTRE VI

Tableau general des accusations intente'esitla Socield des Jesuites.

, depuis 1'origine du monde, disent les en- Xiemis de 1'Institut , il n'a existe de societe plus per*

(>) On tient ces details de Tabbe de Bellegarde , teraohi xtoft Suspect , puisqu'il fut long-temp's a la tete da parti jan's^iliste k .Utrecht, et qu'il eut beaucoup cite part a la redaction des N

sun LA SOCI6T6 DBS JSUITES. 3o

nicieuse a la morale, ni plus dangereuse pour les Etats, que l'or,dre des Jesuites. Domines- par une ambition effre'ne'e , ces religieux visent a la monarchic universelle. Us n'ont pas, il est vrai, des armees pour prendre les villes d'assaut et subjuguer les royauines; mais en revanche , ils savent mettre en ceuvre toutes les ruses de 1'intrigue, toiites, les fourberies de 1'injustice, pour s'emparer de la confiance des grands, et penetrer dans le palais des tois. Deux especes de morale sont a leur disposition. Us en font un merveilleux usage pour arriver a cette domination supreme. Est-il necessaire de plaire aux de'vots par 1'austerite' de la doctrine, ils ont des auteurs rigides, dont ils mettent en avant les principes ,, et ils tracent , sans he'siter , des regies d'une grande se've'rite. Mais s'agit-it de se concilier la bienveillance des gens du monde, en afficliant les maximes d'une morale reMcliee , alors ils prechent sans difficulte', le vol^l'homicide, 1'adultere, le blaspheme, la magie, l^jjjvination , le sortilege et 1'idolatrie. Ils autorisent tons les crimes , et lachent la bride a toutes les passions.

La doctrine du regicide est surtout leur doctrine favorite, et comme le peche originel de la Societe, dit 1'abbe' Pucelle. Car s'ils savent recourir. a la fourberie, quand il est a propos, pour soutenir 1'Institut,ils savent aussi faire palir les rois sous le diadeine, et au besoin, les exterminer sur le trone. L'histoire des nations , dont les pages sont a chaque instant so.uillees du re'cit des conjurations qu'ils ont trame'es ,

4Q KQUVELLES CONSIDERATIONS

et des assassinats qu'ils ont commis, garantit la yerite de cetle grave accusation. OuVrez les annales dela France, vous les vertex d'abord implique;s dans le complotdelaLigueourdie centre Henri III, puis arme's du pbignard assassiner Henri IV et Louis XV. Ouvrez les annalea du Portugal, vous les verrez, sous le ministere du .marquis de Pombal , proscrits en masse et chasse's du royaume, pour avo^r attente a la vie de Joseph I er . Ouvrez I'higtoire de 1'Angleterre, vous les verrez honteusement exiles de cette lie fameuse , parce qu'ils ont trempe dans la conjuration des poudres, parce qu'ils ont voulu detroner Elisabeth et Jacques I er . Parcourea les raonumens historiques dela Pologne, dela Piussie et des autres Etats, vous les verrez sans cesse occup^s de projets revolutionnaires , cherchant a mettre la discorde dans les royaumes et le trouble dans Tunivers , dans la vue d'arriver au but si de*ire de la monarchie universelle*

Et ne pensez pas, ajb\itent-ils, qu'apres avoir viole le respect du a la ciduronne des rois, ils aient respecte la tiare des pontifes, Couverts du sang des monarques qu'ils ont extermines , ils le sont encore de celui de Clement XIV qu'ils ont empoisonne,, Accables sous' le poids des privileges, entete's de leur pre'tendu merite, ils de'priment ,les autres ordres monastiques et foulent aux pieds les droits dese'v^ ques. jSTallez' done pas croire qu'ils aient traverse les niers, pour etendre Tempire du christianisme parmiles peuples de 1'Asie et les hordes sauvages de

SUR LA'SOCIl-lT^DES jgSUITES. l

1'Atnerique. Sous ce voile trompeur du zele , sous ce raanteau imposteur de Thypocrisie, ils clier- , choient as'enrichir par de honteur trafics; ils etoient entraine's Ivors de leur patrie par la soif des conquetes et 1'amour de la souverainete; t&noin la scandaleuse banqueroute du P. Lavalette , dohnue de toute 1'Europe : te'moins encore les coupables re'voltes qu'ils .exciterent en Ame'rique contre les rois d'Espagne et de Portugal.

Une si profonde sceleratesse dans un corps religieux vous elohne; et vous ne pbuvez expliquer comment une Socie'te d'liommes aussi pervers a pu subsister durant plus de deuxsiecles; comment elle a pu se concilier la confiance desplus grands princes, avec 1'estime des pontifes les plus reve're's. Mais n'oubliez pas, qu'outre les secrets de leur morale, qui favorisoit tous les gouts et protegeoit toutes les passions, ils avoient de plus dans leurs colle'ges, leurs missions , leurs confre'ries et leurs affiliations, une force irre'sistible pour ehchainer au char de 1'Institut toutes les classes de la socidt^; un puissant moyen de 1'environner de troiipes auxiliaires toujours pretes a combattre pour sa de'fense. Un seul trait historique , recueilli au hasard dans la masse des histoires de ce genre, de'vbilera au grand jour ce mystere d'iniquite; C'est Louis XIV enrole sous les bannieres de saint Igriace. N'est-ce pas un fait certain et ave're\que seduit par le P. Le Tellier, son confesseur, cet illustre monarque , si jaloux des pre'rogatives de sa couronne, et d'une humeur siguec-

4 2 SOUV-EttE* CONSIDlhlATXOMS

riere, conseritit a faire les trois vceux de religion , sous la depehdance de ce pere, c ? est-a-dire It; vceu de chastete', de pauvrete et d'obe'issance ; et que meme, selon 1'abbe Dorsanne (0, il emit un vceu spe'cial d'obeissance au Pape , pour aller ' aux missions : tant il avoit su oiiblier, avec une sottise inexplicable dans im si grand prince, ses anciennes querelles avec la Gourde Rome ; tant les Je'suites sont habiles et vraiment prodigieux dans Fart des intrigues.

Gette affreuse Socie'te de courtisans. ruse's, de voleurs , de banqueroutiers , d'idolatres et de regicides, devoit avoir pour chef un homrne souille de tous les crimes, un monstre digne de Texe'eratioipi du genre humain. Or, tel etoit en effet le general des Je'suites. Voici son ve'ritable portrait, tel que 1'a trace' 1'auteur de TApologie de ces religieux , en ra&seniblant les traits epars sous lesquels le depeignent 1'histoire et les amis de la \erite.

Une espece de monstre, rampant sans cesse aux pieds des rois et des pontifes, pour e'pier le moment de surprendre leur vigilance et d'usurper leur place j joignant a la voix d'un enthousiaste j) les mouvemens d'un fanatique, au genie d'un desr pote le coeur d'un assassin, toutes les manieres

(0 La confiance du Roi pour le pere Le Tellier, dit cetabbe , tfavoit fait qu'augmenter pendant sa maladie. On ne doit point en etre surpris , puisque cePere lui avoit fait faire le quatrienxe 3> vceu ( de la Societe) , et qu'il lui avoit mis sur la poitrine le passeport de saint Tgnace . Voye,z le Journal de I'able Dorsaime., 3. e editi6n, lom.I, pag. 453;vq^-ezai\ssi la

SUR LA: SOCl^TIs: DES J&SUITES.

<Tun fotfrbe a tons les traits d'uns scelerat ; cbramandant & tine troupe servile d'impies ado'rateurs qu'il voit a ses genoux, qu'il charge de ses fers, dont il bande les yeux ^ dont il trouble le cerveau , qu'il abreuve de fiel, qu'il arme de poig.nardsy qu'il conduit au carnage, qa'il dresse a -tous-les crimes ?> en les exhortant a tou|;es les^vertus; tenant du haul des sept cpjlines ou il a fixe son repaire., quarante )> raille yfiux ouverts surl'interieur des Cours, sur Tinterieur des families ; quarantemille bras leve's sur la tete des rpis , sur la t^te des peuples ; repandant partout sur Fantel 7 sur le trone , dans les places pabliques, datis les ntaisciris pfarti6tilief e^ la v^petff d l e > la superstition, le souffle de la discorde , rexhalaison de la mort; buvant dans une coupe pre'pare'e par le sacrilege, presente'e par le brigandage , le sang, 1'or tout ensemble de Tancien et du notiveau Monde ; cachaftt sa t^te dans le ciel, de ses^niains ra< vageant la terre, et de ses pieds foulantles enfers . Quel tableau effrayant,! Quelle infame Socie'te'! Sera-t-on maintenan.t surpris que les princes catholiques aient accable ee vil ramas de see^lerats , de tout le poids de la piiissattee royale; et de toiitegieB sentences solennelles prononce'es contre les crimineU du haut des tribunaux ^ ou la justice, rend ses oracles , era-t-il aux yeux de la post^rite utrs srret plus equitable que celtudu parlement dePans;du 6 aout 1762, qui declare que I'lnstitut.est. inadmissible dans tout Etat police! ^.^\}\-, ) -^-..-.::j

Peut-etre sera-t-on tente de croire que j suis in* juste et ridicule, en mettant ce langage dans la bouche des ennemis des Jesuites. Ceux : qui ont lu leurs ouvrages contre TInstitut, attesteront que je n'ai rien exagere , ils ajouteront que j'ai passe sous silence une partie des reproches fails a cet ordre celebre, quoique j'aie< rappprte fidelemen ties plus graves accusations (*),

(') Ces accusations sont pour la plupart repetees dans deux ecrits recemment publics, dontTun est intitule : du Pape et desJesuites; et Tautre : Les Je'suites tets qu'tls ont &d dans I'ordre potitique, moral et religieux.ljti monument assez curieux me servira encore de justification. (Test une ^pilaplie composee par les Jansenisles a Tepoque de la destruction des Jesuites en France. J'ai actuellement sous les yeux un exemplaire de cette piece interessantej ils la livreren.t a 1'impression , afin qu'elle ful transmise a la posterite; Sails doute Us la juge'rent digne d'etre grayee sur le tombean de la Societe. ,

; fiPITAPHE DE LA SOGlfrtE J^SUITIQUE.

SALtFT, GLOIRE, PtliSSlPfCE A NOTRE DIEtJ.

Elle est tombee cette grande Babylone !

Elle est tombee cette intolerable societe des Jesuites 5

Le fleau et la honte de 1'humanite ; Se decorant du nom de Jesus, blasphemant contre Jestts-Christ'j

Ecole de tons les vices ;

Favorisant, commettant toutes sortes de forfaits; Avide marchaade , enflee de richesses fruit de ses rapines i

Superbe dominatrice des roisj Tendante a 1'empire du monde entier 5 Armant les assassms contre les christs du Seigneur } "Vioiatrice de toutes les lois par son institut raeme 5 Dechiram TEglise par des schismes ,

SUR LA SOCliTti DE3 jtfSUITES.

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