I?ES J^SUITES
9 religion. Les motifs qui m'ont determine'e a accorder ma protection awe J&uites, sont fondes a sur la raison et; la justice , ainsi qqe s.ur Vespoir . qu'ils serant utUes a mes Et;ats. Cette tyoupe paisihles et itmocens vivra dans rnon , parce que, de toutes les Deletes catholiques elle est, la plus propre a instruire mes su- . jets, et a leur ispirer des sentimens d'humanite et les, pvtocipes de la jreligion cbretienne. Je sui resolue de sontenir ces pretres, contre quelque puis M sance quo ce soit j et en ceja, je ne fais que remplii: 3> mon deygir, puisque je suis leur SQuveraine, et y que je les vegarde comnie des sujets fideles, utiles i) e.t innocens, Je de'sive d'autanl; plus de voir quatre d'entre eux investis du pouvoir de eqnfirmer a Moscouet'a Petersbourg, que les Eglises, cathow liques de ces deijx villes sont CQnfiees a leursoin . Cette lettre si interessarite est citee cqmnie un monument a\stbentiq\te dans I'Histoire de Catherine II, par Castera, et dans 1'ouvrage de Dallas, auteur'angUcan, intitule' : Nouvelle conspiralion contre les Jesuites devoilee et hrieveinent exptiquee. Si elle fut de'savoue'e dans la gazette de Pe'tersbourg , c'a e'te uniquement par egard pour les scliismatiques grecs. On craignit que les sentimens de bienveillance que Vlmperatrice y manifestoit pour les catliolique& de ses, Etats, et pour des religieux spe'cialewent de'vques a.u sa.int Siege, ne leur deplussent. Mais quels qu'aient etc les motifs de. ce de'saveu,
les faits prouverent que la lettf e etoit authentiqu& Elle jeta Pie VI dans 1'embarras. Dix annees settlement s'e'toient ^coulees depuis la suppression des Jesuites par Clement XIV; 'et les Cours de France et cVEspagne , que le Pontife avoit interet de menager, n'e'toient pas dispose'es a procurer le retablissement de cet Ordre celebre Dans la crainte de se brouiller avec elles, Pie VI consul ta les ambassadeurs des rois "de France et d'Espagne sur la re'ponse qu'il devoit faire. Ceux-ci consulterent leurs Cours respectives, qui refuserent de se meler de cette affaire. Et Pie VI, ayant observe les formes que la prudence commandoit, satisfit avec joie aux de'sirs de Catherine, par tin bref qui niaintenoit la Societe dans les provinces de sa domination. ' -..'.. . . , :
Apres avoir montre dans les rois les apologistes de la Societe, j'evoquerai les ombres des ministr.es fideles autrone, et des genies immortels des nations. Hichelieu ne crut pas qu'il fut indigne de son :caractere de se mesurer avee les ministres de Charenton, pour defendre 1'honneur de cette illustre Compagnie! II la vengea, dans 1'ecrit que nous avons cite' plus haiit (0 , des imputations calomnieuses de ces chefs de la Reforme, et dans son Testament poliiique, il loue hautement r'utilite' de 1'Institut.
Le cardinal de Fleuri , premier ministre de Louis XV, avoit eu quelques sujetsde plainte centre les Je'suites. Le me'contentement qu'il en
0) Yoyez IG chap. in.
SUH LA. SOCII-ITJS DBS JSUIT-ES". 5n
avoit e'prouve ne 1'empecha pas de rendre liommage au merite de la Socie'te'. , II est facheux, e'criyoit-il au cardinal de Tencin, en 1'anneV 174.0, que les Jesuites baissent de cre'dit, parce qu'il faut convenir qu'il n'y a presque qu'eux qui de'~ fendent 1'Eglise, et qu'ils sont les seuls pre'dicateurs qui nous restent. lls m'etoient tres-peu favorables .3) sous le feu roi, et m'en avoient donne des preuves convaincantes ; mais je le fais efficacement sans rancune .
Bossuet, dont le nom seul commande le respect
et 1'admiration, connoissoit trop bien les hommes
et les institutions, pour refuser son estime a 1'Ordre
de saint Ignace. II en fait un e'loge pompeux, dans
la pe'roraison de son troisieme sermon sur la Cir-
concision. Et vous, celebre Compagnie, sMcrie
1'eloquent orateur, qui ne portez pas en vain le
nom de Jesus, a qui la grace a inspire* ce grand
dessein de conduire les enfans de Dieu , des leiir
plus bas age, jusqu'a la maturite de Thomme
parfait en Jesus-Christ; a qui Dieu a donne', vers
3) la fin des temps, des docteurs, des apotres, des
evangelistes, afin de faire e'clater par tout Tu-
nivers, et jusque dans les terres les plus iricon-
nues, la gloire de 1'Evangile; ne cessez d'y faire
servir, selon votre sainte institution, tous les ta-
lens de Fesprit, de Fe'loquence, la politesse et la
litterature ; et afin de mieux accomplir un si grand
ouvrage, recevez avec toute cette assemblee, en
temoignage d'une e'ternelle charite', la sainte benediction du Pere, du Fils et du Saint-Esprit .
L'illustre chancelier d'Angleterre , surnomme le pere de la philosophic moderne , se mit au-dessus des prejuges de Education et de 1'eglise anglicane , en formant le voeu ardent de yoir les Jesuites etablis dan.s sa patrie. J'e ne peux voir, dit-il ( J ), 1'application et le talent de ces maitres pour cultiver M 1'esprit et former les moeurs dela jeunesse, que je neme rappelle le mot d'AgesilaussurPharnabaze: Etant ce que vous etes, faut-il que vous ne soyez pas a nous .
Si ce grand homme avoit ajoute foi aux graves accusations io ten tees a laSociete par les Protestans j s'il avoit pense , comme les Jansenistes et les philosophes ont feint de le croire, que cette ce'lebre Compagnie avoit ete' constamment un vil ramas d'ambitieux, d'intrigans, de seditieux et de re'gieides, de'guisant leurs passions et leurs crimes , sous le voile imposteur d'une fausse piete et d'un ?ele apparent, Fauroit-il appele'e par ses voeux aux travaux de 1'enseignement et aux emplois de 1'e'ducation publique? Son te'moignage est d'autant plus flatteur jpowr les Jesuites , qu'ils devoient moins attendre un paveil eloge de la part d'un homme separdde la communion de FEglise. La ve'rite seule de Vhistoire a guide sa plume et inspire* son genie.
Leibnitz , qui mena de front toutes les sciences,
(') De dignitate et augm. scient. 1. 1.
StJR tA SOCI&TI5 DBS jgiSTIITES. 5g
et que Ton place avec raison an premier rang des philosophes de 1'Allemagne; Leibnitz admiroit les uvrages des Je'suites (0, et etoit indigne des calomnies que certains Protestans avoient inventees pour les noircir et les decrier dans Topinion publique. Je suis persuade', que tres-souvent on caloninie les Jesuites, et qu'on leur prete des opinions qui ne leur sont pas seulement venues dans la pensee. Tel a ete Titus Gates, qui a debite sur leur compte je ne sais combien d'impertinences ; parexemple, queleurs ge'neraux disposoient souverainement de tous les emplois civils et militaires en Angleterre. Je ne dis rien des inepties que contient le livre intitule' : I'Empereur et I'Empire trahis. II est encore tres- certain qu'il y a
(0 Le comte de Merode , grand d'Espagoe de la premiere classe , et chevalier de la Toison d'or, fit a Yienne la connoissance de Leibnitz , el demeura en correvpondance avec lui jusqu'a sa mort. Ayan* dit a ce savant homme, dans une des lettres de sa correspon dance litteraire , qu'il avoil achete les d.cla sanctorum des peres Jesuites d'Anvers, celui-ci lui repondit dans les termes de la plus grande estime pour cet ouvrage, concluant c[ue si ces Peres n'avoient )) fait que ce seul ouvrage , ils meriteroient d'etre venus au monde, et d'en etre souhaites et estimes . Les Jesuites d'Anvers possedoient 1'original de la piece interessante ou le cotnte de Merode attestoit ce fait. L'abbe de Saint-Leger, bibliolbecaire de Sainte- Genevieve, en ayant communique a M. Emery, superieur general de la congregation de Saint-Sulpice , une copie authentiquc , cet estimable auteur des Pensees de Leilnitz sur la Religion et la Morale, la rendit publique par la vote de Timpression. ( Voyez torn. 11 de cet ouvrage , a. e edition , pag. liQ. ) Si quelque incredule , jetant lesyeux sur cet ecrit, reiicontroit par hasard cet,le citation , peut-
,6p MOUVEMLES G OKS ID^R ATIONS^
dans leur Societe beaucoup des. sujets qui spnt les plus honnetes gens du -mo.ri.de ; 11 est vrai qu'on. en compte aussi quelques-uns d'un caractere bouillant, qui, & quelque prix que ce soil, et meme .. par des mpyens peu convenables, travaillent a 3) Tagrandissement de leur Ordre. Mais ce dernier mal est commun; etsi on 1'a observe plus particulierement chezles Je'suites, c'est qu'eux-memes sbnt plus observe's que les autres (0 .
Voila done un Lutlie'rien 7 doue d'un genie extraordinaire, qui prend la defense de la Societe des Je'suites. II est convaincu que les calomnies invente'es contre ces religieux, deviennent, a force d'exage'ratio.n , impertinentes et ridicules. Et s'il pense que quelques-uns d'entre eux, d'un caractere bouillant, travaillent a 1'agrandissement de leur ordre , nonpar des crimes, comme le veulent absoluraent les Janse'nistes et lesincredules, maispardes moyens peu convenables ; il croit anssi qu'ilyadans leur Societe beaucoup des sujets qui sont les plus Tionneies gens du monde. De plus il remarque avec ira-
elre seroit-il tente de sourife de pitie, en pensant que Leibnitz a accorde son estime a un vaste recueil de Vies de Saints. Le. desir d'epafgner au pliilosophe allemaud cet outrage de la legerete etde Tignorance , ne nous a pas detournes de rapporter le lemoignage honorable qu'il rend aux travaux des Bollandistes , parce que, dans 1'opinion des homines senses , la philosophic qui respecte Dieu et les heros de la religion , est beaucoup plus sage et plus raisonnable que la philosophic dedaigneuse qui insulte le Createur , et meprise les sublimes vertus du cliristianisme.
. 0) Tom'. V, pag. 4oo..Epist. 11 adTenlzeliuni..,
SUlt L* SOCliTfi DES .jtfSUITES. . ' 6.1?
partialite', que les e'carts repre'hensibles qui sont 1'obtet de sa censure, sont d'ailleurs un mat commun^ plusparticulierement observe chez les Jesuites ,parce qu'ils sont, eux-memes plus observes que les autres. D'ou il resulte que ce rare genie condamne quelques individus ranges;sous:les bannieres de saint Ignace, tandis qu ? il justifie la Socie'te.
A 1'estime des rois, des minis tres des rois:,etdes savans les 'plus illustres, dont fut honore' 1'Ordre des Jesuites, il faut aj outer celle d'tm grand nombre de villes du royaume, qui donnerent a ces religieux les certificats les plus honovables, attestant avec une franchise et uiie Hberte' entiere , qne cesreligieux i e'toieht egalemeht utiles a'l'Eglise et a 1'Etat. ' L'authenticite' de ces pieces "est tellemeht incontestable qhe le Jansenist'e : redacteiir ; des Nouvelles ecclGsiasticjiies* n ? ose pas la revoquer en doute 1 .'!! se' borne a gemir sur raveugleraentdesautorites civiles qiii les out signees, en se laissant seduire et entrainer par les intrigues des Jesuites.'ll faut ; ajouter les elbquerites reclaraaliohs des Parlemens dfe Besancori et de Donai, qui proclamerent hauteraent les Jesuites, des religieux eminemment utiles a la religion , et les plus fideles sujets du Roi; les reclamations du Conseil souverain d' Alsace , qui, par Forgane deM. Bours, son de'pute, manifesta son attachenient pour une compagnie aussi celebre par ses malheurs j que par les services importans quelle a toujours rendus au public et a la religion; les re'cla-
mations du Gonseil provincial d'Artois, dont les arrets furent easses par le Parlement 'de 'Paris ; les reclamations d'une eourageuse minorite, qui, dans presque tous lesParlemens du royaume s'opposa avec chaleura la destruction de la Socie'te , et ne fut vaincue que par une foible ma jorile de deux pu trois suffrages; les reclamations de Clement XIII, qui , voyant Forage pret a e'clater sur 1'Ordre des Jesuites, confirma de nouveau par une constitution solennelle, nomme'e Apostolicum, Tlnstitut de saint Ignace, de'ja preconise par dix-neuf papes , confirme par plusieurs d'entreeux, ainsi que par rinfaillible autorite du concile cecumenique de Trente , lequel avoit prpnonGd qu'il etoit pieux et saint. Ge pontife adressa encore a LouisyXV et a Charles III, roi d'Espagne, le bref le plus affectueux et le plus ^nergique, pour les 4etourner -de faire servir leur puis^sance royale a seconder les ennemis de Bieu et de TEglise, en precipitant la chute de la Societe, Et durant tout le cours de son laborieux pontificat, il ne cessa de k proteger et de la defendre , avec un courage dont la feraiete ne put etre ebranleie ni par les solicitations ni par les menaces. Ilfaut ajouter encore les d-e'clainations d'un grand nombre de pre'lats fraricais, qui , bien loin d'apercevoir dans les Jesuites les ennemis de'clare's de leurs droits., et les vils adulateiirs de la Cour de Rome , ne y-irent dans ces religieux que les appuis de la religion , les fk'aux de rhe'resie, les estiraables conservateurs des bonnes mceurs , et