HISTOIRE GÉNÉRALE DES CALCULS
SECTION PREMIÈRE
De l’Urine (1).
Ov a depuis long-temps senti la nécessité de faire de l’urine une étude spéciale, et cette nécessité ne fut jamais mieux fondée que lorsque l’on s’est livré à la recherche de la formation et de la nature des calculs urinaires. A compter d’Hippocrate jusqu’à nos jours, ce fluide n’a cessé d’occuper les praticiens
(i) Je n’entends point parler ici de l’urine sous le rapport médical proprement dit; les ouvrages qui traitent de cette matière, notamment celui de Chopart , ne laissent rien à désirer relativement à l’influence des diverses maladies sur ce liquide.
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et les naturalistes; mais leurs recherches ont été
sans résultat satisfaisant jusque vers la fin du siècle dernier , où l’on est parvenu à acquérir quelques notions plus exactes. A la vérité, Je siècle précédent avoit vu paroîlre les travaux de Boyle , de Brandt , de Belhui, de Boerrhave , qui avoient un peu ébauché la matière et qui ont contribué à
préparer ceux de Rouelle le cadet, de Scheel, de Wollaston, de Bergmann , de Berthelet, de Cruicksunks, de Proust, de Berzelius , de Fourcroy , de Vauquelin, etc. , qui, par leurs savantes analyses, ont fait connoître tous les principes constiluans de ce fluide excrémenlitiel , principes qui sont susceptibles de varier d’après une foule de circonstances , ce que l’on a quelquefois oublié.
Les chimistes ont distingué avec raison trois espèces d’urine , celle de la boisson, celle de la digestion , et celle qui est rendue quelque temps après , le matin par exemple , et que l’on a appelée urine du sang; c’est cette dernière qu’il faut choisir, quand on veut connoître les vrais caractères de ce liquide (i) immédiatement après sa sortie de la vessie , on le trouve d’un jaune citronné plus ou moins foncé, exhalant une odeur aromatique qui se rapproche un peu de celle de la violette (2), et qui
(1) Cependant le doct. Wilson prétend , d’après Marcel , que l’urine du matin contient moins d’acide urique.
(2) Cette odeur a quelque analogie avec l’arome de la transpiration, ce que l’on peut attribuer , avec Fourcroy , à un principe identique entre ces deux fluides.
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change constamment de nature par le refroidissement de l’urine, laquelle perd insensiblement de ses propriétés naturelles et en acquiert de nouvelles. La dégustation démontre dans ce liquide une saveur piquante , salée , et d'une amertume un peu acre.
La quantité d’urine rendue dans un temps donné est trop susceptible de varier pour que l’on puisse déterminer quelque chose de positif à cet égard. Au rapport de Haies (1), le docteur Keill la porte à 59 onces ; Haller, de 28 à 64 ; terme moyen 49 onces, dans l’espace de 24 heures, etc. On connoîi la plupart des causes qui peuvent influer sur cette quantité même dans l’état physiologique ; il deviendroit inutile de les parcourir ici. Une seule est peutêtre moins familière ; la connoissance en est due aux travaux de M. Magendie. Ce savant physiologiste a observé que plus l’alimentation étoit azotée, plus la quantité de l’urine étoit diminuée par opposition à celle de l’acide urique qu’augmentent plus ou moins les boissons alcooliques et les alimens pris dans le règne animal. M. Magendie a tiré de celle observation un parti fort avantageux pour le traitement de la gravelle et des calculs formés par cet acide (2).
Bien que 1 urine soit liquide, comme on le sait, il est d’observation que ses molécules sont unies
(1) Statique des Végétaux et des Animaux.
(2) Recherches Physiologiques et Médicales sur les causes , etc. de la gravelle.
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par un principe particulier, susceptible d’une augmentation notable dans quelques circonstances pathologiques et même physiologiques (i). Ce principe, qui est la matière animale des chimistes, joue un rôle très-important dans la formation des calculs ; et sous ce rapport elle mérite de fixer l’attention des praticiens d’une manière spéciale.
Ce seroit sans doute m’écarter de mon sujet que de donner même un seul extrait des diverses analyses que l’on a faites de l’urine; d’abord les extraits en ce genre ne sont d’aucune utilité, et les bornes que je me suis prescrites ne me permettent pas de les rapporter en entier; on peut consulter à ce sujet les annales et les divers ouvrages de chimie.
SECTION II
Formation des Calculs.
On s’est beaucoup agité pour trouver la cause de celle formation. Celle matière, comme beaucoup d’autres, a fourni un vaste champ au vague de l’imagination : on peut dire qu’il n’est peut-être pas de travers dans lequel les esprits ne se soient jetés avant
(i) On sait que l’urine des enfans est ordinairement un peu filante. Dans quelques maladies de consomption on observe que ce liquide devient visqueux : tonie irritation portée sur les voies urinaires, notamment la vessie, produit cet effet à un degré bien plus marqué.
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d’arriver à un but qui est encore loin de satisfaire la saine raison. On se contente de dire que , lorsque Tacide urique ou tout autre principe constituant de l’urine est trop abondant pour être tenu en dissolution dans la partie aqueuse de ce fluide , il se forme un dépôt, de là des graviers, des calculs. Mais si l’on se rappelle qu'il n’est pas rare d’observer des urines excessivement chargées sans que pour cela il se forme des concrétions ; si d’un autre côté il est évident que chez plusieurs caleuleux ce liquide ait constamment paru dans l’état naturel ; et que nombre de calculs se soient formés dans des circonstances qui sembloient sinon opposées, du moins très-peu favorables à cette formation , l’on conviendra avec moi que cette explication est insuffisante.
Quelques étiologistes ont peut-être trop négligé, dans cette étude, l’influence de la matière animale j dont Fourcroy a si bien constaté la présence dans les divers calculs , et décrit la disposition ainsi
que la nature dans chacun d’eux. Quant à ce qui se passe lorsqu’un corps étranger est introduit dans la vessie , doit-on l’attribuer exclusivement à la tendance qu’ont les molécules de ce liquide à s’accrocher au corps qu’elles rencontrent, et ne doiton pas accorder à ces mêmes corps étrangers quelque influence sur les caractères et la composition de l’urine?
Les auteurs ont regardé un très-grand nombre de circonstances comme favorables à la formation
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des calculs urinaires , nous n’en rapporterons que quelques-unes, et nous rangerons en première ligne tout ce qui tend à diminuer la partie aqueuse de l’urine et augmenter quelques-uns de ses principes constiluans, comme la trop grande abondance de quelque excrétion, le peu de boissons aqueuses, une nourriture trop annualisée , les liqueurs alcooliques et même les vins trop généreux , etc. Vient ensuite tout ce qui rend la vessie paresseuse ou qui gêne la sortie des urines, les travaux du cabinet , le manque d’exercice, de longues stations sur le siège , le décubitus prolongé sur le dos , les rélrécissemens de l’urètre et les engorge mens de la prostate qui la favorisent , soit en retenant quelques graviers venus des reins , soit en empêchant la vessie de se vider totalement , etc. On regarde aussi comme cause prédisposante des calculs l’air humide, les lieux marécageux, les climats tempérés, l’habitation des pays vignobles, l’enfance et la vieillesse (i), les digestions imparfaites, Je mauvais étal des premières voies , ainsi que le prétendent Marcel (2) et Ziegenborn (5). Ce dernier rap-
(1) M. Breschet (Uict. de Méd.), prétend , au contraire , que les deux extrêmes de la vie y sont moins sujets. Si l’assertion de cet auteur , qui se trouve en opposition avec ce qui est généralement admis , n’est pas fondée , les excès dans les plaisirs vénériens ne sauraient jouer le rôle qu’on leur attribue.
(2) Essais sur l’Histoire Chimique, etc. des Calculs.
(3) Collect. des Thèses de Haller , tom. 2.
porle (1) une observation bien circonstanciée qui démontre que les eaux de Pyrmont ont déterminé la pierre chez quelques personnes : d’autres auteurs rapportent aussi des exemples qui prouvent que telle ou telle substance a dans quelques cas donne lieu à celte formation. Ce ne sont néanmoins que quelques faits épars qu'il 11e faut pas dédaigner, mais auxquels on ne peut accorder la meme importance que ceux qui les rapportent. On ne sauroit donc admettre ni rejeter avec trop de circonspection l’influence que peuvent exercer quelques substances alimentaires ou autres sur la production des calculs urinaires. Si l’observation a démontré que la betterave rend l’urine rouge, que la rhubarbe lui donne une couleur jaune, que les asperges la rendent fétide , que les huiles essentielles , les baumes, les résines, etc., lui communiquent une odeur prononcée de violette ; si l'on a reconnu que les fortes secousses morales la rendent plus abondante et plus aqueuse , etc. ; n’y auroit-t-il pas de la témérité à assurer que d’autres substances n’ont aucune action sur ce liquide parce que l’observation ne l’aura pas constaté? Sachez douter, disoit le professeur Chaussier, dans ses savantes leçons ! Cet axiome me paroît applicable au cas dont il s’agit ici.
(1) Ici. id. , pag. 200.
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SECTION III
Caractères physiques généraux .
Envisagés sous un point de vue général , les calculs présentent de grandes différences relatives à leur siège , à leur forme , à leur volume , à leur nombre , à leur couleur , à leur densité , etc. Il seroit peut-être plus méthodique de commencer Tétude de ces corps étrangers par leur composition chimique puisqu’elle détermine leurs caractères physiques ; je vais néanmoins envisager une partie de ces derniers, pour ne pas trop m’écarter de la marche ordinaire.
Siège. Partout où l’urine pénètre et séjourne, on peut rencontrer des concrétions urinaires; c’est ainsi qu’on en a trouvé entre le gland et le prépuce , dans la prostate , le périnée , le scrotum , etc. , ainsi que Louis , Pierceau , Legaigneau , etc., en rapportent des exemples (1).
11 est pourtant vrai de dire qu’on les observe le plus ordinairement , dans les voies urinaires , dans les points surtout où l’urine séjourne le plus longtemps : quant aux uretères et à l’urètre , ils ne donnent asile aux calculs que lorsque , par leur volume ou
(i) Mémoires de l’Acad. Roy. de Chir. , tom. ni, édit.
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leurs inégalités, ils ne peuvent parcourir librement ces canaux , qui ne sont que fort rarement le Leu de leur formation; cependant les auteurs rapportent des observations fort curieuses relativement aux piferres trouvées dans les uretères. Duverney (1) fit voir à l’académie des Sciences , ceux d une femme morte d’une colique néphrétique, bouchés par deux pierres. Collot (2) rapporte plusieurs exemples dans lesquels ces canaux étoient remplis de matière pierreuse. Lieutaud (5) a aussi recueilli plusieurs exemples de ce genre fort intéressans.
Forme. Il seroit impossible de déterminer, d’une manière rigoureuse, la forme que peuvent prendre les calculs, tant elle est variable. On peut dire néanmoins avec M. Thénard qu’elle se rapproche le plus souvent de celle d’un ovoïde, ou d’un sphéroïde légèrement aplati. Font exception à celte règle générale ceux qui se sont formés ou développés dans des endroits qui leur ont en quelque sorte servi démoulé; C’est ainsi qu’on en trouve assez souvent d’oblongs dans les uretères et l’urètre, et que les reins en contiennent quelquefois d’un aspect loutà-fait bizarre. Vicq Dazir en a décrit et dessiné plusieurs qui sont vraiment curieux (4) ; Lieutaud (5)
(1) Acad, des Sciences de Paris , an 1694 > pag. 1 12.
(2) Pag. 14 et.suiv.
(3) Hist. Anat. Méd. , Obs. , 1220 , 1221 , 1235 , 1249.
(4) Hist. delà Soc. roy. de Méd. , an 1779, pag. 204.
(5) Ouvrage cité.
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en a vu un qui avoit la figure d’un cœur,* Morgagni (1) dit que quelques-uns de ces calculs ont des formes irrégulières ; il en a rencontré qui étoient arborisés comme des coraux. Dans un autre endroit (2), cet auteur observe qu’il en existe de percés par le milieu en forme d’anneau. Quand il y en a plusieurs accolés les uns aux autres, ils sont ce qu’on appelle à facettes. Les lithotomistes profilent de ce caractère pour juger si la vessie, de laquelle ils ont extrait le calcul à facette, en contient plusieurs. Ce seul signe est cependant loin de suffire; il n’est pas même constant.
Nombre. 11 est très-variable. Dans les cas ordinaires, on n’en trouve qu’un ou deux; dans d’autres circonstances, au rapport des auteurs, ce nombre est vraiment prodigieux. La vessie du célèbre Buffon, dit Fonseca qui étoit présent à l’ouverture du corps (5), en contenoit 55 de forme triangulaire et du volume d’un gros pois. Fluran, de Lyon, en a extrait d’une vessie 24 dont 16 égaloient chacun le volume d’un œuf de pigeon. Collot en relira plus de cinquante de la vessie d’un bénédictin qui subissoit l’opération de la taille pour la troisième fois. Cette observation de Collot est très-curieuse; le malade guérit; mais, au bout de deux ans, il fut
(1) Epist. LVii , art. 12.
(2) Epist. Auat. Méd. , xlii , art. îo.
(3) Au rapport de M. Portai , celte ouverture fut faite par Girardeau , le 16 avril 1788.
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de nouveau tourmenté de la pierre. L’état de ses forces ne permettant point de revenir à l’opération , il mourut peu de temps après, étant resté trois mois sans rendre d’urine et meme sans éprouver de besoin. L’autopsie démontra les deux reins désorganisés, réduits à deux peaux et remplis de petits calculs. Les uretères en contenoient aussi une énorme quantité. Ces conduits avoient acquis le volume d’un intestin (1). Le célèbre Desaull (2) en retira plus de deux cents de la vessie d’un curé de Pontoise. Boerrhave dit en avoir compté jusqu’à trois cents dans le même rein. O11 trouve , dans le Journal de Médecine (5), un lait assez curieux : une bile hystérique rendit par l’urètre et par l’anus une énorme quantité de pierres de moyenne grosseur, et présentant les mêmes caractères. Tulpius (4) rapporte qu’une’ femme, chez laquelle on soupçonnoit la pierre, rendit une membrane qui en étoit tapissée; elle étoit percée d’un trou assez grand pour laisser passer l’urine.
Volume. Î1 présente pour le moins autant de différences que leur nombre. Excessivement petits dans le principe de leur formation, ils acquièrent, par un séjour plus ou moins long et d’une manière plus ou moins prompte, un volume quelquefois
( 1 ) Collot , pag. 1 5.
(3.) Mal. des Voies Urinaires , pag. 81 .
(3) Journal du mois d’août 1762 , pag 2^5 et 277.
(4) Liv. n , cliap. 48.
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enorme. Au rapport de Dioms (i), le pape ïnno— cent Aï poi toit dans chaque rein un calcul inégal , d’un volume considérable; ils pesoient, l’un 9 onces, et 1 autre G. Pare (2) parle d’une pierre qui représentoil assez bien un as de cœur pesant 9 onces; Collot l’avoit retirée de la vessie d’un pâtissier qui finit par guérir. Tolet dit avoir extrait d’un iiomme vivant une pierre de 10 onces; le malade mourut. Colignon (5) relira de la vessie d’une demoiselle de 4o ans une pierre de i4 onces. Au rapport de M. Descliamps (4), Jacquier trouva dans celle d’un curé, mort à la Charité, une pierre de 5i onces; elle avoil 6 pouces G lignes de longueur, et 1 pied de circonférence. Au bout d’un siècle, M. Descliamps l’a pesée, elle n’avoit perdu que 2 onces et 1 demi gros. Lecat, Bartholin et Verdier, ont rencontré des pierres de trois livres. KefFelringius dit en avoir vu chez Morand une du poids de 6 livres et 3 onces. Morgagni (5) semble attester ce fait. On peut dire que ces cas sont extrêmement rares ; car à peine ont-elles acquis le volume d’une noisette ou d’une amande , qu’elles importunent considérablement le malade, qui dès lors cherche à s’en débarrasser, à moins qu’il ne soit
(1) Traité des Opérât. Cliir.
(2) Ambroise Paré , liv. a5, des Monstres, chap. i5.
(3) Journal de Médecine , tom. xn , pag. 54-
(4) Ouvrage cité.
(5) De Sedibus et Causis Morbor. , Epist. xlii, n° fa , loin. 11 , pag. 43 1 .
DES CALCULS URINAIRES, retenu par la crainte de l’opération.. A la vérité, 1 on trouve dans les auteurs plusieurs observations qui prouvent que les malades n’ont accusé aucune douleur pendant la vie, quoique après la mort l’autopsie ait montré des calculs même assez volumineux dans quelques points des voies urinaires.
Le volume des calculs est opposé à leur nombre ; plus ils sont nombreux plus ils sont petits, toutes choses égales d’ailleurs.
Quant à la couleur, à la densité, à la pesanteur, etc. , elles sont moins susceptibles d’être envisagées d’une manière générale. Il en sera question en examinant chaque espèce de ces concrétions.
SECTION IV
Des différentes espèces de Calculs et de leurs caractères spéciaux .
Ce seroit s’écarter des bornes prescrites que de donner ici un exposé des analyses chimiques des calculs ; il faudroit entrer dans beaucoup de détails et un simple extrait deviendroil absolument inutile : aussi vais-je me borner aux principaux caractères.
D’après les recherches les plus récentes on a admis dans les calculs douze substances differentes, dont l’union par deux, trois, quatre et même par cinq, composent tous ceux qui ont été soumis au creuset du chimiste. Ces douze substances ainsi unies en forment neuf espèces dont quatre sont excessivement rares. Ainsi je n’aurai à ndoçcuper que des cinq autres qui comprennent les concrétions
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formées, io d’acide urique; a„ d’arate d’ammoniaque ; 5° d’oxalate de chaux ; 4° de phosphate de chaux ; 5° et de phosphate ammoniaco-magnésicn. Quant à celles de silice, découvertes par Fourcroy ; celles d’oxide cystique aperçues par M. Wollaston; d’oxide xantique rencontrées par le docteur Marcet, et au calcul fibrineux que M. Astely Cooper a envoyé à ce dernier chimiste pour en faire l’analyse, à peine se sont-ils montrés aux recherches les plus étendues.
Calculs formés d’acicle urique. Ce sont ceux que l’on rencontre le plus fréquemment dans la pratique (î). Ils se présentent sous la forme d’un ovoïde légèrement aplati , compactes, lisses et polis, rarement inégaux à leur périphérie. Quand ou les scie, on voit qu’ils sont d’autant plus denses que l’on se rapproche davantage du centre. Leur surface interne présente des lignes ou stries dont la disposition offre beaucoup de variétés, quelquefois d’une couleur différente. La couleur de ces concrétions varie du jaune au brun, elle se rapproche beaucoup de celle du bois. On observe dans quelques cas, que les calculs sont recouverts d’une espèce de pellicule plus foncée en couleur et d’une densité plus grande. Littré (2), qui l’a désignée sous le nom d’écorce, assure qu’elle apporte un grand
(1 ) Sur 600 calculs analysés par Fourcroy, il son est trouvé i5o d’acide urique.
(2) Mémoire de l’Acud roy. des Sciences , année 1720 , pag. 436 et suiv.
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obstacle à leur dissolution. Traités par la soude et la potasse ils se dissolvent complètement sans dégagement sensible de gaz; traités par 1 acide nitrique, ils s’y dissolvent en lui donnant une couleur rouge; insolubles dans les carbonates alcalins, les acides les précipitent des dissolutions alcalines, en flocons blancs qui, recueillis sur uu filtre et désséchés, paroissent bientôt sous la forme de paillettes brillantes.
L’acide urique forme encore la presque totalité de la gravelle que les malades rendent quelquefois en quantité prodigieuse ; ce quia fait dire à quelques auteurs que les reins étoient une carrière inépuisable de calculs urinaires. Il n’est malheureusement pas rare que quelques-uns de ces graviers acquièrent par un séjour plus ou moins prolongé dans la vessie , un volume qui ne leur permettra plus d’être expulsés par l’urètre. C’est ainsi que commencent tous les calculs de cette nature , excepté néanmoins ceux qui ont pour noyau un corps étranger : si dans le développement de ces calculs l’urine change de nature, et qu’au lieu de contenir de l’acide urique en excès, ce soit tout autre substance, celle-ci se déposera également par couche à la périphérie du noyau, ce qui constituera un calcul formé de couches superposées et de différentes natures. Toutes les variétés que l’on observe «à cet égard sont autant de preuves des différences que présente l’urine. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet.
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Calculs d’urate cT ammoniaque. Autant les premiers sont frequens , autant ceux-ci sont rares , du moins si on les envisage comme entièrement formcs par cette substance, dont Brande conteste la présence, bien qu’elle ait été admise par tous les chimistes depuis Scheel , qui la découvrit sans la reconnoitre. Ce principe entre comme ingrédient accessoire dans la composition d’un certain nombre de calculs. Ceux dans lesquels il prédomine sont d’un petit volume, moins denses et moins foncés en couleur que les précédons ; leur teinte se rapproche un peu de la couleur de café au lait : peu solubles dans 1 eau , ils se dissolvent entièrement dans la soude et la potasse , en dégageant des vapeurs ammoniacales très-prononcées; si on les traite par l’acide muriatique , il leur enlève l’ammoniaque , et laisse a nud l’acide urique qui se dissout ensuite dans les alcalis sans effervescence.
L écorce dont parle Littré, est souvent plus manifeste dans ces sortes de calculs que dans les précédens ; en effet il n’est pas rare de voir les concrétions d’urate d’ammoniaque recouvertes d’une couche d’acide urique pur.
Calculs formes cVoxalate de chaux. Ils sont remarquables, i° par la régularité de leurs caractères ; 20 par l’identité de leurs principes constituans ; 5U par la manière avec laquelle se comporte la matière animale qui se montre plus abondante dans ces sortes de calculs que dans les autres. D une forme sphérique, d’une densité et d’une dureté
considérables, d’une couleur grise et jaunâtre tirant sur le brun , les pierres murales se montrent ordinairement uniques dans la vessie ; leur periplierie est parsemée d’une foule de grains tuberculeux plus ou moins développés , plus ou moins aigus , ce qui les a lait comparer à des mures, d’où elles tirent leur nom. Ces calculs sont durs, très-difficiles à briser, exhalant une odeur de sperme quand on les scie ; calcinés ils donnent à peu près le tiers de leur poids de chaux vive ou de carbonate calcaire suivant le degré de température employée : insolubles dans les alcalis , peu solubles dans les acides , ils se laissent décomposer par les carbonates alcalins. Fourcroy assure que c’est à la matière animale que ces calculs doivent leur tissu dense et serré , le poli de leur intérieur ainsi que les diverses nuances de leur teinte. Quand on veut obtenir cette matière isolée , on suspend au moyen d’un fil un fragment de ces calculs dans de l’acide nitrique affoibli , qui dissout l’oxalate de chaux.
M. Breschet (1), faisant l’exposé sommaire des recherches de M. Marcet, et considérant le nombre des morts appartenans à chaque espèce de calculs examinés par ce chimiste , fait remarquer que les muraux sont ceux qui ont déterminé le moins de cas funestes. «Ce résultat semble prouver, dit-il, que c’est moins par l’irritation mécanique de la
(0 Diction, de Méd. , art. Calcul.
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pierre , que par la diathèse parliculière des sécrétions urinaires que les suites de l’opération peuvent varier. » Nous observerons à cet égard qu’un malade, qui porte dans la vessie un calcul d’exalate de chaux, on raison des douleurs qu’il détermine , cherche bien plutôt à s’en débarrasser, que s’il s’agissoitde ceux de tout autre espèce qui, irritant moins les parois vésicales, sont gardés plus long- temps, et peuvent exercer parla une influence plus grande sur l’économie en général.
Calculs formés de phosphate de chaux . Ils sont assez rares. On les reconnoît très- facilement par leur peu de consistance ; par leur volume , qui est ordinairement le plus considérable. Ils sont du reste d’un blanc sale ; friables , opaques. Quand on les scie , le détritus qui en résulte est grossier , d’un blanc mat. L’examen de leur intérieur présente assez souvent des nuances qui varient d’après la composition. Quand on les triture avec les alcalis, ils ne laissent pas dégager d’ammoniaque; insolubles dans la potasse, la soude et l’acide sulfurique , ils se dissolvent très -bien dans les acides ni trique et hydroehlorique. 11 est assez rare de trouver des calculs exclusivement formés par ce sel, qui entre du reste dans la composition d’un assez grand nombre.
Calculs formés de phosphate ammoniaco ■magnésien . Ils sont blancs comme les précédons, dont ils diffèrent en ce qu’ils sont, pour ainsi dire, demitransparens. Chauffés à une forte chaleur, ils sont susceptibles de se vitrifier. Quand on les
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scie , le détritus qui en résulte est doux au toucher. Leur densité estassez grande ; ds ne se brisent pas facilement comme ceux de phosphate de chaux. Si Ion examine leur intérieur, on y remarque beaucoup de variétés soit dans la couleur , soit dans la disposition des couches. Mis dans la bouche, ils s’y dissolvent légèrement, et laissent un goût douceâtre. Solubles dans les acides sulfurique, nitrique et muriatique, ils uc sauroient se dissoudre dans les alcalis, qui les décomposent, en dégagent de l’ammoniaque, et la magnésie se précipite. Ce sel forme à lui seul quelques concrétions urinaires. On le trouve surtout dans un très-grand nombre , uni à d’autres substances.
Les calculs sont loin de se présenter constamment formés d’un seul principe. Non compris toujours la matière animale, qui entre dans la composition de tous. Les diverses substances que nous venons d’examiner, s’unissent souvent entre elles dans des rapports variés ; c’est ainsi que l’acide urique se lie d’une manière assez intime avec les phosphates terreux , que l’urate d’ammoniaque s’unit à ces memes phosphates, que les phosphates s’unissent entre eux. On a trouvé l’oxalate de chaux , l’acide urique , l’urate d ammoniaque unis à ces mêmes phosphates. Les autres principes étant irès-rares, doivent ne se présenter que rarement , même en mélange. Ce qui a fait que quelques auteurs ont distingué un trèsgrand nombre d’espèces de calculs • c’est qu’ils ont considéré comme telles , non-sculemeni les divers
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mélanges intimes de leurs diilérens principes , mais encore , la rencontre de ces mêmes principes en couches distinctes. Or, dans ce cas, il n’est pas de raison pour qu’on en établisse autant d’espèces qu’il y en a de variétés.
SECTION Y
De la matière animale.
Les recherches chimiques ont constamment démontré dans les calculsun principe particulier qui, au rapport de Fourcroy , est regardé avec raison, comme le canevas primitif de ces concrétions. Il semble servir de gluten qui lie tous les autres principes , varie dans chaque espèce de calculs , par sa disposition , sa quantité relative , et même sa nature intime , bien qu’il ait constamment fourni, parles analyses, les caractères des substances animales ; de là le nom par lequel on le désigne (1). Voici ce que dit Fourcroy à cet égard (2) : cc Mais ce qu’il y a de » remarquable dans cette association de substance » animale avec les divers autres matériaux consti- » tuans des calculs urinaires , c’est que chacun
(1) S’imaginer que les canevas des pierres sont tous semblables , ce seroit s’abuser , dit Tenon , Acad. roy. des Sc. , 1764, pag. 384; ils diffèrent par l’arrangement de leurs parties et souvent par quelques-unes des substances qui entrent dans leur composition.
(2) Ouvrage cite , tom. x, pag. 233.
» d’eux semble être uni à une matière animale dif- » rérente : tantôt albumineux , tantôt gélatineux , » tantôt mêlé de l’un et de l’autre, quelquefois, et » même souvent , accompagné de la matière parli- » culière de l’urine que j’ai nommée urée , ce ca- » nevas animal paroît avoir un caractère constant » dans chaque espèce décomposé calculeux. Ainsi » l’acide urique et l’urate ammoniacal, contiennent » une sorte d’albumine chargée d’urée ; les phos- » pliâtes terreux recèlent de l’albumine et de la » gélatine , sous une forme membraneuse , ou » lamelleuse et cellulaire ; tandis que l’oxalate de » cliaux cache entre ses couches denses et feslon- » nées, un tissu spongieux, plus serré, plus abon- » dant d’une albumine plus colorée , plus conden- » sée; tandis que la silice enveloppée, dans les cellules » d’une substance assez analogue à cette dernière , » imite aussi les calculs muraux , soit par la struc- »> ture qu’elle affecte , soit par la densité quelle » contracte dans ces espèces de concrétions. »
Si cette substance animale varie dans chaque calcul , si elle en détermine en quelque sorte la forme , si elle en modifie la couleur , la structure la densité , etc. , on peut juger de son influence dans la formation de ces corps étrangers.
SECTION YI .
Du noyau des Calculs.
Toutes les concrétions urinaires ont un noyau , si toutefois l’on peut regarder comme tel leur pre-
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mier rudiment, quelle qu’en soit la nature; mais, comme cette expression semble désigner un corps étranger, autour duquel viennent se fixer quelques molécules nageant, pour ainsi dire, dans le fluide urinaire, elle ne me paroît pas trop convenable dans les cas assez fréquens oii les calculs sont, pour ainsi dire, formés dans une seule pièce. Ainsi, par exemple, un grain de sable formé dans le rein et charrié dans la vessie par les urines, s’y développe par 1 addition de couches de même nature , de sorte qu’il ne présente d’autre différence que d’être pour l’ordinaire plus dense vers son centre qu’à sa circonférence.
Les calculs peuvent avoir pour noyau des corps d’une nature entièrement opposée , nous allons les ranger dans trois sections. io Ceux qui sont formés dans f intérieur du corps : ainsi des caillots de sang (î), du mucus épaissi, des grains de sable , etc. ; 2° ceux qui se sont introduits dans la vessie par une voie autre que l’urètre; des fragmens de biscaiens, des balles ainsi que Fabrice de Hilden (2). Covillard (5), Mareschal (4), Morand (5) etc., en
( 1) Au rapport de M. Deschamps , frère Côme trouva un caillot de sang dans un calcul extrait de la vessie de M. de Beaumont, archevêque de Paris ; et, chose étonnante , d’après quelques symptômes qu’avoit éprouvés le prélat , ce chirurgien avoit prédit ce genre de noyau.
(2) Fabricius Hildanus , cent, ni , obs. 67 , pag. 5o
(3) Observ. 7.
(4) Opcr. de Garengcot, tom. 1 pag. 170.
(5) Opus. de Chir. , part. 11 , pag. 248.
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rapportent des exemples ; des corps étrangers introduits dans le rectum ou formés dans le petit bassin et passés de là dans la vessie par l’effet de l’ ulcération; ainsi que Camper en rapporte une observation dans les prix de l’académie de Chirurgie. 5°. Ceux cpii ont été introduits dans la vessie par l’urètre. Ces derniers sont les plus nombreux. Comme les motifs de celte introduction peuvent être dififérens, ils serviront de base à une subdivision, (a) 11 est malheureusement arrivé trop souvent d’employer do mauvaises sondes qui se sont rompues et dont une portion est restée dans la vessie. Des bougies mal fixées ont aussi pu glisser en se pelotonnant et pénétrer dans l’urètre à une telle profondeur, qu'il n’éloitplus possible d’en faire l’extraction , ainsi que Collot en rapporte un exemple (i). Dans d’autres circonstances, des sondes ont été pour ainsi dire oubliées dans ce canal; et après un séjour plus ou moins long, ou bien elles se sont rompues , ou bien il s’est fait à leur extrémité oculaire un dépôt qui s'est détaché en tout ou en partie pour les retirer ; de là des noyaux de calculs.
(b) Les auteurs rapportent des faits très-nombreux et très-curieux sur la nature des corps étrangers, servant de noyau à des calculs vésicaux. Cheselden , Paré, Bonet, 'Vicq-d’Azir , Morgagni etc., y ont trouvé des morceaux de bois, des fragmens
(î) Collot, png. 77.
TRAITE
d’aiguille , <1 ivoire etc. Dans quelques cas on v a rencontré des portions de tuyaux de pipe , des épis de blé (O, des graines céréales (a), un morceau de fer (5) , une portion de bouton (4) , de petites clefs, etc. Desault dit avoir trouvé à l’ hôtel-Dieu de Paris, une pomme d’api servant de noyau à un calcul chez une femme. M. Descliamps ('>) y a trouvé une paille; M. Sue, une portion d’allumette. On sait pourquoi tous ces corps se rencontrent dans la vessie.
1! est extrêmement rare de trouver des gens qui confessent de bonne foi 1 introduction de ces corps étrangers par l’urètre : chacun estime plus commode de dire, et on ne manque pas de l’aflirmer, quils ont été avalés, et que l’on ne comprend pas comment il sont parvenus dans cet organe. Instruit de ce stratagème, Je praticien doit au moins savoir douter. Cependant les ouvrages contiennent des faits qui sembleraient prouver que des corps étrangers peuvent passer de 1 estomac dans la vessie. 11 est question, dans les transactions philosophiques (6) , de deux balles de plomb avalées par suite de coliques, et qui furent rendues par 1 u-
(1) Acad, des Sciences , 176. T
[2) fouteau , Mélanges de Chirurgie.
: ; Col lot, Opérât, de la Taille.
Nuck, Opérât. C.hirugr.
(5; Opérât, de la Taille.
f> An 1G68.
DES CALCULS URINAIRES. n5
rètre. Les mémoires de la société d’Edimbourg (1) contiennent des exemples dans lesquels des aiguilles avalées auraient été trouvées dans la vessie. Au rapport dePouleau (2), des haricots blancs auraient aussi passé de l’estomac dans la poche urinaire, etc. Si les faits rapportés sont exacts, ces corps suiventils le torrent de la circulation?
Le noyau ne se présente pas constamment au centre, on l’a quelquefois rencontré bien près d’un point de la circonférence. Les calculs peuvent en contenir plus d’un ; mais les auteurs qui ont observé ces faits ne disent pas s’ils étoient de même nature; rien 11e semble prouver encore que cette nature ait quelque influence sur la composition du calcul, puisque, dans ceux de la même espèce, on en trouve de totalement diflerens.
(ij Toni. 4, pag. 36o.
(2) Œuvres Posth. , tom. 111 , pag. 2(jo.
TRAITÉ