‹ Nouvelles considérations sur la rétention d'urineChapitre 16 sur 20 · CHAPITRE VE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VE

Nouvelle méthode curative.

Nous avons ri é j à parcouru la plupart des moyens proposés et employés pour remédier à l’affection calculeuse. 11 est facile de voir qu’ils sont loin de suffire : la plupart n’appartiennent qu’à l’empirisme; quelques-uns plus rationnels sont incertains ou sans effet ; enfin il en est un qui est violent, dangereux et souvent pire que le mal ; de manière que les misérables calculeux sont réduits à hasarder leur existence pour courir après une guérison incertaine ou à vivre avec un ennemi qui finira toujours par en faire sa victime. Pour remplir ce vide immense quelle seroil la véritable route à suivre? Constater l’existence du calcul , en connoîtrc la nature et tacher d’en opérer la destruction par des moyens rationnels et efficaces, constituent des indications que chacun élabliroit sans doute; et, si l’on parvenoit à les remplir, on auroit , je pense, atteint le but auquel ne cessent de viser tous les amis de l'humanité.

La première de ces indications ne présente pas de grandes difficultés. L’exposition des signes des calculs, sur lesquels il scroit oiseux de revenir, a procuré toutes les notions nécessaires à cet égard.

On connoît tous les travaux qui ont été faits

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dans le but de connoître la composilion des calculs vésicaux. Les chimistes ont poussé jusqu’à exlinclion les analyses de l’urine; mais, comme il est bien démontré que ce liquide est loin de contenir toujours les mêmes principes, qu’il est d’ailleurs susceptible de varier à chaque instant, on ne doit pas s’étonner que ces recherches aient été sans résultat satisfaisant, du moins sous le point de vue qui nous occupe.

Lorsque l’urine des calculeux charrie des graviers , on est dans l’usage de les soumettre à l’analyse, qui fournit sinon la certitude, du moins d’assez fortes présomptions sur cette composition, qui pourroit néanmoins différer de celle des graviers expulsés; il s’en faut ensuite beaucoup que le malade en rende constamment.

Quoi qu’en aient dit quelques auteurs modernes, les rapports qui peuvent exister entre les concrétions produites par la goutte et les calculs urinaires, sont loin de fournir la moindre preuve de la nature de ces derniers.

Proposer, ainsi que le font quelques personnes, de faire, en quelque sorte, une médecine exploratrice, d’administrer différentes substances, tant en boisson qu’en injection, d’en observer attentivement les effets, afin de parvenir ainsi à celle connoissance, c’est constituer la preuve la plus évidente du peu d’efficacité des moyens employés: aussi croyonsnous devoir passer de suite à l’exposition de ceux qui nous sont propres.

DES CALCULS URINAIRES. i.j5

On doit commencer par dilater l’urètre. Il est bien démontré par l’expérience que l’on peut porter impunément celte dilatation à un degré considérable , qui étonneroit même si l’on pouvoit ignorer l’extensibilité des tissus organiques. Plusieurs faits rapportés pardifférens auteurs démontrent la facilité et les avantages de cette dilatation. C’est le moyen le plus généralement employé on Egypte , pour extraire les calculs vésicaux. Prosper Alpin (1), qui a vojragé dans cette contrée, dit avoir vu, à différentes époques, certain Arabe nommé Haly , ddater ce canal au point de retirer des calculs trèsvolumineux. Conférant sur cette dilatation avec un des célèbres professeurs de l’école de Paris (2) : « Je l’ai souvent portée, me dit-il, au point d’introduire des sondes de la grosseur de mon pouce. » J ai aussi plusieurs fois eu l’occasion de la pousser fort loin , sans qu il en résultât le moindre inconvénient. Un chirurgien très-distingué (5) a tout récemment fait choix, m a-t-on assure, de cette méthode, pour extraire de la vessie les calculs qui ne sont pas trop volumineux.

Quelquefois cette dilatation de l’urètre s’opère d elle-même, par les seuls efforts de la nature, qui tend toujours à se débarrasser des corps dont la présence 1 importune. De laHire rapporte qu’un homme

(1) Medicina Ægyptiorum , lib. m.pag. io/j.

(2) M. Marjolin.

(3) Astley Cooper.

IO

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rendit par l’urèlre un calcul du volume d’une olive (i). On trouve dans les transactions philosophiques de Londres un fait à peu près semblable. Il s’agit de deux calculs de cinq lignes trois quarts de diamètre, et quinze lignes de circonférence,, que l’on au roi t vus sortir par ce canal (2).

Il n’est pas rare d’observer la sortie spontanée de gros graviers qui ont jusqu’à trois lignes de diamètre, c’est surtout vers la fin du traitement de la rétention d’urine , après avoir dilaté les obstacles qui la déterminent.

Tous les moyens d’opérer cette dilatation n’ont pas, à beaucoup près, la même efficacité ni le même avantage. D’après leur mode d’action, on peut les réduire à deux séries , les uns n’agissent que par le degré de force employée pour les introduire : les sondes , les bougies , etc. ; les autres dilatent de dedans en dehors dans le sens de l’extensibilité du canal.

Les premiers sont généralement défectueux, leur action est longue , douloureuse et limitée , leur usage doit être fort restreint : si néanmoins on se décide à les employer, il faut avoir soin , quand on est arrivé aux grosses sondes , d’introduire préalablement dans le méat urinaire un petit morceau d’éponge préparée, ou tout autre dilatateur analogue , afin que cette partie , qui est la plus ré-

(il Acad, royale des Sciences de Paris, 1701» (a) Au 1 G85 ,n° 1 7 5 , art. 4-

DES CALCULS URINAIRES, trecie du canal, n'oppose pas d’obslacle à leur intro duction.

Quanta la manière d’obtenir celte dilatation, elle varie suivant la sensibilité et l’extensibilité de l’urètrej et d’après la célérité qu’on veut employer; en général , il suffit d’introduire deux fois par jour des sondes ou des bougies, dont on augmente promptement Je volume ; on les laisse dans le canal depuis 20 ou 5o minutes, jusqu’à deux heures chaque fois.

Pour dilater l’urètre d’une manière prompte, efficace et peu douloureuse, il faut employer un dilatateur facile à introduire , et dont l’action s’exerce ainsique nous l’avons déjà dit, dans le sens de l’extensibilité du canal de dedans en dehors.

Nous employons avec assez d’avantage un cylindre de boyau de chat préparé (i) dont on lie solidement une des extrémités, et que ion introduit , après l’avoir huilé, jusque dans la vessie, à l’aide d’une sonde que l’on passe dans son intérieur. L’algalie étant retirée , 1 on fixe 1 extrémité extérieure du cylindre au bout d une seringue à robinet, ou d’un soufflet construit ad hoc. !1 est facile avec cet appareil d’obtenir à volonté le degré de dilatation voulu. Inégalé d abord parce que les parties les moins résistantes de 1 urètre se dilatent les premières; elle devient bientôt uniforme lorsque 1 intestin est distendu autant qu’il peut leire.

(0 On peut employer toute autre substance qui rempliroit le même but.

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Si l’on pouvoit craindre la rupture du boyau, il seroit prudent de ne pas couper le fd qui a servi pour pratiquer la ligature dont nous avons déjà parlé, et de le laisser assez long pour qu’il fût possible au besoin de tirer sur lui pour retirer l’extrémité détachée du cylindre. Le degré de dilatation jugé nécessaire déterminera le volume de l’intestin à employer.

Lorsqu’on veut distendre le canal à un degré considérable , nous avons vu qu’on le pouvoit impunément , il faut avoir recours à un moyen mécanique qui opère cette dilatation d’une manière graduelle et uniforme : le suivant réunit beaucoup d’avantages; pour le faire concevoir je le comparerai à une sonde d’un volume ordinaire que l’on auroit coupée longitudinalement de manière à former trois pièces égales. Réunies par un mécanisme qui les éloigne ou les rapproche à volonté par le moyen d’une vis fixée à l’extrémité extérieure du dilatateur que l'on doit introduire dans l’urètre , les pièces rapprochées et coiffées par un cylindre de boyau de chat ou autre ; une fois introduit on les fait écarter au degré que l’on désire et avec la promptitude que l’on juge convenable.

Quel que soit le moyen employé pour opérer celle dilatation , il ne faudroit pas la maintenir trop long-temps à un degré considérable auquel il ne convient même d’arriver que graduellement.

L’état des parties , la sensibilité du sujet , la sensation qu’il éprouve, apportent dans la manière

DIrLS CALCULS URINAIRES. ' \9

de l’opérer des modifications qui sont indiquées au moment même, et qu’il ne seroitpas possible d’exposer ici.

Quand on juge l’urètre assez dilaté pour permettre l’introduction , le passage libre des mst rumens que nous allons décrire , on procède à la recherche de la nature des calculs, ainsi qu’à leur destruction, car le même procédé conduit le plus souvent à l’un et à l’autre résultat. Ces instrumens paroîtront peut-être un peu compliqués ; mais leur mécanisme est si facile et si simple que l’on tiendra peu de compte de leur complication ; d’autant plus qu’elle ne regarde que le fabricant, et qu’ils sont d’un usage très-commode.

Pour obtenir le résultat que nous venons d’annoncer, on se procure donc l’instrument représenté planche ir', où toutes les pièces sont gravées séparément, et que Pon peut appeler indistinctement lithontriplique, litliontripteur(i), lithoprione, saxifrage (brise pierre); il se compose d’une partie moyenne ou corps, et de deux extrémités , l’une que je nommerai antérieure, c’est celle qui doit pénétrer dans la vessie, et l’autre postérieure, que l’on peut considérer comme le manche de cet instrument.

Le corps est formé de deux cylindres métalliques creux, de dimensions telles que l’un plus petit

(i) Quoique le mot lithontripteur nous semble préférable à celui de lithontriptique , nous nous servirons indistinctement de l’un et de l’autre, d’autant plus que nous avion;-» d’abord adopté ce dernier.

i5o i HAITI.

J liasse facilement eire reçu dans la capacité de 1 aui ro, el d mi stylet qui doit à sou tour être logé dans la cavité du cylindre intérieur ; à 1 une des extrémités de ce dernier sont fixées quatre branches (on peut eu mettre davantage) dont l’élasticité tend à les eloigner l’une de l’autre ; de là un écartement que 1 opérateur pourra modifier a volonté par le moyen de la canule extérieure et de la disposition du stylet , ainsi qu’on Je verra plus loin. Ces branches, dont la solidité ne laisse rien à craindre, n'ont, dans toute leur longueur, ni la même forme, ni la même direction. À la réunion de leur quart antérieur, qui est un peu aplati et qui se termine en diminuant, avec les trois quarts postérieurs, dont la forme est un peu plus arrondie, elles présentent une espèce de coude, à la partie postérieure duquel se trouve un petit rebord coupé à pic du côté des canules. La face interne des branches est a peu près plane , lisse dans les deux tiers postérieurs, et armée d’aspérités dans l’étendue de l’autre tiers.

L’extrémité correspondante du cylindre exlériem ne présente rien de remarquable; on aura soin seulement que son bord soit un peu arrondi, lisse et surtout bien soudé.

L’extrémité postérieure du lithontriptcur offre quelques particularités dignes de fixer 1 attention. Le tube ou cylindre extérieur se termine par un rebord qui porte une vis de pression destinée a fixer le tube intérieur quand on le juge couve-

nable : ce dernier en offre un également , mais que l’on peui ôter à volonté et. toutes les lois qu il s’agit de retirer le tube sur lequel il est place; ce rebord porte aussi une vis de pression destinée a fixer le stylet quand les circonstances l’exigent. On remarque vers l’extrémité de la canule intérieure de petites marques ou lignes dont le but est de faire connoîlre à quel degre sont écartées les branches lorsque l’instrument est dans la vessie.

Le stylet constitue une partie fort essentielle dans notre litbontriplique ; il a deux objets principaux à remplir : aider l’élasticité des branches pour en opérer l’ccartement, et attaquer le calcul quand on est parvenu à le saisir. Par la disposition et la forme que nous lui avons données il atteint parfaitement ce double but. De son mode d’action sur les branches, en le tirant à soi, résulte à volonté 1 écartement qu’on en désire. Son extrémité peut se terminer de deux manières également favorables à la destruction du calcul , ou bien elle est pyramydale à angles très-aigus, ou bien elle est plane , armée de dents analogues à celles des scies. Son extrémité opposée se termine en forme de vis cylindrique qui est reçue dans un manche cannelé à cet effet , et formant un rebord assez grand pour empêcher le stylet de pénétrer trop avant dans la canule et prévenir la lésion des parois de la vessie. Celle extrémité présente aussi dans l’étendue d’environ quatre pouces des divisions analogues à celles du [)ied , destinées à faire connoîlre conjointement avec celles de la canule intérieure, et dont

1 5a TKAITF.

nous avons parlé , le degré d’écartement des bra nches, et par suite le volume du calcul.

Voilà donc les trois pièces principales de notre instrument. Il seroit oiseux de tracer ici la maniéré de les réunir , on le voit représenté dans la planche , et d’ailleurs e’cst une chose si facile et si simple qu il est inutile de s’y arrêter. Quant à son mode d’action il ne sauroit donner lieu à aucune méprise; chacun voit qu’en tirant à soi la canule extérieure , les branches tendent à s’écarter par leur élasticité. Retirant ensuite le stylet dont l’extrémité presse sur leur face interne, on augmente leur écartement en raison de la force de traction exercée sur lui. Veut-011 rendre toutes ces parties immobiles ? on n’a qu’à serrer les vis de pression dont nous avons parlé. Dans cet état d’écartement , si les vis sont desserrées, si le stylet et la canule extérieure sont repoussés, en tirant sur la canule intérieure les branches sont rapprochées au point que l’instrument se termine en forme de cône , et le rendement du styletsetrouve alors logé dans une cavité appropriée que forme la disposition particulière des branches.

11 est presque inutile de parler des caractères physiques de cet instrument : la connoissance de la longueur de l’urètre conduit à celle qu’il convient de lui donner; treize ou quatorze pouces suffisent ordinairement pour les adultes et les vieillards. Son diamètre le plus ordinaire est de quatre lignes; il peut avoir plus ou moins, suivant la capacité de l’urètre; nous avons vu qu’elle varioii

DES CALCULS UHINAIIŒS.

beaucoup , et qu'au besoin il étoit possible d en obtenir une dilatation considérable. Du reste , notre instrument est cylindrique , lisse , poli dans les dix douzièmes de sa longueur, qui se termine antérieurement par un cône sur lequel on aperçoit quelques rainures et quelques inégalités que l’on a soin d’efl'acer avec de la cire ramollie, avant de l’introduire dans l’urètre. À l’extrémité postérieure on remarque les objets dont nous avons parlé précédemment : ce sont les rebords des deux canules qui, dans cet état, sont assez éloignés l’un de l’autre les deux vis de pression et le manche du stylet (i).

(1) Les écrits périodiques ont annoncé dans ces derniers temps une invention qui n’a probablement pas coûté beaucoup à son auteur: je veux parler du litlioprione de M. Leroy , dont l’idée n’est pas nouvelle , ainsi qu’on a semblé l’exprimer dans le Journal Complémentaire du Dictionnaire des Sciences Médicales (a) ; elle remonte au moins au commencement du 16e siècle ; car voici ce qu’on trouve dans l’ouvrage de Franco, parlant d’un instrument qu’il nomme vésical à quatre , ne trouvant pas de nom plus convenable, et dont les branches peuvent s’écarter assez, dit-il , pou r empoigner une pierre grosse comme un œuf : « duquel le premier inuenteur est vn mien cousin de nostre art auquel i ay adiousté quelque chose d’auantage pour l’approprier à son vsage : vray est que le premier inuenteur doit auoir plus de loz que moy , pour ce que, comme on dit communément, il est plus aisé d’adiouster à la chose inuentée que de inuenter (A). »

Cet instrument, dont Pierre Franco de Turrières se

(a) Tom. i3, pag. 2 1 4 •

(A) Traité des Hernies, pag. 147 et suiv. , Lyon , 1 56 1 .

THA1TE

Supposons mainienant qu'après avoir consialé la présence du calcul dans la vessie , cl dilaté l’urèti'e

scrvoit pour retirer la pierre de la vessie après l’opération de la taille , a été modifié par plusieurs auteurs, dont quelques-uns même s’en sont attribué l’invention. Le tireballe connu sous le nom d ' Alplionsin , dont la pince dite de Ilunter est une modification , a quelque analogie avec le vésical à quatre de Franco. On trouve dans Fabrice de llilden(fl) les dessins et la description de la pince ci-dessus.

Il n’est pas étonnant que des auteurs qui se sont succédé à des intervalles assez éloignées, ou qui ont vécu à des distances considérables , n’aient pas eu connoissance de quelques procédés imaginés et employés par leurs prédécesseurs , et même par leurs contemporains. Mais peuton se persuader qu’en 1822 l’on ait pu ignorer dans le centre même de l’école de Paris , ce qui y avoit été fait depuis 1817 jusqu’en 1820 , surtout mes essais ayant éié faits publiquement dans les pavillons de la Pitié et de l’Ecole pratique, pendant ce laps de temps; M. le professeur Marjolin ayant fait mention de mes instrumens dans son Cours de Chirurgie ; ajoutez à cela qu’un de ces instrumens fut égaré , et qu’un mémoire sur ce sujet fut adressé à la Faculté de Paris vers la fin de juillet 1818, ainsi qu’on l’a déjà dit : si néanmoins M. Leroy avoit eu celte connoissance il ne se seroit pas amusé, je pense, à adresser à l’Académie mémoire sur mémoire, pour engager ce corps savant à examiner des instrumens et des procédés de son invention , ayant pour but de détruire les calculs vésicaux sans l’opération de la taille.

D’après la connoissance que j’ai du lililoprione de IM. Le roy , je peux assurer qu’il ne diffère de mon lithonlripleur que sous le rapport de l’exécution, qui en est beaucoup

'«) De Lilliotoinià Vesicæ , pag. 7 5 j , 755.

DES CALCULS URINAIRES. i AS

au point voulu et déterminé, on ail à sa disposition le litlionlriplique tel qu’il vient d’être décrit ,

moins avantageuse , et de quelques accessoires qui deviennent le plus souvent inutiles. Ces instrumens ont du reste une telle analogie, que la description de l’un donne une idée assez exacte de l’autre (a). Il paroit que depuis quelque temps l’idée de détruire les pierres vésicales par des moyens mécaniques commence à sourire à plusieurs personnes. M. Amussat a aussi occupé l’Académie d’instrumens qu’il a modifiés à ce sujet ; il a même fait insérer une note relative à sa découverte, qui n’en est pas une , il s’en faut beaucoup , dans le Journal Complémentaire du Dictionnaire des Sciences Médicales ; on peut la voir tome 12 , page 3^4- Au rapport de ce journal , Jean Elderton , de Nortampton , auroit aussi publié en 1819 la description et les dessins d’instrumens analogues , dontM. Marcel fait mention dans son ouvrage sur les calculs.

On voit par ce qui précède que l’idée mère du lithontriptique n’est pas nouvelle, et qu elle est loin de nous appartenir , puisque la connoissance des vieux instrumens dont nous avons parlé pouvait conduire naturellement au mécanisme de ceux dont il est ici question ; et qu’il ne suffit pas , pour s’approprier une idée, défaire l’aveu que l’on n’a pas connoissance de celles desautres. On pourroit nous faire observer que nous nous sommes continuellement servis d’expressions qui annoncent la propriété; on ne les trouvera pas déplacées , je pense , nos instrumens différant essentiellement de tous ceux que nous avons pu trouver sous le rapport de ! exécution , et notamment par l’usage auquel ils sont des-

f a) D'après une Notice descriptive du litfioprione , insérée dans quelques journaux de médecine, M. le docteur Aliès , mon ancien collègue, qui avoil é'tè témoin d’une partie de mes expériences, ni écrivoit il y a quelque temps, d Aurillac , où il habite, pour me fin ander si j’uvois prié M. Leroy de publier mon litliontripteur.

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examinons quelle est la manière d’opérer avec sûreté et précision. L’instrument réchauffé et huilé est introduit dans le canal, qu’il parcourt ordinairement sans peine. 11 est essentiel de s’assurer d’abord de la position du calcul , et de bien distinguer si le contact se fait avec la pointe ou avec l’un des côtés de l’extrémité du lithontripteur. Dans le premier cas on le retire légèrement et on l’ouvre , sans déterminer la moindre secousse, en retirant à soi la canule extérieure d’abord, et ensuite le manche du stylet ; au même instant on pousse un peu ; les branches écartées environnent pour ainsi dire le calcul , et on le saisit de cette manière , pourvu que le malade n’ails exécuté aucun mouvement brusque , et que le chirurgien ait opéré avec la sûreté nécessaire. Pour s’assurer si la pierre se trouve dans l’espace circonscrit par les branches , l’on repousse le stylet de quelques lignes , elles se rapprochent un peu , et l’on fait exécuter un petit mouvement qui indique toujours à la main exercée si le calcul frappe leur côté interne ou externe. Quand on est assuré que le calcul est saisi on pousse légèrement la canule extérieure ainsi que le stylet jusqu’à ce que l’on éprouve de la résistance. Lorsqu’au contraire l’extrémité de l’instrument a rencontré le calcul par l’un de ses côlés , ou que ce dernier ne s’est pas trouvé compris entre les branches , l’on procède

tinés. Personne, au moins que je sache, n’a conçu et exprimé avant moi l’idée de détruire les calculs vésicaux par des moyens mécaniques , ni exposé ces moyens.

DES CALCULS URINAIRES. i5?

a sa recherche, et aussitôt qu’on l’a rencontré, ce qui est ordinairement prompt , l’on tâche de le pincer, toujours en ayant soin que l’instrument ouvert tombe sur lui en quelque sorte perpendiculairement, car en cherchant à le saisir par l’un des espaces latéraux que laissent entre elles les branches écartées, l’on éprouve beaucoup plus de difficultés et l’on réussit moins bien. Dans ces tentatives la position du malade ne doit pas être négligée ; il est ordinairement avantageux de le faire coucher horizontalement sur le dos. Le chirurgien s’aidera des ressources que peuvent lui fournir la pression sur le périnée, 1 introduction du doigt dans le rectum, les changemens de position du malade et de l’état de la vessie que l’on fait alternativement passer de celui de vacuité à celui de plénitude , au moyen d’injections d’eau tiède que l’on pratique par le procédé que voici. On adapte à une petite seringue, à la pl ace de la canule , un cylindre en peau ou toute autre matière flexible de trois pouces de long , terminé par une douille métallique que l’on visse sur le rebord du tube intérieur ; le liquide injecté passe dans ce dernier tube dont la capacité n’est pas entièrement remplie par le stylet ; on pourrait, si on le jugeoit plus convenable, se ménager un conduit dans l’intérieur même de ce dernier qui constituerait alors une troisième canule. Dans le cas où l’on éprouverait encore des difficultés , on aurait recours au procédé suivant, qui nous a toujours réussi. Après avoir poussé des injections dans la vessie,

($8 TRAITÉ

on retire ;'i soi l’instrument ouvert clans cet organe de maniéré que les brandies soient exactement appliquées contre l’espèce Je cône que forme naturellement son col, et qui se trouve alors considérablement augmenté (1) ; faisant ensuite changer brusquement de position au malade, de manière à rendre le cône la partie la plus déclive de la vessie, le calcul vient constamment s’y rendre, soit par son propre poids, soit par l’impulsion qu’on lui communique à l’aide du doigt introduit dans le rectum. Quelle que soit la manière de saisir le corps etranger on y parvient presque toujours sans peine , on le lise par le moyen que nous avons déjà indiqué ; il faut avoir soin d’exercer sur les deux canules une traction en sens inverse, mais assez forte pour qu’on ne doive jamais craindre qu’une fois saisi le corps étranger puisse s’échapper même par l’effet de la pression que le stylet exercera sur lui. Ici l’on reconnoît le but du changement de direction des branches; et des inégalités de leur face interne. Pour que les canules ne glissent pas l’une sur

(i) Pour que les branches ainsi disposées autour du col constituent un entonnoir complet , on peut fixer à leur partie interne une membrane ou tissu très-mince qui remplisse latéralement l’espace qui résulte de leur écartement , et forme une véritable cavité conoïde. Cette modification est surtout essentielle lorsqu’il s’agit de petits calculs légers qui nagent en quelque sorte dans le liquide que contient la vessie , et qu’on laisse écouler lorsque l’instrument est disposé convenablement.

1 nuire cl que le calcul ne cesse pas d’être comprimé on serre la vis de pression de la canule extérieure.

Les choses étant ainsi disposées , on saisit d’une main la portion du lilhonlripteur qui dépasse la verge, et de l’autre, on attaque le calcul au moven du stylet, que l'on lait tourner entre ses doigts ou avec, l’archet proposé par M. Leroy ; la main vaut mieux. Pour peu que l’on ait de patience et un hon stylet, on parvient presque toujours à réduire le calcul en parcelles assez petites pour en obtenir ensuite la sortie d’une manière facile. 11 faut s’assurer, de temps à autre , si la pierre est toujours bien serrée; ce que l’on connoît à la résistance qu’éprouve la canule extérieure pour glisser sur les branches (i).

Lorsque le stylet s’enfonce autant qu’il peut le faire , et que les branches sont déjà un peu rapprochées , il faut, quoique 'le stylet rencontre encore des portions de calcul , il faut retirer l’instrument, dut-il, par sa sortie, fatiguer un peu le canal (2). Dans le cas, au contraire, où le stylet ne

(1) Si l’on vouloit serrer le calcul d’une manière plus forte et plus graduelle , on pourroit adapter des vis de rappel à l’extrémité postérieure des canules ; mais il fandroit dans ce cas avoir soin de ne rien faire rompre.

(2) Pour prévenir les éraillures et les déchirures produites dans l’urètre par le passage de corps inégaux comme les fragmens de calculs , etc., il faut avoir soin de coiffer le lithontriptique ou quelque pince dont on voudroit faire usage avec un cylindre de hoyau de chat dans lequel on

TRAITE

rencontre plus de corps étranger entre les branches, on peut recommencer l’opération ; s’assurer d’abord s'il existe d’autres pierres, ou même quelques fragmens un peu volumineux de celle que l’on a divisée, et l’on se comporte de même que pour le premier cas, ainsi qu’on vient de le voir. A moins que quelques circonstances l’exigent , il vaut toujours mieux continuer, que de remettre l’opération à un autre moment, d’autant plus que toutes ces manœuvres sont peu douloureuses, pourvu qu’elles soient exécutées avec la prudence et les précautions nécessaires.

Lorsqu’à près avoir retiré le lilhontripteur, il sera resté dans la vessie quelques fragmens de calculs qui, en raison de leur volume ou de leurs inégalités, éprouveroient de la peine à sortir par l’urètre, quoi que ce canal ait été fortement dilaté , nous avons recours à un procédé bien simple , et dont on retire de très-bons effets, tant pour les circonstances ci-dessus énoncées, que lorsque l’on a à combattre des calculs peu volumineux . Nous nous servons

passe l’instrument. Pour l'introduire on pince son extrémité en serrant les branches ; arrivé dans la vessie , on le relâche , il reste immobile , car il est bien rare de lui voir suivre les mouvemens imprimés à l’instrument. A la vérité cette coiffe sort pour l’ordinaire quand on retire les pinces chargées de quelques fragmens; mais presque toujours elle garantit l’urètre de leur action. Nous nous servons assez souvent de ce procédé, duquel nous n’avons qu’à nous louer.

L)ES CALCULS URINAIRES. 'Cm

d'une canule métallique droite, à parois tresminces , et d’un diamètre aussi grand que peut le comporter l’urètre dilaté. N’en ayant pas a sa disposition , il est facile de la remplacer par le cylindre extérieur du litliontriptique. Pour l’introduire, on bouche avec un tampon conique de liège ou autre , fixé à un fil assez long pour sortir par l’autre bout, l’extrémité par laquelle elle doit pénétrer. L’on a toujours soin de couvrir les inégalités avec de la cire un peu ramollie et d’huiler le tout. Arrivé dans la vessie, l’on retire le bouchon au moyen du fil dont nous avons parlé , et l’on pousse dans cet organe de fortes injections qui entraînent ordinairement le détritus des calculs et en général tous les corps qui trouvent par là une issue facile, issue qui est beaucoup plus spacieuse que celle qui est fournie par la nature. Lorsque le liquide de l’injection est repoussé il faut avoir soin de ne pas trop enfoncer la canule et de placer le malade de manière à rendre le col de la vessie la partie la plus déclive. Si l’on s’apercevoit qu’il se fût engagé quelques fragniens dans le cylindre , il faudroit retirer celuici avec précaution pour qu’il n’échappât point. Si , malgré toutes ces précautions , le calcul ne pouvoit s’engager , on pousserait une forte injection et l’on retiendrait le liquide jusqu’à ce que la vessie se contractât avec force, le malade étant toujours tenu dans la position la plus favorable à la sortie du calcul,* enfin, cette contraction se

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