‹ Nouvelles considérations sur la rétention d'urineChapitre 6 sur 20 · GÉNÉRALITÉS ET DESCRIPTION · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS ET DESCRIPTION

Ojv entend par rétention d’urine le séjour forcé de ce liquide dans un point quelconque de ce qu’on appelle voies urinaires. Cette définition exclut rigoureusement l’espèce particulière que les auteurs ont attribuée à la paralysie de la vessie , et qui coïncide nvec un état naturel du col de cet organe ainsi que de l’urètre, lesquels n’opposent aucun obstacle morbide à la sortie des urines , qui , n’étant point poussées , ne sauroient être retenues. Le mot stagnation,, donnant alors une idée plus exacte de l’état du malade , nous semble devoir être substitué à celui de rétention.

L’obstacle au libre cours des urines , quel qu’en soi». Je siège, présente un grand nombre de variétés, soit par sa nature , soit par ses effets. Dépendant d une infinité d affections differentes par leurs causes, leurs caractères, leur siégé, etc., il ne sauroit lui-même ofinr une nature uniforme. Il en est de meme de son mode d’action; il peut gêner seulement, ou bien comprimer, obstruer l’urètre, quelquefois même en altérer la sensibilité, au point qu’il ne peut admettre la présence des urines. En un mot, cet obstacle offre une foule de nuances qu’il n’entre pas dans mon projet d’exposer ici , mais dont le simple énoncé suffit pour faire sentir que la rétention d’urine n’est pas, à proprement parler, une maladie ; c’est le symptôme ou l’effet d’un grand nombre d’affections , la plupart propres aux voies urinaires, d’autres affectant quelques parties circonvoisines ou l’un des centres de la vie. De là naissent des différences et des particularités sans nombre , qui ne sauroient être développées que dans des chapitres spéciaux pour chacune d’elles (i).

Causes. Pour énumérer les causes de la rétention d’urine, il faudroit parcourir toutes celles des maladies qui peuvent produire ce résultat , ce qui nous écarteroit de notre sujet. Quant à la nature de ce symptôme lui-même , elle varie suivant l’affection qui le produit, le siège qu’il occupe et le tissu

(i) Consultera cet effet les ouvrages de Dessault, de Chopart , de Hunier , etc.

qu’il affecte. Tantôt l’urètre 51c trouve oblitéré par un corps étranger formé ou développe dans la vessie, par de petits calculs , des caillots de sang , des glaires épaissis, des polypes, des fongus, la partie supérieure du corps de la vessie elle-meme qui s’affaisse comme si elle «'toit pressée par un corps conoïde dont la base seroit en haut et le sommet viendroit s’engager dans l’orifice vésical de l’urètre. Le plus souvent l’obstacle réside dans la diminution du calibre de ce canal , diminution qui s’effectue de plusieurs manières ; quelquefois elle dépend de la compression exercée par quelques tumeurs morbides développées dans son voisinage : dans quelques cas c est un état variqueux des vaisseaux sanguins qui entrent dans la composition du col de la vessie, plus fréquemment les engorgemens ou autres altérations de la prostate opèrent cette diminution dont la cause la plus commune est néanmoins la pblegmasie de la membrane muqueuse qui le tapisse. Cette pblegmasie connue sous divers noms , et qui a été le sujet de tant de discussions, est la cause presque unique des rétrécissemens organiques de l’urètre. Comme elle a été assez bien traitée par plusieurs auteurs , nous nous bornerons à observer que lorsqu’elle tient à un principe contagieux , la blennorrhagie a une tendance particulière à la production de ces sortes de rétrécissemens , ce qui a fait que quelques praticiens lui ont exclusivement attribué la rétention d’urine dont nous nous occupons.

Quoique les phénomènes de cette affection ne

varient pas en raison de la multiplicité de ses causes, ils ne laissent pas de présenter des différences assez grandes et assez nombreuses. Nous n’exposerons ici que ceux que l’on observe le plus ordinairement.

Symptômes. Lorsqu’un point du canal commence à se rétrécir, le jet des urines diminue plus ou moins de grosseur : que le malade ail été ou non affecté de blennorrhagie, cette diminution s’accompagne pour l’ordinaire d’un très-petit écoulement qu’augmentent les excès en tout genre, et même l’usage modéré du coït, au point quelquefois que le malade croit avoir contracté une nouvelle affection ; mais ses craintes disparoissent bientôt. Un prurit assez incommode, et même de légères cuissons commencent à se faire sentir en urinant; le liquide rendu est un peu glaireux , trouble , exhalant une odeur désagréable qui peut faire croire à l’existence d’un léger catarrhe de vessie. Un malaise général et quelques inquiétudes viennent s’emparer du malade , notamment lorsqu’il se voit obligé de se lever plusieurs fois dans la nuit pour ne rendre qu’une petite quantité d’urine dont le jet diminue progressivement, se bifurque , se contourne en spirale , devient filiforme ; et même si le malade ne fait un certain effort soutenu , elles coulent goutte à goutte et en très-petite quantité. Des envies , des besoins même assez impérieux se font sentir à des intervalles rapprochés ; le malade ressent, d’une manière pinson moins vive, des douleurs qui , du col de la vessie , se pro-

pagent le long du canal jusques au gland ; la verge se gonlle plus ou moins, le venue augmente de volume ; et si le malade palpe la région hypogastrique, il sent une tumeur arrondie, volumineuse , sensible au toucher ; la moindre pression exercée sur elle détermine des souffrances et le besoin d’uriner. Les malades se pénctrentalors des craintes qu’inspirent leur état ; la plupart attribuent les symptômes qu'ils éprouvent à la fbiblesse, cl ont recours aux liqueurs spirilueuses. L’on conçoit le résultat que peut avoir un pareil moyen. Quelques-uns ne laissent [tas prendre aux accidens une intensité plus grande ; ils ont recours à un homme de l’art qui tâche d’y remédier; mais un très-grand nombre retenus par la honte, la crainte ou par tout autre motif , laissent écouler un temps précieux. Les symptômes augmentent , le malade fait des efforts considérables pour obtenir quelques gouttes d’urine, au point de rendre involontairement les matières fécales, de produire des hernies et la chute du rectum. Le ventre devient de plus en plus douloureux et distendu (i). Au lieu de picolemens et de cuissons légères que produisoient les urines en sortant, ce sont des douleurs insupportables; elles

(i) Lieutaud , dans un mémoire sur la structure de la vessie , inséré parmi ceux de l’académie royale des Sciences ,

1 y 53 , rapporte un exemple dans lequel la vessie s’élevoit de deux pouces au-dessus de l’ombilic. (Quoique l’on trouve dans plusieurs auteurs d’autres faits analogues , ces cas se présentent rarement à l’observation.

produisent la sensation d’un corps chaud, le malade dit qu’elles sont brûlantes. Les douleurs dont nous venons de parler ne se bornent plus à l’étendue de l’urètre , elles se propagent à la région lombaire , s’accompagnent de ténesmes , de constipation, de la sortie des hémorroïdes si le malade y est sujet, de crampes, d’engourdissemens dans les cuisses ; symptômes qui augmentent lorsque le malade quitte la position demi-fléchie , qu’il garde ordinairement. La lièvre , les sueurs , le goût urineux , les hoquets , les nausées , les difficultés de respirer , et meme une espèce de délire , etc. , se manifestent successivement avec une intensité d’autant plus grande, que la quantité des urines rendues est plus petite ; de sorte que lorsque la rétention est complète , le malade offre les scènes les plus touchantes : tantôt ce sont des cris et des pleurs que la douleur arrache , tantôt il se roule par terre , appelle la mort à son secours. Sa position la plus ordinaire est celle que l’on prend pour aller à la selle. 11 exerce des tractions sur la verge , fait des efforts inouis qui ne produisent que quelques gouttes d’urine. Le désespoir s’empare du souffrant , scs yeux sont injectés , sa figure est rouge et animée j une sueur urineuse abondante couvre bientôt la surface de son corps. Pour peu qu’il se prolonge , cet état affreux se termine ordinairement d’une manière fâcheuse , quoiqu’alors la sécrétion île ce liquide soit suspendue (i).

(i) Lorsque la vessie est arrivée au terme de sa dilatation,

D'UKINE.

La rétention complète d’urine est souvent précédée d’une incontinence de ce fluide. La vessie, distendue à un certain degré , ne se contracte plus; mais sa résistance de tissu ne cédant en rien à l’action des reins et des uretères , (ait que cette action se dérige contre l’obstacle, et l’urine coule goutte

goutte; il en est de même lorsque le corps de cet organe, par l’effet de l’augmentation de ses parois, offre plus de résistance que son orifice vésical , qui est alors forcé de céder. Quelle qu’en soit la cause, cet état, tout incommode qu’il est, peut durer fort long- temps.

Diagnostique. 11 semblerait qu’il est impossible de se méprendre sur les caractères de la rétention d’urine. 11 est cependant des cas où ce diagnostique offre beaucoup d’incertitude. Des erreurs graves ont été commises même par des praticiens d’un rare mérite , qui avoient pu oublier que , dans quelques circonstances , cette rétention peut avoir heu malgré que la vessie ne contienne qu’une très-petite quantité de liquide ; que , par opposition , il est des cas où le malade rend à peu près autant d’urine que dans l’état naturel : et néanmoins la vessie se laisse

les uretères n’ont pas assez de force pour en opérer la rupture , du moins ordinairement ; leur partie inférieure cède alors aux contractions des reins et de leur partie supérieure, la dilatation a lieu de bas eu haut ; mais , comme elle a ses limites , il arrive un moment où les reins ne peuvent plus se débarrasser du produit de leur sécrétion et leur travail se suspend.

insensiblemcni distendre au point d’acquérir un volume énorme. Delà une augmentation du ventre, que l’on a quelquefois attribuée à tout autre cause. Collot (1) rapporte un exemple dans lequel il empêcha l’ouverture d’un abcès que l’on se disposoit à pratiquer : il reconnut la maladie, et retira de la vessie environ trois pintes de liquide. Home (2) rapporte un fait analogue. D’après cet auteur , Hunier , son oncle et son prédécesseur, ne fut pas aussi heureux : il prit la maladie pour une hydropisie et pratiqua la ponction. La nature du liquide lui fit bientôt reconnoîlre l’erreur.

11 est des circonstances qui rendent ce diagnostique encore plus incertain. L’urètre dont la longueur dépasse chez quelques individus les limites naturelles peut être tiraillé , allonge par l’effet de la maladie; la portion qui se trouve située entre l’obstacle et la vessie peut être dilatée au point de contenir plusieurs cuillerées d’urine. La sonde arrivée dans celle dilatation semble ne plus éprouver de résistance; on la croit dans la vessie d’autant plus qu’il s’écoule de l’urine et que ses anneaux louchent presque au gland. M. Deschamps (5) rapporte plusieurs faits de ce genre. Cet auteur observe aussi très- judicieusement que, lorsqu’on n’a pas eu la précaution de boucher les y eux delà

(1) Obser. a65 et suivantes.

(2) Traité des Mal. de la Prostate.

(3) Traité de l’opération de la Taille.

sonde avec du beurre , il peut s’y engager des caillots de sang qui , empêchant l’urine de couler , peuvent en imposer sur la nature de la maladie. Faute de celle précaution ce ne fut qu’a la troisième fois que l’on parvint à retirer de 1 urine de la vessie de Duhamel, dont Saviard rapporte l’exemple (i).

Il sulîit de rappeler quelques faits analogues pour faire tenir le praticien en garde contre une erreur que l’on peut très-bien éviter, pour peu que l’on ait l’habitude de la pratique , en apportant dans l’examen du malade toute l'attention nécessaire. C’est principalement aux signes sensibles qu’il faut s’attacher, et à l’espèce d’ondulation que l’on peut établir en introduisant le doigt dans le rectum ou le vagin , l’autre main étant apposée sur la région hypogastrique. Quant aux caractères de la tumeur formée par la vessie , elle présente beaucoup de variétés. Il n’est pas toujours facile de reconnaître ceux que les auteurs lui attribuent. La pression exercée sur elle peut aussi ne pas réveiller l’envie d’uriner. Encore une fois, il n’est que quelques cas rares où ce diagnostique présente de l’incertitude, et il suffit d’en être prévenu.

(i) Saviard, Obs. ex , page 477 •

RETENTION

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