‹ Nouvelles considérations sur la rétention d'urineChapitre 8 sur 20 · MOYENS CURATIFS · texte numérisé non relu

MOYENS CURATIFS

La partie la plus essentielle de 1 histoire d’une affection quelconque est certainement cellequi traite des moyens propres à y remédier. Cette proposition, applicable à toutes les maladies en général , est d’une vérité plus importante pour celle dont il s’agit ici. En effet , la rétention d’urine est de ces maladies qui , en raison de leur fréquence et de leur gravité, ont le plus,occupé les praticiens. Elle a été traitée par un très -grand nombre, surtout par des hommes d’un mérite éminent, aussi la trouve-t-on bien décrite ; et néanmoins il est bien peu de personnes capables de. lui apporter un remède sûr, tant son application est difficile. 11 ne suffit, pas ici, comme dans bien d’autres cas, deTconnoître le précepte. 11 faut en faire 'l’application : hic labo?' , hicopus. Nous allons exposer les moyens que l’on employé généralement avec quelques modifications qui nous sont propres ; mais avant il ne sera peut-être pas inutile de préciser quelques cas et d’établir quelques distinctions pour ceux qui réclament des particularités.

La première chose à (aire , quand on est appelé auprès d’un malade que l’on croit affecté de rétention d’urine, est de bien constater la maladie, sa

D’URINE. i5

nature , scs causes cl sou intensité, de déterminer ensuite si 1 on doit d abord chercher a détruire la cause ou s’il est urgent de faire ce qu’on appelle la médecine du symptôme, et qui, dans le cas dont il s’agit , est souvent la seule que l’on puisse et que 1 on doive employer; et enfin dejugerquel estle moyen que l’on doit choisir comme le plus avantageux.

On saisira facilement l’importance des propositions que nous venons d’établir ; mais si elle pouvoit être oubliée, il sufiiroit de rappeler, i° qu’il est quelquefois possible de faire cesser à l’instant plusieurs causes de la rétention d’urine; et que, dans beaucoup de cas, il suffit de s’en tenir là , sublatâ causa, tollitur effectus y 2° qu’il est souvent de rigueur d’opérer promptement l’évacuation de la vessie ; tandis que, dans quelques circonstances, il faut différer autant que possible l’introduction de la sonde, malgré que le malade soit fortement tourmenté par la plénitute de cet organe; 5° que l’évacuation première suffit parfois , et que , dans un très-grand nombre de cas, elle ne procure qu’un soulagement momentané ; 4° que l’on est quelquefois dans la nécessité de recourir à la ponction de la vessie , le cathétérisme étant contr’indiqué ou impraticable. Quant aux calculs considérés comme cause de cette rétention , nous en traitons à la fin de cet ouvrage.

Supposant donc que l’on a réfléchi à ces distinctions, et que l’on s’est assuré d’une manière positive qu’il s’agit d’un rétrécissement organique de

J urètre, voyons quels sont les moyens à employer. Un peut rigoureusement les réduire à trois principaux ; les autres ne sont qu’éventuels ou accessoires.

SECTION PREMIÈRE

Traitement par les bougies.

Il seroit oiseux de faire ici 3 histoire et la description des bougies ; elles sont généralement trop connues pour que je doive m’y arrêter. Il en est de même du canal dans lequel on doit les introduire : aussi le passerai-je sous silence , en renvoyant aux ouvrages de Winslow , de Heister, de Lecat , de Morgagni, de Sabatier, de Deschamps, de Home, de Whately, etc.

Si Ton est d’accord sur les caractères des bougies et les dispositions de l’urètre , il n’en est pas de même de la nature, de la situation , du nombre etc. des obstacles. L'on se rappelle tout ce qu’on a écrit sur les caroncules et sur les callosités de l’urètre, que des recherches exactes faites par des hommes célèbres ont réduites à un très-petit nombre, et dont quelques auteurs contestent même l’existence.

Pour ce qui est des brides, il arrive quelquefois que l’urètre se trouve en quelque sorte obstrué par des prolongemens membraniformes dont la disposition ni le nombre ne sauroient être déterminés , tant ils sont variables, mais que l’on reconnoît assez souvent parle moyen du cathétérisme.

Dans le plus grand nombre des cas , l obstacle

D’URIJNE. 17

consisie dans un étal d’induration et d’épaississement d’un ou plusieurs points de la membrane muqueuse qui tapisse l’urètre , et qui se propage quelquefois jusqu’au tissu cellulaire voisin.

Quelle que soit sa nature , cet obstacle présente de nombreuses variétés par sa disposition, son étendue, son intensité, son siégé, etc. Dans le plus grand nombre des cas, les rélrécissemens se trouvent situés au-dessous de la symphise pubienne , vers la lin de la portion membraneuse de l’urètre. 11 est peu fréquent d’en observer dans les autres points , et ceux qu’011 y rencontre sont ordinairement moins étendus, moins considérables, et sont, pour la plupart, constitués par des brides; mais ils coïniedent assez souvent avec les premiers, qui sont toujours les plus difficiles à détruire.

Avant de procéder à l’introduction des bougies, il est toujours essentiel de pratiquer un cathétérisme, que l’on peut appeler explorateur , et que l’on exécute avec une algalie métallique, d'un petit calibre, presque droite , que l’on introduit en explorant jusques et au delà de l’obstacle , si on le peut. Cette exploration a l’avantage de faire connoîlre le lieu , la disposition , le degré , le nombre des rétrécissemens ; connoissance indispensable pour déterminer le mode de traitement le plus approprié. L’on peut encore avoir recours à un procédé imaginé par M. Ducamp, et dont on obtient quelquefois d’heureux résultats (1). Lorsque l’algalie ex plo-

\^i) "Voyez Traitement par leCaustique.

ratrice ne peut traverser l’obstacle, on doit renoncer au traitement par les bougies, ou du moins il faut épie la première dilatation soit produite par un autre moyen, ce que nous aurons soin de faire connoître.

De l’aveu de tous les praticiens , l’introduction des bougies n’est pas toujours une chose facile, bien plus elle est souvent impossible, du moins quand on emploie celles dont on fait ordinairement usage. Quand il n’y a pas d’obstacle, elles arrivent sans peine jusqu’à la partie inférieure de la symplnse , où elles commencent à éprouver des difficultés dont on peut triompher quelquefois en pressant avec le doigt la partie du périnée qui lui correspond , ce qui lui fait éviter l’espèce de coude que présente le canal en cet endroit ; mais à la rencontre du premier obstacle la bougie s’arrête , ou si elle y pénètre, la moindre pression l’empèclie de cheminer: elle se ploie , se pelotonne ; on a beau la faire tourner entre ses doigts , elle ne marche point du moins effectivement; et les divers mouvemens qu’on lui imprime deviennent quelquefois très-faligans pour l’urètre sans en obtenir aucun heureux résultat. Ainsi, sous ce rapport, ilconvientde dire, avec quelques auteurs modernes , que ce moyen est défectueux et souvent impraticable. Mais si, au lieu de ces bougies pleines dont l’extrémité plus ou moins fine s’engage dans les replis de l’urètre , et se ploie à la moindre difficulté ; si au lieu de ces bougies, dis-je , on se sert de celles qui sont creuses , qui ne diffèrent des sondes de gomme élastique que par

l’absence des ouvertures latérales , connues sous le nom cV yeux , l’on verra disparoître tous les obstacles qui tiennent à la nature de l’instrument. Je ne parlerai pas de la manière de les introduire ; il en sera question au traitement par les sondes, \oici quelle est leur manière d’agir, leurs avantages et leurs inconvéniens.

On prend une bougie d’un volume proportionné à l'ouverture de l’obstacle que l’on connoît déjà , soit par les empreintes que l’on aura prises , soit par le cathétérisme explorateur dont il a été fait mention. Une fois qu elle a dépassé l’obstacle , on retire le stylet , et on la lixe par l’un des procédés que tout le monde connoît. Le malade la garde plus ou moins , suivant la douleur qu elle détermine , c’est ordinairement une demi-heure les premiers jours. Le lendemain , en la réintroduisant , on s’aperçoit déjà qu elle passe avec plus de facilité ; le troisième jour elle pénètre ordinairement sans peine. On la remplace ensuite par une autre d’un calibre un peu plus gros , et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on juge la dilatation du rétrécissement suffisante , et que le malade urine , comme on le dit , à plein canal. Alors on ne procède à cette introduction que tous les deux jours avec des bougies des n° ioouii ; on diminue progressivement le nombre des introductions , au point de n’en faire qu’une ou deux par semaine , et l’on cesse lorsque 1 écoulement a tout-à-fait disparu. Dès lors la guérison est complète.

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RKTEK riON

f /a manière il agir de la bougie ne saui oit être douteuse pour personne Pour peu que l’on presse en 1 introduisant , on dilate plus on moins le point rétréci du oanal. Elle exerce sur lui un deeré de

compression qui devient quelquefois considérable par l'ellet de l’action contractile de tissu, ainsique ie démontrent les difficultés que 1 on éprouve par moment pour retirer la bougie, ce qui, un instant après, s’opère avec une extrême facilité. Non-seulement la pression exercée par la bougie dilate le point rétréci du canal , mais encore elle facilite la résolution de l’engorgement dont il est le siège, ce dont on peut se convaincre toutes les fois que le rétrécissement se trouve dans un point qui en permet l’exploration par le toucher. Alors on peut suivre les degrés de celte résolution , qui s’opère au fur el à mesure que la dilatation s’effectue ; c’est pour faciliter celte résolution que l'on prescrit en môme temps les frictions mercurielles le long de la partie inférieure de Furètre.

Lorsque la sensibilité locale s’est un peu émoussée , le malade pourrait garder la bougie beaucoup plus long-temps sans en être incommodé: cependant je ne la laisse jamais plus de deux heures par jour. L’expérience m’a prouvé que ce temps suflisoit.

Il est inutile d’introduire les bougies jusque dans la vessie , à moins qu’on ne soupçonne un état variqueux des vaisseaux sanguins du col de cet organe. Je ne comtois pas d’exemple de rétrécisse-

mont organique tic l’urètre à sa portion prostatique, et ceux qui sont produits par une altération de cette glande . soûl souvent loin de requérir 1 usage des bougies.

Vers la fin , quand on est arrivé aux plus grosses, dont les parois sont assez minces, elles sont susceptibles de plier : pour remédier à cela, il suffit de passer < 1 a ns le u r in t ( • rie ur une de cell es qui o n l d’abor d se r v i .

Lorsque la nature et la disposition de l'obstacle permettent de le combattre par l’usage ainsi modifié des bougies, le malade en retire de grands avantages que nous allons exposer en parcourant les divers inconvéniens que quelques auteurs modernes trouvent, ou plutôt imaginent dans cette espèce de traitement, inconvéniens cpii tiennent moins à la nature des bougies qu’au mauvais usage que I on en fait , et au peu de discernement , ou plutôt à l’espèce de routine qui y préside.

On a dit que les bougies nécessitoienl une vie sédentaire cl un repos absolu ; je peux assurer m’en ne laissant la bougie que deux heures par jour lans i urètre, ainsi que je le pratique, le malade peut au bout de huit jours vaquer à ses occupa lions, pourvu qu’elles ne nécessitent pas de marches fatigantes.

Les bougies occasionnent , dit-on , îles douleurs très-vives, et même de 1 insomnie, etc. ; nos malades ne s’en sont jamais plaints, ils n’éprouvent qu’une espèce de serrement dans le canal ; c’est l’expression dont ils se servent en général.

*ja RETENTION

On a considérablement exagéré le temps nécessaire a la guérison par l’usage des bougies ; les détracteurs de ce mode de traitement , font sonner quelques faits où des circonstances particulières ont pu le rendre très-long et très-compliqué ; mais ces circonstances qui ne sont malheureusement pas rares , exercent la même influence, quel que soit le moyen que l’on emploie ; on peut dire en général que deux mois au plus suffisent pour obtenir le degpé de dilatation nécessaire , ce qui constitue la guérison.

On a écrit qu’il étoit impossible d’obtenir par 1 usage des bougies , une dilatation assez considérable du rétrécissement ; mais d’abord, c’est le seul moyen que l’on puisse employer; et pour remédier aux inconvéniens qu’il peut avoir on a des bougies à ventre, à l’instar de celles qu’a proposées M. Bucamp, qui, en raison de leur flexibilité, sont d’une introduction très-difficile et meme souvent impraticable ; au lieu qu’il est facile d introduire celles dont nous nous servons, et qui ne dilatent que le point voulu ; le méat urinaire se prête sans trop de douleur à la dilatation nécessaire au passage du ventre , qui varie du reste par sa situation, son étendue et son diamètre (1).

Peut-on partager les craintes exprimées par quel-

(i)On trouvera cliez M. Lassere, fabricant, rue du Cloître- Notre-Dame, n(>4î les bougies et les sondes à ventre, ainsi que nos divers instrumens de gomme élastique.

ques modernes sur les méprisés auxquelles peut donner lien l’introduction des bougies et les ravages quelles peuvent produire? 11 faudroit supposer que celui qui y procède, manie cet instrument pour la première fois; mais , pour peu que l’on ait d habitude , de prudence et de dextérité , on ne pratiquera pas de fausses routes, et l'on ne confondra pas l’obstacle avec des follicules muqueux , ainsi qu’on l’a écrit dans ces derniers temps.

On a dit avec plus de fondement que, dans beaucoup de cas, il n’étoit pas possible d’introduire les bougies. Si l’on veut traiter toutes les rétentions d’urine par ce moyen , on éprouvera beaucoup de difficultés et l’on ne réussira pas; c’est au praticien à distinguer si les bougies peuvent convenir, sinon il ne passera pas, comme on le fait quelquefois, des mois entiers à tâtonner , et à produire inutilement dans l’urètre une irritation dont il n’est pas toujours facile d’arrêter les effets.

Une observation attentive de ce qui se passe quand on traite les rétentions d’urine par les sondes, nous a conduit à modifier, ainsi qu’on l’a vu, le traitement par les bougies. On se rappelle qu’une sonde que l’on introduit dans l’obstacle même avec difficulté, y devient en quelque sorte libre au bout d’un jour ou deux. Au lieu de sortir par la canule , les urines passent entre la sonde et l’urètre; dès ce moment la sonde cesse de comprimer l’obstacle; qui ne se trouve alors dilaté que par la sortie des urines, excepté dans l’instant de

quelque contraction spasmodique qui sont quelquefois irès-li équentes ; le corps dilatant devient ordinairement libre et par conséquent inutile dès le troisième jour , en laissant la sonde huit jours dans 1 urètre ainsi que cela se pratique , on prolonge en pure perte le traitement de deux mois au moins, sans compter les douleurs et l’incommodité qui en résultent.

Pour en revenir aux bougies, on voit par ce qui précède que leur usage ainsi modifié , est loin d’avoir les inconvéniens qu’on leur attribue , qu’au contraire dans beaucoup de cas on en retire de grands avantages. Elles sont en outre , comme on le verra par la suite, d’une nécessité absolue, pour compléter elconsolider la guérison opérée par le caustique.

SECTION II

Traitement par les sondes.

Lorsque 1 introduction des bougies est impossible ou que l’état du malade ne permet pas d’employer ce mode de traitement, il faut viser à d’autres moyens : le premier qui se présente est l’usage des sondes, que l’on emploie de temps immémorial. On est d’ailleurs forcé d’y recourir toutes les fois que la rétention d’urine est complète ; c’est ensuite le mode de traitement le plus généralement adopté par les praticiens : aussi croyons-nous devoir l'exposer avec soin.

Lorsqu’il s’agit d une rétention complète, on com

mcnce par 1 usage (les bains locaux ou generaux , clos lavemens , des topiques et (onientalions emolienles ; des saignées locales ou générales , etc. Si ces moyens, méthodiquement administrés , ne produisent pas 1’clïci que l’on désire, on a d abord recours a 1 opération connue sous le nom de cathétérisme.

Du Cathétérisme.

Cette opération, connue depuis long-temps, présente beaucoup de variétés sous le rapport des instrumens dont on se sert , et relativement au mode d’y procéder. Quant aux instrumens, ceux qu’on emploicde nos jours réunissent en général beaucoup d’ avantages, quoiqu’il y ait cependant un choix à faire (î) pour ce qui regarde le procédé opératoire , on sait qu’il est assez compliqué.

La forme et la configuration que présentent les sondes (2) sont tirées de celles du canal par lequel on doit les introduire : aussi comportent-elles peu de variétés, et les modifications que quelques au-

(1) Nous ne voyons pas trop la nécessité de leur donner i4 ou i5 pouces ainsi que le veut. M. Roux. S’il arrive, d’après ce que dit ce professeur, d’enfoncer la sonde au point que les anneaux touchent au gland sans faire sortir d’urine, cela prouve ordinairement que l’on s’est écarté de la vraie route, et non que la sonde est trop courte, d’autant plus que les exemples de longueur extraordinaire de ce canal sont excessivement rares.

(2) Pour éviter les répétitions , nous nous servirons égaleraent des mots sonde etalgalic pour signifier le même objet.

leurs leur ont fait subir sont-elles l’efTel de l’expérience plutôt que du raisonnement qui semble y répugner d’abord. La forme , les dimensions et la longueur de cet instrument sont connues. Nous nous bornerons à exposer succinctement les règles du cathétérisme, d’autant mieux que dans le cas de liberté de l’urètre, comme nous le supposons ici, il est facile pour quiconque a un peu 1 habitude de le pratiquer.

Diverses positions peuvent convenir pour le malade,- le plus ordinairement on le fait coucher sur le dos, ayant soin que le lit ou ce qui le remplace ne soit pas trop mou, ce qui pourroit gêner les mouvemens. 11 est bon dans tous les cas de placer sous le sacrum un drap en plusieurs doubles afin de rendre celle partie un peu plus élevée. Un léger écartement et une demi-flexion des extrémités pelviennes semblent aussi favoriser l’introduction de l algalic que le chirurgien tient à sa main droite entre le pouce, l’indicateur et le doigt du milieu, après l’avoir préalablement réchauffée dans sa main ou , encore mieux , plongée dans un liquide chaud et puis enduite d’un corps gras ou oléagineux. Placé au côté gauche du malade, de l’autre main il saisit la verge, porte le prépuce en arrière pour découvrir le gland, l’incline en haut de manière que la verge et la sonde aillent mutuellement à leur rencontre; on 1 introduit, elle glisse sans difficulté dans 1 urètre, qui doit à son tour glisser sur la sonde; il doit y avoir ici simultanéité d’action entre les deux mains. Dans les

domine. 27

cas les plus ordinaires la sonde arrive sans éprouver la moindre résistance jusqu’à la portion bulbeuse de l’urètre; si , au contraire, après avoir pénétré d’environ quatre ou cinq pouces , elle rencontroit un corps dur, résistant, il faudrait rapprocher un peu plus la verge avec le pavillon de la sonde des parois de l’abdomen, et l’on sentirait bientôt le bec glisser sous la symphise pubienne; alors on ramène la verge et la sonde à la direction perpendiculaire, ayant soin de ne pas presser sur elle de manière que son bec puisse entraîner quelques uns des replis que forme la membrane muqueuse en cet endroit, notamment chez les vieillards (1). Pour éviter cet accident, qui sullit quelquefois pour faire manquer l’opération, il faut non-seulement ne pas presser sur l’algalie quand on commence à la ramener à la perpendiculaire , mais encore la retirer légèrement et la conduire de manière que le bec glisse sur le bord arrondi de l’arcade des pubis, et n’aille pas se loger dans l’espèce de coude que forme le canal en cet endroit, du moins chez plusieurs individus, et que l’on voit très-bien dans les planches de Lecat (2).

11 arrive assez souvent que la sonde , conduite par une main exercée, pénètre pour ainsi dire d’ellemême quand on la ramène avec la verge à la direc-

(1) Il ne faut jamais perdre de vue la disposition que présente l’urètre à la réunion de ses portions bulbeuse et membraneuse.

(2) Opération de la taille.

RKTICjYI ION

îion perpendiculaire; niais il est des cas <>ii l’on se trouve lom donné de ne pouvoir y arriver malgré ij ne l’on ait pris les précauiions ci-dessus.

Plusieurs circonstances défavorables peuvent se présenter ? il est bon de les connoîlre.

La symphise des os pubis se prolonge quelquefois plus bas que dans l’état naturel, fl faut alors augmenter la courbure de l’al^alie ou bien abaisser un peu plus la main aussitôt que 1 on sent le bec de la sonde dépasser le rebord inférieur de cette sympliise. Les mêmes modifications seront couronnées de succès , lorsqu’il v aura engorgement d’une portion ou de (a totalité de la prostate, ayant soin toutefois de n’exécuter le mouvement ci-dessus que lorsque le bec de la sonde sera parvenu un peu plus avant, qu’il aura parcouru la portion membraneuse.

Quelquefois on a à sonder des individus d’une haute stature et de dimensions proportionnées, il ne faut pas perdre de vue qu’a lors les portions bulbeuse et membraneuse de l'urètre peuvent offrir une longueur plus considérable surtout chez les vieil lards, et. à la suite de plusieurs rétentions d’urine ; si dans ce cas l’on ramène trop promptement la sonde à la direction perpendiculaire, le bec, au lieu de pénétrer dans la petite ouverture de la portion prosta tique, va presser la partie supérieure de la portion membraneuse , entre la faceanténeure et supérieure de la prostate et le bord postérieur delà symphise.

La prostate est susceptible de se racornir, de s<“ ratatiner au point d’empêcher l’urine de couler et

d 'apporter de grands obstacles a 1 introduction de la sonde. îNT. Portai en rapporte des exemples (j ). Ce corps glanduleux présente quelquefois d autres dispositions qui s’opposent au passage de 1 instrument, M. Deschamps (2) rapporte à ce sujet des exemples curieux : dans les uns 1 orifice vésical de l’urètre doit pour ainsi dire obstrué par des pro loneemens membraneux en forme de bride; dans d’autres l’angle antérieur du trigone vésical présentoit des tumeurs plus ou moins volumineuses que l’auteur regarde comme des fou gus , et que sir Everard Home (5) considère comme un engorgement du moyen lobe de la prostate. Quoi qu’il en soit ces tumeurs opposent souvent un obstacle invincible à l’introduction de la sonde. On reviendra sur ce sujet.

Lorsque la portion membraneuse de l’urètre aura été dilatée par l’effet de l’obstacle, la sonde pénétrera plus difficilement dans la portion prostatique.

La manière île sonder, connue sous le nom de lourde maître , est généralement désapprouvée par les chirurgiens de nos jours. Sans chercher a la justifier ni à la faire prévaloir, nous observerons qu’il est des praticiens qui lui doivent une réputation brillante et justement méritée. La sonde, entre leurs mains, pénètre avec, une certaine facilité alors

(1) Anatomie Médicale, tom. 5, pag. 4^7-

(2) Traité de la Taille, tom. 1 , pag. 35.

(3) Traité des Maladies de la Prostate.

même que <1 autres praticiens (-gaiement lialnles ont échoué par ic procédé ordinaire.

On sait que le tour de maître consiste à introduire 1 algalic, sa courbure opposée d’abord à celle dit canal. Lorsque le bec de la sonde est. arrivé audessous de la sympliise pubienne , ce dont on s’assure par le loucher; on fait exécuter au pavillon un demi-cercle par lequel il se trouve ramené à la direction perpendiculaire dont nous avons parlé. C’est pendant ce mouvement de rotation que le bec de 1 algalie, dirigée par le doigt indicateur de la main gauche placé dans le rectum, enfile l’ouverture que présente soit 1 obstacle , soit la portion prostatique de l’urètre, qui est quelquefois le siège d une coarctation considérable (i). Il faut convenir néanmoins que pour arriver à ce degré de justesse on doit passer bien du temps à s’exercer. Iroit-on plus loin en suivant une autre route?

SECTION III

Des Sondes droites et de la manière de s en servir.

Il est une troisième manière de sonder qui nous

(i) En décrivant l’urètre, M. Deschamps dit que la portion prostatique présente une figure conoïde dont la base correspond à la vessie , et le sommet à la réunion des portions prostatique et membraneuse de ce canal : disposition importante à connoître, puisqu’elle rend raison delà facilité avec laquelle les petits calculs s’engagent dans cette espèce

D’URINE. "îi

est propre, ou du moins nous ne sachions pas qu elle ait été décrite nulle pari (]). Voici en quoi elle consiste, et par quelle voie nous avons été conduits à en faire usage.

Vers la fin de 1817, nous eûmes occasion de faire quelques essais , ayant pour but de saisir la pierre dans la vessie, d en connoilre la nature, et de tacher de la détruire, soit par des instrumens mécaniques,

d’entonnoir , et des difficultés insurmontables que présente quelquefois cette disposition à l’introduction de la sonde, surtout si la portion membraneuse est dilatée.

(1) A la vérité , l’on trouve dans Lieutaud le passage suivant : >< Je puis assurer , sur la connoissance que j’ai de ces » parties saines ou malades , qu’il n’y a aucun cas , si l’on » en excepte la pierre engagée dans ce canal , qui puisse » empêcher une sonde droite, conduite par une main un » peu exercée , d’entrer dans la vessie (a). »

On trouve les mêmes expressions dans le Dictionnaire universel de Médecine , Chirurgie , etc. , qui s’impriinoit en 1772, trois ans après.

Au rapport de M. Deschamps , on trouve dans Albucasis la figure d’une sonde droite. Plusieurs fois, dit ce savant praticien , j’ai sondé avec des algalies presque droites , et il n’est personne qui ne l’ait fait avec succès [b). O11 sait que Desault sondoit avec des algalies analo gués : sa longue pratique l’avoit conduit à leur donner cette forme ; mais je n’ai trouvé nulle part la description du procédé opératoire qui auroit dû se trouver annexé à l’indication de cet instrument. Les modernes ne disent rien à cet égard.

(a) Lieutauil, Précis de Médecine pratique, tom. i 3e édit.

(b) Ouvrage cité, pag. 211.

, pag. 648

lŒTENTiO-N

soit ;i faide de moyens chimiques. Le mécanisme de nos inst rumens ne nous permettani point de leur donner une forme courbe , la première question qui se présenta lut de savoir si l’on pouvoit arriver dans la vessie avec une sonde entièrement droite. Nos essais ont été répétés à l’infini sur le cadavre d’abord, et ensuite sur nous-même (1), avant d’en faire l’application sur les malades. Depuis cette époque , nous avons eu très-souvent l’occasion de nous en servir dans les cas de rétrécissement com-

plet de l’urètre. Elles nous ont parfaitement réussi. On verra plus loin quelles sont les circonstances où les sondes courbes méritent la préférence.

11 est inutile de nous arrêter à la description de ces sondes ; elles ne diffèrent de celles dont on se sert ordinairement que parle défaut de courbure, comme leur nom l’indique. Néanmoins le bec est susceptible de plusieurs modifications. 11 en sera question ailleurs.

Si ces sondes diffèrent peu des autres par ellesmêmes , il n’en est pas ainsi de la manière de procéder à leur introduction. La position du malade est à peu près la même ; le chirurgien se place à son côté droit, tenant la sonde avec le pouce, 1 indicateur et le doigt du milieu : le premier est tendu , les deux derniers sont fléchis. Le pavillon de la

(i) Quand on veut se soumettre à l’expérience, c est à n’en pas douter le meilleur moyen d’apprendre à bien diriger cet instrument .

6oncle appuie sur le bord externe de 1 indicateur , à l’articulation de la phalange avec la plialangine de ce doigt; la main est dans une demi-supination. Avec l’annulaire cl le petit doigt de la main gauche, Je chirurgien fait glisser le prépuce derrière le gland qu’il met ainsi a découvert : avec le pouce et l’indicateur de la même main, il saisit la verge , soit par scs côtes , soit en pinçant une portion du prépuce, il tire légèrement sur elle, de manière à l’allonger autant que possible, sans cependant déterminer de douleur ; il l’abaisse en même temps au point de lui faire former un angle très-ouvert avec la paroi antérieure de l’abdomen.

Les choses étant ainsi disposées, la sonde plongée dans un liquide chaud, et enduite d’un corps oléagineux , on procède à son introduction. Elle glisse , pour ainsi dire , cl’ elle-même jusques à la partie antérieure de la symphyse, au-devant de laquelle on la sent ordinairement descendre. Arrivée à la partie inférieure de cette symphyse , elle éprouve de la résistance. Si, suspendant alors l’opération, la main gauche prend la place de la droite, et que l’on porte l’indicateur de celle-ci sur le périnée , immédiatement au-devant de l’anus, on sentira aisément le bec de la sonde , à laquelle on peut imprimer de légers mouveniens de percussion , pour rendre la chose plus sensible. On le sentira également si, au lieu de porter l’indicateur sur le périnée , on l’introduit dans le rectum , ce qu’il faut toujours faire dans le cas de rétrécissement. Reprenant ensuite l’opération , l’on

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abaisse la verge au point de lui donner une direction a peu près parallèle avec la paroi antérieure de l’abdomen. Au meme instant, le bord cubital de la main gauche appuie sur la saillie que forme le pubis ; ce qui tend à l’abaisser aussi. La main droite, de son côté, exécute un petit mouvement de rotation par lequel le bec de 1 instrument se trouve porté en liant; dès lors on continue à faire cheminer la sonde vers la vessie , où clic arrive sans peine. Pour peu que l’on soit exercé, tout cela se fait avec une facilité cl une rapidité telles qu'elles étonnent les spectateurs. On aperçoit à peine les divers mouvemens que nous venons de décrire, et qu’il est indispensable au chirurgien de bien connoître.

Les précautions indiquées ailleurs pour que le bec de la sonde, arrivé au-dessous, delà symphyse pubienne, ne se coiffe de quelques-uns des replis formés par la membrane muqueuse , sont indispensables pour les sondes droites. Il faut non-seulement ne pas presser contre l’espèce de coude formé par l’urètre , mais encore retirer un peu l’instrument avant de faire exécuter à la main droite le petit mouvement de rotation ci-dessus.

Nous avons promis de revenir sur le bec des sondes droites. Dans les cas de rétrécissemens du canal , nous nous sommes toujours bien trouvé d’avoir donné à cette extrémité une légère courbure , depuis six jusqu’à dix-huit lignes de longueur. Elle donne à nos sondes l’avantage de suivre avec plus de facilité les déviations dont l’urètre peut être suscep-

tible, et que les sondes courbes ordinaires ou entièrement droites ne parcourent que difficilement. Cette courbure donne aussi de la facilité pour découvrir l’ouverture du rétrécissement, lorsqu’elle n’csl pas au centre, ce qui est fréquent. Les personnes peu habituées à se servir des sondes droites, trouveront dans celle petite courbure un moyen de plus pour leur faire traverser la portion prostatique du canal; et, dans celte dernière partie de l’opération, l’on abaissera la main d’autant moins que la courbure donnée à l’algalie sera plus grande.

Les sondes soit entièrement droites, soit modifiées comme on vient de le voir, ont des avantages que l’on ne peut contester; la pratique nous ayant démontré qu’elles surmontoient plus facilement les obstacles. Examinons si le raisonnement sera d’accord avec le résultat de l’expérience.

Personne ne peut désavouer que plus un canal est tortueux , plus il est dilïicile de le faire parcourir à un corps solide quelconque , surtout lorsque celui-ci ne peut suivre ces sinuosités, qui varient d’ailleurs, que par l’intermédiaire dune puissance mobile et incertaine , ainsi que cela a lieu dans le cathétérisme ; or redresser l’urètre par l’abaissement de la verge , ainsi que cela a été exposé, c'est à n’en pas douter rendre plus facile l’introduction de la sonde. D'un autre coté, en abaissant la verge, on exerce sur elle une légère traction , ce qui eflacc , sinon rend du moins longitudinaux la plupart des replis formés par la membrane

muqueuse qui tapisse ce canal , et c’cst un grand avantage : ceux qui ont. l'habitude de pratiquer le cathétérisme s’accordent à dire, que souvent les plis transversaux de l’urètre suffisent pour empêcher l’instrument d’arriver dans la vessie. Il faut ajouter à cela, ]° la facilité plus grande que l’on a de conduire un instrument droit, et de lui imprimer des mouvemens plus fractionnés; 2° une position plus avantageuse et moins fatigante de la main qui conduit l’instrument, et qui, dans le cathétérisme parles sondes courbes, se trouve éloignée du corps, plus ou moins gênée au moment surtout oit elle a besoin de toute sa sûreté; 5° les sondes droites réunissent plus de force sous le même volume , ce qui dispense d’en faire fabriquer en platine ; mais on verra plus tard que le cathétérisme forcé devroit être banni de la pratique.

Malgré ces avantages, il est néanmoins des cas où les sondes courbes méritent la préférence : c’est, 1° lorsque la symphyse des os pubis descend très-bas ; 2° lorsqu’une portion ou la totalité de la glande prostate est engorgée ; 5U lorsque en sondant l’on a pour but d’explorer la vessie et de reconnoître les corps étrangers qu’elle pourvoit contenir.

Voilà donc trois modes principaux de pratiquer cette opération ; chacun d’eux est susceptible d’un très-grand nombre de modifications dépendantes d’une infinité de circonstances particulières; mais ce seroit enyain que l’on essaieroit de tracer des

relies à cet égard : aussi nous bornerons-nous à exposer quelques faits pratiques , et à faire connoîtrc celles des modifications qui nous réussissentle mieux.

Autant le cathétérisme est facile dans les cas où l’urètre est libre, autant il est ennuyeux, difficile et même impossible lorsque ce canal est le siégé de rétrécissemens complets ; et, par l’effet d’une fâcheuse bizarrerie delà nature réunie à l’insuffisance des moyens de l'art, on 11c peut encore tracer de règles que pour le premier cas. A la vérité ces règles sont applicables à ceux oii l’urètre est rétréci , mais on ne trouve pas ici celle justesse et cette précision qui caractérisent l’art de guérir en tant d autres points : c’est ce qui fait que très-peu de praticiens sont capables d’opposer aux rétentions d’urine un remède sûr , sagement et méthodiquement appliqué, et surtout dépouillé de ces dangers auxquels les malades finissent quelquefois par succomber.

Lorsque l’urètre est rétréci au point de rendre complète la rétention d’urine , le cathétérisme est de l avis de tous les chirurgiens 1 opération la plus difficile que puisse nécessiter l’art de guérir • le manque de préceptes et le peu d’utilité que l’on relire de l’expérience d’autrui (1) exigent du praticien qui fait de cette partie le sujet de ses médita^

(1) Ce ne sera pas dans les livres , dit M. Deschamps , pag. 2iq , que l’on apprendra à sonder : les meilleurs préceptes à ce sujet instruisent peu.

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