‹ Nouvelles considérations sur le caractere général des peuples sémitiques: et en particulier surChapitre 2 sur 3 · XXXYII, XL1II, LU, LUI · texte numérisé non relu

XXXYII, XL1II, LU, LUI

Je n'insisterai pas sur le témoignage des auteurs arabes , qui tous affirment que le culte primitif de l'Arabie fut le monothéisme pur ; car c est évidemment là une conséquence du système adopté par Mahomet et de la prétention d après laquelle Tislamisme ne serait qu* un retour à la religion d'Abraham : néan> moins il n est pas impossible qu il se cache sous les traditions dont nous parlons un certain sentiment d'uiie vérité historique. Les hypothèses par lesquelles les écrivains arabes expliquent comment le monothéisme patriarcal se changea en polythéisme sont ingénieuses et fort rapprochées de celles que la science critique est amenée à se former. Plusieurs historiens musulmans s'accordent à placer la fin de la religion patriarcale et le commencement de fidolâtrie chez les Arabes à la fin de la dynastie des seconds Djorhom, vers l'an 200 de notre ère^. Les inscriptions, comme nous le verrons bientôt, confirment ce résultat d'une manière remarquable. Il est. vrai que M. Caussin de Perceval reconnaît parmi lès noms des seconds Djorhom deux noms idolâtriques, qui seraient à peu près contemporains de l'ère chrétienne; mais cela n'a rien de surprenant, quand on songe au penchant qui entraînait les Sémites nomades non liés par des institutions religieuses conservatrices à adopter les cultes étrangers, le leur étant trop simple pour résister à la perpétuelle séduction que les religions compliquées ont coutume d'exercer autour d'elles. On retrouve dans la même dynastie le nom chrétien

' Caussin, I, p. 197 et suiv.

d'Abdelmâsih «serviteur du Christ»: ce qui prouve» non que le royaume de ce souverain professait tout entier le christianisme , mais que le Christ était ime des divinités révérées dans THedjaz. En effets on prétend qu'une image de Jésus et de Marie fui trou* ^ée, à répoque de Mahomet, parmi les idoles de la Caaba.

• Si nous interrogeons les noms propres , témoins si sûrs de la langue et de la religion d un peuple , nous serons frappés de la confirmation qu ils fournissent aux vues précédentes. Ces noms , en ce qui con* cerne les anciens Arabes, nous ont été conservés, soit par les auteurs arabes, soit par les auteurs grecs, soit par les inscriptions grecques et les papyrus, soit par les inscriptions himyarites, soit par celles du Sinaî, soit par les médailles. En réunissant les lumières qui proviennent de ces diverses sources, on peut fournir une série de noms arabes appartenant tous aux premiers siècles de notre ère ou même antérieurs à notre ère , et supposant un monothéisme assez pur^

Avant de les énumérer, je dois prévenir une objection qui frapperait de débilité les raisonnements tirés de 1 une des sources précitées; je veux parler des inscriptions sinaîtiques. Plusieurs de ces inscriptions

^ Tù déjà insiste sar ce point dans un mémoire 5«r tfuelqmes noms arabes qai figurent dans des inscriptions grecques de VÀaraniiide, inséré dans ie Bulletin archéol. franc, de MM. de Longpérier et de WiUe, septembre i856. Je renvoie une fois pour toutes à ce mémoire, où Ton trouvera des détails qu il serait long de répéter ici..

fNTOYiennent, en e£Fet, de mains chrétiennes ^ ; inais il suffit, pour lusage que nous voulons en faire , que le monothéisme impliqué dans les noms propres qui y figurent ne tienne pas au christianisme. Or ce point ne saurait être douteux. En effet, i® les noms qui se rencontrent dans les inscriptions du Sinaî se retrouvent pour la plupart dans les inscriptions grecques de TÂuranitide et chez les auteurs grecs et arabes , sans qu il soit possible de supposer qu'ils sont là portés par des chrétiens; â"* ce n est pas parce qu'ils étaient chrétiens , mais bien quoiqu'ils fussent chrétiens, que certains individus ont pu s'appeler Alh dalhal, Garmalbal , etc. le nom de Baal pour « le Seigneur n ayant toujours été odieux aux juifs et aux chrétiens. C'étaient donc là des noms indigènes, que les chrétiens conservaient avec d'autant moins de répugnance qu'ils pouvaient très-bien s'entendre dans le sens de leurs croyances sur la divinité. Voici maintenant les noms arabes sur lesquels je

^ Voir dans le dernier numéro de ce Journal le travail de M. F. LenormanU Tout en admettant qu'un grand nombre des inscriptions sinaîtiques sont de provenance chrétienne, je ne puis accepter ce raisonnement de M. Lenormant (p. 18) : t Si quelques-unes de ces inscriptions sont chrétiennes, toutes le sont.» Et d*ahord il en est plusieurs en coufîque et en neskhi ( Lepsius , n^ 90 , 1 2 3 , 1 55 , 1 67 ; Lpttin de Laval , pi. 6a , 64 , trois fois) , dont une commençant par la formule musulmane hismiUah (Leps. n** 167). En outre plusieurs des signes que M. Lenormant regarde comme des indices de christianisme me semblent peu décisifs. Certaines formules épigraphiques, telles que uhv > y 21 * pouvaient être, par leur extrême simplicité, communes aux chrétiens et aux païens. Je pense pour ma part que les Nabatéens païens, les juifs et les chrétiens ont fait des pèlerinages au Sinaî dans des buts différents, et ont écrit leurs noms

crois devoir appeler 1 attention des philologues et des historiens.

MvpoiXXas, nom donné comme celui d'un Arabe dans un papyrus grec du Louvre (n^ kS) du temps des Ptoiémées. Je dois la connaissance de ce papyrus k M. Egger; ovXAo^ représente 4Mt, lié avec la voyelle finale du mot précédent.

Zajuapo^XXo^, nom arabe du i"* siècle avant notre ère, conservé par Josèphe (Antùi. XIV, xiii, 5), ana* logue au nnoe; des Hébreux , à l'nDtrnDM {^epanùif») des Phéniciens. Le nom himyarite (jdJ^j^^, que les Arabes expliquent d'une manière puérile, est peutêtre composé du même verbe et d'un mot inconnu.

Aas. La forme pleine de ce nom , très-commun dans r Arabie anté-islamique , était certainement Aus* Allah [donmn Dei). On trouve , en efifet , dans les inscriptions du Sina! w^n , ^n^M «;iM et le diminutif ltr>lK^. Les inscriptions grecques n ont fourni jusquid avec certitude que la forme AH^os. Lë^smscriplions himyarites donnent la forme b»V^K [Aasb et les inscriptions sinaîtiques la forme *)^3^3^t!;iK [Ausalbal ) ^, pour ^h9:ih» triM a don du Seigneur ». On

dans la vailée qui y conduit. D'autres même, comme celui qui a ^rit/ Cessent Syri conte Laiinos Romanos, y ont été probablement sans but religieux.

^ Ibn-Rbaldoun , Suppl. ar. 7^2 ^, tom. II , fol. 23 , v. — Cf. Ganssin de Perceval , Essai, I, p. 80.

* Tucb , dans la Zeitschrift der deatschen morgenlàndischen Gesellschtrft, 1849, p. ^^7* i^^t >A>* 1^^) >7â->77f 186, 197, 201, 2o4-

^ Osiander, dans la Zeitscknjt der deatschen morgenUmdiseken Gesellschaft, i856, p. 5s, 53 , 73.

^ Tucb, p. 139, i53, 177.

sait que dans ]es inscriptions sinaîtiques le» voyelles casuelles sont écrites par des lettres quiescentes.

Zàbd , Zobeid. Les formes pleines seraient Zabd- Allah et Zobeyd-Allah «donum Dei», parallèles aux Zahdiely Zebadia, lozabad, Elzabad, Zabady Zaboud des Hébreux. Aucun nom arabe n'est plus fréquent dans les inscriptions grecques, soit sous sa forme pleine, soit sous sa forme défective : ZeësiSasy Zdë- Sas, ZdeSos, ZdëiSos, ZaSSiXas, Za€SfiX6s. Il fut grécisé en ZvvéSiosK Polybe (V, lxxix, S) mentionne également un général arabe du nom de ZaSSiëv^os.

Zahel, Nom conservé par Josèphe {AntUf. XIII, IV, 8) sous la forme Zdëv^os, comme celui d'un émir arabe , et par les médailles sous la forme hn^i ^, comme celui d'un roi arabe. M. de Luynes y voit une contraction de ZabdieL On trouve, en effet, un général de Zénobie nommé Zaba ', et le nom même de ZvvoSia est devenue chez les Arabes Zebbâ^.

Saad, Soaid. Inscriptions sinaîtiques : >n^K nver (Tuch, p. i4o, 160; Blau^, p. ^ià)=zM\ «Xam* «beneficium Dei»; ^b^D^K IVC^ (Tuch, i53, 209) «don du Seigneur»; ^6eSos (Bœckb, ASyG, A6A2). On pourrait aussi rattacher cette dernière forme à

Honein. Ce nom se retrouve dans un grand

1 BaU. archéol. de VAth. franc, avril 1 855 , p. 87 etsuiv. 379 etsuiv. ' De Luynes , Revue numismadqtte , 1 858 , p. 397 et suiv. ' Vopiscus, apad Script hist, Aag, p. 217 (edit. Salmasii). *,€au88m, Essai, II, 198, 199.

* Dans le Zeitschrift der deutschen moryeidànd, Gesdlsch, 1 855.

* Meidani, Prav, vi.

nombre d'inscriptions grecques sous la forme Ovatvos. C'est le diminutif de Hanan, qui ne se rencontre qu'en hébreu. Ce nom suppose également après lui le nom du Dieu unique , ainsi que cela a lieu dans les noms hébreux Hananel, Hanania, Hanniel, et dans le nom carthaginois Hannibaal. lohanan et le nom édomite Baalhanan offrent la combinaison inverse.

Avvv^os, Ce nom, conservé dans une inscription grecque ( Bœckh , A 6 a o ) , parait ofirir la forme pleine du précédent; comparez la relation de ZaSSiXas ou ZéëSni^os avec ZdêSos.

OiàtSSîiJ^os (Bœckh, &608). C'est peut-être ^x^j M = tt Deus unicus (est) n.

ÙcraieXos (Bœckh, n^ &6ia ) paraît aussi renfer* mer le nom de la divinité.

Teim, par abréviation pour Teim-AUah. Ce nom, qui signifie serviteur [de Diea), est très - fréquent avant l'islamisme^. On le trouve dans les inscriptions grecques sous la forme Qdïptos, deux fois sous la forme complète SéfiaXkos (Bœckh, n~ &636, /i 6 3 7 ) , et dans les inscriptions du Sinaî sous la forme '»n^K"D'»n(Tuch, p. i4o). M. V. Langlois conjecture avec beaucoup de finesse que le nom de TifiôXaos^ porté par un souverain arabe à Palmyre , devait correpondre à Teim-Allah.

Ova&ùlaffos. Nom très-commun à Palmyre sous la dynastie arabe des Odheyna. C'est indubitablement aMI 1^^ «donum Dei^».

^ Gaussin , III , p. 698.

* L'explication de M. Gb. Lenormant (Revue nom. i846, p. 375),

:2aX(AdXaBos (Bceckh, /i&86) = ^1 Jb^. Le hé final de Allah a été changé en thav pour supporter la ter> minaison, comme cela a eu lieu dans Ova€dXkaBos , JAaX^xflSos (Bœckh, 1x5 go). Peut-être faut-il rapprocher de ce nom le diminutif écourté Soleym := 2^- T^fÂos (Bœckh, A635).

. Abdallah. Ce nom figure dans les inscriptions sous la forme écourtée ASSos; on le trouve sous la forme pleine ^n^tcns:^ dans les inscriptions sinaïtiques (Tuch, p. i&i, i/i3, lUà). Le nom de Sei-. SovXos semble parfois en être la traduction ^ Le nom à'Abdxdlah est porté par plusieiu^ personnages historiques antérieurs à Mahomet^. La forme diminutive et écourtée Obeid se trouve dans Bœckh, n"" /i63o, dans les inscription du Sinaï (Tuch, p. iSy, i43), et dans le nom Obedas ou Obodas des rois nabatéens (de Luynes, p. 3o5-3o6). La forme >^y3*?N na» ( Aftdalbal ) se trouve souvent dans les inscriptions sinaïtiques (Tuch, p. i32 note, i39, i4o, i53, 177, i86, 211).

d*aprës la({uelie le nom de Wahallat renfermerait le mot Baalatk, féminin de Baal, me semble inadmissible. Le nom grec correspondant à JVahallatk n^est pas Athénodore, comme le suppose le savant nmnismate; Athénodore correspond à Odénath, et d*ail]ears ce nom figure sur les monnaies comme désignant le fils de Wabaliatb , et non comme synonyme de Waballath. (Longpérier, notes aux Lettres da baron Marchant, p. 435.) En second lieu, Baxilat ou Baxilthi ne correspond pas à Âtbéné, mais bien à Vénus. En troisième lieu , la rédaplication du A ne se J4istifierait pas. Enfin Texplication des trois premières lettres du mot par {<1X « -eligere, est contraire à la grammaire et ne peut s*appuyer sur aucune analogie.

^ Le Quien , Onens christ, III , p. 737.

* Voir les tableaux et Tindex de V Essai de M. Gaussin de Perceval.

Je n'insisterai pas sur le nom d* Abdrerrahman ni sur quelques autres noms purement musulmans qu'on trouve dans les généalogies avant Mahomet. Ces noms ont peut-être subi quelque modification 4 comme cela arriva aux noms de TeynHdiÂt et de Aus-Monâi, d'oà l'on chercha systématiquement à faire disparaître le nom des fausses divinités.

Gannallah et Garmalbal. >îihH Di:i et son diminutif lona se trouvent souvent dans les inscriptions sinaï* tiques (Tuch, p. 187, i/io, aoa, 2o4). On y trouve également «ï^^D^K ma (Tuch, p. 187, 189, i53, 178 note ,208,210; Blau , p. 2 3 1 ) ; TapfiaX&Ck (Lepsius^, n" i34.) Le mot ana avait dans l'arabe de l'époque de notre ère le sens de serviteur ou d'adorateur. Comparez 'Sofi^tyépaiios = lo^^^^ûOj^ « coltor solis ^ » ; rapfioBcivn '.

Les noms himyarites nous amènent aux mêmes conclusions que les précédents, mais avec cette parr ticularité que le nom de Dieu qui figure dans ces noms nest plus Allali^msis £2 comme chez les Hébreux.

XjoptSarfX. Nom himyarite conservé dans le Périple de la mer Erythrée attribué à Ârrien , et appartenant par conséquent au 1" siècle de notre ère*. On le retrouve fréquemment dans les inscriptions

' Denkmàler aus JEgypten nnd JSthiopien, pi. XIX.

* Cureton, Spic» syr. p* Tj*

^ G. Mûller, Fragnu hist. gr, III, p. 5o2. — Cf. Mém. de l'Acad, des Inscript, t. XXIII, a* part. p. 334.

* Geogr, Gr. Min,], p. 374 (édit. C. MùHer).

himyarites sous la forme bKsn^. M. Osiander Ta bien expliqué ^.

ÈXéalos. Nom himyarite de la même provenance et de la même époque que le précédent^. M. C. Mûller propose , sans motifs suffisants , de l'identifier avec le nom d'EUsar ou Ilisar ( Dhil-Azhar? Eleazar?)^ que Strabon et Ptolémée placent dans la même région comme nom de chef et nom de tribu, selon l'usage arabe.

hn^fT' Nom himyarite (Osiander, p. 5^, 55), purement hébreu et quant à la forme et quant à Tidée. Comparez n^i^n*» , ^K^n*» , :fTV , vt^^k. C'est le Yedcil (écrit à tort Bedaîl) des historiens arabes^.

^KDp\ Nom himyarite (Osiander, p. 52, 55), pu* rement hébreu. Compare? n^Dp\ D^p^^K, D^PM».

bnmt: ou J^-ftj>.I^ et ni^bii ou ^v-ô^t. Voir sur ce nom les explications de M. Osiander (p. 5i, 52). Le nom de Schoarahbily fréquent dans toute l'ancienne Arabie , et qui se retrouve dans les inscriptions himyarites (Osiander, 5i, 5A), y correspond, comme ailleurs GarmalbalhGarmaUah. BU y en effet, semble représenter ici Boal^ comme dans le nom d'Attambile, porté par plusieurs souverains de la Mésène^.

^ Zeitschrifi der deatschen moryenlândUchen GeseUschaft, i856, p. 54-55 , 59 , 6g.

* G. Mûller, ihid, p. 277.

^ GaussÎD, I, 137.

* Voy. Quatremère, Journal des Savants, octobre 1857, P* ^^3* Je ne puis omettre de mentionner ici , sans oser cependant l^adopter, ane conjecture de M. V. Langlois, qui voit dans le nom à*ÂttambUe la forme cJL ^Lke, analogae aux surnoms que portèrent tant de souverains musulmans.

Le nom d'Ânnibal est de même rendu en arabe par Anbîl^.

Sm» (Osiander, p. 53-56} afilius Dei», analogue de Benhadad, Diogenes, etc.

^aaarfX. Nom iduméen porté par plusieurs membres de la famille d*Hérode. Ce nom me parait de ]a même catégorie que ceux qui précèdent ^.

HaTavdekos. J'insisterai moins sur ce nom /conservé dans Tune des inscriptions de FÂuranitide (n^ 6 ) , parce qu*ii est plutôt juif qu'arabe : il parait cependant avoir été porté par un Arabe.

Cette liste s'allongerait encore , si aux noms précédents on ajoutait, selon une conjecture de M. Osiander (p. 56), quelques noms où i^s^ semble correspondre à |r^3^ ule Très-Haut». D'autres composants des nomshimyarites, noer, nDK« nDi> snD, dont on ne se rend pas encore un compte bien rigoureux , et le nom de npD^K , très-fréquent dans les inscriptions de Mareb ^, semblent aussi se rattacher à des combinaisons où le monothéisme est impliqué.

J'en dirai autant du nom paimyrien kaiXolfuis, quoique Tinterprétation en soit incertaine. Ce nom paraît correspondre à Ztivéêios et renfermer une

^ Al-Bekri , Jowmal asiatique, décembre 1 858 , p. 5 1 8 et suiv.

* Comparez Assemani , BibL orient, 1 , 4 1 9-

' L^bypothèse de M. Fresnel (Joum. asiatique, septembre-octobre i845 , p. 302 et suiv. a 35 et suiv.) et de M. Osiander (Z. der d, m, G. i856 f p. 63 et suiv. ) , d'après laquelle ce nom serait celui de la prétendue reine Belkis, tombe devant ce fait que le nom de Belkis esc une altération de celui de VixavXis (Sacy, Chrestomat. arabe, III, p. 53o).

J. As. Extrait n"* 3. (1869.) 3

notion monothéiste ^ La leçon KeuXdfiets^qiie M. de Vogué a voulu changer en kkiXifAets, est certainement la bonne, comme le prouve une inscription bilingue, où à cette transcription grecque correspond la forme sémitique dV^s^k ^.

N*est-ce pas un fait bien remarquable que de retrouver ainsi dans Fancienne Arabie des noms semblables à ceux dont on attribue d'ordinaire l'introduction à l'islamisme, et chez les Himyarites, des noms qu'on prendrait au premier coup d'œii pour des noms juifs? N'est-on pas en droit d'en conclure que le culte du Dieu suprême, Ilah, Ai-Bal, El, formait le fond du culte de l'Arabie avant l'islamisme? On dira peut-être que de tels mots , quoique signifiant simplement a Dieu d , étaient devenus dans l'esprit des Arabes des noms de divinités particulières, comme cela avait lieu pour les noms d'£/ et de Baal chez les Phéniciens et les Syriens. Mais, outre que cela établirait notre thèse à un point de vue plus général, ainsi que nous le démontrerons bientôt, on ne saurait, selon moi, admettre une pareille explica- Uon. £n effet l'emploi de ces mots dans les noms propres que nous avons cités suppose une acception xaT è^Sx/tv. L'article à' Ai-Bal en fait l'exact correspondant d'Allah. De plus, la suppression régulière du second mot dans les noms tels qïieZabd, Ans, Teint,

^ Cf. M. de Vogué, dans le Bulletin archéoloffiiiue de l'Atkenœnm français, i855, p, 38. — A. Levy, dans ie Zeiisckrift der deutschen morgerdàndiichen GeaeiUchaft , iS&8,p. ai3, nota.

^ Bœckb , Corpus, n^ 45o3. — Kopp, BUder und Schriften, Il , 25 1 et suiv. Les lettres qui suivent sont fort douteuses*

Honein , etc. suppose évidemment que ce second mol était le nom du Dien suprême ; c^r, si ce second mot avait été un nom de divinité particnlière , il eût fait le trait caractéristique du nom et n eût pu être retranché. On comprend que Abdr Allah, Ans-Allah, Teim- Allah, etc. soient devenus Abd, Ans, Teim; mais on ne comprendrait pas que Abd-Monât, Abd-alrOzza., Abd-Kélâl, fussent également devenus Abd, puisque la consécration spéciale à une divinité était le but qu'on se proposait dans de tels noms ^ M. Osiander ^ remarque avec justesse que le nom de El, qui entre si fréquemment dans la composition des noms propres himyarites, ne figure pas une seule fois dafns les listes de divinités particulières qu'on lit sur tes inscriptions. N'osant toutefois entendre ce nom dans le sens monothéiste, il est obligé de supposer que El avait un autre nom plus solennel qu'on préférait dans les invocations officielles, hypothèse dont Tinvraisemblance frappe au premier coup d'œil.

Il est très-vrai que TAiTibie anté-islamique nous offrirait un nombre presque aussi considérable de noms idolâtriques; mais elle offre aussi beaucoup de noms chrétiens, sans que personne ait conclu

' M. ie due de Luynes, dans son beau mémoire sur les monnaies deaMabatéens {Rev. namisnu iS58 , p. 3o6 , noie) , pense que plusieurs de ces noms renferment ie nom de JaL ou Jéhovah, conmie ceux des Juifs. Mais le seul exemple qu*i] cite, Obedas, ne prouve point cette thèse. Obedas est simplement Oheid, comme le démontre l'analogie des transcriptipns de TAuranitide (vpy. Boeckh, n** 463o). Les Nabatéens employaient la terminaison as an lieu de la terminaison oSf qu ou préférait dans TÂuranitide.

' Z, der d, m. G. 1 856 , p. 61.

de là que tous les Arabes de ce temps fussent chrétiens. Il n*a jamais été dans ma pensée de soutenir qu'il n y eût en Arabie beaucoup de païens : TArabie, à cette époque , n'avait aucune religion exclusive. Ce que je maintiens, cest quau milieu de l'éclectisme religieux qui régnait dans le pays, le culte du Dieu suprême avait conservé de nombreux adhérents. Voilà ce qui ressort d'une manière invincible des noms précités , surtout si Ton songe que le témoignage des historiens arabes nous a menés exactement au même résultat^.

Dira-t-OB que les noms monothéistes que nous avons cités sont le contre-coup de la grande importance que le judaïsme avait prise en Arabie longtemps avant Mahomet? Cela n'est point soutenable, d'abord parce que plusieurs de ces noms sont antérieurs à notre ère, c'est-à-dire d'une époque où il n'est guère permis de supposer une influence juive en Arabie; en second lieu, parce que l'influence des religions , quand elle n'aboutit pas à des conversions en règle, s'exerce, non par ce qu'il y a d'élevé dans leurs dogmes, mais bien par le petit côté du culte et des observances. Que le judaïsme eût donné de fort bonne heure des pratiques religieuses à plusieurs tribus arabes, je n'en serais pas surpris; mais qu'il leur eût inspiré l'esprit monothéiste, si cet esprit n'avait point été en elles , c est ce qui me semble inadmissible. D'ailleurs si des noms propres avaient été introduits chez les Arabes par le judaïsme , ces

^ Voy. ci-dessus, p. s3-2à.

noms auraient été des noms juifs, comme cela eut lieu , en effet, chez les tribus , en deçà et au delà de la mer Rouge , qui se convertirent à la loi juive [Abréha , Iakoub, etc.), bien plutôt que des noms tels que Teint' AUah, etc. profondément indigènes. Les idées inexactes qu*on se fait sur la manière dont s'opère le contact des religions et des littératures ont seules pu autoriser Thypothèse invraisemblable que je combats en ce moment.

On n*est donc pas fondé à dire que le monothéisme na été chez les Arabes qu'un contre -coup du judaïsme et du christianisme. Sans doute ce fut le commerce avec les Juifs et les Chrétiens qui inspira Mahomet et décida sa mission ; mais l'islamisme était en réalité une réforme bien plutôt qu une révolution radicale , et Mahomet n'avait pas complètement tort de le présenter comme un retour à la religion d'Abraham. Plusieurs de ses contemporains , travaillés des mêmes besoins que lui, arrivaient exactement au même résultat , et cherchaient par toutes les voies à restaurer la pure religion patriarcale ^ Le contrecoup, d'ailleurs, est toujours inférieur à la cause qui le produit, et si le monothéisme n'avait été inoculé k l'Arabie que par le contact des Juifs ou des Chrétiens, comme cela, par exemple, a lieu de nos jours pour la Chine, il y serait timide, indécis, mêlé de restes des anciennes superstitions. Or, loin que l'islamisme soit moins monothéiste que le christianisme

^ Caassin, Essai, I, 3a i et saiv. — Sprenger, Life of Mohammad, p. 38 et suiv. 1 55 et suiv.

et le judaîane oe Tétaient au vu' siècle, il faut dire qail Test beaucoup plus. Jamais Tidéal du monothéisme sémitique n*a été plus complètement atteint; plusieurs des dogmes chrétiens soot considérés par les musulmans comme entachés de polythéisme, et on peut même dire que ces dogues ont été par antithèse la cause occasionnelle de Tapparition de Tislam. Si l'Arabie en effet n'avait trouvé dans ses ins* tincts des motifs de répulsion contre la divinité de J. G. la Trinité, Tlncarnation , les expressions dejib et de mère de Diea^ elle fût devenue chrétienne. Pourquoi ne le devint-elle pas? Parce que sa natiine profondément sémitique se révoltait contre ces idées d un tout autre ordre , en sorte que , pour opérer la réf<Hrmc religieuse dont elle éprouvait depuis longtemps le besoin , die fut obligée de suivre sa voie particulière, et de se séparer profondément du reste du monde , qui , moins puritain , accomplissait sa con* version au monothéisme en embrassant simplement les dogmes chrétiens^

Et ce n est pas seulement à Tépoque de Mahomet que se décMe en Arable cet instinct de réaction contre les complications superstitieuses , dont les cultes tendent plus ou moins à se charger en vieillissant. Toutes les fois que dans la longue histoire de l'islamisme la race arabe a pris part aux développements du dogme qu'elle avait créé, ça été pour essayer de le ramener à sa simplicité primitive, pour écarter les superfétations que les peuples convertis, et bien moins puritains en religion , cherchaient à y intro-

duire. La révolution almohade, la tentative des Wahhabites, bien d'autres encore, doivent être enr visagées comme de nouveaux isiams , souvent presque indépendants du premier, et provenant de cette es* pèce de ressort secret qui porte la race sémitique à réagir sans cesse dans le sens du monothéisme. Si le wahhabisme, en particulier, n*a pas réussi, c'est qu'il a trouvé le monde dans un état complètement différent de celui où était l'humanité è l'époque de l'hégire; il lui est arrivé ce qui serait arrivé aux premiers musulmans , s'ils avaient trouvé à côté d'eux un empire grec et un empire sassanide encore puissamment organisés ^. Or dira-t-on que le wahhabisme est un contre-coup du christianisme ou du judaïsme? Non assurément. Il est bien plus monothéiste que les deux religions précitées , et doit être envisagé, ainsi que l'islamisme, comme le fruit des instincts les plus profonds de l'Arabie. L'esprit qui présida à l'apparition du wahhabisme tient, en effet, à ce qu'il y a de plus intime dans le caractère des Bédouins , et surtout à cette fierté qu'ils portent jusque dans leurs rapports avec la divinité. Le Bédouin traite la divinité comme toutes les puissances , d'une &çon cavalière et presque dédaigneuse. Le poëme de Job, si plein du sentiment de la grandeur divine, et pourtant par moments si près du blasphème , si étranger à toute idée de dévotion , me parait à cet égard le vrai miroir de l'esprit du Sémite nomade.

' VoirBorckhardt, NotM on the Bédouins and Wakabys (London , i83i), 1. 1, p. 99 et suiv. t. II, p. 96 et saiv.

Cet esprit vit encore de nos jours dans TÂrabie et chez les tribus nobles qui ont passé en Afrique, a On suppose les nomades superstitieux , dit M. d*Ëscayrac de Lauture , qui a très-bien compris certains traits du caractère arabe; ils sont indifférents, plus indiffé* rents que nous en matière religieuse , et cette loi est générale. Leur religion, quand toutefois ils en ont une, est le monothéisme; à peine trouverait-on un exemple du contraire ^. »

Il s*en faut, en eOet, que le monothéisme soit le produit d une race qui a des idées exaltées en fait de religion; c'est en réalité le fruit dune race qui a peu de besoins religieux. C'est comme minimum de religion, en fait de dogmes et en fait de pratiques extérieures, que le monothéisme est surtout accommodé aux besoins de popidations nomades; voilà pourquoi on peut dire également et que les Bédouins sont les moins pieux des musidmans , et que c est chez eux que l'islamisme est le plus pur. On chercherait vainement chez les Arabes nomades les superstitions, les dévotions mesquines qui ont terni presque partout la doctrine unitaire; de là ce phénomène singulier que Tislamisme du Soudan est bien plus conforme à la pensée primitive de Mahomet que celui de Syrie , d'Egypte , de Constantinople. Les derviches et les ordres religieux, qui ailleurs ont supplanté les ouléma , n'exciteraient parmi les nomades

' Le Désert et le Soudan, p. 34 o. M. Burton a fait exctement les mêmes observations. (Personal NarrtUwe ofa pilgrimage to eUMedinak and Meccah, vol. III, p. 79 et suiv..)

que le dégoût. Ce puritanisme confine parfois à Tincrédulité. L'Arabe bédouin, à force de simplifier sa religion, en vient presque à la supprimer; c^est le moins mystique et le moins dévot des hommes. Sa religion, renfermée dans un seul mot, Dieu est Dieu, ne dégénère jamais en crainte servile. «Le Persan, le Criméen, le Turc, dit encore M. d'Escayrac, traversent la moitié de TÂsie, le noir du Sénégal affronte un voyage de deux années pour adresser à Dieu leurs ferventes prières dans le sanctuaire de rislamisme; le Bédouin, qui chaque année vient planter ses tentes sous les murs de la ville sainte, ne dépense pas un quart d*heure pour assurer son salut, et meurt à quatre-vingts ans sans avoir accompli le premier devoir du musidman. »

Une loi rigoureuse nous montre f islamisme d'autant plus pur qu'il reste plus exclusivement renfermé dans la race arabe, d'autant plus altéré qu'il s'en éloigne davantage. Gela revient à dire que l'islamisme est l'expression même de l'esprit arabe, et dans un sens plus étendu de l'esprit sémitique. Le même raisonnement peut être fait sur le judaïsme : cette religion, en effet, ne conserve sa pureté que tandis qu'elle ne sort pas de la race Israélite ; toutes ses réformes , celle de Moïse Maimonide par exemple, sont des réactions contre l'anthropomorphisme et un effort pour arriver à une idée de plus en plus abstraite de la divinité ^ Il faut donc reconnaître

^ Je serais tenté de rattacher à la même tendance le panthéisme abstrait de Spinosa , si différent du panthéisme vivant des écoles de

dans la branche nomade de la famille sémitique une sorte de monothéisme latent, résultat de sa consti* tution psydhologique , souvent oblitéré par des causes du dehors , mais reprenant toujours le dessus , et destiné à convertir le monde à une notion plus simple de la divinité.

J*ai à m'occuper maintenant de la partie de la race sémitique qui semble former contre la théorie générale que j^ai émise f objection la plus forte, je yeux dire des Chananéens, des Âraméens, des Babyloniens, qui, dès une haute antiquité, se montient à nous comme polythéistes. C'est là un fait trop évident pour que je n'en eusse pas conscience en traçant le portrait général des peuples sémitiques ; mais cette exception, si grave quelle soit, ne m*a pas arrêté. En effet, quelque importantes que soient les fractions de la race sémitique qui viennent d être nommées, est-ce par elles que cette race a surtout agi dans te monde? On ne saurait le soutenir. Qu'estce que la Phénicie dans l'histoire universelle comparée à la Judée? Qu est-ce que Babylone comparée à TÂrabie? Le rôle des deux familles chananéenne et araméenne est donc secondaire, è côté des deux révolutions colossales auxquelles ont présidé les Sémites monothéistes. Ëst-il démontré , d ailleurs, que la religion essentiellement païenne et la civilisation

philosophie indo-européeniieft, et qui est d'une provenance bien plus juive €|ue cartésienne.

iodustrieUe et commerciale de la Phënicie , de la Syrie et de la Babylonie, fiissent le fiât de ia race sémitique ^ ? Qui peut dire si cette religion et cette civilisation n étaient pas rhëritage d'une race antë* rieure à cdle qui Gt prédominer dans les pays en question une langue sémitique? Lies antiquités de l'Asie occidentale nous sont encore trop peu connues pour que, dans une peinture à grands traits , on dût mettre sur le même -plan des faits incertains et obs* ours comme ceux de la vieille histoire phénicienne et assyrienne, et des faits qui , comnae le judaïsme, le cbristianisnje et Tisiamisme , ont t^angé la face du monde et continuent encore d'y fructifier.

Les cultes de la Phénicie , de la Syrie , de la Babylopie paraissent avoir été fort ressemblants, et il semble qu'il faut former pour eux dans l'histoire religieuse une catégorie à part^. Us dérivaient évidemment de la même origine , et ils arri* vèrent plus tard à se fondre en une sorte de religion commune, qui, presque entièrement ruinée par le christianisme, continua néanmoins jusqu'au xii"* siècle de notre ère sa misérable existence à Harran. Un abime sépare cette religion des cultes ariens; une

^ Pour ne citer qtt*ua eiemple, uo des traits ies plus caractérisatiques de la religion de ces contrées, la prostitution sacrée, ne paraît ni d^origine sémitique, ni dVrigine arienne. J'y vois, avec M. le baron d*Eck8tein , un héritage de la vieiHe race civilisée qui semble avoir précédé dans Tlnde et dans TAsie ocoâdenlale Tarrivée des races ariennes et sémitiques.

* Consulter pour le tableau de ces cultes les ouvrages de Selden , de Movers et de Chwolsohn.

forte ligne la sépare aussi des cultes purement monothéistes; mais Fabime est loin d'être de ce côté aussi infranchissable. Chez les peuples ariens , le polythéisme est le fond même et Torigine de toute la religion; plus on renionte vers l'antiquité, plus on le trouve caractérisé. L* Arien comprit la nature comme multiple et animée dans chacune de ses parties; il vît dans tous les phénomènes de ce monde Taction de causes libres. L'idée dun Dieu unique et suprême n apparaît chez les peuples de la race indoeuropéenne que comme un fruit de la réflexion philosophique, et cette réflexion devait être insuffisante pour amener une conversion générale de la race au monothéisme, comme le prouve le spectacle de la Grèce à Fépoque de Julien, et celui de Tlnde de nos jours. Les dieux ariens sont des éléments ou des phénomènes naturels envisagés sous certains aspects: peu à peu ils deviennent des individus; mais alors même ils restent profondément distincts Tun de 1 autre , et ce nest qu'à une époque moderne qu'on arrive à les classer et à les subordonner les uns aux autres par des procédés artificiels. Tel n'est point Taspect sous lequel nous apparaissent les religions de la Phénicie, de la Syrie et de la Babylonie. Le polythéisme , chez les peuples de cette région de l'Asie , est superficiel, et semble tenir à des malentendus, à des contre -sens, à des interprétations grossières des dogmes antérieurs, bien plutôt qu'il un concept primitif. Quoi qu'en disent M. Valke et M. Movers, on chercherait vainement à quel élément , A quel

phënomène naturel correspondent les noms des divinités de ces différents pays : les impressions fugitives de la nature , qui ont laissé leur trace dans les formes même les plus défigurées de la mythologie arienne , n ont évidemment joué aucun rôle dans ces théogonies d'un ordre nouveau. Les êtres qui entourent la divinité suprême, niKSS (?), D'^t^np» D^nVîT'»», r^y, Zophésamin, Cadmiles, iËons, (j^U, ne sont jamais des forces naturelles existant par elles-mêmes, mais des créations ou des émanations de la divinité unique. On trouve des déesses, il est vrai, chez les Sémites païens; mais le rapport des dieux et des déesses n*a rien produit chez eux d'analogue aux grandes légendes mythologiques de rinde , de la Grèce , de Tlran , de la Germanie. Plusieurs de ces déesses paraissent même devoir leur existence à un système- absurde d'interprétation évhémériste : telles sont , dans Sanchoniathon et Bérose , la fenune haœi et la femme ùiiopanid^ à peu près comme dans la Cabbale la n^^se^ « Présence divine n est devenue une sorte de divinité femelle , par une nuance fort analogue à celle du mot BjjA^ en turc et en persan. Le culte des astres lui-même, qui parait, depuis une haute antiquité, avoir eu beaucoup d'importance parmi les Sémites^, est loin d'oilrir les caractères d'un culte primitif. Les mythes qui se rapportent au soleil dans les Védas et dans les plus vieilles fables grecques n'ont rien de cette astrolâti*ie systématique , qui parait reposer sur un fond de science et de

' Job, XXXI, 36-27 — C^* Vatke, Die hihl TheoL p. 365 et soiv.

technique sacrées, Intttile de faire observer que les opinions répandues parmi les savants du xvii* et du xyiif siècle sur le sabéisme ou culte des astres, envisagé comme la plus ancienne religion du monde, sont entièrement erronées. Ces opinions n avaient d'autre base que Tautorité des écrivains arabes, ou plutôt de Moïse Maimonide , leiu* écho : or les Arabes et Maimonide paraissent avoir composé leur théorie sur le sabéisme d'après des vues à priori sans valeur, et au moyen de confusions de noms qui , grâce aux travaux de M. Chwolsohn, sont maintenant complètement édaircies.

. L'analyse étymologique des noms des divinités phéniciennes, assyriennes, babyloniennes et même arabes nous révèle, selon moi, le procédé fondamental par lequel s^est formé le polythéisme sémi* tique. Si nous parcourons ces noms , nous trouverons au fond de presque tous le nom du Dieu suprême, appliqué, par une méprise dont les exemples abondent dans rbîstoire des religions , à une divinité particulière.

EL est, sans contredit, le nom sémitique le plus essentiellement monothéiste. Il n'implique d'autre idée que celle de force, de puissance; c'est, si j'ose le dire, le terme générique pour exprimer la divinité. El, pourtant, se particularisa de bonne heure chez les peuples sémitiques, comme semblent le prouver : i"" les noms de villes chananéennes ^Ht2p {Jasaé, xv, ai)» VK»*)r (ibid. xv, 56), qu'on trouve mêlés, vers l'époque de la conquête Israélite , à ceux de {UTD'^s

(Josaé, XV, /t 1 )« ^y3"nnp (î6. 60) ' ; ^''les noms des rob syriens Vkîh (I Reg. xix, 1 5 , etc.), sti^Vk {ibid. xi , a3) < mêlés à ceux de "vin J3 ( ibid. xv, 2 o , etc. ) , f lonsta ( i6û2. XV, iS);i^ un assez grand nombre de noms propres, recueillis sur les monuments et les pierres gravées , par MM. Movers et Levy ^. Je ne citerai que le nom ^KnoD , qui semble mis pour ^Knono , a princeps prin* cipum (est) El. » ÀTépoque plus moderne des cultes sémitiques, qui nous est connue par les sources grecques, IXo^, identifié avec KpSvos, est de même un dieu particulier ', mais un dieu particulier sous lequel on sent distinctement encore les traits du Dieu suprême. Le nom si caractéristique des Kadmiles ( Vk'^dip ) « ministri Dei ^ n , qui suppose une notion encore monothéiste de la divinité, est, à cet égard, la meilleure démonstration. Le nom de '^Knsip, .en effet, se trouve chez les Hébreux comme nom propre appliqué seulement à des individus de la tribu de Lévi. L*idée qu'eurent les Grecs ou les Phéniciens hellénisés d'identifier Ilos avec Kronos est ,

^ On peut y ajouter, avec M. Movers [Die Bel. der Phœn. p. 667), le nom de localité Phaniel ou Phanael, indiquant des apparition» de la divinité qu on croyait être arrivées en ce lieu. Cependant ce nom est rattaché à une circonstance de Vhistoire juive ( Genèse, xjuu, 3o).

' Movers, Phœnizische Texte, I , p. 47 et saiv. — Levy, PhoBumsche Stadien, II, p. 2 9-33.

3 Voir la dernière des théogonies conservées par Sanchoniathon , p. %ù et suiv. (édtt. Oreili). J*ai développé au long mes opinions sur Y Histoire phémcierme de Sanchoniathon dans un mémoireinséré dans le tome XXIII, a* partie, des Mémoires de t Académie des inscriptions et belles'letires.

* Movers, DieReL der Phœn, p. 5ao et suiv.

de même , fort remarquable : dans plusieurs autres cas nous verrons les dieux sémitiques sortis d*une notion primordiale d'infini et de temps sans limite^, faire aux Grecs Tefiet de vieillards, et revêtir les traits de Saturne^. Observons enfin que ce nest qu*à une époque fort moderne que les peuples ariens eurent ridée de noms tels que Qeé&iâpos, Dévadatta^ tandis que les noms composés avec bn remontent, chez les Sémites, à la plus haute antiquité.

Le nom de Baal ou Bel prête aux mêmes observations que le nom précédent. Dès une époque fort ancienne, on le trouve apphqué aune divinité particulière , et pourtant , comment douter qu'à l'origine ce mot n ait désigné le Dieu unique ', quand on considère sa signification générale de maître, seigneur, et surtout quand on remarque que, dans les documents hébreux les plus anciens , on le trouve toujours avec l'article, ^^sn? Dans les inscriptions sinaîtiques , on le trouve également précédé de l'article et dans un sens monothéiste : ^y^bn «le Seigneur». Baal, comme El, fut identifié avec Rronos, et représenté comme un dieu antique et primitifs. Ce n'est qu'à une époque moderne qu'on le voit appliqué, comme

' Les conjectures de M. Levy sur la signification primitivement matérielle de ces roots (Phcenizische Studien, I« 19) me paraissent sans aucun fondement.

' Movers, Dû Bel, der Phœn. p. 262 et suiv.

' Selden l*a très-bien vu. DedUs Syris,p, lai et suiv. (Amsterdam, 1680). ^- Cf. Movers, op. cit, p. 172 et suiv.

* Movers , p. 1 85 et suiv. — Ghwolsohn , Die Ssabier, II , 89 , 1 66 , 169, 275 et suiv. Les auteurs arabes rappellent «l^Jt ^î^ «1« vieillard grave 1.

les autres noms du panthéon babylonien , à un culte planétaire.

Les noms de divinités dans lesquels entre , comme composant, le mot Baal ou Bel, impliquent également le pouvoir suprême et non partagé. Tels sont : fielitan , Baliton , hcâXoBrfv = |n>K by2 = B^Xo^ à dp^ Xouos ^ ; Beelsandn ::=xvptos ovpavov^\ BaaUMelèk ou Balmalkus ' ; Malakhel ^. D'autres noms , tels que Bajal- Berith, Baal'Peor, Boal-Zeboah, Baal-Gad, Baal- Sour, Baal'Tarz, Baal'Thamar, Aglibol (Elagahal), larihol, etc. renferment, il est vrai, une limitation, mais une limitation tirée de certains rites et de certaioes localités ( comme Zeùs Ôpxios, Zeàs dnà- (luios , etc. ) , non du caractère personnel des divinités représentées par ces noms. Chez les Hindous , les noms de divinités composés avec pati « maître », tels que Vrihaspatij sont aussi des dédoublements de Brahma formés à des époques modernes.

Le nom de la divinité arabe J^, Hobal, parait identique à hy^n ^ ; mais il est possible que ce soit là un emprunt moderne fait à la mythologie de la Sy-

^ Movers, p. a 56 et taiv.

* SaDch. Fragm, p. 1 4. — S. Augustinus , ad Judices, cap. xti. — Plante, Pcvna/iUj act V, scii, v. 66. ^- Cf. Ghwolsohn, II, iSq. — Joum. asiiU. décembre i858, p. 5ao.

' Nummi Cilic. apud Gesen. Moiuaru phœn, p. a85.

* Movers, p. doo et suiv. •— Lajard , Jlfi^m. de lAcad» des inscr, t. XX, 3* part. p. i5 et suiv.

' Les Arabes expliquent ce mot dans le sens de annosus, ce qui répond au moins à Vidée que TOrient de la moyenne époque se fit de Bel, (Voir à la page précédente.)

J. As. Extrait n° 3. (1859.] à

rie ^ Le nom de Bàal paraît Sfvoir été étrahager aux Sémites monothéistes : on le trouve en Âraotée, en Gbanaan, chez les Nabatéens de.Pétra, mais non chez les Hébrem , chez les Arabes proprement dits « ni même , d une manière certaine , chez les Himyarites. Ces derniers peuples semblent préférer les formes El et Elah ou Ehh. M. Ghwolsobn conclut de là que le culte de Baal fut primitivement étranger aux Sémites. Mais c'est là un système insoutenable ^ : tout poile à croire « au contraire, que le nom de £aa{ fut un de ceux sous lesquels une des branèbes de la famille sémitique désigna le Maître suprême. Cette branche de la &miUe n'ayant pas été fidèle au culte patriarcal , et ayant laissé la pluralité s 'introduire dans la notion divine , le nom de Baal n*eut pas la fortime des autres noms e^éés par le génie religieux des Sé^ mites. Devenu un objet d'horreur pour les monothéistes purs, il resta chez eux, malgré l'orthodoxie originelle de sa signification , le signe des cultes idolâtriques et impurs. C'est ainsi que les dévas des Hindous sont devenus des démons (c2ii;) pour les disciples de Zoroastre, par suite d'un schisme qui s'opéra à une époque ancienne entre les deux branches de la famille qui a servi de tige commune à la race brahmanique et à celle de l'Iran.

Adonis est un synonyme de Baal. Il n'y faut chercher aucune individualité divine. Ce fut sans doute

* Chwoisohn , Die Ssahier, II , 1 68.

' M. Chwolsohn rapporte lui-même (ibid. p. 8ro*8i i) les objections que lui adressa M. Movers sur ce point.

le nom préféré pour désigner la divinité suprême dans quelques localités de la Phénicie , et en particulier à Byblos ^^ mais il resta en même temps le titre générique de tous les dieux ^, et ie nom de Dieu par excellence : d^rày fàéyav àyvbv kSwfêv ^< Si les Grecs ont appliqué ce nom exclusivement à Tammuz^, c'est sans doute parce que le mot njiK se prononçait fréquemment dans les chants des fêtes de Tammuz, qui les frappèrent beaucoup. Klppiç^ xïpi^y MÔpiSf donnés par les étyniologistes grecs comme synonymes d^A&upis, se rattachaient probablement à quelque idée analogue.

Marias , le dieu de Gaza , offre exactement le mâme sens qu*4doTds Du Bml, soit qu*on l'expiîque par Jlj%ùù « dominu$i noster h , înterprélation de beaucoup la meilleure , soit qu'on y voie , avec quelques interprètes, oi^^do «dominus hominnm)}.

' Voir mon mémoire sur Sanchoniathon , p. i^g. -(^Guigniaut, Beligtde l'ont, t. il, â* part. ptgad.-^MovMV, UeL^ Phmn^^Hi'

* Movers, ibid, p. igi et suiv. — Guigniaut, Aid, p. 919 et suiv.

* Oracle cité par Soerate, Hist eûcl, fil, 33. Datas une înscriplion de Tan À9 de notreère , trouvée prêt d'Apha^ia (BcBckh , n* 45 »5), et rupportée inexactement par Movers (p. 543), Adonis p^ait être appelé à (Uyialos Q-eàs, Mais cette inscription pourrait bien être de provenance juive, et eii tout caJt il faut se rappeler que lé dieâ topique était toujours le B-ads tiéyt&Jos de Tendroit

* M* ChwolsohB (II, a 10) a reniisen doute, après Engel, l'identité de Tammuz et du dieu que les Grecs ont appelé Adonis. Seè

t^aisons ne sont pas décisives. Cepend&nt le nom de 'ifammut fut iBOonnuàlantiquité grecque et latine. Les efforts deM< de Witte pour le trouver sur un miroir étrusque [ Nouv. Annales de VinsL Arckéol, t. I, p. 509 et suiv. et Bulletin de l'Inst, arckéoL 1842* p. 149-1 55) ne sont pas arrivés à produire une complète démonstration.

iJâ en hébreu signifie idole et faux dieux; mais Gesenius ^ a très-bien. vu que c'est le mot «Xa^ « seigneur », correspondant de S^sn et ]\iHr\. Préoccupés de cette croyance que les dieux des nations étaient des démons, les Juifs employèrent par suite le mot ip pour désigner des esprits mauvais. Ce passage d'idées est» du reste, très-fréquent. Ainsi les dévas de rinde,' comme nous le rappelions tout à Theure, devinrent les divs de la Perse (syr. )ou9) lors de la scission entre la race brahmanique et la race iranienne. Le mot Sa{(Âùfv a subi des transformations de sens analogues.

Les mêmes considérations peuvent s appliquer aux nombreuses formes sous lesquelles le mot *]Sd u roi » se trouve appliqué, chez les peuples sémitiques, à la divinité : Mohch, Milichus, Milcom, Milcam, Malïka, etc. et les composés Adrammélek , Anammélekf Melkart, etc. En éthiopien, la même racine a fourni le nom générique de la divinité. Le nom de Moloch, comme celui de Baal, parait avoir été en horreur aux monothéistes purs, parce qu'il servit à couvrir des cultes impurs et inhumains, en particulier celui du feu, sous sa forme la plus barbare. Mais il est clair qu'à l'origine un tel nom de divinité n'impliqua rien d'individuel , et que ce n'est point par sa propre force qu'il est arrivé, comme YAgni des Hindous, l'iltor des Iraniens, à désigner le feu.

Elioun (|r^y) «le Très-Haut n se retrouve chez les

^ Thés, s. h. v.

Hébreux, chez les Ghananëens^ peut-être chez les Himyarites^. C'était le nom sous lequel Melchlsédech adorait le Dieu unique [Gen. xiv, 18); plus tard nous le trouvons comme dieu suprême de Byblos et , ce semble , comme synonyme d'Adonis.

Rcmi « élevé » , nom de divinité phénicienne fourni par Hésychius et par les monuments', est un synonyme d'Elioun. On rattache à la même racine le nom de Rimmon, divinité araméenne du temps des rois dlsraël^. Cette étymologie peut paraître douteuse. Cependant ii est remarquable qu'on trouve le nom de Rimmon associé, comme une sorte d'épithète, à celui d'Adad (Zacfc. xii, 1 1). Or Adadest un nom bien connu de divinité syrienne, qui certainement désignait le Dieu suprême : « Deo quem u summum maximumque venerantur (Âssyrii) , Âdad (( nomen dederunt. Ejus nominis interpretatio signi- « ficat unus^. »Cette dernière étymologie (nnn == inK) est peut-être un rapprochement fictif dans le genre de ceux que nous offre Philon de Bybios; elle atteste du moins 'qu*on l'econnaissait encore , k l'époque de la décadence des cuites syriens , le fond de mono-

* Sanchoniaihon, p. 34 (ëdit. Orelli). On ne peut méconnaître sa présence dans le moiPygmàUon, G est par erreur, toutefois, qu'on y a rattaché les formes phéniciennes alonjoionim, dont la vraie transcription est i^K) D^^Kf comme Ta prouvé rioscription d*Eschmunazar (lignes 16, 18 et 22].

* Zeiîschrift der deutschen morgenlàndischen GeseUschaft, i856, p. 56.

' Movers, p. 3g5, 542. — Ghwolsoha, II, 287.

* Selden, De dus Syris, p. 254. — Gesenius, Thés, s. h. v. ^ Macrobe, Saliim. I, 23.

tbëisnie qui sis cachait soiis le nom de ce$ ¥ieflle8 divinités. Sanohonîathon dit demèitieÀJa^bf ^WiXefi^ Qtâv (p. 3A).

Lenoïnde&un€mroum(i4fùupd[vi(H), fourni par Sanchoniathon^ se rattache au même ordre d'idées que les précédents. J*insieterai moins sur le notn à'kypos , fourni par le mkne auteur, et sous lequel la plu^ part des interprètes ont vu, avec raison, Thébreu nç^ «le Tout-PuissantD. C'est là, certes, uae ooincidence des plus frappantes ; mais comme on ne trouve , en dehors 4e YHisteire fhénicienney aucunie preuve du culte de '*vfi chez un autre peuple «émitique que ehes le peuple juif, on peut craindre que ce ne soit là une de ees données hébraïques qui semblent s'êtne mêlées au fond vraiment phénicien de l'ouvrage tra.duit par Phaon de Byblos. Quand un plus grand nombre d'inscriptions semblables à celles d'Eschmunaiiiar nous se^a connu , il sera permis de s'exprimer sur ce point avec précision ^

La notion de primitive existence qui fit identifier VEl et le Baal des Sémites avec Saturne se retrouve dans plusieurs autres expressions sémitiques, qui devinrent, avec le temps, le nom de divinités particulières, mais qui, à l'origine, paraissent s'être appliquées à l'être suprême. A^laiv figure dans Sanchoniathon comme le nom d'une divinité : nul doute que cet Alciv ne soit identique à ÏOCXca/Us de Damascius, identique lui-même à D^ly, et ne se retrouve dans les Aloms des gnostiques et les ijvXV^ du Coran ^

' Voir mon mémoire sur Sanchoniathôn, p. 967-3^.

S^GOLOii , tradttctioD de Xlév ou nhXif^ semble figurer de même , sur une monnaie d'or d*Âlbin , comme nom d'une divinité d*Hadrumète^. Peut*être reste-t-il aussi une trace du mot o^\» dans le nom palmyrénien Àoi- XdfA8is{\oy. ci-dessus, p. 33). Lamême notion a fourni les noms de AkSos et Zeàs kxSffiitos , nVn , D*«nbn ^93. Elle se retrouve peut-être dans les divinités arabes Aad et Obodf quon croit expliquer par (Jyy» ou

â^, et jb^^l «tempus, pater temporisa». Elle

fait le fond de l'expression K^pi^ p^ns^ a Tâncien des

jours » du livre de Daniel (vu ,9, 1 3 , ata); peut-être

a-t-elle fourni le nom de Tidole Jt^t des Bekrites et des Taglibites', M. Schlottmann a rapproché poiu* le sens les expressions précitées du Zervan àkerene des Iraniens^ : il n*est aucune, en effet, de ces expressions qui nous ait été transmise par des textes antérieurs au contact des Iraniens et des Sémites sous les Achéménides; mais on s'explique difficilement comment un emprunt aussi particulier se serait simultanément étendu aux Phéniciens, aux Carthaginois , aux Arabes , aux Hébreux. Pour qu*Hadrumète en particulier ait honoré la divinité sous le nom de Oulom ou Sœcalam, il faut qu'une telle expression ait existé dans la théologie phénicienne.

' Leoormant, dans la Revue namwnatiqae: 1 84 3 , p. 90 et suiv.

* Movers , Rel, der Phœn, p.26i-263,338. — Bœtticher, Rudimenta mytk. semit. p. 4-5.

' Voy. le Kamous, s. h. v.

* Dans les Indische Studm, de M. À. Weber, I, p. 378.

— seau moment où la colonie punique se sépara de la mère patrie.

Le nom de Kadmas (onp), qui paraît avoir servi à désigner chez les Phéniciens une divinité , se rattache, par cette acception , au même ordre d'idées. Cadmus porte, dans Clément d'Alexandrie, Tépithète de i tEraXafo$^,etil est probable qu'il faut Fidentifier avec pDip ou lIpaniyovo$^ associé à Alciv ou dViv par Sanchoniathon ^.

Le cycle mythologique de Sandan semble renfermer des éléments non sémitiques. Pourtant le nom de Sandan ou Sandès s'explique d'une manière si naturelle par Ji^y^^^ ou Os^$^ « l'Éternel », mot qui est encore aujourd'hui une épithète de Dieu chez les musulmans, que je suis porté à croire que le nom au moins de ce dieu est d'origine sémitique. Le passage de la Chronique d'Eusèbe : ÈpaxXéa rivés (paatv êv (toivUi;i yvoiplifidOat ÛLtcravSàv éici^^eyôiievov^ ^ qu'on a corrigé de diverses manières , doit peut-être

se lire Ala-atvSdv (t Jc«m(9 3^ u qui vivit in œterniun) ». Beaucoup d'autres noms de divinités particulières , chez les Sémites, paraissent n*ètre ainsi que des épithètes; non des épithètes personnelles comme celles des divinités grecques et indiennes, mais des épithètes générales de la divinité suprême. Tels sont Aziz (le Mars de la Syrie) = vt^ « le fort ») ; Sydyk (un des Cabires) = pnx« le juste »; Misor (frère de Sydyk, dans

^ Strom, i. VI, c. II, S 26. — Movers, op. cit. p. 817.

' Movers, ihid, 5i3 et suîv.

^ Euseb. Arm. II , p. 1 06- 1 07. — Cf. Synceli. p. 1 53 ( Paris , 1 65 i).

Sanchoniathon)=: i^ttf^p, ou -)ttf^ç?« le juste»; Sadid (Sanchoniath. p. 3o)=4Xj«xX et ntf a le puissant»; Kehira (nom d*Astarté , chez les Arabes), Àa7flfpTi; )} /xey/o"7)7 (Sanchoniath. p. 34) = nT33 «la grande »; Al-

Ozzâ (idole arabe) = i^H] «lexcellente ». On se rappelle que les Arabes exprimaient Fidée abstraite de la divinité par le féminin ; de là peut-être les idoles femelles. Le nom même des Cabires , dont Torigine sémitique n est plus douteuse (D^n^33=d'£o} iiéyakotj^ n implique point un rôle ni un caractère individuels, comme les noms des tribus divines ou semi-divines des peuples ariens, titans, gandharves ou centaures, etc. On peut dire qu'en général, chez les Ariens, le sens des individualités divines a marché du particulier au général. Chaque dieu, partant dune notion d abord très-limitée , tend de plus en plus à s élargir, à absorber les autres et à devenir la divinité par excellence. Le nom même des dieux, dévas, désigne d abord une classe d'êtres brillants et heureux , à peine supérieurs à l'homme. Chez les Sémites, au contraire , on part toujours du Dieu suprême , et Ton arrive, par divers procédés de spécialisation, à des attributions souvent fort limitées. C'est ainsi que les grands dieux ont fini par n être plus que des nains difformes, réduits à un rôle assez humble dans les divers panthéons de l'antiquité.

J'omets beaucoup de rapprochements qui serviraient à prouver ma thèse , mab qui à une critique sévère peuvent sembler hasardés ou inadmissibles :

par exemple, l'ëtymologie qui rattache le nom du prétendu dieu sémitique Chon à la racine ij^ a être m , ce qui en ferait le parallèle de Jéhova^ ; — l'expression analogue ; K3^3 Kin « lUe qui est » , que M. Oppert croit trouver dans les inscriptions cunéiformes de Babyl(Hie, et i plus forte raison Texplication que le même savant a proposée pour le mot Ùfieavéç ^ , qui semble arien; -*- beaucoup d'autres expressions analogues et essentiellement monothéistes que M. Oppert tira des inscriptions assyriennes^ Une grande réserve doit être gardée sur des résultats si nouveaux et si surprenants. Je n'insistserai pas davantage sur le nom diaaS, que de très-fortes preuves , savamment recueillies par M. Mo vers ^, établissent avoir désigné le Dieu suprême chez plusieurs peuples sémitiques ^ ; ni sur le6 preuves frappantes par lesquelles M. le duc de Luynes ^, d accord en cela avec M. Bunsen ''^ croit

^ fiœtiicber, Budinu p« 8.

* Oppert, Journal asiatique, février-Jinars 1867, p. i48 etsuiv.

' Oppert, Expédidon scientijùjfue en Mésopotamie, II, p. i3g, 3ii, etc.

* Movers, Relig. ier Phm. p. 539 ^ ^^* — Scboltz, De çrig. nom, nin** , p* 1 5 et suiv.

* ^péieo T«v 'odprtûv Itvarov ^e6p ^ftjxev toâ. Crac. Apoll. Clarii apad. Macrob. Satam. I, 18. — M. Lobeck (Aglaophamus , p. 46 1) et M. Movers (2. c.) ont montré que cet oracle n*e8t pas, comme on Tavait supposé, l*œuvre apocrjpbe d*un chrétien gnostique.

* Revue numismatique, i858, p. 3o6, note. Aux noms propres cités par M. de Luynes, où semble entrer le composant lah, on pourrait ajouter celui de 'SayjfavtéBùnf = n^^^U^ '• le hé aurait été changé en tkav pour soutenir la terminaison.

' Mgyptens Stelle, V** Buch, m* Âbth. Contre cette opinion, voir Gesenîus, Thts, p. 678.

avoir prouvé de son eoté que lé nom de Jéfa^vah a été connu d'autres peuples sémitiques que des Hébi^ux ; ni sur les épithètes de Movo/yévnf 9 Upctràyovw^ Q>avi(s j etc. par lesquelles les Orphiques et les Grecs d une époque récente désignent ie Dieu unique. Il se peut, en effet, que sous tous ces noms se cache una influence directe ou indirecte des Juifs ou des Sa^ marîtains. C'est par l'analyse même des mots de la théologie des Sémites païens, bien plus que par des notions de provenance et d'âge incertains , que nous avons cherché à prouver que le paganisme sémitique recouvrait, à l'inverse de celui des Ariens, un monothéisme primitif ^

£n théologie , les mots sont plus que les choses* L'excellente école de MM. Kuhn , Max MûUer^ efte» a substitu>é , dans le champ des my thologies ariennes , l'analyse des noms à la tentative de retrouver les doctrines ou le prétendu symbolisme qu'ils récè<lent, et c'est seulement depuis cette innovation, qui fera ^»oque en philologie, qu'on a pu conduire avec certitude les recherehes de mythologie compa* rée. Il faut [Mrocéder de mâme dans l'étude des religions sémitiques. Or, si l'analyse des noms de dieux ariens mène avec évidence à reconnaître sous ces noms des éléments ou des phénomènes naturels, l'analyse des noms de dieux sémitiques, au oon<^ traire , mène toujours à l'idée de suprématie absolue , de royauté, d'éternité, de toute-puissanee, etc. On

^ M. Guigniaut Ta bien eatrevu. Relig, de tant. II, 3* part. p. 872 et suit.

sent que la plupart de ces noms doivent leur origine à une sorte de dédoublement qui a transformé en êtres distincts les noms divers d un même être , soit que ces tioms exprimassent des attributs différents de cet être , soit qu*iis fiissent des synonymes , variant de ville à ville ou de tribu à tribu , à peu près comme si, chez les musulmans, El-Ràhmân, ElrKâdir, etc. fussent devenus des dieux distincts, ou comme si, dans le catholicisme, les noms divers de la Vierge, Nunziata, Dohres , Notre-Diime-de'Grâce , etc. eussent été considérés comme s appliquant à des personnages différents. Tout culte qui n'a pas une organisation théologique bien rigoureuse est exposé à ces sortes de confusions. Le monument le plus curieux qui nous soit resté du paganisme sémitique , ï Histoire phénicienne de Sanchoniathon , nous fait toucher du doigt la cause génératrice du paganisme sémitique que nous venons d'indiquer. L auteur, en mettant bout à bout les cosmogonies des différentes villes de la Phénicie, arrive à nous donner Beebamin aie seigneur du ciel», Oafejiitt l'éternité », Kadmon (d'antique», Samemroum « le haut maître du ciel » , Milik Il le roi » , Schaddaï ou Sadid « le tout-puissant » , Elioan a le très-haut » , El a Dieu » , Bel « le seigneur » , Melhart « le roi de la ville » , Hadad « Tunique (?) » comme des dieux différents, père et fils les uns des autres. Très-peu des noms de divinités éuumérés ci-dessus sont communs à toutes les branches de la race sémitique; mais comme ils expriment tous une même idée, c'en est assez pour conclure, qu'à une époque

prodigieusemeot reculée, je veux dire à Tépoque oà la race sémitique ne s'était pas encore divisée en branches diverses , cette race était dominée par ]*idée 3uprême de la divinité unique. U est un nom au moins qui se trouve à peu près sans exception dans toutes les branches, c'est le nom tiré de la racine

n^K (hébr. n^^Jf , chald. nbx, syr. )o{^ , arab. M ,

himyarite, idem). On ne le trouve pas, il est vrai, en phénicien d'une manière certaine * ; le ghez Ta perdu , probablement depuis Vintroduction du christianisme en Âbyssinie. Mais cela ne tire pas à conséquence, puisque ces deux idiomes ne sont que des subdivisions de branches où on le trouve :/m/r ou hhrathr est, sans contredit, un mot primitivement arien , quoique les Grecs l'aient perdu et remplacé par iSeX<p6s. Nous sommes donc autorisé à conclure de là que le nom à'Eloh ou Ilah, impliquant ridée la plus pure de la divinité , était créé à l'époque où les ancêtres des Syriens, des Hébreux, des Arabes , des Himyarites vivaient ensemble dans une même patrie, c'est-à-dire à une époque qui dépasse de beaucoup les limites de l'histoire , et nous reporte presque jusqu'à l'origine des sociétés. Nous nous sommes borné jusqu'ici à l'analyse

^ {bx? <{ui ®9t la forme phénicienne, se rattache plutôt à ^x*

ÈAoe/fi, donné par Sanchoniathon comme phénicien, et peut être un emprunt fait aux Juifs. M. Derenbourg a supposé (Journn asiaU

août i8H,p. 3i3, note) que la forme arabe ^AJUt avait la même

origine.

des flôms dé divinités. Les particularités, tnalbeureusement trop peu nombreuses, que nous cournaissons des ancienties religions sémitiques étrangères au judaïsme nous mènent à un résultat semblable. Ces particularités, en eflFet, ont souvent de frappantes analogies avec des traits de la religion juive essentiellement liés au monothéisme. Le plus frappant de ces traits est , sans contredit, l'existence d'une loi rituelle et morale, censée révélée par le Dieu suprême. Or chez les Phéniciens, chez les Syriens et chez les Babyloniens , nous retrouvons cette institution d'une manière incontestable. Sans admettre les vues un peu exagérées de M. Movêrs sur ce point ^ et surtout le système inadmissible d*après lequel le nom et Touvrage de Sanchoniathon nous représenteraient le nom et la substance de la loi phénicienne, je trouve dans un passage capital de Y Histoire phénicienne^ la preuve évidente de Texistence d une telle loi. Sanchoniathon nous donne comme législateurs de la Phénicie un couple divin : Qebs ^ovpiJtovSrjXSs et Qovpà) ri (leTOVOiÂaaOsl^a \ov(TapOls. Il y a longtemps quon a reconnu dans OoupcJle mot «Tiln des Hébreux, prononcé selon les habitudes phéniciennes. Quant à5arm(i&^{, dont aucune explication satisfaisante na été donnée jusqu'ici, je n hésite pas à y voir b3"^'3Ç\{^ = Observationes sea leges Beli. La racine '^P^ a fourni plusieurs mots, Q^içt^, ^^pp , n'iDt^p, signifiant loi, prescription rituelle. Le chan-

^ Die Relig, der Phœn, ch. m et iv.

* Pag. 43 (édit. Orelli).

gcment de i en ou est un phëtiicisme ordinaire {UnpoôO pour Berith, etc. ) , et la transposition de la lettre r est un fait commun dans toute» les langues. Le parallélisme du mot Thoaro ne me parait laisser aucun doute sur la vérité de cette explication. D y avait ^onc en Phénicie, comme chez les Hébreux, une Thora attribuée au Dieu suprême. AT époque, plus moderne , où la Phénicie tomba sous la dépendance religieuse de TÉgypte, toutes les anciennes écritures furent, il est vrai, attribuées à Thoth {Toaurés de Sanchoniathon); mais avant cela il dut y avoir une époque où le code religieux de la Phénicie eut une forme plus simple et plus accommodée au génie sémitique.

Cette même Thora ou Thouro que nous venons de trouver chez les Hébreux et les Phéniciens, nous la trouvons dans la ville syrienne de Gabala, sous le nom de la déesse àcjteS^^ avec cette mention remarquable , que dans son temple on révérait un eréitko9 mystérieux. Nul doute que ^ond ne représente le motaraméen Knn, qui signifie «loi », et qui, dans le cbaldéen des livres d'Esdras et de Daniel , est synonyme de nnm ^. Le rapport établi entre àand et Appoovia est significatif, si Ton songe que kpfâovla est la traduction de XovaapOts, que Sanchoniathon,

> Pausanias, II, i, 8.

' Qaant au passage tris-obscur du Deutéronomc, xxxiii, 3, où Ton croit retrouver ce mot, je le tiens pour altéré. Le mot daî ou doto, en effet, parait d*origine persane, et ne peut guère être antérieur, chez les Sémites, à Fépoque des Achéménides.

de son côtë^ reconnaît pour synonyme de SoupeS ^ Qui sait si le %$iniko^ d*Harmonie ne renferme pas quelque allusion au texte même de la Doto, qui peut-être était suspendu dans un temple, comme les stèles ou plaques sacrées de Carthage et de la Phénicie?

Babylone eut aussi , à n en pas douter, des Thoaro et des Doto. Je n insisterai pas sur ce point, que M. Movers a établi avec beaucoup de pénétration ^, et que la publication de V Agriculture nahatéenne, promise par M. Gbwolsohn, mettra dans tout son jour. Le nom d*Oa7inè5 couvre probablement quelque méprise analogue à celles qui viennent d'être relevées pour la Phénicie et la Syrie : en tout cas , il n est guère possible de méconnaître dans le mot kvvtjSùnSs le composant Knn ^. La Loi de Dieu , dont lexistence est un trait essentiel des trois grandes religions sémitiques, fut donc également une institution fondamentale, même chez celles des nations sémitiques qui ne surent point conserver aussi pures leurs croyances et leurs mœurs.

Les cosmogonies forment un trait commun non

^ Cf. Movers, Die Bel. àerPhœn, p. 507 et saiv. et art. Phœnizien àansVEMjcL d'Ench et Gruber, p. 398; — Bœtticher, Radim, p. 1 s. — Ghwolsobn, Die Ssahier, Il ^ 274-275.

' Die Relig. der Phœn, p. 92 et suiv.

^ Guigniaut, ReUg, de Tant II, 3* part. p. 888 et suiv. Je n*émets qae comme une conjecture dont je n'entends point eucourir Ja responsabilité une supposition qui s^est souvent présentée à mon esprit, c*es^que le mot Vendidad, dont Torigine est incertaine, pourrait bien être Oan-dad ou Annedot, ou en tout cas renfermer Télément ril ou ^\x

moins remarquable de toutes les doctrines religieuses des Sémites. Quand on compare les diverses cosmogonies sémitiques qui nous sont parvenues , celle du premier chapitre de la Genèse, celle de Bérose, celles de Sanchoniathon , celle de Mochus, celles qui nous ont été conservées par Eudème et Damascius, on est frappé , au premier coup d œil, de leur air de famille. Il est vrai que» d'un autre côté, une profonde dilFé* rence se remarque entre la cosmogonie de la Genèse et les cosmogonies qui viennent d*être énumérées. La cosmogonie de la Genèse est l'expression du monothéisme le plus pur. Bérose, Sanchoniathon, Mochus, au contraire, ont Tair de matérialistes et da^ thées. Mais il est difficile de méconnaître chez ces derniers auteurs l'action dune philosophie atomistique et dun système brutal d'interprétation des mythes anciens. Il semble que le contact de la Grèce avec l'Orient se soit d'abord opéré par l'épicuréisme , système grossier et facile à comprendre, à peu près comme, de nos jours, nous voyons les Orientaux mis en rapport avec la civilisation européenne s'attacher à ce qu'il y a de plus superficiel dans la philosophie du x\uf siècle , et croire se donner un vernis de bon ton en affectant une sorte de matérialisme. Telle fut apparemment la situation d'esprit des premiers Orientaux qui écrivirent sur les traditions de leurs pays sous l'influence de l'esprit grec. Derrière leurs théories, en apparence dérisoires et impies, mais qui, en réalité, ne sont que grossières, on sent un fond de croyances plus spiritualistes et plus pures. Dans trois

J. As. Extrait n* 3. ( 1 869 ) 5

au moins des cosmogonies transmises par Sancho* niatfaon (p. 30-a&), le Très-Haut (kyposy ÈXwSp) sert encore de point de départ à la création de toute chose et à la génération des dieux. Le rôle de la iSo^ gesse OVL de ï Harmonie j comme principe primordial de la création et assesseur de la divinité , parait aussi un trait commun des cosmogonies sémitiques ^ Dans leurs cosmogonies, comme dans leurs théologies , les Sémites paraissent avoir procédé de la notion abstraite à la notion naturaliste , à Tinverse justement des peuples ariens.

Beaucoup d autres particularités des religions phéniciennes et assyriennes rappellent le culte des Hébreux. L'inscription de Marseille nous offre un rituel analogue , en beaucoup de points , à celui du Lévitique. L'inscription d'Eschmunazar, avec quelques modi* ficatîons» pourrait passer pour Tépitaphe dkm roi d'Israël ; ce n*est pas la même théologie , mais c'est le même tour d'imagination religieuse , et parfois ce sont des croyances identiques, par exemple en ce qui concerne les mânes ou D^KD*i. Le temple de Melkart à Tyr, sans images sculptées , et servant de kut à un pèlerinage fameux, rappelle, à beaucoup d'égards, celui de Jérusalem ^. Les fragments de I'jET»toire phénicienne de Sanchoniathon offrent bien d'autres points de rapprochement. Mais ici de grandes précautions sont cominandées , puisqu'il est difficile de méconnaître dans cet écrit singulier, à côté de don-

' Cf. Schlottmann, Dos Buch Hioh» p. 81 et suiv. * Lucian. (ut fertur), De deaSyria, înit.

nées purement phéniciennes , des emprunts fait» aux traditions des Hébreux et des confusions entre la reii* gion phénicienne et la religion juive. Il est des points cependant sur lesquels aucun scrupule de ce genre ne peut s'élever. Ainsi les Zophésamin (p. lo) ressemblent fort aux chérubins du premier chapitre d'Ëzéchiel , et cependant n*en peuvent être une imitation. Le nom d'Adam, Dite, appliqué au premier homme, se retrouve, dans deux des cosmogonies recueillies par Sanchoniathon , sous la forme de Fiftyof AMxBcMf et de Èniyetùi ou AiSr^x^âw (p. ao et 2 A). Quoi de plus remarquable que ce trait qui termine une des cosmogonies cousues ensemble par

fauteur phénicien : a Ils engendrèrent des fils

Ceux*ci habitèrent d abord la Phénide , et ils adoraient Beeisamin?» (P. i4.) Les plates' explications par lesquelles Sanchoniathon défigure les textes anciens qu'il avait sous les yeux se trahissent elles-mêmes en cet endroit : il veut que Beelsamin soit simplement le Soleil ; mais il ajoute : TolItov &ehp ivéïul»» pévov oùpapoS xéptop, A propos du dieu Aypos , il dit de même : 'ÈSauphojf Q-sAf 6 piéyio^of bvofiàligra$. (P. 20.) Qu'on se rappelle les réflexions toutes semblables^ citées précédemment, de l'auteur de l'oracle de Glaros sur lao , de Macrobe sur Hadad ; qu'on observé l'espèce d'aCTêçtion que mettent les Grecs à ne donner à Adonis et à Jao d'autres épitbètes que celles de àSpài et de éyvéi ^, et Ion trouvera remarquable, je crois, que l'antiquité classique, si mal

^ Movan, Diê ReL âerPkmn, p, 54 2 et suiv.

placée pour comprendre dans son ensemble le monothéisme des Sémites , ait été frappée comme nous de la physionomie des dieux de cette race, chacun d*«ux paraissant n'être qu'une dénomination ou un aspect du Dieu suprême , particularisé et amoindri.

Enfin quelques rites communs à toutes les religions sémitiques attestent d'une manière firappante leur unité primitive et leur origine patriarcale. Tels sont les Sakœa des Phéniciens et des Babyloniens (Éopn) 2axai&lv = ni3Dn 3n), fêtes que l'on célébrait annuellement sous la tente ^ et qui rappellent la fête des Tabernacles des Hébreux. Le Lévitique (xxiii, 42 et suiv.) veut que cette fête soit un souvenir de la vie anciennement nomade des Hébreux. Plusieurs critiques , et en particulier George et Uupfeld ^, ont rejeté la vérité de cette explication , par cette raison que des huttes de feuillage étaient un mémorial souverainement inexact d'un séjom* dans l'Arabie Pétrée. Mais dans le livre d'Hosée (xn, i o) , peut-être antérieur à la rédaction du passage du Lévitique pré^ cité, le même rapprochement est établi, et au lieu de huttes de feuillage, il y est question de tentes (o^hnn). Je suis donc porté à envisager cette fête des tentes f commune à tous les peuples sémitiques, comme un souvenir de leur vie primitive, conservée même chez ceux qui s'en étaient le plus éloignés.

^ Movers, Die Rel. derPhœtu p. il 80 et suiv.

* George, Die œlteren jâàischen Feste (Berlin, i835]vp* 276 et suiv. — Hupfeld, Commentatio de primitiva et vera festoram apad Heb, radone, part. II (Halle, 18S2), p. 9. — Gomp. Ewald, Die Alterthâmer des Volkes Israël, p. 388-389 (Goettingen, i854)*

L'idée de rattacher le culte à un sanctuaire unique et central, comme était le tabernade chez les Hé« breux, la caaba chez les Arabes, parait aussi un trait général des religions sémitiques. On entrevoit sans peine combien un tel usage tient de près au mono^ théisme. Le pèlerinage s*y rattache conune conséquence nécessaire. Il jouait un grand rôle dans la religion phénicienne : Tile sacrée deTyr, et en parti-* culier le temple de Beelsamin était le point central où toutes les colonies rattachaient leurs vœux et leurs souvenirs^. La racine :ian est commune à toutes les langues sémitiques pour sigtâûer fêtes , panégyries, tournées processionnelles , danses en cercle , solennités revenant à des intervalles Juces, pèlerinage^. C'est encore là un de ces mots que l'on peut faire remonter, avec les usages qui s'y rapportent, à Tépoque antique où les ancêtres communs des Hébreux, des Arabes, des Araméens vivaient réunis dans un canton peu étendu et ne formaient qu'un seul corps de nation.

DEDXjàME PARTIE.

Que conclure de tout cela ? Que la race sémitique, comme la race arienne, eut en partage, dès les premiers jours de son existence , avec mi certain type de langage , un certain type de religion , et que

' Movers, p. 672 et suiv. — Maury, HisL dds relUf. de la Grèce^

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