‹ Nouvelles Considérations sur le Vertige de Ménière et en particulier sur le mode de traitement de ce syndromeChapitre 15 sur 28 · MARCHE — DURÉE — TERMINAISON · texte numérisé non relu

MARCHE — DURÉE — TERMINAISON

Cette maladie diffère dans sa marche selon la cause qui la produit. Si elle est due soit à une cause mécanique, éoup, choc ou chute sur la tête ou sur l’os temporal, soit à une extravasation sanguine spontanée dans la cavité labyrinthique, l’accès sera subit et se répétera souvent tant que la cause qui l’a provoqué n’aura pas disparu La même chose arrivera dans le vertige labyrinthique dù à une otite interne primitive ou à une inflammation de la caisse propagée du labyrinthe. Dans l'un et dans l’autre cas, les vertiges ne disparaissent qu'avec la resorption du coagulum ou de l’exsudation fibrineuse. Alors la guérison aura lieu mais il en restera une surdité incurable. L'intensité et la durée des accès dépendra de la quantité de l’extravasation ou de l’exsudation. Mais si la cause déterminante du vertige est un état catarrhal de la trompe d’Eustache, chez un sujet névrasthénique ou hystérique, alors l'accès est précédé pendant quelque temps d’un affaiblissement de la faculté auditive, de bourdonnements d'oreille et le malade entend quand il parle, une résonnance particulière de sa voix. Le premier accès se présente généralement après un grand effort ou à la suite d’un mouvement ou d'exercice exagéré, ou après un repas copieux, mais parfois aussi il se présente à jeun, à la suite d’une im-

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pression de froid ou de chaleur. Si l'accès est accompagné de vomissements, on est toujours incliné à attribuer le vertige à un état gastrique anormal ; au contraire, si le premier accès se présente à jeun, on risque de le confondre avec un état congestif du cerveau, surtout s’il s’agit d’un individu avancé en âge.

Quant à l'intensité et à la durée de ces accès, elles varient suivant le degré d’impressionnabilité du système nerveux des malades. Elles peuvent être de quelques heures ou de plusieurs jours, pendant lesquels il se produit une crise chaque fois que le malade cherche à prendre la station verticale, ou même au moindre mouvement qu'il fait dans son lit, k

M. Charcot rapporte des cas où les accès se répétaient avec une telle fréquence, qu’ils ne laissaient entre eux aucun intervalle et devenaient pour ainsi dire subintrants, le malade fut condamné à l’immobilité dans son lit dont le moindre ébranlement donnait lieu à des crises nerveuses, mais ces cas sont exceptionnels.

La durée totale de la maladie est aussi variable selon la cause déterminante et selon la prédispositisn individuelle; elle peut durer des mois, même des années. Si le vertige est lié à une lésion matérielle du labyrinthe soit à une hémorrhagie ou à une inflammation, la maladie persistera tant que le coagulum ou le liquide sera fibrineux, ne sera pas resorbé et que la cause qui a donné lieu à cet état pathologique ne sera pas disparue. Si au contraire le vertige est dù à un catarrhe ou inflammation de la caisse, celui-ci pouvant s’amender et même disparaître sous l'influence d’un traitement rationnel,

| ects ipsofacto le vertige guérira. Hillairet a observé un cas, dans lequel les vertiges cessèrent complètement après l’ouverture d’un abcès de l'oreille moyenne. En général, dans ce cas, la maladie se termine losrque le sens auditif est aboli ; il y a cependant des cas où le malade arrive presque aux dernières limites de l’affaiblissement de ce sens, sans être débarrassé du vertige, ce qui prouve que tant qu’il existe des fibres du nerf auditif communiquant avec le centre réflexe du cervelet, le vertige peut se produire à l'occasion d’un ébranlement quelconque du système nerveux. Dans le cas où le vertige dépend d’un catarrhe de la trompe d'Eustache propagé jusqu’au labyrinthe, la durée dépendra tout à fait du traitement qu'on emploiera pour le combattre. Si le traitement est institué de bonne heure, la guérison sera radicale, c’est-à-dire que non seulementle vertige disparaîtra, mais aussi l’ouie sera conservée. Si au contraire le traitement dont nous nous proposons de parler plus tard n’est employé qu'après plusieurs mois de durée de la maladie, le vertige pourrait bien disparaître, mais avec affaiblissement considérable du sens auditif. Quant à la terminaison de la maladie, elle est généralement favorable au point de vue de la vie de l'individu, mais elle entraine la perte de l’ouïe. Il y a cependant des cas extrêmement rares de terminaison fatale comme le cas de Ménière rapporté plus haut, où il s’agit d’une jeune fille qui contracte la maladie par suite d’un refroidissement pendant sa période menstruelle et succomba; il y a aussi le cas de Gruber. Le pronostie

change, lorsqu'il ne s’agit plus d’une vraie maladie de

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Ménière, mais d’un syndrome provoqué par une otite moyenne purulente qui pourrait donner lieu à des accidents cérébraux avec un dénouement fatal. Dans ces dernières années, les otologistes des différents pays ont rapporté des cas nombreux de phlegmasies de l'oreille interne qui ont occasionné la mort à la suite d’une complication cérébrale. Trôltsch (1) rapporte un cas d’une femme de vingt ans ayant souffert d'une otite moyenne propagée au labyrinthe, morte en huit jours à la suite d’une pachyméningite et d’un abcès cérébral. Liégeois rapporte un cas d'’otite moyenne propagée au cerveau par le labyrinthe. Urbantsehitch eite le cas d’un vieillard de 78 ans, vigoureux, indemne de toute affection cérébrale ou auriculaire, qui mourut d'accidents cérébraux ; perte de connaissance, vomissements, hémiplégie droite, cinquante-six heures après le début d’une otite moyenne aiguë consécutive à un refroidissement. [l y a des cas analogues très nombreux rapportés par divers auteurs, tant médecins qu'auristes, et qui prouvent que si la maladie de Ménière n’a pas en général de suites graves comme maladie primitive du labyrinthe, il n’en est plus de même lorsqu'il s’agit d’une inflam mation secondaire du labyrinthe, propagée par une inflammation de la caisse, surtout chez des sujets diathésiques, scrofuleux, syphilitiques ou tuberculeux.

(1) Mouvement médical, 1868.

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