ONE
OBSERVATION I
P. Menière (Gazette médicale de Paris, 9 février 1881).
M. X..., docteur en médecine, âgé de 47 ans, a éprouvé depuisune quinzaine d'années des bruits de nature variable dans les oreilles, et surtout dans la gauche qui s’est perdue peu à peu en dépit des traitements les plus énergiques. Z’oreille drole s’est affuiblie de la même manière, sans que ni l’une ni l’autre aient jamais été le siège aucun accident inflammatoire, pas même de lésion catarrhale des trompes et des caisses ; l'air a toujours pénétré librement dans l'oreille moyenne.
Il s’est manifesté un grand nombre de fois, des symptômes de congestion sanguine dans les oreilles, mais exlérieurement celles-ci devenaient rouges chaudes ; le malade remédiait à cela par des moyens simples et depuis 1854 il avait renoncé à tout traitement espérant que la surdité resterait stationnaire.
Depuis trois ans environ le mal n'avait fait aucun progrès ; le 26 décembre dernier après une journée passée en plein air M. X..., occupé à lire fut pris cout à coup d’éternuements violents, puis ayant voulu se lever, il s’aperçut que sa démarche était chancelante, qu’il ne pouvait librement se diriger en ligne droite. Trois heures plus tard les mêmes symptômes persistaient, bien que le malade eût pris un pedicure fortement sinapisé. Il fit un léger repas, et se coucha, espérant que le sommeil mettrait fin à cet accident qui l’inquiétait. Réveillé à deux heures du matin, il constata que la marche était encore plus difficile que la veille ; il y avait dans la région occipitomastoïdienne gauche un sentiment de pesanteur, de compression et le malade tournait involontairement sur lui-même de droite à gauche ; il y avait menace de chute, comme si le côié gauche du corps n'obéissait plus à la volonté, tandis que dans le lit les deux moitiés du corps exécutaient librement tous les actes volontaires.
Len pr
L'intelligence était intacte, le malade put écrire aussitôt ‘à un de ses confrères pour réclamer son assistance ; celui-ci vint aussitôt et au moment où il se disposait à pratiquer une saignée du bras, le malade fut pris de nausées, il vomit et les vomissements se répétèrent très souvent pendant la jouruée suivante, l'estomac ne pouvant absolument rien supporter.
Les 28, 26 et jours suivants sous l'influence de la saiguée, de ventouses scarifiées et d'un purgatif, le trouble des mouvements s’est progressivement dissipé et le 2 janvier le malade put sortir en gerdant encore un peu d'incertitude dans la marche. Aujourd’hui, la santé générale est parfaits, mais l’ouïe s’affaiblit graduellement,
Le médecin, qui a observé exactement sur lui-même la succession des phénomènes relatés ici, a cru à ‘une congestion cérébrale et deux de ses confrères qui l'ont vu pendant la maladie, ont pensé comme lui que la congestion avait son siège dans le cervelet, mais il leur semble aujourd’hui bien plus probable que les accidents dépendent d’une lésion de l'oreille interne et nous sommes pleinement de cet avis.
(Complément de cetle observation donné par le malade).
« 42 jours se sont écoulés depuis l'apparition de mes premiers accidents cérébraux, lorsque le 6 février m'étant levé en bon état bien que la tête füt un peu lourde, j'allai voir un malade mon voisin, et pendant que je renouvelais un appareil à fracture, je me sentis pris de vertiges mais je pus cependant achever le pansement. J’allais tomber, on me donna un siège, J'éprouvai des baïillements, puis un malaise indicible que le grand air ne dissipa pas. Je vomis un peu de café et après une heure de malaise extrême, je regagnai mon logis avec bien de la peine, appuyé sur une canne et sur un bras vigoureux.