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Je marchais tout de travers et de plus j'avais au visage des mouvements convulsifs; le côté gauche offrait des contorsions bizarres, et bientôt il resta paralysé, mais incomplètement : cet accident a duré plusieurs jours. Le pouls n'était ni plein ni fréquent, la figure n’était pas colorée. Il y eut des vertiges et des vomissements pendant deux jours, et puis tous les accidents disparurent, mais il fut constaté que l'audition était encore plus faible qu'avant cette crise »., Cette fois on s'est abstenu avec soin d'émissions sanguines, on s’est borné à prendre quelques petites doses d’aloès et de calomel pour agir sur le bas ventre et la santé s’est promptement rétablie.
En lisant cette histoire clinique recueillie par Ménière, on doit forcément reconnaître qu’elle ne ressemble pas du tout à la description que cet auriste fait dans sa première communication à la Gazelle médicale et qu’elle est très loin de répondre aux conclusions qu'il formulait dans sa note lue à l’Académie de médecine.
Dans toutes les deux, il admet qu’un homme robuste - et en parfaite santé éprouve, subitement sans cause appréciable, des vertiges, des nausées, des vomissements, etc., et qu’un appareil auditif jusque là parfaitement sain peut devenir tout à coup le siège de trou bles fonctionnels, tels que bourdonnements s’accompagnant bientôt d’une diminution plus ou moins grande de l’audition.
1 Le malade qui fait le sujet de l'observation précédente, à au contraire, éprouvé depuis une quinzaine d'années des bruits de nature variable dans les oreilles avec affaiblissement du sens auditif, sans avoir éprouvé le moindre vertige. De plus, il s’est manifesté chez le malade un grand nombre de fois des symptômes de
congestion sanguine dans les oreilles ; celles-ci devenaient rouges et chaudes mais seulement à l'extérieur ;
20 Quant la maladie a éclaté quinze ans après les premiers symptômes, il éprouvait dans la région occipito-mastoïdienne gauche un sentiment de pesanteur, de compression en même temps que le vertige et les titubations, c’est à-dire que le malade sentait un état congestif dans tout l'appareil auditif, qui fut combattu avec succès par les saignées, les ventouses scarifiées et les purgatifs ;
Quarante-deux jours après le premier accès, le malade fut pris non seulement d’un accès de vertige, mais aussi de mouvements convulsifs de la face, suivis de paralysies qui se dissipèrent après plusieurs jours; soit spontanément soit à la suite de purgatifs d’aloës.
D'après ces détails, il est évident que si dans le premier accès, la congestion resta limitée au labyrinthe, dans lesecond elle s’étendit au cerveau sans donner lieu à une exsudation. De toutes façons, il s’agit d'un sujet prédisposé à des congestions des nerfs auditifs, comme il yena d’autres prédisposés à la névro-rétinite et à la choroïde rétinite, car le malade a souffert pendant : quinze ans de bourdonnements des deux oreilles et d’affaiblissement de l’ouie des deux côtés.
Nous allons maintenant reproduire deux autres cas publiés par Ménière dans la Gazette médicale, l'un étant un vrai type de la maladie de Ménière et l’autre pouvant entrer dans le cadre de ceux qui sont guérissables par le sulfate de quinine.
Maranie DE MÉNIÈRE AVEC ACCÈS UNIQUE
OBSERVATION IX (P. Ménière) Gazette Médicale 13 avril 1881.
Un négociant de Paris, âgé de 40 ans, petit, très robuste, grosse tête et large poitrine, muscles puissants, sans emploi, toujours assis à son bureau et ne sortant guère qu'en voiture, éprouva au mois de décembre dernier, tout à coup, sans cause connue, et au milieu d’une santé parfaite, l'accident que voici ;
Il était bien étendu dans un fauteuil, se chauffant les pieds et s’apprêtait à rouler une cigarette lorsque sa femme le vit se pencher en avant, tomber sur le bras gauche du fauteuil, sans dire un mot, sans pousser un soupir.
Relevé à l'instant, on constate que le visage est pâle, baigné
de sueur et si l’on abandonne la tête elle s'incline sur le côté gauche et reprend sa position penchée. Bientôt, il survient des nausées, puis des vomissements; on croit que c’est une attaque d’apoplexie et le malade est porté sur son lit dans un état complet de résolution. |
La connaissance est revenue, mais le malaise est très grand, tont semble tourner dans la chambre, le malade dit qu'il a le mal de mer, il s'accroche à son lit comme s'il craignaït d’être renversé et les vomissements continuent,
Inutile de dire qu’on eut recours à d’abondantes évacuations sanguines, à des purgatifs résineux, à un régime sévère. Peu à peu le calme se rétablit et la station debout fut possible, mais avec un léger sentiment d'incertitude dans la marche. Cependant lés oreilles étaient devenues le siège de bruits violents et continus, l’ouîe s'était bientôt affaiblie et ce sens qui jusque-là avait été très bon, fit défaut quand la conversation se faisait à voix basse et à la suite, sa vie privée suhitun changement considérable.
OSERVATION X.
(P. Ménière, Gaz. méd. de Paris, 15 juin 1881).
M. F... cocher, âgé de 38 ans, petit, brun, maigre, de constitution éminemment nerveuse, vivant sobrement et de bonne santé habituelle, ressentit dans la journée du 27 février dernier quelques troubles de la vision. Il lui semblait que les objets se voilaient de blanc et oscillaient comme si la voiture était en mouvement. Il se couche et bientôt éprouve des vertiges, mais sans accompagnement de bruit. Il dort mal et le lendemain au lever, il ne peut plus se tenir debout. Il lui fallut se recoucher; il n'avait pas de nausées, pas de mal de tôte ; mais dès qu'il essayait de s'asseoir sur son lit, tout tournait autour de lui et il devait s'étendre à plat. Cependant il se sentait de l'appétit et put manger comme de coutume. Un médecin fut appelé, fit une saignée du bras et les jours suivants le mal persistant, il fit appliquer des sangsues derrière les oreilles, mit un vésicatoire à la nuque, mais sans succès.
Les vertiges continuèrent pendant deux mois; toutes les tentatives pour reprendre la station verticale eurent le même résultat, sans que la santé générale fût altérée le moins du monde. Mais il était survenu des bruits dans l'oreille gauche dès le début de la maladie, et cet organe qui avait toujours été excellent, devenait de plus en plus sourd.
Dès le quinzième jour de cet état bizarre le malade avait conslaté qu'il n’entendait plus les battements de sa montre, tandis que l'oreille droite conservait sa sensibilité ordinaire.
Tout cela s'était passé dans son pays, près de Paris et inquiet des suites, il est revenu ici pour chercher du secours. Il peut marcher, mais il a perdu le sentiment de l'aplomh surtout à gauche; il craint de monter sur le. siège de sa voiture, il ne se sent pas libre de ses mouvements comme autrefois et se défie de son coup d'œil.
CEA 7 À Eat J'ai examiné l'appareil auditif ; il ne m'a offert aucune trace de lésion appréciable ; les trompes et les caisses sont généralement libres des deux côtés; en un mot l'oreille gauche est perdue, parce que la portion labyrinthique de l'organe est profondément lésée. La santé générale est excellente et le temps seul remédiera à cette maladie si grave.
Voilà un cas qui, bien examiné, ne répond certainement pas au Jugement porté à priori par Ménière lorsqu'il dit que la portion labyrinthique est profondément lésée. D'abord il faut tenir compte qu'il s’agit d’une personne éminemment nerveuse, c’est-à-dire d’un sujet névropathique ; et ensuite le premier trouble que le malade a éprouvé fut du côté de la vision et non du côté de l'oreille. Il lui semblait que les objets se voilaient de blanc, mais sans le moindre bruit dans les oreilles; ce ne fut que plus tard que le malade sentit des bruits dans l'oreille gauche, qui furent suivis d’un affaiblissement de l'ouie. En même temps il est digne de remarquer que ni les sangsues appliquées derrière les oreilles, ni les vésicatoires à la nuque n’ont pas contribué à diminuer la titubation et le vertige ; ce qui prouve que dans ce cas, il s’agissait d’une perturbation de l’innervation, chez un sujet névrasthénique, produisant un trouble de circulation dans le labyrinthe. Il est probable que si ce cas eût été traité de bonne heure par la méthode de M. Charcot, il se serait terminé par la guérison.
On peut faire les mêmes reproches à plusieurs autres cas publiés par Ménière dans la Gazette Médicale. On ne peut faire entrer dans le cadre du vrai type appelé
re
maladie de Ménière, qne les cas où le vertige surprend un sujet robuste, jouissant d'une parfaite santé, n'ayant jamais éprouvé de troubles auditifs avant les accès et que les troubles d’équilibration se sont amendés, quoique provisoirement par les saignées, purgatifs, pointe de feu à Ja région mastoïdienne ; car la lésion du labyrinthe à laquelle Ménière attribue son syndrome est d’après lui, toujours due à une congestion hémorrhagique ou inflammatoire ; tandis que les cas de vertige labyrinthique qui surviennent chez des névropathes qui ont éprouvé avant le premier accès quelques troubles auditifs ou ont été sujets à des troubles d’innervation avec exaltation des centres nerveux réflexes, doivent être classés dans un groupe à part et considérés comme une névrose vaso-motrice guérissable par le sulfate de quinine.