‹ Nouvelles Considérations sur le Vertige de Ménière et en particulier sur le mode de traitement de ce syndromeChapitre 27 sur 28 · HOT · texte numérisé non relu

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nine aux doses de 0,60 ct de 0,99 centigrammes est sans inconvénient, au point de vue de l'audition.

OBSERVATION II

Mme 0... 54 ans. Enfant naturelle, ne peut fournir aucun renseignement sur ses parents. À l’âge de 18 ans, a une fièvre typhoïde à la suite de laquelle l'audition reste un peu affaiblie du côté droit. A part cela elle a toujours joui d’une bonne santé jusqu'à l’âge de 44 ans. Alors, l’idée lui prend de se marier.

Son mari, dit-elle, l’a fait pleurer tous les jours pendant les treize mois qu'ils ont vêcu ensemble, après quoi il fait faillite et la laisse dans la misère. Elle devient névrasthénique. Elle éprouve des céphalalgies très fréquentes ; une sensation de compression à la nuque, qui s'étend souvent à toute la tête ; tantôt il lui semble que la tête est vide ; tantôt qu’elle va éclater. Elle se trouve affaiblie et éprouve de fréquents fourmillements dans les jambes. Souvent aussi elle éprouve des bourdonnements d'oreilles et ses yeux se fatiguent facile- Hréperict

Au mois de juin 1887, elle était ouvreuse dans un théâtre. Un soir il lui semble que le théâtre s'écroule. Elle tombe par terre en avant et vomit après l'accès. Elle va consulter un auriste qui lui donne le traitement suivant:

Bromure de potassium. Solution d’Ivon. Mouches de Milan. Electrisation. Sinapismes. Cathétérisme de la trompe d'Eustache. Purgations répétées.

Lorsque le 8 novembre elle se présente à la consultation voici son état. Elle:croit tomber à chaque instant ; elle entend des bourdonnements, des jets de vapeurs, des sifflements : elle présente une surdité très prononcée. Les bourdonnements sont plus forts du côté gauche; c'est-à-dire du côté où ele avait toujours bien entendu. Quand elle est couchée il lui semble qu’elle s'engloutit dans les draps, Il lui est impossible

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de se tenir debout et de marcher ; quand elle est venue à la consultation on la soutenait et de plus elle s'appuyait sur une canne. Chez elle, elle avait pris le parti de rester couchée et de ne plus se lever du tout.

On lui fait suivre le traitement par la quinine. Six semaines après elle était guérie.

« Lorsqu'elle est entrée, dit M. Charcot, (lecons du mardi) elle apportait le diagnostic d'un auriste distingué, d'après lequel les symptômes étaient occasionnés par une affection du labyrinthe. Je vous ai dit, alors, quoi qu’il en soit, nous allons la traiter et j'espère vous la montrer guérie. Eh bien, c'est précisément ce qui est arrivé; cette personne est entrée il y a six semaines, elle est en traitement depuis cette époque. La première semaine, elle a pris 0,90 centigrammes de sulfate de quinine par jour, et elle a continué. Voici ce qui s’est produit.

Première semaine: exaspération de tous les symptômes, vertiges plus fréquents, frayeurs permanentes, bruits d’oreilles épouvantables.

Ce n’était pas encourageant, mais nous connaissions tous ces phénomènes, nous savions que C'était la période, où je dirai que la quinine lutte pour ainsi dire avec la maladie, si je voulais représenter la réalité des choses par des métaphores. Puis commence une seconde période qui s'étend jusqu'à ce jour ; les vertiges continus sont complètement supprimés et les vertiges par accès sont très atténués. La voilà guérie, marchant sans canne et sans avoir besoin d’être conduite par personne. »

Pendant son séjour à la Salpétrière, elle eut ses deux dernières règles qui furent très peu abondantes.

Depuis sa sortie, elle n'a plus repris de quinine et malgré cela elle n’a plus eu d'accès. En ce moment, (mai 1889) elle éprouve des bourdonnements, constriction à la nuque, sensation de vide à la tête, fourmillement dans les jambes. Quand elle se fatigue la vue elle a de légers vertiges. D’autres fois

DS ee elle à des vertiges qui se calment par l’ingestion des aliments. C'est un phénomène que M. Charcot a souvent observé dans le vertige névrasthénique.

Voilà une personne qui a peut êire eu une lésion de r oreille et cependant ni le traitement antiphlogistique ni le traitement local n’ont eu le moindre bon effet sur sa maladie, Gelle-ci est survenue à la suite de huit années de névrasthénie, occasionnée par la lutte pour l'existence, dans les plus mauvaises conditions, agissant sur un organisme ébranlé par treize mois d'émotions désagréables. a ménopause de son côté a favorisé des poussées congestives du côté du labyrinthe,

La quinine l’a débarrassée du syndrome de Ménière; et certainement elle serait débarrassée des légers troubles qui persistent encore si elle voulait continuer le régime ; mais elle est tellement effrayée par le souvenir de l’exaspération des symptômes à la Salpétrière, qu’elle n'ose pas reprendre le traitement,

Quant à la surdité, elle n’a pas empiré chez la malade.

OBSERVATION III

Mme L.., 62 ans, ne fournit pas de renseignements sur l’hérédité. À une fille épileptique. Jusqu'à l’âge de 48 ans elle s'était bien portée. Son mari étant tombé malade, elle est restée cinq jours et cinq nuits sans dormir et sans prendre aucune nourriture, Le mari meurt et le lendemain, elle tombe brusquement par terre avec sensation de mal de mer et vomit après l’accès. Depuis ce jour et pendant 14 ans elle a souffert du syndrome de Ménière. Elle tombe toujours du côté droit et l’arrivée de l’accès est amenée par une exaspération des bruits d'oreilles, qui à l’état normal ressemblent au bruit d’un train en marche, au bruit des cloches, Ils devienneni alors aigus, comme un bruit de sifflet. L’oreille droite est à peu près sourde. Jamais la malade ne perd connaissance. Au commencement, les crises arrivaient tous les trois ou quatre

= 98 — mois ; puis les vertiges sont devenus continus. On a traité la malade par des sangsues, des mouches de Milan et des purgatifs : et à la fin on lui a mis un séton sur la nuque.

17 mars 1888. M' Charcot lui ordonne le traitement par la quinine.

4 avril. Bourdonnements et vertiges ont diminué. La malade trouve que ses bourdonnements sont maintenant différents de ceux qu'elle éprouvait auparavant. :

7 juin. Elle se trouve très améliorée. Cesse le traitement, puis les vertiges étant revenus, elle recommence à prendre la quinine.

18 juillet. Elle n’a plus ni vertiges ni bourdonnements.

Nous avons revu cette malade le 15 mai 1889. Elle se trouve guérie, son ouïe est améliorée. Elle présente quelques symptomes de névrasthénie ; constriclion à la nuque, sensation de vide dans la tête, et quand elle se fatigue la vue elle a de légers vertiges.

OBSERVATION IV

M. R..., 53 ans employé.

7 août 1888. Depuis un mois il a | des vertiges qui le prennent brusquement quatre fois par semaine ; ces vertiges sont suivis de chute et précédés d’une augmentation des des bourdonnements qui existent dans l'intervalle. Il n’a jamais eu de nausées ni de vomissements.

Il présente un peu de surdité à gauche. Il compare ses bruits à ceux que produit une grosse mouche, d’autres fois il demande si l’eau bout. |

Il à pris du bromure de potassium sans aucun résultat. On lui ordonne le traitement par la quinine.

Le malade revient le 13 octobre. Il n’a plus de vertiges, les bourdonnements sont diminués.

10 novembre. Il n’a plus de vertiges, ni de bourdonnements. Se croyant alors complétement guéri, il cesse le traitement

—"96r— et reprend ses occupations. Les vertiges et les bourdonnements reparaissent. Il prend alors le parti de s'en aller à la campagne, et alors grâce à la quinine et à la vie hygiénique qu'il mêne, il est complètement rétabli.

OBSERVATION V

M. B... 40 ans. Horloger.

Le grand-père avait la gravelle.

Le père avait la goutte.

La sœur a des migraines très fréquentes. Son père a beaucoup travaillé pour amasser une fortune; le fils a aussi beaucoup fatigué son cerveau ; il a fait quelques inventions dans son art, à ce qu'il dit. Il est très nerveux. Il y a trois ans il a eu un chancre, mais depuis il n’a pas eu d'accidents syphilitiques. Un jour, s'étant beaucoup fatigué à faire des comptes, il éprouve un vertige et tombe par terre; quand il se relève l’état vertigineux continue; ii se sent poussé en avant. Il tombe contre son lit; une fois couché il lui semblait qu'on le pendait par les pieds. Le malade va voir M. Charcot, qui lui conseille l'emploi du sulfate de quinine. Au bout de quinze jours l’état vertigineux disparaît. Quelques mois après, M. B... perdit son père. Nous avons pensé alors qu'il qu'il serait intéressant de constater à la suite de cet évènement un nouvel accès de vertige. C'est en effet ce qui est arrivé. Le malade est encore tombé comme la première fois, mais l’état vertigineux a rapidement disparu.

Ce malade n'offre pas le syndrome de Ménière. Cependant nous citons le cas.

1° Parce qu’il a été guéri par le sulfate de quinine.

2° Parce qu'on connait des cas de vertige de Ménière qui ont commencé de la même façon. G

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OBSERVATION VI

M. F... 55 ans, maréchal ferrant.

Sa mère est morte de méningite.

A l’age de 12 ans à la suite d’un bain de mer, il resta un peu sourd du côté gauche. Il y a 10 ans, il a eu une attaque de goutte, débutant par le gros orteil du côté gauche.

Il y a 2 ans la surdité s'est fortement accrue à la suite d’une otite accompagnée de bourdonnements d'oreille et d’une paralysie faciale qui à disparu au bout de 15 jours. Les bourdonnements d'oreilles ne l'ont jamais quitté ; il y a eu depuis ce temps là de fréquents épistaxis et des migraines. Dans les dernières semaines qui ont précédé sa première crise de vertige, il lui est souvent arrivé de se sentir poussé à gauche dans la rue.

Le 1°r octobre 1888 il était en chemin de fer, tout à coup il lui semble que les wagons montent les uns sur les autres: il entend des sifflements épouvantables dans l'oreille et tombe du côté gauche. Il n’a pas eu de perte de connaissance. L'état vertigineux a duré quinze jours. Une paralysie faciale qui était apparue pendant l'accès est reparue au bout de huit jours. Pendant ces quinze jours de vertige le malade sentait son lit verser vers la gauche. Il eut souvent des nausées, mais il n’a eu que quelques vomissements glaireux au moment de son premier accès. Un phénomène intéressant a été l’apparition d’une diplopie revenant par moments.

Depuis il a eu souvent des accès, semblables au premier. Le 18 janvier M. F... est venu à la consultation et on lui a ordonné le traitement par la quinine. Le 17 février il n’avait plus eu d’accès et au mois d'avril où nous l'avons vu pour la dernière fois, il n'avait pas eu de rechute. Il lui reste, il est vrai, une menace continuelle de vertiges qui l’oblige à rester dans sa chambre sans faire de grands mouvements.

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Le fait de l'existence de la surdité à gauche depuis Hauser, 7

l’âge de 12 ans, à la suite de la pénétration de l’eau de mer dans le méat auditif externe, prouve d’une manière indubitable qu’il s’agit dans ce cas d’une otite chronique de la caisse, soit de nature rhumatismale, soit inflammatoire. D'un autre côté, le fait de l'apparition d’une paralysie faciale à deux reprises et de sa disparition spontanée fait supposer qu’elle était due à une compression du nerf dans l’aqueduc de Fallope, produite par une inflammation de la caisse ou par une congestion hémorrhagique et que la paralysie a disparu à Ja suite de la résorption du coagulum ou de l’exsudation interstitielle. Ce qui confirme notre manière de voir est le fait que le malade a été sujet à de fréquents accès d’épistaxis et il se pourrait bien qu’une congestion hémorrhagique ait produit une rupture des capillaires dans le labyrinthe, donnant lieu au syndrome de Ménière. Il en résulte que ce cas ne peut entrer dans le cadre nosologique comme vraie maladie de Ménière, dont le symptôme caractéristique est que l'individu qui est frappé de vertiges se trouve bien portant et exempt d’une maladie d'oreille quelconque,

Il est important de noter que le malade en question, malgré son otite chronique de nature goutteuse et mal- ‘gré sa tendance aux épistaxis et aux hémorrhagies capillaires, a trouvé une amélioration considérable; c’està-dire que les exacerbations vertigineuses qui constituent le vertige aigu ont disparu à la suite du traitement par le sulfate de quinine et qu’il ne reste plus que l'état ‘vertigineux chronique, effet d’une affection auriculaire inguérissable.

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Ce cas est instructif à plusieurs points de vue :

1° Il prouve que toutes les maladies chroniques de l'appareil auditif peuvent donner lieu avec le temps au syndrome de Ménière ;

2° Que l’irritation du labyrinthe suffit pour produire chez le malade des impulsions vers un côté ;

3° Qu'une poussée congestive vers le labyrinthe est indispensable pour produire le vertige de Ménière;

4° Que le sulfate de quinine est assez efficace pour combattre la tendance aux poussées congestives même chez les goutteux, mais qu’il n’a aucune action sur le produit anatomo-pathologique lui-mème et qu’il ne peut pas arrêter le processus dégénératif une fois commencé.

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