‹ Nouvelles de BandelloChapitre 31 sur 63 · L. SCIPIONE ATTELLANO · texte numérisé non relu

L. SCIPIONE ATTELLANO

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L ÿ «a certaines gens qui aiment par-dessus tout à se moquer du prochain ; quand ils ont réussi à jouer un bon tour à qui que ce soit,

ils s’en glorifient, ils se tiennent en plus ”

haute estime, et se croient bien malins, bien rusés. Si par hasard on leur rend la monnaie de leur pièce, et qué d’autres les daubent, il leur arrive ce qui arrive aux Bouffons, qui sont plus vexés pour une mauvaise farce qu’on leur. fait, qu'ils n'ont éprouvé de plaisir à en faire d’abord cent à autrui. Ainsi en est-il de ceux qui

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ne peuvent souffrir qu'on se moque d’eux, bien qu’ils n'aient pas d'autre pensée que d'attraper tantôt l’un, tantôt l’autre. Il me semble cependant qu'on fait très-bien de leur rendre quelquefois pain pour fouace, car il est juste que l'âne qui donne un coup de pied dans un mur en reçoive le contre-coup. On vit bien ces jours derniers la vérité de ce que J'avance, quand le Signor Comte Antonio Crivello fit jouer la comédie en si somptueux appareil ; on fit une niche à Calcagnino, l'acteur, et cela le mit dans une telle colère, que, s’il s'était emporté seulement un peu plus, .il en serait mort, je crois. Et néanmoins, quand il attrape quelqu'un, lui, il ne cesse d’en parler, de ‘ plaisanter, et il rit tant, qu’il en pleure. Quelques personnes avaient un jour mis la conversation sur ce sujet et cherchaient, en citant divers exemples, à voir si l’on pouvait se rendre compte de pareils caracières; personne ne trouvait les véritables motifs; la causerie s’écarta du sujet, et on se mit à parler des tours que les hommes et les femmes ont l'habitude

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de se jouer les uns aux autres. Messer Ottonello Pasini, savant hommeé et aimable compagnon, raconta alors une Nouvelle qui plut infiniment à tous ceux qui l'entendirent. Je l'ai écrite, et comme je sais que vous en connaissez les personnages mis en scène, bien que, pour respecter les convenances, je ne les nomme pas, j'ai décidé de vous en faire hommage; car je ne puis pas vous proüver autrement combien je désire étré votre serviteur, tant à cause de vos belles et rares qualités qui vous méritent l'estime et le respect de tout le monde, que pour les nombreux bienfaits que j'ai reçus de vous. Soyez sûr que si le mari de la Dame qui fut si bien attrapée vivait encoré, je ne publierais pas cette Nouvelle, car je pourrais causer de grands malhéurs et peut-être mettre les armes à la main à quelqu'un de nos amis. Vous me ferez grand plaisir en communiquant mon histoire à vos frères, les seigneurs Annibale et Carlo, car je sais qu'ils la liront très-volontiers. Veuillez aussi la montrer à nos deux Muses, la comtesse

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Cecilia Gallerana et la signora Camilla Scarampa, qui sont en vérité les deux lumières de la littérature Italienne à notre époque. Portez-vous bien.

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