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tion, et pendant deux ans il m'a traitée comme sa femme; mais depuis bien des mois, Dieu sait la vie que j'ai menée; il me l’a faite telle que des chiens auraient pitié de moi. Dis-moi un peu, Angravalle, si par tes œuvres tu mérites encore le nom de mari; dis-moi, je

t’en prie, si depuis huit ou neuf mois,

tu as plus de trois fois accompli avec moi l’acte sacré du mariage ? Suis-je donc mial bâtie, suis-je contrefaite ou répugnante, pour que tu craignes de t'approcher de moi et de me toucher ?

Ainsi, parce que tu n’es bon à rien et parce que tu sais bien que tu ne rem-

plis pas tes devoirs, tu m'as jugée.

semblable à toi. Et tu as cru (cela fait honneur à ton jugement, pauvre homme, ) que je devais pour cela chercher ailleurs ce que tu me refusais.

Quand m’as-tu jamais vue prêter l’oreille aux propos d’un homme quel

224 Nouvelles de Bandello — I* partie

» qu’il soit ? Dis, dis si tu m'as jamais » vue faire quelque chose de repréhen- » sible? Quand ai-je jamais reçu des » propositions, des lettres ou des ca- » deaux? Tu aurais largement mérité » que je fisse ce que font tant d’autres, ».et j'aurais bien fait de planter sur ta tête le panache de la cité de Corneto.

» Mais mon honnêteté, les bonnes mœurs » qu’on m’à apprises dans la maison de » mon père, ne me permettent pas, Si »y peu que tu vailles, de devenir une » femme éhontée, une coureuse, une » coquine. »

A ce moment, un des frères prit la parole : io — Écoute, ma sœur », dit-il, « ton mari nous a-dit que son valet a » vu ces jours derniers quelqu'un qu’il » a pris pour Niceno sortir de ta cham- » bre au lever du soleil, et que cette » nuit ils l'ont vu tous les deux entrer » dans ta chambre. » Dès qu'elle. eut entendu, bien qu’elle fût tout en pleurs, elle répondit en souriant : — « Ainsi, » mOn mari, tu as cru le mensonge ».que te disait ce coquin? Mais puis-

V — Le Mari jaloux 225.

qu’il s’est laissé aveugler par sa colère, je vais te dire moi ce que, par bonté d’âme, je t'aurais tu. Ce gibier de potence, après s'être désolé avec moi de ce que tu me laisses sans femmes et sans serviteurs, et de ce que tu me » traites mal au lit, a eu l'audace de me » demander de lui faire l’aumône de mon » amour, et, le jour de la Saint-Erme, » il a presque cherché à me violer. »

A peine la hardie et rusée femelle eûtelle parlé que le domestique voulut répondre, mais un des frères qui avait,ses gants d'acier lui en donna sur la face un coup si violent à poing fermé, qu’il lui fendit les lèvres et lui cassa deux dents, le menaçant dé bien pis si jamais il se laissait voir à Naples ; il fut sur le point de lui donner .son poigñard dans le corps ; cependant il se retint. Le valet sortit de la chambre; cette nuit-là même il quitta la maison et le lendemain il partit de Naples, berné et malade. Angravalle, ayant entendu tout ce qu'avait dit sa femme et vraiment persuadé de sa sincérité, lui dit: — « Mais que me ré-

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