‹ Nouvelles de BandelloChapitre 56 sur 63 · AU MAGNIFIQUE MESSIRE LANCINO CURZIO PHILOSOPHE ET POÈTE · texte numérisé non relu

AU MAGNIFIQUE MESSIRE LANCINO CURZIO PHILOSOPHE ET POÈTE

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SE ne crois pas que vous ayez

+] oublié l’intéressante discus-

sion qui nous amusa tant

ces jours passés, chez notre

vertueux et juste Giacomo

Antiquario, Protonotaire apostolique, révéré du monde entier et chéri de nous.

Le sujet en était tel, qu'il n'a pu vous sortir facilement de la mémoire. Nous demandions comment il se fait qu'on voie chaque jour tant d'honnêtes Dames commettre des fautes d'autant plus graves qu'on les croit plus sages et plus avisées,

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et perdre ainsi en un instant toute leur bonne renommée. L'une, pour avoir le champ libre et satisfaire ses appétits, empoisonne Son époux, comme si elle espérait, étant veuve, pouvoir faire tout ce qui lui plaît. L'autre, craignant que son mari ne découvre ses amours, le fait assassiner par son amant; elles commettent mille autres actions qui, loin d’être bonnes, sont infâmes et honteuses. Et quoique les pères, les frères et les maris, pour s’ôter de devant les yeux le déshonneur public que leur attire la mauvaise vie de leurs filles, de leurs sœurs et de leurs femmes, en fassent périr des quantités par le poison, par le fer et par d'autres moyens encore, elles ne laissent pas d’être encore fort nombreuses celles qui, au risque de leur vie, à laquelle elles devraient tenir, au mépris de leur honneur, qui devrait leur être si précieux, se laissent aller au crime pour satisfaire leurs appétits désordonnés.

Nous causêâmes longtemps, nous recherchions si les lois de la raïson naturelle peuvent nous faire comprendre la cause

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de cette vie dissipée des femmes. On prétendait que cela vient du peu de cervelle que leur a donné la nature; faute d'avoir cet organe assez développé, elles se laissent griser par le plaisir du moment, inconscientes du mal qui s'en suit souvent et du tort qu’elles en éprouvent. Mais on répondit que ce motif était frivole et de peu de valeur, car les hommes aussi, eux que nous prétendons mieux conformés, tombent dans les mêmes erreurs; ils voient tout le jour pendre ceux-ci, écarteler ceux-là, brûler ces autres, et cependant, aveuglés par leurs désirs insatiables, ils ne cessent pas de se livrer au mal, au brigandage, à la rapine, de commettre des homicides, des adultères et mille autres scéléra- . tesses. Ordinairement les femmes ne sont pas si coupables; si elles pèchent, c’est le plus souvent qu’elles sont trop amoureuses et trop crédules aux flatteries des hommes ; ceux-ci s’étudient chaque jour, chaque heure [il faut dire .ici la vérité) à tromper quelqu'une d’entre elles, et beaucoup d'entre eux se figurent avoir

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remporté un beau triomphe, comme s'ils avaient chassé le Turc d'Europe, quand ils ont profité de la simplicité d'une femme. Il n'y avait pas une seule Dame présente à notre conversation pour dé- Jendre son sexe; nous étions naturellement disposés à tomber sur lui, et faute de trouver autre chose, nous décidâmes que toutes les fautes des femmes devaient être attribuées à leur peu de cervelle. Mais, si le monde changeait et si les femmes, devenues une fois les maîtresses, pouvaient appliquer leur esprit aux choses de la guerre et aux belles-lettres, dans lesquelles, sans aucun doute, beaucoup parmi elles excelleraient, malheur à nous! Je crois bien qu’elles nous rendraient mille pour un et davantage, qu’elles nous feraient rester toute la journée la quenouille au côté, auprès du dévidoir ; qu’elles nous enverraient à la cuisine comme des marmitons, et ce serait peut-être bien fait pour nous qui leur jouons souvent, au .

mépris de toute raison et de toute bienséance, tant de mauvais tours, et qui les

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traitons si cavalièrement. Mais je ne vais pas me mettre contre les hommes, ni faire comme les Cacatocci de Milan, qui prennent parti contre leurs amis pour paraître sages; en disant du mal des hommes, j'en dirais de moi-même.

Je ne veux pas non plus faire l'application de ce proverbe vulgaire : J'aime Socrate, j'aime Platon, mais j'aime encore mieux la vérité. Je ne veux pas davantage dire du mal des Dames ni les blémer, car je Suis né d’une femme, je les aime et je cherche toujours, en toute cir- . constänce, à leur témoigner combien je les honore et les respecte, ainsi que le méritent un si grand nombre d’entre elles, mais bien plus les unes que les autres. Je ne vais pas en dresser maintenant le catalogue, je ne me suis pas mis pour cela à écrire cette Nouvelle. Mais je vais vous faire connaître une histoire qui s’est passée au dernier Carême, d’après ce qu'a raconté ces jours derniers notre . Savant ami Messer Stefano Dolcino, un Jour qu'il était à souper avec très-noble signora Cécilia Gallerana, comtesse de

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Bergame. Vous comprendrez, en lisant cette Nouvelle, que malgré toutes les considérations qu'on a fait valoir dans notre discussion, les hommes qui ne savent pas mettre un frein à leurs passions, et les femmes qui, sans souci de leur honneur, le bien le plus cher et le plus précieux qu’elles puissent avoir, se laissent gouverner par leurs désirs amoureux, se préparent le plus souvent une triste fin. Vous y verrez encore le mal que cause la vie scélérate et déréglée de quelques Religieux. Je vous dédie donc cette Nouvelle afin qu'elle vienne aux mains des lecteurs, protégée par votre nom. Vous voudrez bien la montrer à notre aimable Messer Dionisto Elio; je suis sûr qu'il entrera tout de suite dans une grande colère contre le coquin de Moine et, en vérité, il aura :

grandement raison. Portez vous bien.

CF

IAAPSICICE

UN FALOUX

entend la confession de sa femme par le moyen d'un Religieux; puis il la tue.

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