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mit ici la Pedrina ! Satez-Tons précisémnit si c'est une remme, une comédienoe, du si c'est âne apparition T
— En vérilé, reprit-elte, c'est nne femme, nne comédienne eilraordioaire, uae chaateuse comme on n'eo a jamais entendu, peut-être, mais je n'imagine pas qne ce soit rien de plus. Votre enthousiasme , prenei-y garde, ajouta-t-elle froidement, a quelque chose d'inquiélant pour ceux qni vous aiment. Vous n'ôtes pas le premier, dît-on , que sa vue auroit rendu fou , -et celle foiblesse de cœur ne (latteroit prt^blcmeni ni voire femme, ni votre maîtresse.
En achevant ces paroles, elle retira tout-à-fait si main, et je la laissai échapper; la Pedrina chanioit toujours.
Enauile elle dansa, et ma pensée, emportée avec elle, se livra sans défense i toutes les impressions qu'elle vooloit lui donner. L'ivresse universelle cacfaoit la mienne , mais elle l'angmentoit encore ; tout le temps qui s'éioit écoulé entre nos deux renconu^ avoit disparu à nos yeux, parce qu'aucune sensation du même genre el de la mâme puissance n'élOit venue me rappel» celle-lîl; il me sembloit que j'étois encore an château de Ghismondo, mais au château de Ghismondo agrandi, décoré, peuplé d'une foule immense, et les acclamations , qui s'élevoient de toutes parts , bruissoîent dans mes oreilles comme des joies de démons. Et la Pedrina, possédée d'une frénésie sublime que l'enfer seul peut inspirer et entretenir, coolinuoil à dévorer le parquet de ses pas, à fuir, à revenir, à voler, chassée ou ramenée par des impulsions invincibles, jusqu'à ce que, haletante, épuisée, anéantie, elle tomba entre les bras des comparses, en proférant avec une expression déchirante
LJnniprh.GoOglc
DE LAS SIEKRAS. '419
UD nom que je crus cnlcodre et qui retentit donlourcusemeni dans mon cœur. . .
— Sei^ est mon ! m'écriai-je en ptenrant h chaudes larmes, les bras étendus vers le théâtre ]...
— Vous êtes décidément foa , dit Eiiielle en me retenant à ma place, mais calmez-vous enfla ! elle n'y est plus.
— Fon! repris-je à part moi... cela aerott-il vrai? aurois-je cru voir ce que je u'ai pas vu ? ce que j'ai cru entendre, ne l'entendois-je pas en efletT... Pou, grand Dieul sépare du genre humain et d'EsteQe, par une in- Crniitë qui me rendra la fable publique l Château faiali de Gbismondo , est-ce \h le cbâiiment que tu réserves aux téméraires qui osent violer tes secrets? Heureux raille fois Sergy d'être mort dans les cliamps de Lulzen '.
Je m'abtmois dans ces idOes quand je sentiij le bras d'jîslelle se lier au mien pour sortir du speciaclc.
— Hélas! lut dis-je en iremblint, car je commençoîs à revenir â moi , je dois vous faire pilté , mais je vous ferois plus de pitié encore, si vous counoi»sie2 une histoire qu'il ne m'est pas permis de raconter ! Ce qui vient de se passer n'est pour moi que la prolongation d'une illusion terrible , dont ma raisou ne s'est jamais totalement affranchie. Permettez-moi de rester seul avec mes pensées, et d'y remettre, autant que j'en suis capable, un peu d'ordre et de suite. Les plaisirs d'une douce conversation me sont interdits aujourd'hui; je serai plus calme demain.
— Tu seras demain comme il te plaira, dit Pablo, qui venott de saisir ces dernifrros paroles en passant auprès de nons, mais tu ne nous quitteras ccriaioemcnl pas ce soir. Au reste, ^u-t-il, je compte fdas, pour
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t'y décider , sur les iuglaDccs d'Estelle que sur les inienues.
— Seroil-il frai, reprit-elle, et consentiriez-vous à nous dODuer le temps que vous destiuez saiis doute à vous occuper de la Pcdriiia î
— Au aoin de Dieu, m'écriai-jc, ne prononcez plus ce nom , cfaèrc Estelle , car le seutimenl qu<? j'éprouve ne ressemble à aucun des sentiments que vous pourriei: soupçonner, si ce n'est peut-être à la terreur. Pourquoi faut-il que je ne puisse pas m'eipliqucr davantage î
Il avoit fallu céder. Je m'élois assis au souper sans y prendre part, et, comme je m'y altendois, on u'avoit parlé que de la Pcdrioa.
« L'intérêt que celte femme extraordinaire vous iaspire, dit toul-à-coup Pablo, a quelque chose de si exalté , que l'on coiiiprendroit à peine la possibilité de l'augmenter encore. Que seroil-ce donc pourtant, si vous connoissiez ses aventures, dont une partie s'est, à la vérité, passée à Barcelone, mais dans un temps où la plupart d'entre nous n'y ëtolent pas établis? Vous seriez obligés de convenir que les malheurs de la Pedrioa ne sont pas moins surprenants que ses latents. »
Personne ne répondit, car on écoutoit, et Pablo, qui s'en aperçut, continua ainsi :
n La Pcdrlna n'appartient point à la classe d'où sont ordinairement sortis ses pareils , et dans laquelle se recruienl ces troupes nomades que leur destinée dévoue aux plaisirs de la multitude. Son nom véritable a été porté, dans des temps reculés, par une des familles les plus illustres de la vieille Espagne. Elle s'appelle Inès de Las Sierras. •<
— Inès de Ijs Sierra; ! m'écriai-je en me levant de ma place dans un eut d'exallatiuu difficile à décrire ;
DE JLAS SIERRAS. 421
Inès de Las Sierras! Il est dooc vrai 7 Mais , sais tu , Pablo, ce que c'est qu'Inès de Las Sierras? sais-tu d'où elle vient, et par quel effrayant privilège elle se fait entendre sur un théâtre?
■ Je sais , dit Pablo en souriant, que c'est une rare et infortunée créature, dont la vie mérite au moins autant de pitié que d'admiration. Quant à l'émotion que te cause son nom, elle ne sauroit m'étonner, car il est probaUe qu'il t'a frappé plus d'une fois dans les lamentables complaintes de nos Romanceros, L'histoire qu'il retrace à la mémoire de notre ami, poursuivit-il eu s'adressant au reste des assistants, est une de ces traditions populaires du moyeu-âge, qui furent probablement fondées sur quelques faits réels, ou sur quelques apparences spécieuses, et qui se sont maintenues de génération en génération , dans le souvenir des hommes, jusqu'au point d'acquérir une espèce d'autorité historique. Celle-ci , quoi qu'il en soit, jouissoit déjà d'un grand crédit au xvi° siècle , puisqu'elle força la puissante famille de Las Sierras h s'expatrier avec tous ses biens, el à profiter des nouvelles découvertes de la navigation , pour transporter son domicile dans le Mexique. Ce qu'il y a de certain , c'est que la fatalité tragique dont elle éloit poursuivie ne se relâcha pas de sa rigueur dans d'autres climats. J'ai entendu assurer souvent que depuis trois cents ans tous ses chefs sont morts par l'épée.
« Au commencement du siècle dont nous parcourons la quatorzième année, le dernier des nobles seigneurs de Las Sierras vivoit encore à Meiico. La mort veuoit de lui enlever sa femme, et il ne lui restoit qu'une fille, âgée de six ou sept ans, qu'il avoît nommée Inès. Jamais des facultés plus brillauif;s ne s'êtoienl annoncées dans un âge plus leudic , el le marquis de Las Sierras
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n'épargna rien pour la caltnre de ces dons précieui qui promeiloinit tant de gloire et tant de bonheur à sa vieillesse. Trop heureux en effet si l'éducation de si Glle unique avoit pu absorber tous ses soins et toutes ses afTeciions ; mais il settl'n bientôt le funeste besoin de remplir d'un autre sentiment encore le vide profond de son cœnr. Il aima, il crut 6tre aimé, il s'enorgueillit de son choix ; il fit plus ; il se féliciia de donner une antre mère i sa belle Inès, et il lui donna une implacable ennemie. La rive intelligence d'Inès ne larda pas k saisir toutes les difficultés de sa nouvelle position. Elle comprit bientôt que les arts, qui n'avoieat été jusque-lit pour elle qu'un objet de distraction et de plaisirs, pouvoient devenir un jour sa seule ressource. Elle s'y livra dès-lors avec tine ardeur qoi fut couronnée par des succès sans exemple, et au bout d'un très-petit nombre d'années, elle ne trouva plus de maîtres. Le plus habile et le pins présomptueux des siens se seroit honoré d'en recevoir des leçons ; mais elle paya cher ce glorieux avantage, s'il est vrai que, dès celle époque , sa raison , si pure et si brillante , vaincue par des fatigues obstinées , parut s'altérer graduellement , et que des égarements momentanés aient commencé à trahir le désordre de son intelligence, au moment ofi elle sembloit p'avoir plus rien à acquérir.
« Un jour , le corps inanimé du marquis de Las Sierras fut rapporta dans son hôtel. Il avoit été trouvé, percé de coups, dans nu endroit écarté, où il ne s'étoit présenté d'ailleurs aucune circonstance qui fût propre à jeter quelque lumière sur le motif et l'auteur de ce cruel assassinat. La voix publique ne tarda cependant pas h désigner an coupable. Le père d'Inès n'avoil point d'ennemi connu, mais avant son second mariage
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it avoit en nn rival , signalé dans Mexico par l'ardeur de ses passions et la violence de son caracière. Toal le monde le nomma dans l'intimité de sa pensée ; mais ce soupçon universel ne put être converti en accusation , parce qu'il n'étoitjusttûé par aucun commencement de preuve. Toutefois les conjectures de la multitude acquirent une nouvelle force, quand on vît la veuve de la victime passer , au bout de quelques mots , dans les bras de l'assassin , et si rien ne les a éclairées depuis, rien du moins n'en a diminué l'impression. Inès resta donc solitaire dans la maison de ses aleui , entre deux personnes qui lui étoient également étrangères, qu'on instinct secret lui rendoit également odieuses , et aniquelles la loi avoit aveuglément confié l'autorité par laquelle elle supplée à celle de la famille. Les atteintes qui avoient quelquefois menacé sa raison se multiplié' rent alors d'une manière effrayante , el personne n'en fut surpris , quoiqu'on ignorât généraletnent la moitié de ses malheurs.
■ Il y avoit îi Heitco un jeune Sicilien qui se faïsoit nommer Gaètano Filippî, et dont la vie antérieure sembloit cacher quelque mysière suspect. Une légère tein turedes arts, nn babil séduisant, mais frivole, des manières élûmes qui trahissoient l'élude ei l'affectation , ce vernis de politesse que les honnêtes gens doivent à leur éducation, et les intriganls au commerce du monde, lui avoient ouvert l'accès de la haute société que la dépravaiion de ses mœurs auroit dû lui inle rdire. Inès , â peine âgée de seize ans, étoit trop ingénue el trop exaltée à la fois pour pénétrer au-dessous de cette écorcc trompeuse. Elle prit le trouble de ses sens pour la révélation d'un premier amour.
Gaeiano n'étoit pas embarrassé par la difficulté de se
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faire connottre sons des titres av aatageax ; il savoît l'art de se procurer ceux dont il avolt besoin , et de leur donner toute l'apparence d'authenticité nécessaire pour fasciner les yeux ies plus habiles et les plus expérimentés. Ce fut en vain , cependant , qu'il demanda la main d'Inès. La marâtre de cette infortunée avoit formé le projet de s'assurer sa fortune; et il est probable qu'elle n'auroit pas été scrupuleuse sur le choix des moyens. Sou mari la seconda de son côté avec un zèle dont il lai déroba sans doute le mobile secret. Le misérable élott amoureux de sa pupille ; il avoit osé le lui déclarer quelques semaines auparavant, et il se prometioit de la séduire. C'étoit M le chagrin profond qui aggravoit si cruellement , depuis quelque temps , les mortels chagrins d'Inès.
* Il en étoit de l'ot^nisalion d'InËs comme de tontes celles que le génie favorise i un degré supérieur. Elle joignoit â l'élévation d'un talent sublime la foiblesse d'un caractère qui ne demande qu'à se laisser conduire. Dans la vie de l'intelligence et de l'art, c'étoit un ange. Dans la vie commune et pratique, c'étoit un enbnt. La simple apparence d'un senCiment bienveillant captivoit son cœur, et quand son cœur étoit soumis, il ne resloit point d'objections â sa raison. Celte disposition de l'esprit n'a rien de funeste , quand il se trouve placé dans d'heureuses circonstances , et sous une sage direction ; mais le seul être dont Inès pût reconnoîlre l'empire dans le triste isolement où la mort de son père l'avoit laissée, n'agissoit sur elle que pour la perdre; et c'est là un de ces horribles secrets que l'innocence ne soupçonne pointi Gaëtano la décida, presque sans efforts, à un enlèvement dont il faisoit dépendre le salut de sa maîtresse. Il n'eut guère plus de peine à convaincre
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Inès que loui lui appartenoit , d'un droit légitime et sacré, dans l'héritage de ses ancêtres ; ils disparurent; et , au bout de quelques mois , abondammenl munis ,d'or , de bijoux , de diamants , ils étoient tous deux à Cadix.
' Ici le TOilc se souleva ; mais les yeux d'Inès , encore éblouis par les fausses lueurs de l'amour et du plaisir , se refusèrent long-iemps à voir la vérité tout entière. Cependant , le monde au milieu duquel Caëtano i'aTOtt jetée , l'eiïrayoit quelquefois par la licence de ses principes ; elle s'éiounoit que le passage d'un hémisphère à l'autre pilt produire de si étranges diiïérences dans le langage cl dans les mœurs; elle cherchoit , en tremblant , une pensée qui répondît à la sienne dans cette foule de bateleurs , de libertins et de courtisanes qui composoicnl sa société habituelle, et elle ne la trouvoit pas. Les ressources passagères qu'elle devoit à une action sur laquelle sa conscience n'étoit pas tout-à-fait rassurée, commençotent d'ailleurs i lui échapper , et la tendresse hypocrite de Gactano sembloit diminuer avec elles. Un jour, elle le demanda inulilement à son réveil , elle l'attendit inutilement la nuit suivante; le lendemain , elle passa de l'inquiétude i la crainte, et de la crainte au désespoir; l'alTreuse réalité vint enfin mettre le comble h ses misères. Il étoit parti , après l'avoir dépouillée de tout , parti avec une autre femme ; il l'avoit abandonnée , pauvre , déshonorée, et, pour dernier malheur, livrée îi son propre mépris. Ce ressort de noble fierté qui réagit contre l'inforlune dans une âme sans reproche , finit de se rompre dans celle d'Inès. Elle avoit pris le nom de Pedrina pour se soustraire aux recherches de ses indignes parents. « Pedrina , soit I dît-elle avec une résolu*
lion atn^rc ; honte et ignominie sar moi , puisque ainsi Va Tonin ma dcBtin<5c I a Et elle ne fat ptus que la Pedrina.
o Vous comprendre! facilement que je cesse de la suivre dans tous les détails de sa vie; elle ne les a pas donnés. Nous ne la retrouverons qu'à ce mémorable début de Madrid , qui la plaça si promploment au premier rang des virtuoses les plus célèbres. L'enthousiasme fut si véhément et si passionné, que la rille entière relentitdes applaudissements du ihéStre, et que la foule qui l'avoit accompagnée jusque chez elle de ses acclamaiions et de ses couronnes, ne consentit k se dissiper qu'après l'avoir revue une fois encore i une des croisées de son appartement. Mais ce n'éloit pas le seul sentiment qu'elle eût excité. Sa beauté, qui n'étoU, en effet, pas moins remarquable que ses talents, avoit produit Dne impression profonde sur un personnage illustre, qui tenoit alors entre ses mains une partie des destinées de l'Espagne, et que tous me permettrez de ne pas désigner autrement, soit parce que cette anecdote de la vie privée n'est pas suffisamment éclaircie par ma conscience d'historien , soit parce qu'il me répugne d'ajouter une foiblesse , d'ailleurs assez excusable , aux torts vrais ou faux dont la mobile opinion du peuple accuse toujours les rois déchus. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle ne reparut plus sur la scène , et que toutes les faveurs de la fortune s'accumulèrent, en peu de jours, sur cette aventurière obscure, dont les provinces voisines avoient vu , pendant un an , la honte et la misère. On ne parla plus que de la variété de ses toilettes, que de la richesse de ses bijoux , que du luxe de ses équipages; et , contre l'ordinaire, on lui pardonna cependant assez facilement cette opulence soudaine, parce
qu'il y avoil 1res peu d'hommes parmi ses jnges qni ne se fussent trouvés heureux de lui donner cent fois davantage. Il faut ajoutera l'honneur de laPedrina, que les ir&ors qu'elle devoit â l'amour ne s'épuisèrent pas en fantaisies slëriles. Naturellement compatissante et généreuse , elle chercha le malheur pour le réparer ; elle alla porter des secours et des consolaiions dans le triste réduit du pauvre et an chevet du malade; elle soulagea toutes les infortunes avec une grâce qui ajouloit encore à ses bienfails ; et , quoique favorite , elle se fit aimer du peuple. Cela est si aisé quand on est riche I
a Le nom de la Pedrina faisoit trop de bruit pour ne pas parvenir jusqu'aux oreilles de Gaëiano, dans l'endroit obscur où il cachoit sa houleuse vie. Le produit du vol et de la trahison , qui l'avoit soutenu jusque-là , venoit de manquer i ses besoins. Il regretta d'avoir méconnu les ressources qu'il pouvoit lirer de l'avitlssemeni de sa maîtresse. Il osa concevoir le projet de réparer sa faute h quelque prix que ce fût , et même au prix d'un crime nouveau, C'étoit ce qui lui coûtoit le moins. Il comptoil sur une habileté trop souvent exercée ponr lui inspirer quelque défiance. Il connoissoit le cœur d'Inès, et le malheureux n'hésita pas â se présenter devant elle.
• La justification de Gaëlaoo paroissoit impossible an premier abord ^ mais il n'y a rien d'impossible pour un esprit artificieux , surtout quand il est seconde par l'aveugle crédulité de l'amour; et Gaëtano n'étoil pas seulement te premier homme qui eût fait palpiter le cœur d'Inès ; il étoit le seul qu'elle eût aimé. Tous les égarements auxquels ses sens s'étoienl abandonnés depuis avoient laissé son âme vide et iodiiïérenlc ; et par un privilège fort rare , sans doute , mais qui n'est pas
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sans exemple, elle s'étoit perdue sans se corrompre. Le roman de Gaëlano , tout absurde qu'il fût , n'eut pas de peine à obtenir le crédit de la vérilé. Inès avoit bcsoia d'y croire pour retrouver quelque apparence de sod bonheur évanoui , et celte disposilioa d'e.<iprit se contente des moindres vraisemblaaces. Il est probable qu'elle n'osa pas mSme hasarder les objections qui se préseotoieot en foule à sa pensée , dans la crainte d'en rencontrer une qui resteroit sans réponse. Il est si doui d'être trompé sur ce qu'on aime, quand on ne peut p» cesser d'aimerl
» Le perfide n'ïvoil d'ailleurs négligé aucun de ses avantages. Il arrivoit de Sicile ou il ëtoit allé disposer sa famille à permettre son mariage. Il y avoit réussi. Sa mère elle-même avoit daigné l'accompagner en Espagne, pour hâter le moment de voir une QIIg chéile dont elle s'étoit formé l'idée la plus flatteuse. Quelle horrible nouvelle l'attendoit à Barcelone! Le bruit des succès de la Pedrina lui éloit parvenu avec celui de son crime et de son ignominie. Étoit-ce là le prix qu'elle avoit réservé à tant d'amour et à tant de sacrifices? La première idée, le premier sentiment dont il se fût trouvé capable , éloit la résolution de mourir, mais sa tendresse l'avoît encore emporté sur son désespoir. Il avoit caché à sa mère son triste secret; il avoii volé i Madrid pour parler i Inès, pour lui faire entendre, s'il en étoil temps encore, le cri de l'honneur et de la vertu; il étoit venu pour pardonner, et il pardonnoiti Que vous dirai-jcT Inès, noyée de larnies; Inès, égarée, palpitante, éperdue de remords, de reconnoissance et de joie, tomba aux pieds de l'imposteur; et l'hypocrisie triompha presque sans efforts d'un cœur trop sensible et trop confiant pour la
criipfhGoOgle
DE LAS SIESKAS. 4S9
deTÎncr. Ce changement subit de râle et de portion , qui donnoit au coupable tous les droits de l'innocence, a peDt-étre de quoi étonner. Mais, demandez plutdt aux Temmes ! Il n'y a rien de plus commun.
B Les soupçons d'Inès durent cependant se réveiller, quand elle vit Gaëtano plus empressé i chaîner sar la voiture préparée pour lear départ, dos trésors dont elle ne pouvoit , sans rougir , se rappeler l'origine , qu'à l'enlever elle-même à ses criminelles amours. Inutilement elle insista pour tout abandonner. Elle ne fut pas entendue.
x'Quitre jours après, une voilure de voyage s'arrêloit i Barcelone, devant l'hôtel de l'Italie. On en vit sortir un jeune homme élégamment vËtu , et une dame qui paroissoit se dérober avec soin aux regards des voyageurs et des passants. C'étoit Gaetano et la Pedrina. Un quart-d'heure après, le jeune homme sortit, et se dirigea vers le port.
Il L'absence Ce la mère de Gaëtano ne confirmoit que trop les craintes qu'Inès avoit commencé h concevoir. Il paroît qu'elle prit assez d'empire sur sa timidité pour les exprimer sans dÉlours, quand il fut rentré dans son appartement. Il est du moins certain qu'une discussion violente sëleva entre eux , dès le soir, et se renouvela plusieurs fois dans la nuil. Au point du jour, GaËtano, pâle, défait, agité, fit transporter plusieurs caisses par les domestiques à iwrd d'un vaisseau qui devoit mettre à la voile dans la matinée, et s'y rendit lui-même avec une cassette plus petite qu'il avoit enveloppée dans les plis de son manteau. Arrivé au bâtiment, il congédia ies gens qui l'avoicot suivi , sous prétexte de quelques arrangements qui le rctenoient encore , les paya largement de leurs peines, et
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leur recominanâa de la minière la plas expresse de ne pas troubler le sommeil de madame avant son retour. Cependant , une grande partie de la journée s'éconla sans que l'élranger eût reparu. On apprit que le navire faisoit roDte, el un des hommes qui avoient accompagné Gaëiano', troublé d'un sombre pressentiment, fut tenté de s'en assurer. Il vit disparoltre les voiles i l'horizon.
■ Le silence qni continuoit i rfgner dans la chambre d'Inès, an milti-u des bruits de la maison, devenoit inquiétant. On s'assura que sa porte n'avoit pas été fermée à l'intérieur, mais en dehors , et la clé n'étoil pas restée & la serrure. L'hôte ne balança point à l'ouvrir d'une double clé, et un spectacle horrible s'offrit jk ses yeux. La dame inconnue éloit couchée sur son lit dans l'attitude d'une personne qui dort, et on aurait pu s'y tromper, si elle u'avoit élé baignée dans le sang. Elle avoit eu le sein percé d'un coup de poignard pendant son sommeil , et l'arme de l'assassin étoit encore dans la blessure.
■• Vous me pardonnerez facilement de n'avoir pas insisté sur ces éponvaniablcs détails. Ils furent connus dans le temps de la ville lout entière. Ce qui est encore ignoré des personnes même que le sort de cette infortunée tODcha le plus , car il y a peu de jours qu'elle est en élat de recueillir et de mettre en ordre les souvenirs confus de son histoire , c'est que la malheureuse victime de ce forfail, c'est la sublime Pedrina dont Madrid ne perdra jamais la mémoire, et que la Pt^rina , c'est Inès de Las Sierras.
» Je reviens i mon récit, continua Pablo. Les témoins accourus à cette scène d'horreur, et les médecins qu'on y avoit appelés sur-le-champ, ne lardèrent
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point à recoDDOÎlre que la dame étrangère D'éloit pas morte. Des soias déjà tardifs, mais empressés, lui furent rendus avec tant de succès qu'on parvint à réveiller en elle le Ecnliment el h vie. Quelques jours cependant se passèrent dans des alternatives de crainte et d'espérance qui excitèrent viTcment la syropaibie publique. Un mois après, le rétablissement d'Inès paroissoit tout-à-fait affermi, mais le délire qui s'étoit manifesté dès le moment oil elle avoil recouvré la parole, et qu'on attribuoit alon à l'action d'une fièyre ardente, ne céda ni aux remèdes ni au temps. La pamrre créature venoit d'être ressusciléc pour la vie physique, mais elle restoit Diorte i b vie intelligente. Elle étoit Mix.
« Une communauté de saintes femmes l'accueillit , et lui continua les sollicitudes attentives dont son état avoit besoin. Objet de tons les égards d'une charité presque proTideniielle , on dit qu'elle les juslirioit par une douceur i toute épreuve, car son aliénation n'avoit rien de la fougue et de la violence qui caraclérlteul ordinairement cette affreuse maladie. Elle étoit d'ailleurs fréquemment iniemmipne par des iuiemilea lucides qui se ptoloageoïent plus ou moins, et qui donooient de jour en jour un espmr plus fondé de sa gaérison ; ils devinrent assez fréquents pour Qu'on se relâchât beaucoup de l'atleaiioa qu'on avoit portée d'abord ï ses moindres actions et i ses moindres démarches ; on s'accoulama peu à peu i la laisser abandonnée à elle-même pendant les longues heures de l'ofTice, et elle mit cttte négligence à profit pour s'évader; l'inquiétude fut grande , et les recherches furent actives ; Icnr résultat parut d'abord assez heureux pour promettre un succès procliaiii. Inès avmt été remarquée dès les premiers
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jours de son voyage vagabond par l'incomparable beanlé de ses uaits, par la noblesse naturelle de ses manières, et aussi par le désordre miermiltent de ses idées et de son langage. Elle l'avoit éié surtout par la singulière pbysionouiie de son accoutrement , composé au hasard des restes élégants , mais flétris , de sa toilette de théâtre, lambeaux de quelque éclat et de peu de valeur que le Sicilien avoit dédaigné de s'approprier, et dont l'assortiment bizarre, emprunté à l'appareil du luxe, faisoit un contraste singulier arec le sac de loile grossière duquel Jnës avoit chargé son épaule pour y recevoir les charités du peuple. On suivit ainsi ses traces jusqu'à une petite distance de Maltaro, mais à cet endroit de la route elles s'cflacèrent totalement, et sur.quelque point qu'on se dirigeât dans les alentours , il fut impossible de les rctrouTer. Inès avoil disparu à tous les yeux deux jours avant Noël, et quand on se rappela la pro* fonde mélancolie où son esprit paroissoit plongé toutes les fois qu'il étoit parvenu à se dégager de ses ténèbres babilueltes , on n'bésiu pas i penser qu'elle avoit mis fin elle-même à ses jours en se précipitant dans (a mer. Cette explication se présenloit si ualurelkment à l'esprit qu'on fut à peine tenté d'en chercher une autre. L'inconnue étoit morte, et l'impressbii de cette nouvelle se fit sentir pendant deux jours. Le troisième jour, elle s'alîoiblit comme toutes les impressions, et le lendemain on n'en parla plus.
0 II arriva daus ce lemps-lâ quelque chose de fort extraordinaire qui contribua beaucoup à -distraire lej esprits de la disparition d'Inès et du dénouement tragique de ses aventures. Il existe aux environs de la ville où l'on avoit perdu ses derniers vestiges un vieux nianuir eu ruines couim sous le nom de château de Gbis-
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mondo, dont le démon a, dit-on, pris possession depuis plusieurs siècles , et dans lequel la tradition lui fait tenir tous les ans un cénacle pendant la nuit de Noël. La génération actuelle n'avoît rien vu qui fût capable de prêter quelque autorité à cette superstition ridicule, et on ne s'en inquiétoit plus; mais des circonstances qui ne se sont jamais expliquées lui rendirent ses droits en 181S. Il n'y eut pas lieu de douter cette fois que le château maudit fût habité par des hôtes d'exception qui s'y lifroient sans mystère à la joie des banquets. (Jne illumination splendide éclata dès minuit dans sps appartements si long-temps déserts, et porta dans les hameaux ¥(HsinB l'inquiétude et l'effroi. Quelques voyageurs attardés, que le hasard conduisit sous ses murailles, entendirent des bruits de voiK étranges et confuses auxquelles se mêloient par moments des chants d'une douceur infinie. Les phénomènes d'une nuit orageuse, et telle que la Catalogue ne s'en rappcioit point de pareille dans une saison aussi avancée, ajoutoient encore à la sdcnnité de cette scène bizarre, dont la peur et la crédulité ne manquèrent pas d'exagérer les détails. Il ne fut bruit le lendemain et les jours suivants, à plusieurs lieues à la tonde, que du retour des esprits dans la maison de Gbismondo, et le concours de tant de témoignages qui s'accordaient sur les principales circonstances de l'événement finit par inspirer à la police des alarmes assez fondées. En effet, les troupes françoiseS vendent d'être rappelées de leurs garnisons pour aller foriiAer au loin les débris de l'armée d'Allemagne , et l'instant pouvoit paroître favorable au renouvellement des tentatives du vieux parti espagnol, qui commençoit d'ailleurs à fermenter d'une manière très-sensible dans nos départements mal soumis. L'adiuinistratiou , peu disposée à
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partager les croyances de ]a populace, ne vil donc, dans ce prétendu conciliabule de démons fidèles à leur rendez-vous anniversaire, qu'une assemblée de conspiratears tout prêts à déployer de nouveau le drapeau de la guerre civile. Elle ordonna une visite exacte du manoir mystérieux, et cetle perquisition confirma, par des preuves évidentes, la vérité des bruits qui l'avoient rendue nécessaire. On reirouva tous les vestiges de l'illumination et du festin, et ou put conjecturer, an nombre des bouteilles vides qui garnissoient encore la table, qu« les convives avuent été asset nombrcnx. ■
— A ce passage do récit de Pablo, qui me remenoit en mémoire la soif inextinguible et les libations immodérées de Bouiraix, je ne pas contenir un éclat de rire convulsif qui Fiuterronipit long-temps et qui contrastoit d'une manière trop bizarre avec les dispositions od il m'avoit vu au commencement de l'histoire, pour ne pas lui occasionner une vive surprise. Il me regarda donc fixement, en attendant que je fusse parvenaà réprimer l'essor de ma gaieté indiscrète, et me voyant plus calme, il continua :
u L'assemblée tenue par nu certain nombre d'hommes, probablement armés, et certainement montés, car il ëtoil resté aussi des fourrages, étoit devenue une chose démontrée pour tout le monde; mais aucun des conjurés ne fut trouvé au château, et on se mit inutilement sur leurs traces. Jamais le moindre éclaircissement n'est arrivé à l'autorité sur ce fait singulier, depuis l'époque même ob il a cessé d'être répi'éhensible^ et où il y auroit autant d'avantage à l'avotter qu'il y avoit alors de nécessité à le taire. La troupe qui avoit été chaînée de cetle peiilc expédition, se disposoit à partir, quand uu soldai découviil dans un des souterrains une jeune
fille éinogenieot véine, qni pannssoit privée de la raison, el qui, loin de l'éviter, s'empressa de courir à lui, en pi-onoQçant un ncun qu'il n'a pas retenu ; « Est<e toi? lui cria-i-ellc. Combien tu t'es fait attendre 1... • — Amenée au grand jour et reconnoissant son erreur, eUe se prit à Tondre en larmes.
« Cette jeune fille , tous savez d^â que c'éloit la Pedrina. Son signalement, adressé quelques jours aupara- Tant à toutes les autorités du littoral, leur.étoit parfaile- Aient présent. On s'empressa donc de la renvoyer à Barcelone , après lui avoir fait subir, dans un de ses moments lucide»-, un interrogatoire particulier sur l'évéoement inciplicable de la nuit de No3 ; tmls il n'avoit laissé dans son esprit que des traces extrêmement confuses, et ses témoignages , dont on ne ponroit suspecter la sincérité , ne firent qu'augmenter les embarras déjà for! compliqué» de l'information. Il parut seulement démontré qu'une préoccupation étrat^e de son imagination malade lui aToit fait chercher dans le manfflT des seigneurs de Las Sierras un asile garanti par les droits de sa naissance ; qu'elle s'y éloit introduite avec difficulté, en profitant de l'étroit passage que ses portes délabrées laissoient entre elles , et qu'elle y avoit d'abord vécu de ses proTisions, et les jouis suivants , de celles que les étrangers y avoient abandonnées. Quant à ceux-ci, elle paroissoit ne point les connoitre; et la description qu'elle faisoit de leurs habillements , qui ne sont propres à aucune population vivante , s'éloigooit tellement de toutes les vraisemblances , qu'on l'attribua sans hésiter aux réminiscences d'un songe dont son esprit confondoit les traits avec ceux de la réalité. Ce qui sembloit plus évident , c'est qu'un des aveniurieis ou drs conjurés avoit fait une vive impi'ession sur son
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cœur , et que le seul espoir de le retrouver lui inspiroU le courage de vivre encore. Mais elle avoît compris qu'il étoit poursuivi, qu'il éloit menacé dans sa liberté, daus son existence peut-être , et les efforts les plus assidus, les plus obstinés, ne purent loi arracber le secret de son nom. »
— Ce dernier eadroitde la narration dePablo venutde me rappeler sous un aspect tout-à-fait nouveau le souvenir d'uD ami dont j'avois reçu le dernier soupir. Hi» sein se gonOa, mes yeux se remplirent de larmes, et j'y portai brusquement la main ponr cacber mon émoiim aux personnes qui m'entonroient. Pablo s'arrêta comme la première fois, et attacha sur moi ses regards avec une attention encore plus marquée. Je pénétrai facilement le sentiment qui l'occupoit , et j'essayai de le rassurer par un sourire. — Tranquillise ion cœur d'ami , lui di»-je avec expansion, sur les alceroatives d'attendrissement et de gaieté que me fait éprouver ta singulière histoire. Elles n'ont rien que de naturel dans ma position , et ta en conviendras loi-méme quand j'aurai pu les expliquer. Continue cependant , et pardonne-moi de t'avoir interrompu , car les aventures de la Pedrina ne sont pas finies.
« Il s'en faut de peu de chose, reprit Pablo. Elle fut ramenée dans son couvent , et placée bchis une surveillance plus étroite. Un vieux médecin , très versé dans l'étude des maladies de l'esprit , que d'heureuses circtMistances ont, depuis quelques années, conduit à Barcelone , entreprit sa guérison. Il s'aperçut d'abord qu'elle ofTroit de grandes difficultés, car tes désordres d'une iniagbation blessée ne sont jamais plus graves, et, pour ainsi dire , plus incurables , que lorsqu'ils résultent d'une peine profonde de l'Ame. Toutefois il in-
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sisia, parce qu'il comptait sur un auxiliaire qui se montre toujours habile i soulager ia douleur, le temps, qui efface tout, et qui est seul éternel au milieu de nos plaisirs et de nos chagrins passagers. Il voulut y joindre la distraction et l'étude ; il appela les arts au secours de sa malade , les arts qu'elle avoit oubliés , mais dont l'impression ne tarda pas de se réveiller plus puissante que jamais dans cette admirable organisation. Apprendre , dit un philosophe , est peut-être se souvenir. Pour elle, c'étoit inventer. Ha première leçon fit passer les auditeurs de l'étonnement à l'admiration , à l'enthousiasme , au fanatisme. Ses succès s'étendirent avec rapidité ; l'ivresse qu'elle faisoil naître la gagna elle-même. Il y a des natures privilégiées que la gloire dédommage du bonheur , et cette compensation leur a été merveilleusement ménagée par la Providence , car le bonheur et la gloire se trouvent rarement ensemble. Enfin elle guérit, et fut en état de se faire conndtre de son bienfaiteur dont je tiens ce réciL Mais le retour de sa raison n'auroît été pour elle qu'un malheur nouveau, si elle n'eftt retrouvé en même temps les ressources de son talent. Vous imaginez bien que les offres ne lui manquèrent pas , dès qu'on eut appris qu'elle étoit décidée à se consacrer au théâtre. Déjà dii viUes différentes menaçoienl de nous l'enlever, quand Bascara est parvenu à la voir hier et à l'engager dans sa troupe. »
— Dans la troupe de Bascara 1 m'écriai-je en riaoï. Sois sûr qu'elle sait maintenant i quoi s'en tenir sur les redoutables conspirateurs du chSieau de Ghismondo.
— C'est ce que tu vas nous faire comprendre , répondit Pablo, car tu parois fort au fait de ces mystères. Parle donc, Je l'en prie.
I ir.l G(H1^|C
— Dm eannùt, dit EtteUed'ua ton [riqué. C'est un secret qa'il ne peut révélera penoane.
— Cela 4loU vrai II n'y a qu'un motneDl, repartù* je ; mats ce inomcat a opéré ud grand cbaugemeut dani mes idées ei dans mes résolutioas. Je viena d'être dé* gagé de mon sermeut.
Je n'ai pas besoin de tous dire que je raconui alon ce que je vous raconlois il y a un mms, el ce que tous me dispenserieï sans peine de voas raconter oujoo^ d'hui , oiéoie qaaod tous n'auriez pas un «ravenir bien présent de ma première faislotre. Je ne suis pas capable de lui prêter assez d'attrait pour la faire écouter deux fois.
•»- Vous êtes du moins assez bon logicien , dit le substitut, pour eu tirer quelque induction morale, et je vous déclare que je ne donnerois pas un fétu de la nouvelle ta |rius piquante , s'il n'en résultoit ancun «ueîgnement pour l'esprit. Le bon Perrault , votre matire , savoit faire sortir de ses contes les phis ridicules de saines et graves moralités.
— Hélas! repris-je en levant les mains au ciel , de qui me parlez-vous tï ? D'un des génies les plus transcendants qui aient éclairé l'humanité depuis Homère I Ob ! les romanciers de mon temps , et les faiseurs de contes eux-mêmes , n'ont pas la prétention de lui ressembler. Je vous dirai même entre nous qu'ils se tiendroient fort bumitiês de la comparaison. Ce qu'il leur faut, mon cber substitut, c'est la renommée quotidienne qu'on obtient avec de l'argcnl , et l'ai^cnt qu'on parvient toujours i gagner bien ou mal , quand on a de la renommée. La morale , suivant vous si requise , est le moindre de leurs soucis. Cepen()ant , puisque vous k
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fOulec , je vais finir par un adage que je crois de ma façon, mais qu'on trouverait peut-élre ailleurs en cherchant Uen, car il n'y a rien qui n'ait été dît :
Et, si celui-là ne vous convient pu , il mi> coûte peu d'en emprunter un autre aui Espagnols, pendant que je suis sur leur feirain :
Cela veut dire , chère Eudoiie , que , de toutes les choses sûres, la plus sûre est de douter.
— Douter , douter ! dit irisletnent Anaetase. Beau plai»r que d« douter I II n'y a donc point d'apparilions T.. .
— Tu vas trop loin, répondiB-jo ; car mon adage t'en scigne qu'il y en a peut-Èire, Je n'ai pas en le bonheur d'en voir ; mais pourquoi cela ne scroit-il pas réservé à une organisation plus complète et plus favorisée que la mienne?
— A une organisation plus complète et plus favorisée ! s'écria le substitut, A un idiot ! à un fou l
— Pourquoi pas, monsieur le subsliiulî Qui m'a donné !a mesure de rintelligcncc humaine? Quel est l'habile Popili us qui lut a dit : Tu ne sortiras pas de ce cercle ! Siles apparitions sont un mensonge, il faut convenir qu'il n'y a point de vérité plus accréditée que cette erreur. Tous les siècles , toutes les nations , toutes les histoires en rendent témoignage ; et sur quoi faitesvous reposer la notion de ce qu'on appelle la vérité , si ce n'est sur le lémoignage des histoires, des nations, des
siècles? J'ai, d'ailleurs, sur ce sojet une manière de penser qui m'est tout-à-fait jH-opre, et qun tous trouverez probablement fort étrange, mais dont je ne peux me départir. C'est que l'homme est incapable de rien ioventer, ou pour m'eiprimer autrement , c'est que l'inveulion n'est en lui qu'une perception innée des faits réels. Que fait aujourd'hui la science! A chaque nouvelle découverte, elle justifie, elle authentique, si l'on peut s'exprimer ainsi, un des prétendus mensonges d'Hérodote et de Pline. La fabuleuse giraffe se promène au Jardin du Roi. Je suis un de ceux qui y attendent incessamment la licorne. Les dragon^, les vouivres, les endriagues, les larasques, ne font plus partie du monde vivant, mais Cuvier les a retrouvés dans le moode fossile. Tout le monde sait que la harpie étoit une énorme chauve-souris, et les poètes l'ont décrite avec une exactitude qui feroit envie à Linné. Quant à ce phénomène des apparitions, dont nous parlions tout à l'heure , et auquel je reviens volontiers...
J'allois y revenir en effet, et avec de longs développements, car c'est une matière sur laquelle il y a beaucoup à parler , quand je m'avisai que le substitut s'étoit endormi.
FIN D'INËS nE LAS SIERHAS.