‹ Nouvelles de Charles NodierChapitre 5 sur 22 · CI.EHBNTINE · texte numérisé non relu

CI.EHBNTINE

que mon logement y reste à ma disposition ; mnis je vous pi'otrsie que je ue me sens pas la moindre envie d'y retourner do long-lCmpe.

•^ Vous n'y ■¥« pas encore aBses réfléchi , reiHitelle BTec un« expression vite et sérieuse à la foii. *^ Encore une quettion avant de vous donner le letnpi d'y penser. Connoisset-voLis cette écriture î

II m'éioic impossible de me méprendre tiu moment aux Irails qu'elle fît pisser soUs mes yeui.

— Je ne crois pàsi dis-je tout tretuMant. Et mon émotion deVdt me démeotif.

— Je soupçonnois que vous anriei pu la TOir,,,i. dans une romanoe. Alors devinez donc » car ce billel n'est pas sigDé ; mais liseï sfins scrupule : it de coueerno que voust

Je lus ) et je h'ai pas otibUé.

■ Il n'y a pas un moment A perdre ) il fait le voir^ Il Taut lui dire de s'éloigner i d'allet* h Paris) il fawt lui dire que je le veux, et que j'espèro qu'il se rappellera mes dernières paroles. •

— Vous entendett poursuivit Esleltot ei cda se passe

d'eiplicatiort. Lui, c'«s( vouSt Elle, c'tsl Qli'aTez-

voss donc? Quant ù ses dernières paroles, elles aumil peut-être laissé plus de traces dans votre mémoire qtie sa romance.

Je me les rappelais ses dernières pinrieS) — Quoi qu'il arrive, pardonTiez-moif— aUi»}» quoi boai je ne compris pas.

La semaine n'éloil pas finie que j'arrivois à Paris. Je m'étonuai de trouver mon appartement préparé.

— Ohl c'est que monsieur étoit attendu, me dit le domestique de la maison. Voilà une lettre qui l'a précédé de deux jours.

116 NOUVEKinS DE JEUNESSE.

Elle cloit d'Estelle, et je ne perdis pas do temps avant d'en rompre le cachet. Les premières lignes me glacèrent le sang. Il étoit évident qu'elles avoienl été écrites pour me préparer à nn malheur. Je courus aux derniers mois , et mes yeux se fermèrent en les cherchant encore à travers ud nuage. Clémentine dtoii mariée !

Je ne sais de ce qui survint que ce qu'on m'en a dit. Je tombai, je me blessai dangereusement à la lëte contre un meuble; on appela des médecins, on me naigna. Quand je donnai des signes de vie, j'étois en délire. Je me souviens qu'il ne me resluit du passé qu'un sentiment confus et douteux comme un songe, mais que do< minoit une résolutioa fixe qui m'occupa six mois. J'a- (ois entendu parler d'une chartreuse établie en Suisse, selon la rigoureuse observance de l'abbé de Bancé. Je m'exerçai à ce genre de vie, à cette habitude de privalions. J'y trouvai je ne sais quelle satisfaction amère qui ressembloit i du bonheur, à mon bonheur i moi, à celui que je pouvois encore concevoir. Les pratiques pieuses , les méditations , les prières , calmèrent peu i peu mon sang, et je passai pour guéri.

Quoiqu'ilenfût, mon projet s'afTerraissoit de jour en jour, et une seconde lettre d'Estelle acheva de me décider a l'exécuter sans délai. Je partis pour les Alpes.

Cette secoude lettre contenoit aussi une alTreuse nouvelle, — moins affreuse que la première, cependant I — Clémentine étoit morte.

Quand j'afrivai à Génère, j'étois déjà délronipé sur la possibilité d'exôcuier te projet qui me conduisoit en Suisse. L'obscur et modeste éiablissemenl de la chartreuse avoit excité , non sans cause , la déGancc de la police françoise, qui le croyoit fort propre à donner un asile aux ennemis désappointés du gouvernement de Napoléon , et qui ne poutoit tolérer nulle part l'existence inoiïensive du proscrit navré de désespoir et de misère. L'Europe n'avoit pas plus d'abris alors contre la tyrannie incarnée dans un homme qu'elle n'en aura désormais contre la tyrannie diiïuse des masses. C'étoit PyUion , ce sera l'hydre.

Les moines venoient de fermer leurs portes au malheur pour la première fois , et de s'enclore avec plus de sévérité que la règle du fondateur n'en imposoit, dans leur rigoureux manoir du Val-Saint.

J'avois à GenëvG un de ces amis que donnent les sympathies de l'étude, et puis une de ces amies que l'on ne doit qu'aux sympathies de l'âme, le docteur Jurine et madame P... — Je leur parlai de mes chagrins irréparables; de tout ce que l'on croit avoir de profond désabusement et d'incurable amerinme dans le cœur, quand

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on n'a pas long-temps vécu; de celte vocaiiiHi d'<^(ernelle solitude qu'un contre-temps inattendu venoil de trahir. Le philosophe me plaignit , et me conseilla de chercher l'oubli des maux dans la pratique assidue de quelques douces Bcie&ces qu'il aimoit et qu'il m'avoit appris i aimer. La Femme pieura, me kiissa pleurer, et s'occupa secrètement de me pourïoir d'un emploi fixe et laborieux, qui pût distraire mon esprit de ses peines par l'habitude d'un devoir. Les relations de la librairie de son mari lui avoient fait savoir qu'il cxistoit à Berne un vieuK savant anglois, nommé le chevalier Robert Grove, qui s'étoit fait tt>ute sa vie une grande aflUt^ de petites recherches pbili^ogiques sur les bons auteurs grecs et latins, et que la perte d'un colllborateur trësinsifuit forçoit à réclamer les soins d'un jeune homme doué de quelque aptitude à ce travail , ou capable au moins de lui en alléger le faixleau. Elle ne me fit pan de ces détails qu'eu me remettant une leltre de sir Iloberl, qui me prenoit pour secrétaire aux appointemenU de deui cents fraucs par mois , et qui se Chargeait de me défrayer au surplus de toutes les dépenses essentielles. Détourné par les principes religieux qui m« dominoient en ce temps-là, et qui tie m'ont jamais en' tièrenieni abandonné, d'une résolytioa extrême dont la pensée m'étoit venue sbuvent ; retenu peut-être aussi par le vague instinct d'un avenir qUe mon imagiaatiim active et romanesque peuploit encore d'émotions et de mystères , je n'avois pas d'autre parti i prendre dans l'état de ma fortune. Pouvois-je ne pas vouloir d'ailleurs ce qu'elle avoit voulu pour moiT — ^ Bonne, charmante et digne femme ! son nom seul seroit un éloge , et si je ne le laisse pas échapper ici tout entier , c'est que j'ai craint d'en altérer la pureté en te mêlant à la

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