A MONSIEUR LÉON BRUYS D'OUILLY
Enfants de la même colline, Abreuvés au même ruisseau , Comme deux nids sur l'aubépine, Près du mien Dieu mit ton berceau.
De nos toits voisins, les fumées Se fondaient daus le même ciel ; Et de tes herbes parfumées Mes abeilles volaient le miel.
Souvent je vis ta douce mère , De mes prés foulant le chemin.
Te mener, comme un jeune frère, A moi, tout petit, par la main.
Et te soulevant vers ma lyre , Sur ses bras qui tremblaient au peu.
Dans mes vers t'enseigner a lire: Enfant qui joue avec le feu!
Et je pensais, par aventure.
En contemplant cet or mouvant De ta soyeuse chevelure , Où ses baisers pleuvaient souvent :
« Charmant visage, enfance heureuse 1
• Sans prévoyance et sans oubli, t Que jamais la gloire ne creuse,
t Sur ce front blanc, le moindre pli.
• Que jamais son flambeau n'allume
« D'un feu sombre ces yeux si beaux, « Ainsi qu'une torche qui fume « Et se réfléchit dans les eaux I
• Que jamais ses serres de proie « N 'éclairassent avant le temps
t Ces cheveux où ma main se noie, « Feuillage épais de tes printemps!
« Que jamais cette main qui vibre, « Dans ma poitrine à tout moment,
• N'arrache à ton cœur une fibre ,
« Comme une corde à l'instrument !
« Si quelque toîx chante en son âme,
« Que son écho mélodieux
« Soit dans l'oreille d'une femme,
i Et sa gloire dats deux beaux yeuxl... •
Je partis : j'errai des années ; Quand je revins au vert vallon , Chercher nos jeunesses fanées.
Je ne trouvai plus que ton nom.
Le feu ijtj m'avait fait poêle, Jaloux de tes jours de repos, S'était abattu sur ta tète Comme un aiglon sur deux iroupeaoH.
L'astre naissant de ta carrière Sur ton front venait ondoyer, Dardant des reflets de lumière Qui le présageaient ton foyer.
Plein d'ivresse cl d'il. quiétude.
En écoulant grandir ta voix , Je repense à (a solitude, A ton enfance au fond des boîs.
Pleure ton 01s, ô ma vallée !
Il saura ce que vaut trop tard Une heure à ton ombre écoulée , Un rêve qu'on herce à l'écart,
Le vol de la lu ise éphémère , Au bruit de l'onde un pur sommeil , Et ces voix de sœur et de mère , Qui nous appelaient au réveil!...