‹ Nouvelles démonstrations d'accouchemensChapitre 29 sur 55 · HISTOIRE NATURELLE DE LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE DE LA GROSSESSE

Dans l’histoire cle la grossesse , nous ayons à considérer : i °. sa définition; 20. ses différences ou divisions ; 3°. ses signes.

On ne peut disconvenir que la grossesse ne forme la partie la plus importante des fonctions génératrices, mais, à elle seule , elle n’en compose pas l’histoire entière. L’accomplissement de ces fonctions exige en effet le concours de plusieurs phénomènes qui , tous dirigés vers un même but, ont pour résultat définitif la naissance d’un nouvel être.

C’est par la menstruation que la nature prélude au grand œuvre de la reproduction, qui ne peut s’accomplir sans un acte préliminaire , indispensable , acte qui se répète avec des nuances infinies chez toutes les espèces douées de la faculté d’engendrer : c’est la génération proprement dite. La conception n’est donc que l’union des principes fournis dans l’acte générateur , et la grossesse l’état positif d’une femme qui a conçu. Mais quel est l’intervalle qui sépare chacun de ces grands phénomènes? L’anatomie ne peut le décrire; la physiologie, avec ses brillantes hypothèses, ne peut le faire connaître ; l’imagination seule peut à peine en apprécier les distances imperceptibles. Voici sur un objet si merveilleux la seule manière de rendre sa pensée : Du moment où la génération se fait j la conception a lieu , et la grossesse existe.

Définition. — D’après ces considérations , on peut définir la grossesse : état d’une femme qui , après la conception , renferme dans son sein les principes fécondés d’un nouvel être. La grossesse commence donc immédiatement après la conception , et se termine par l’accouchement. Sa durée totale est ordinairement de deux cent soixante-dix jours, ou neuf mois solaires. Cependant il

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n’est pas impossible que ce terme soit retardé ou avancé de quelques jours, comme le prouvent plusieurs faits bien constatés. Mais ce n’est point ici le lieu d’approfondir une question dont l’examen rentre dans le domaine de la médecine légale.

Division et différences. — On divise la grossesse en raison : i°. de son siège, 20. de la nature des substances qui la forment ; 3°. du nombre de produits dont elle se compose.

En raison de son siège ; on la divise en utérine et en extra-utérine : l’une et l’autre peut être vraie ou fausse.

vd. Parlons d’abord de la grossesse extra-utérine ou par erreur de lieu. On en distingue trois espèces principales , qui sont : la grossesse de la trompe , celle de l’ovaire , et la grossesse abdominale , qui peut être primitive ou secondaire. On admet encore plusieurs autres variétés de grossesses extra-utérines. Nous n’en parlerons point, la plus longue pratique fournissant à peine l’occasion d’en rencontrer une seule.

Dans les grossesses extra-utérines, le produit de la conception parvient rarement à son entier accroissement; en admettant même qu’il y arrivât , la femme n’ayant point de moyens de l’expulser hors du lieu dans lequel il est renfermé, sa mort est une suite inévitable de l’erreur de la nature à son égard.

Les signes des grossesses extra-utérines sont diffus et très-équivoques ; par conséquent , ce n’est point par analogie , mais bien plutôt par opposition avec la grossesse utérine qu’on peut les établir.

Comme l’issue de toutes ces grossesses est presque toujours malheureuse , quand l’enfant parvient à un certain volume , la terminaison la moins fâcheuse pour la femme , c’est lorsque le produit , arrêté dans son développement , périt vers le deuxième ou troisième mois de la grossesse , et passe à l’état de putréfaction.

B. La grossesse utérine est celle dans laquelle le produit de la conception, fécondé et déposé dans l’utérus, s’y développe d’après les lois connues de l’organisation des animaux. On la divise en vraie et en fausse.

On donne, en général , le nom de fausse grossesse , ou de gros-

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sesse apparente, à tout état delà femme, qui, simulant une véritable grossesse, peut en imposer même aux praticiens les plus expérimentés.

Les différentes circonstances qui peuvent donner lieu à ces espèces de grossesses, tiennent, en général, à des affections morbifiques plus ou moins graves , dont le siège peut être dans la matrice ou dans ses dépendances, dans les intestins ou dans toute autre partie de l’abdomen , au nombre desquelles il faut surtout compter une mole , des hydatides, un polype , de l’eau, du sang , des mucosités, de l’air, l’engorgement chronique de l’utérus, le développement d’un corps fibreux dans sa substance, un squirrhe , l’hydropisie des ovaires , des trompes ; l’ascite , la tympanite , les tumeurs du mésentère , etc.

La grossesse utérine vraie est encore appelée naturelle, ordinaire , favorable, etc.; elle peut être simple ou composée. Elle est simple , quand il n’y a qu’un seul foetus dans la matrice ; composée, quand il y en a plusieurs.

Signes. — On distingue les signes de la grossesse en présomptifs ou rationnels , en positifs ou sensibles.

^4. Les signes présomptifs ou rationnels sont ceux qui font soupçonner ou présumer que la grossesse existe. Quoique très-nombreux , ces signes sont fort incertains , et on ne peut tirer que des conjectures de leur présence. Parmi ces signes , il en est qui affectent toute l’économie , ce sont les signes présomptifs généraux ; il en est d’autres qui se bornent à manifester leur présence sur un point isolé de l’économie, ce sont les signes particuliers ou locaux.

Les premiers se tirent de tous les changemens que la femme éprouve dans la marche régulière et naturelle de ses fonctions, dans ses habitudes, ses penchans et ses goûts particuliers, dont les effets sont surtout marqués par la pâleur du visage et une certaine altération dans les traits de la figure, qui n’appartient qu’aux femmes grosses , mais que l’oeil le plus exercé ne peut pas toujours reconnaître.

Les signes particuliers ou locaux sont d’une nature plus positive.

On peut en constater la présence : seulement ils n’indiquent pas d’une manière certaine la réalité de la grossesse, mais ils méritent toute l’attention du praticien. Ces signes sont : i°. la suppression des menstrues; a0. la grosseur et le développement de l’abdomen; 3°. la décoloration de l’aréole et son rembrunissement; 4°- le gonflement des mamelles, et le suintement du mamelon.

i°. Il est deux circonstances remarquables de la vie de la femme, pendant lesquelles les règles se suppriment, sans que sa santé en soit sensiblement incommodée; ces deux circonstances sont la grossesse et l’allaitement. Mais, loin que la suppression des règles soit un signe certain de grossesse , elle 11’en est même pas toujours un signe rationnel, rien n’étant aussi variable ni aussi sujet à se déranger que cette évacuation. De plus, son apparition constante et régulière 11’est point la preuve formelle que la femme ne soit pas grosse, puisque des exemples multipliés démontrent que , quoique enceintes , des femmes n’ont pas laissé que de voir, au moins pendant les premiers mois de la gestation.

a0'. Dès qu’une femme s’aperçoit que son ventre grossit et se développe , elle se croit enceinte , surtout si ce signe est accompagné de la suppression de ses règles.

Il est vrai que la grossesse amène la grosseur et le développement du ventre; mais les causes étrangères à la grossesse qui peuvent produire ce développement, sont trop multipliées pour qu’on puisse accorder à ce signe toute la valeur qu’il mérite , dans le cas d’une véritable grossesse. D’ailleurs, le ventre ne grossit visiblement qu’après le troisième mois, et comme le toucher, à cette époque peu avancée de la grossesse, ne peut fournir que des données vagues, il ne faut prononcer qu’avec beaucoup de réserve sur la grosseur du ventre, même comme signe rationnel de grossesse. Plus tard, et lorsque la grossesse est très-avancée, le volume du ventre n’ajoute rien à sa certitude; d’autres signes plus positifs ne laissent aucun doute sur sa présence.

3°. La sympathie qui existe entre l’utérus et les mamelles , expliqueassez l’in fluence que la grossesse exerce sur ces dernières. Le

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plus ordinairement, cette influence ne se fait sentir que vers le quatrième mois, pour ne plus cesser, il est vrai, qu’ après l’accouchement, époque où d’autres fonctions s’établissent dans ces organes. Cependant il n’est pas rare de voir les mamelles se gonfler dès les premiers tems de la grossesse, et même fournir par le mamelon un suintement assez marqué. Ce sont ces anomalies qui jettent de l’incertitude sur le gonflement des mamelles , comme signe présomptif de la grossesse, quoiqu’il reste constant, qu’il est un des moins équivoques, parce qu’il est rare que dans les fausses grossesses, les causes qui les occasionnent produisent sur les seins les mêmes elïets que la véritable grossesse. Seul, cependant, le gonflement des mamelles et le suintement par le mamelon, seraient loin d’être des motifs suffisans de croire à la présence de la grossesse , puisqu’on a des exemples que , chez des femmes qui n’étaient réellement point enceintes, chez de très-jeunes filles même, ces phénomènes se sont manifestés.

4°. La couleur foncée et comme brunâtre qui recouvre l’aréole et le mamelon, est assez généralement regardée comme un signe de grossesse, parce qu’il est démontré que les liy dropisies , et toutes les autres circonstances qui peuvent produire la grosseur du ventre, n’ont point d’action sur les mamelles, et ne donnent lieu à aucun changement de forme et de couleur dans ces organes. Cependant ce signe ne suffirait pas toujours pour assurer la présence de la grossesse ; des femmes ayant naturellement l’aréole noir , et d’autres, qui même ont eu plusieurs enfans, n’ayant éprouvé aucune altération dans cette partie, et l’ayant toujours conservée d’une couleur légèrement rosée , même après plusieurs grossesses.

B. Les signes sensibles, positifs ou démonstratifs de la grossesse sont de deux espèces. Les premiers, qui se tirent de la vue et du toucher, composent son histoire expérimentale ou pratique. Ils font connaître les changemens qu’éprouve la matrice pendant la grossesse, dans sa forme, dans sa figure et dans sa situation ; c’est ce qu’on peut appeler les phénomènes physiques de la grossesse.

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Les seconds ne sont point accessibles à nos sens; ils résultent des cliangeraens que la matrice éprouve dans son organisation pendant le cours de la grossesse, changemens qui s’opèrent en vertu des propriétés dont elle jouit alors, et qui forment les phénomènes physiologiques de la grossesse. Leur étude compose ce que nous appelons l’histoire physiologique ou de raisonnement de la grossesse : ce sont là ses véritables signes rationnels.

i °. Histoire expérimentale de la grossesse. — A la fin du premier mois, rien n’indique à l’accoucheur, au moins d’une manière sensible, non-seulement que la grossesse existe, mais même que la matrice soit en état de plénitude ou d’action ; aucun des signes soi-disant rationnels ne s’est encore manifesté , et les données générales indiquées par quelques auteurs, sont trop vagues pour qu’on puisse y ajouter foi. Il n’en est pas de même à la fin du deuxième mois (soixante jours accomplis); la pratique du toucher peut, à la rigueur, nous faire distinguer l’état de plénitude de la matrice, ainsi que les légers changemens survenus dans sa figure et son volume, et faire présumer l’existence de la grossesse. Voici le tableau rapide des phénomènes physiques qu’elle présente pendant le cours de la gestation , observés à la fin de chaque mois.

Pendant tout le cours du premier mois, la matrice ne parait point éprouver de changement sensible dans sa forme et son volume. Il est même probable que , loin d’acquérir de l’augmentation , elle se resserre au contraire , comme si elle voulait embrasser plus étroitement le nouveau produit renfermé dans son sein.

A la fin du deuxième mois , son volume est sensiblement augmenté, sa forme est arrondie : elle remplit la plus grande partie du petit bassin ; mais le ventre , loin de grossir , devient plus resserré au contraire, plus tendu, et quelquefois même un peu douloureux.

Après le troisième mois, son volume augmente ainsi que sa longueur, son fond s’élève à la hauteur de la région pubienne; elle se trouve alors au niveau du détroit supérieur ou abdominal. Le doigt, introduit dans l’intérieur du vagin, la reconnaît

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à sa forme arrondie , globuleuse , égale. On peut la soulever sans faire éprouver à la femme de douleur sensible. Le ventre est légèrement tuméfié par le refoulement de l’intestin. ( Voy. pl. XXV fig. 2. ) Mais le col n’a éprouvé aucune espèce de changement, et ne peut fournir, par conséquent, aucun signe sensible de la grossesse.

L’usage du stéthoscope s’il était possible de l’appliquer dans l’intérieur du vagin, pourrait fournir, à cette époque, des résultats précieux pour confirmir l’état de plénitude de l’utérus par un corps organisé.

A la fin du quatrième mois, l’utérus déborde le petit bassin; son fond se trouve à deux ou trois travers de doigt au-dessus de la région des pubis. Le ventre est sensiblement augmenté. Mais c’est du côté du vagin que l’on peut reconnaître, avec plus de certitude, la présence de la grossesse. Il n’est pas impossible, en effet, de faire exécuter le ballottement, la tête du fœtus ayant acquis, à cette époque, assez de volume et de pesanteur pour obéir d’une manière sensible au mouvement qu’on lui imprime. Il n’est même pas rare qu’à la même époque, la femme ne ressente les premiers mouvemens de son enfant.

A la fin du cinquième mois, il ne reste plus d’équivoque sur la présence de la grossesse. Tous les signes, soit sensibles, soit rationnels , se réunissent en foule pour la confirmer. On trouve le fond de l’utérus à deux travers de doigt au-dessous de l’ombilic. Le toucher fait reconnaître manifestement la présence de l’enfant, et le ballottement, exécuté par une main habile et exercée , se manifeste avec la plus grande facilité.

A la fin du sixième mois, la rapidité avec laquelle s’opère le développement de l’utérus, est telle que le fond de cet organe s’élève à deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic. Sa forme générale est celle d’une ellipse fortement alongée de haut en bas. On reconnaît facilement par le toucher la tête de l’enfant à travers ses parois distendues. Le ballottement s’exécute sans peine ; mais une particularité qu’on n’avait point encore rencon-

trée caractérise la fin du sixième mois. Le col qui, jusqu’à cette époque, n’avait pris aucune espèce de part au développement du corps et du fond de l’utérus, commence à éprouver un peu d’élargissement vers sa base ; son orifice inférieur s’entr’ouvre légèrement; le col lui-même, un peu tuméfié, devient plus mou, et tout annonce qu’il se dispose enfin à participer à la dilatation générale de la matrice.

Dans le courant du septième mois , le fond de la matrice qui s’élève encore un peu , commence à entrer dans la région épigastrique. Mais son élévation ne présente plus la même activité , elle va toujours en décroissant au contraire , et d’elliptique qu’elle était, la matrice tend de plus en plus à prendre la forme sphérique , ce qui dépend de l’évasement du col et de la part active qu’il prend alors à la dilatation de l’utérus. Le col , en effet , perd de plus en plus de son étendue , de sa dureté. Son ouverture inférieure s’entr’ouvre d’une manière très-sensible, et on pourrait facilement y introduire l’extrémité du doigt. C’est aussi à cette époque que les plans inférieurs de la matrice gagnent en étendue , ce qui grossit la taille de la femme et lui donne beaucoup d’épaisseur. Le ballottement commence à perdre de son élasticité, la grosseur de la tête de l’enfant ne lui permettant plus de se déplacer avec la même facilité. Mais cette circonstance ne fait que rendre plus évidente encore la grossesse dont elle sert à déterminer l’époque avancée.

Pendant tout le huitième mois, et surtout vers sa fin, le fond de la matrice occupe la plus grande partie de la région épigastrique. Sa capacité est considérablement augmentée, et sa figure devient de plus en plus sphérique et arrondie ; l’ombilic est distendu et boursoufflé; de son cûté , le col perd de plus en plus de sa longueur et de sa dureté; il est mou, boursoufflé, surtout vers sa lèvre antérieure. La tête de l’enfant est grosse et pesante; le doigt la soulève avec peine , et le ballottement ne peut plus s’exécuter.

A la fin du neuvième mois, et de la grossesse par conséquent, le fond de la matrice, loin de s’élever toujours de plus en plus,

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comme on pourrait le croire, retombe plus bas qu’il ne l’était à la fin du huitième mois. On le trouve près de la région ombilicale. Toute l’amplitude de cet organe s’est portée sur ses parties latérales par suite de la dilatation définitive du col et de son extrême évasement. Le col lui-même est totalement effacé, et il ne se présente plus que sous la figure d’un bourrelet mou, plus ou moins boursoufflé. La tête de l’enfant, devenue toujours plus grosse et plus pesante, est comme engagée à travers le détroit supérieur, et il est presqu’impossible de la soulever. {V 'oyez les pl. XXV et XXVI, fig. 4, et surtout les pl. XXVII et XXVIII.)

Telle est l’esquisse rapide des changemens qui s’opèrent dans la forme, la figure et le volume de la matrice pendant tout le cours de la grossesse. Voyons quels sont ceux qu’elle éprouve dans sa propre organisation. Ils constituent les phénomènes physiologiques de la grossesse, dont la connaissance complette l’histoire générale de cette fonction. Nous terminerons cette exposition par l’histoire du toucher.

Des phénomènes physiologiques de la grossesse. — Indépendamment des. signes sensibles et visibles de la grossesse que nous venons de faire connaître, il en existe d’autres qui, inaccessibles à nos sens, résident dans la propre organisation de la matrice. Ce sont des propriétés que la fécondation développe, et que la grossesse seule nous fait connaître. Ces propriétés sont : sa dilatation , son action propre , et sa contraction.

De la dilatation de V utérus. — De tous les phénomènes de la gestation, il n’en est point de plus remarquable que sa dilatation, lente, il est vrai, mais constante et progressive jusqu’au moment de l’accouchement. Quelque évidente que soit cette dilatation, elle n’en est pas moins aussi surprenante que difficile à expliquer. Comment concevoir, en effet, qu’un petit œuf, d’une grosseur qu’on ne peut déterminer , composé de membranes très-minces dans lesquelles se trouve un petit embryon sous la figure d’un mucilage imperceptible, ou, selon l’expression de Puzos, d’une morve flottante dans quelques gouttes d’eau, comment ce petit

corps peut-il, sans détruire son frêle tissu, étendre et dilater un organe tel que la matrice, qui présente partout une épaisseur de plus d’un demi-pouce , et dont la résistance serait presque insurmontable si sa dilatation ne reconnaissait d’autre motif qu’une cause mécanique.

Quelque difficulté cependant qu’il y ait à concevoir la dilatation d’un corps aussi fort que la matrice , par une substance aussi faible que l’embryon , il sera facile de se convaincre de sa possibilité, en développant les moyens que la nature industrieuse et attentive à la conservation du produit de la conception, emploie pour l’exécution de ce mécanisme.

Du moment où l’œuf fécondé arrive dans la matrice, il se fixe à l’un des points quelconques de la surface intérieure de cet organe. Par la vive irritation qu’il y produit , il détermine l’afflux d’une quantité de fluides de toute espèce , ubi irritatio , ibi humor ; les humeurs passant à travers le tissu léger qui unit l’œuf à la matrice , et poussées avec une force relative à la base et à la hauteur du courant de tous les fluides de l’économie , doivent à la longue forcer le tissu de la matrice à prêter et à s’alonger de dedans en dehors et par conséquent à produire sa dilatation.

Cependant la matrice, loin d’être étrangère à ce travail admirable et de ne céder qu’aux efforts distractifs du produit de la conception , y prend une part très-active au contraire. L’acte de la génération ne s’est point borné à communiquer la vie au germe qu’il a fécondé , ses effets se sont aussi portés sur la matrice , qui acquiert à l’instant même, propi'io motu , l’heureuse faculté de s’étendre, de s’agrandir, d’offrir enfin tous les phénomènes d’une véritable dilatation 5 et c’est au développement , de même qu’à l’activité toute puissante de ses propriétés vitales, que la matrice doit les phénomènes variés de cette dilatation, qui n’a besoin d’aucun agent mécanique pour s’opérer, comme on en voit des exemples dans le cas de grossesse extra-utérine. Cependant on ne peut disconvenir que l’augmentation lente , mais progressive du produit de la conception, que l’accumulation toujours croissante

des eaux de l’amnios ne soient autant de causes puissantes de ce phénomène , qui demande le concours de ces dernières pour se maintenir au même degré d’activité jusqu’à la fin de la grossesse. Pour rendre cette vérité encore plus sensible , ajoutons que le fluide réagit contre les parois utérines en tous sens et sans discontinuation. Une dernière cause enfin qui tend à dilater la matrice, c’est le développement de ses vaisseaux qui, devenus d’un calibre plus considérable , admettent une plus grande quantité de sang ; celui-ci , en distendant leurs parois , fournit encore à l’accroissement du globe utérin , et par suite à son expansibibté.

De l’action propre de la matrice ou de sa tonicité. — Loin d’être passive pendant le cours de la grossesse, la matrice jouit au contraire d’une vertu active proportionnée à la force et à l’énergie de ses propriétés vitales. Cette faculté, que les anciens appelaient la force tonique , et à laquelle les modernes donnent le nom de contractilité organique ou de tissu, est si inhérente à la propre organisation de la matrice , qu’elle ne peut en être privée pendant la gestation , sans qu’il n’en résulte , pour la mère et pour l’enfant, des accidens d’autant plus graves qu’on n’est pas toujours le maître d’en arrêter les suites redoutables. On y parviendrait cependant si l’on connaissait mieux le mode d’action de cette propriété , dont le but principal est la garantie et la conservation de la grossesse.

Mais s’il est assez difficile de déterminer le véritable caractère de la tonicité de la matrice , il est au moins très-facile de signaler les fâcheux effets qui résultent de son état opposé , état auquel on donne le nom d’inertie ou de syncope utérine ; la faiblesse dans laquelle la matrice est alors plongée la prive également du sentiment et du mouvement -, incapable de se contracter , elle laisse à nu et béants les orifices d’une infinité de vaisseaux sanguins d’où peut résulter une hémorrhagie qui peut aller jusqu’à causer la mort de la mère et de l’enfant. Une preuve évidente que l’inertie de la matrice est seule le motif des accidens qui se déclarent , c’est que le vé-

ritable "moyen d’y remédier consiste à réveiller son action tonique , ce qu’on obtient par des frictions sur l’abdomen , par des applications d’eau froide et de vinaigre sur la même région , ainsi que sur les parties internes et supérieures des cuisses, enfin par tous les moyens qui, propres à exciter l’action contractile de la matrice, tendent à la remener à son degré d’énergie première.

De la contraction de la matrice. — Indépendamment des deux propriétés dont nous venons de faire mention , la matrice jouit encore d’une autre faculté qui lui est commune avec tous les muscles soumis à l’empire de la volonté, c’est la contraction. Mais elle en diffère cependant sous quelques rapports, qu’il n’est pas inutile de faire connaître. En général, les contractions de la matrice ne se manifestent jamais d’une manière aussi vive que lorsque cet organe veut se débarrasser d’un corps matériel quelconque, renfermé dans sa cavité plus ou moins agrandie, quelle que soit la cause qui l’ait produite : loin d’ètre entièrement soumise à la volonté , la contraction de la matrice paraît au contraire tout à fait hors de son domaine. On observe en effet que , dans les premiers momens du travail , ce qu’on appelle les douleurs se fait long-tems attendre , et que cependant la femme ne peut point à son gré en accélérer le retour , quelle que soit l’impatience qui la presse d’être promptement délivrée. D’une autre part, les douleurs, dans les derniers momens du travail, sont alors si vives, si pressantes, que non-seulement la femme ne peut pas en arrêter la vivacité, quelques efforts qu’elle fasse pour en suspendre le cours , mais qu’elle est même forcée d’en seconder les efforts , et de coopérer ainsi malgré elle à l’expulsion de la tête de l’enfant et par suite à la terminaison de l’accouchement.

Le siège de la contraction de la matrice réside essentiellement dans le tissu de cet organe , ainsi que la sensation pénible et douloureuse qui l’accompagne , et que le vulgaire confond sous le nom de douleurs avec la contraction elle-même. Un der-

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nier caractère de cette faculté , c’est que sa force et son énergie sont toujours en raison des obstacles qu’on lui oppose et des efforts que l’on fait pour la vaincre. Son action est même portée si loin quelquefois , que , semblable à celle que ferait éprouver le rapprochement forcé des deux branches d’un étau, elle produit sur la main de l’accoucheur, introduite pour exécuter une manœuvre , un engourdissement tel qu’elle en perd a l’instant même le sentiment et le mouvement.

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