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DE L’ALLAITEMENT

Les organes de la génération ne se sont pas plus tôt débarrassés du produit de la conception, que leurs fonctions cessent à l’instant même ; mais la vive irritation qui s’en était emparée pendant la grossesse ne disparaît pas entièrement : un autre système d’organes, qu’une étroite sympathie lie à ceux de la génération , devient alors le siège et comme le rendez - vous de tous les efforts de la nature, attentive surtout à la conservation de l’enfant.

Pour arriver à ce but, elle dépose dans les mamelles une humeur douce, sucrée, riche en principes nutritifs, susceptible de s’échapper avec la plus grande facilité des canaux qui la renferment, et que la moindre succion de l’enfant, que la plus petite titillation fait couler abondamment au dehors. L’allaitement résulte de l’ensemble de ces phénomènes.

Description des mamelles. Les mamelles , peu développées chez les jeunes filles , prennent un accroissement très-rapide vers l’âge de la puberté; alors elles s’élèvent, deviennent demi -sphériques, s’écartent l’une de l’autre, et présentent une consistance assez ferme , qui disparaît chez les femmes qui ont eu des enfans et qui ont allaité.

La peau qui les recouvre est blanche, tendre et douce au toucher ; il s’élève du centre une partie prolongée appelée le mamelon, qu’entoure l’aréole, l’un et l’autre d’un rouge tendre chez les filles, et d’une couleur brunâtre chez les femmes. ( J^oy.pl. LXXYIII , fig. 2.)

Les mamelles sont spécialement composées de la glande mammaire, des canaux galactophores , du mamelon ou papille, et de l’aréole.

La glande mammaire occupe le centre de la mamelle; elle est entourée et comme enchâssée dans un amas de tissu cellulaire graisseux, dont une portion pénètre et s’engage même dans son propre tissu.

La couleur de la glande est d’un gris rougeâtre, sa consistance assez ferme , et sa forme globuleuse. Les vaisseaux qui la parcourent sont très-déliés, et l’on ne parvient à les injecter qu’avec une extrême difficulté. ÇV~oy. pl. LXXIX,yïg\ i et 2.)

Le mamelon se présente sous la forme d’un corps allongé, arrondi, recouvert d’une peau rugueuse, crevassée, d’une couleur plus ou moins foncée chez les femmes qui ont eu des enfans ; il est entouré à sa base par un cercle de la même couleur , appelé ¥ aréole -, cette dernière est recouverte d’une surface épidermoïde de la même nature que celle qui enveloppe le mamelon.

La macération détache facilement cette espèce particulière d’épiderme , qui n’est réellement qu’une portion sur-ajoutée au véritable épiderme de ces parties. ( Voy. pl. LXXVIII , Jig. 3

et 4. )

En fendant par le centre du mamelon la mamelle d’une femme nouvellement accouchée ou qui nourrissait, et en écartant les deux portions divisées, on peut observer, avec la loupe, la direction, le nombre et la forme des canaux galactifères, qui sont au nombre de quinze. Très-larges dans le corps de la glande, ils diminuent sensiblement à mesure qu’ils se dirigent vers la papille, où ils se terminent : de leur embouchure on fait jaillir facilement des gouttelettes de lait. {V~oy.pl. LXXIX, j£g\ 2.)

On peut diviser l’allaitement en naturel et en artificiel. On appelle allaitement naturel celui qui est dans le vœu de la nature; il suppose, de la part de l’enfant, l’application immédiate de sa bouche à un mamelon quelconque , d’où il tire sa nourriture par un acte particulier connu sous le nom de succion.

L’allaitement artificiel est un mode, une manière particulière de suppléer à l’allaitement naturel, et de transmettre à l’enfant,

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par des moyens artificiels , les alimens propres à le nourrir au moment de sa naissance.

Allaitement naturel . On en distingue trois espèces : l’allaitement maternel, l’allaitement étranger, et celui qui s’obtient par l’intermédiaire de quelques animaux.

L’allaitement maternel est le plus conforme au voeu de la nature; c’est l’allaitement par excellence : il n’a besoin d’aucuns préceptes de la part de la Médecine, ni d’aucune étude de la part de l’enfant; il suffit que la mère présente le sein à ce dernier, pour qu’il le saisisse aussitôt, et qu’il en fasse jaillir à l’instant même la quantité la plus abondante du lait dont il doit se nourrir. On ne sait ce qui doit le plus surprendre dans l’ensemble des phénomènes de l’allaitement maternel , ou de la précision et de l’exactitude avec lesquelles tout est coordonné pour que cette fonction s’accomplisse sans obstacle, ou de l’accord et de l’espèce de sympathie qui existe entre la mère et l’enfant, de manière que l’un veut toujours avec plaisir ce que l’autre désire avec ardeur.

L’allaitement étranger est proprement dit l’allaitement mercenaire. Dans ce dernier cas, celle qui nourrit l’enfant n’est point sa propre mère, c’est une nourrice étrangère. Ce mode d’allaitement ne présente un si grand nombre d’inconvéniens que par rapport au mauvais choix des nourrices.

Voici les règles les plus générales qu’il faut observer à cet égard :

Une bonne nourrice doit avoir de 20 à 3o ans ; plutôt brune que blonde, elle doit offrir toutes les apparences d’une brillante santé, être d’un caractère enjoué, manger avec appétit et digérer facilement; son œil doit être animé, ses dents blanches, les gencives fermes, d’une couleur rosée, les lèvres vermeilles et l’haleine douce.

L’examen du sein demande une attention particulière.

Les mamelles d’une bonne nourrice doivent être gonflées par le lait qui les remplit , séparées l’une de l’autre par un intervalle assez marqué; elles doivent être allongées en forme de bouteille ,

suspendues et légèrement inclinées en dehors. Des stries bleuâtres doivent se faire apercevoir à travers le tissu léger de la peau qui les recouvre.

Le bout ( mamelon ) doit être allongé , un peu gonflé, et sa surface recouverte d’une humectation légère, lorsque l’enfant qui vient de téter l’abandonne. Le lait doit couler facilement à travers les embouchures de ses canaux galactophores. ( T^oy. pl. LXXVII. )

Le lait lui-même, examiné en gouttelettes sur le plan incliné d’un vase quelconque, doit être d’un blanc de perle , transparent; chaque goutte doit couler avec lenteur , sans se dissocier. Porté sur les lèvres, il doit y laisser l’impression d’une saveur très-peu sucrée, et vers la fin de la dégustation, un goût de noisette.

Lorsqu’on se décide à donner un enfant nouveau-né à une nourrice étrangère , il ne faut pas qu’il la tète immédiatement après sa naissance , comme on le fait pour l’allaitement maternel ; il faut attendre, au contraire, que l’enfant se soit débarrassé de son méconium, ce qui exige toujours un ou deux jours au moins.

L’allaitement à l’aide des animaux est peu usité ; on ne doit le mettre en pratique que dans des circonstances où les autres moyens d’élever les enfans ne peuvent convenir. Les animaux propres à cet usage sont particulièrement la chèvre, la brebis et l’ânesse; la grosseur du pis des autres grands animaux domestiques , et leur indocilité, ne permettent point de les faire servir au même but.

Allaitement artificiel. L’allaitement artificiel présente cela de désavantageux, qu’étant soumis à la volonté et même au caprice des personnes chargées de ce mode particulier d’élever les petits enfans, il offre, sous ce rapport, mille inconvéniens que n’a point l’allaitement naturel.

On doit surtout être pénétré de cette vérité, que l’allaitement artificiel, pour remplir les conditions d’une nourriture salutaire, doit se rapprocher le plus possible de l’allaitement naturel , nonseulement pour les qualités du lait, mais aussi pour le temps et les heures de donner à boire à l’enfant.

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Il existe plusieurs modes d’allaitement artificiel. Tantôt on présente à l’enfant un gobelet, une tasse ( allaitement au petit pot), dans lesquels se trouve la boisson qu’on leur destine. Ce procédé a plusieurs inconvéniens, qui doivent lui faire préférer la petite bouteille, dans le goulot de laquelle on engage une portion allongée d’éponge, que l’on recouvre d’un linge fin. On la présente ainsi à l’enfant, qui, trompé par les apparences, croit sucer un véritable mamelon.

Madame Lebreton, sage-femme à Paris, a imaginé, dans ces derniers temps , une bouteille d’une forme particulière , qui paraît réunir tous les avantages, [f^oy.pl. LXXX,^/zg\ 6.)

Instrumens à l’usage de V allaitement , soit naturel, soit artificiel.

N° i. Têtière à pompe ou à goulot. Cette têtière, de verre, est destinée à donner aux jeunes femmes qui veulent nourrir, les moyens de former les bouts de leur sein , et de préparer ainsi ces derniers à être plus facilement saisis par l’enfant au moment de sa naissance. Pour en faire usage, on applique, d’une part, le goulot de la bouteille sur le mamelon qu’il embrasse, et de l’autre, la femme saisit avec les lèvres son extrémité recourbée , sur laquelle elle exerce une espèce de succion , en pompant l’air contenu dans la bouteille, et en formant ainsi le vide. Le bout s’érige alors, s’allonge; et en répétant cette petite manœuvre plusieurs jours consécutifs , ce bout se trouve suffisamment préparé pour que l’enfant n’éprouve aucune difficulté à exercer la succion.

Nos 2, 3, *4 , 5. Bouts de sein. Tous ces instrumens, en forme de petits chapeaux, sont destinés à peu près aux mêmes usages. Les uns en cire, en buis, en gomme élastique (nos i , 2 , 3), sont appliqués sur le mamelon immédiatement après que l’enfant l’a abandonné , pour le préserver de l’action du froid , surtout quand il y a des crevasses, ou bien pour émousser la sensibilité trop vive

dont il est doué, et le préserver du frottement des vêtemens, etc.

Les bouts (n° 4) sont surmontés d’un chapiteau en gomme élastique, percé de plusieurs petits trous. On peut en faire usage dans le cas d’excoriation du mamelon, de fortes crevasses. La chaleur de la mamelle, sur laquelle on les applique, ramollit la gomme élastique, et le lait peut, à la rigueur, passer à travers les trous dont elle est perforée, et de là passer dans la bouche de l’enfant.

Ce mode est difficile; le plus ordinairement l’enfant ne s’y prête point.

Les bouts (n° 5) sont des espèces de bouteilles aplaties ( têtières), qu’on applique sur les bouts des femmes qui ont trop de lait; on les laisse en place dans l’intervalle de chaque succion , et on les vide à volonté à mesure qu’elles se remplissent.

Il se trouve un petit anneau sur la circonférence, destiné à recevoir un lien quelconque , à l’aide duqu el on peut suspendre la têtière au cou de la femme.

Nos 6, 7. Ce sont les appareils imaginés par Mme Lebreton. Le n° 6 est une véritable bouteille, de la capacité de 8 à 10 onces de liquide , dont le goulot est façonné de la manière la plus convenable pour la succion de l’enfant; ce goulot est surmonté d’un mamelon artificiel (véritable pis de vache) que l’enfant saisit sans peine, et d’où le lait s’échappe avec une grande facilité.

Pour en bâter la sortie , et pour que l’enfant ne fasse aucun effort pour l’attirer, la bouteille est percée, dans les environs de sa base, d’une petite ouverture circulaire, destinée à permettre l’entrée de l’air extérieur, qui, agissant par sa pesanteur sur la masse du liquide , en rend la succion d’une facilité extrême.

Le n° 7 est une préparation spéciale d’un pis de vache, qui peut être appliqué sur le goulot de toutes les bouteilles que l’on destine à l’allaitement artificiel de l’enfant.

Le n° 8 est aussi un instrument nouveau , imaginé par M. Richer , mécanicien, et qu’il appelle galamètre. Cet instrument est destiné à donner la mesure de la pesanteur d’un lait quelconque, et particulièrement de celui de la femme ; il se compose d’un petit cy-

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lindre métrique , terminé , comme tous les pèse-liqueur par une petite boule creuse , dans laquelle se trouve une quantité déterminée de mercure.

Voici le tableau des expériences tentées sur le lait de femme, accompagnées des observations qui y sont relatives.

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