HYMNE SUR LA MORT D'UNE VIERGE
O toi que j'ai connue, à Tâge Incertain de la puberté, Jeune fille, déjà l'image De la femme et de la beauté,
Toi que les rires et la vie Ornaient de leurs tendres couleurs Et dont la présence ravie Charmait les hommes et les fleurs.
Toi qu'adorables les années Saluaient de leur blanche main Et que les saisons fortunées Fêtaient en chœur sur le chemin,
Tu meurs, à ta gorge oppressée Un grand silence est descendu Et sur le ciel de ta pensée Un voile sombre est répandu !
Ah ! malgré les splendeurs funèbres, Le char imposant des défunts, Les pleur^ d'argent sur les ténèbres De l'église, les lourds parfums,
Malgré le cortège des vierges.
L'ample moisson des orangers.
Les chants, les prières, les cierges En buissons de flamme rangés.
Malgré les cyprès et les roses, Les marbres brillants au soleil Et les barrières de fer closes Sur le lieu de ton pur sommeil,
Jeune fille, ta destinée A nos yeux ne s'adoucit pas, Car ta grâce n'était pas née Pour s'unir encore au trépas !
Mais, au bord de la mer bruyante Qui bat ta ville et ta maison, Je t'aimerais toujours vivante Et debout contre l'horizon,
Suivant des yeux le beau navire Qui fend et soulève les flots A l'heure où le soleil expire Parmi les chants des matelots !
Je t'aimerais au sein des danses Sous les feuillages déployés Te grisant de simples cadences Et les yeux d'extase noyés I
Puis, accoudée et solitaire, Ecoutant dans la nuit d'été Quelles paroles de mystère Du fond de ton cœur ont monté !
La mort, comme une sœur farouche, Hélas, t'a soustraite à l'amour :
Les baisers d'hymen sur ta bouche Rougissants n'ont pas vu le jour !
Et c'est pourquoi, les mains légères.
Tes compagnes, chaque printemps.
T'orneront de fleurs passagères Roses blanches, 13^3 éclatants 1
Et c'est pourquoi, dans ta jeunesse, Avec ton front délicieux.
Jeune fille, plein de tristesse, Je te porte au fond de mes yeux.
Moi qui, de la voix et de l'âme.
Pour tes noces aurais chanté Un bondissant épithalame A ta fière virginité !