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LE RETOUR

Sur le mât du navire, oiseau qui te reposes, O tendre messager, écoute le marin !

Toi qui rejoins ton nid, le printemps et les roses. Ta vue a soulevé mon cœur et mon chagrin !

J'ai vécu longuement, errant et solitaire.

Par la fureur des flots sans cesse offert aux cieux,

Oublieux de la vie, oublieux de la terre.

Dans les bras de la mer, mon épouse aux grands yeux 1

Navire, hâte-toi ! Blessé de lassitude Je mélange à mes chants des larmes sur ton bord, Impassible témoin de mon inquiétude Connaîtrons-nous la paix et le repos du port ?

Quand verrai-je surgir avec sa pointe blanche L'église du village où je suis attendu ? 0 le jour du retour, la foule qui se penche, Les cloches, les vivats et mon nom entendu !

Je saute sur la rive et ma mère m'embrasse : « 0 mon fils, me dit-elle, ô mon fils, est-ce toi ? La mer me l'avait prise, elle me rend ma race, Que la mer soit bénie et reçoive ma foi ! »

— « Je te reviens plus fort et plus mélancolique, O ma mère, et je sais sur la vie et la mort D'autres secrets que ceux de ton esprit antique Car toute ma jeunesse au creux des vagues dort ! »

— « De tendresse, ô mon fils, et de plaisir privée, La tête du marin s'étourdit aisément !

Et, déjà, ces doux pleurs, les pleurs de l'arrivée, Ton rire les arrête et ton cœur les dément ! »

— (( Entendez-vous ces chants, ma mère, et ces cadenc Là-bas 011 le feuillage épaissit les treillis

Des couples enivrés de la langueur des danses Tournent, le sein battant et les yeux recueillis ! »

— « Va, mon fils, va goûter aux douceurs de la terre ! Fais retentir le sol sous ton pas triomphant !

Si la mer t'a nourri de force et de mystère Elle t'a conservé ta belle âme d'enfant ! »

Et je chantais ainsi dans les plus hauts cordages ! Sous moi, la blanche voile à la brise s'enflait. Et, jusqu'à l'infini, sans vague et sans rivages, La grande mer à mes regards se déroulait !

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